Maison de l’Amérique Latine, 16 septembre 2014





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Maison de l’Amérique Latine, 16 septembre 2014


« Psychanalyse et transferts culturels »
Totem et tabou, cent ans après1 
Par Carina Basualdo
« J’ai parfois le sentiment que je n’ai voulu nouer qu’une petite liaison et découvert, à mon âge, que je dois épouser une nouvelle femme » (Lettre à Ferenczi du 30/11/1911).


  1. Une aventure transatlantique



Lorsque je me suis embarquée dans ce projet de commémoration de Totem et tabou, j’ai conçu mon texte comme une occasion de relancer le dialogue avec les anthropologues, tâche qui m’intéresse (dans tous les sens du terme) depuis mon arrivée à la psychanalyse à partir de l’anthropologie.

Il est indiscutable que Totem et tabou constitue l’événement majeur dans le croisement entre les deux disciplines. Comme nous l’avons rappelé dans l’Introduction, Freud y explicite le principe psychanalytique du lien indissoluble entre l’individuel et le collectif. Plus encore, à le lire attentivement, puisque l’inconscient est pour Freud d’emblée social, l’opposition individu/société n’a plus de raison à persister. Cependant, c’est toujours cette opposition qui soutient presque la totalité de la production en sciences sociales… Le message de Freud n’a toujours pas été entendu, ou très rarement2. Voilà déjà une raison de poids, qui se présentait devant moi, pour revenir à ce texte majeur.
Ma contribution3 à notre ouvrage collectif a cherché à rappeler qu’un tel destin pour le texte freudien est la conséquence de la première réception de l’ouvrage dans le milieu anthropologique de l’époque. La polémique avec la discipline voisine s’est centrée sur la prétendue réalisation du meurtre du père de la Horde Primitive dans la réalité. Les anthropologues étaient scandalisés par cette hypothèse freudienne qu’ils trouvaient hautement conjecturale, et tributaire d’un évolutionnisme unilinéaire dont ils cherchaient précisément à s’émanciper. La concordance établie par Freud entre « la vie d’âme des sauvages » et celle des névrosés (c’est le sous-titre de Totem et tabou), a été vécu comme une invasion du père de la psychanalyse dans leur discipline. La citation d’un aveu tardif de Margaret Mead suffira à montrer quel a été le problème au cœur de ce dialogue infructueux : « Au lieu de faire l’effort laborieux et souvent pénible de comprendre la psychanalyse, nous nous sommes contentés d’utiliser quelques-uns de ses produits…»4. Le mépris à l’égard de la psychanalyse dont a fait preuve Lévi-Strauss, il faut le comprendre dans le contexte de cette tradition qu’il avait reçu lors de son séjour à New York (1941-1947).

Etant donné l’influence majeur de Lévi-Strauss dans les sciences sociales du XX siècle, il m’a semblé que le repérage des traces de Totem et Tabou dans Les Structures élémentaires de la parenté (auquel je me suis consacré dans le texte inclut dans l’ouvrage), devient un donné majeur dans l’histoire des rapports entre l’anthropologie et la psychanalyse et, donc, dans leur avenir…

Mon texte suit à la lettre les nombreux emprunts à Totem et tabou faits par les Structures élémentaires de la parenté et lit la dénégation de Lévi-Strauss à l’égard de l’œuvre freudienne. Je ne le présenterai pas ce soir à l’oral, étant donné qu’il s’agit vraiment d’un texte à lire. Par certains moments les emprunts de l’anthropologue nous donnent l’impression d’être face à du copier-coller !

Comme j’avais déjà raconté dans mon premier ouvrage5, je reprends à la fin de mon texte ma première rencontre avec Claude Lévi-Strauss dans son bureau du Laboratoire d’Anthropologie Sociale du Collège de France, le 8 novembre 2002. A l’occasion, j’ai eu l’opportunité de l’interroger sur le décalage entre le Totem et tabou passé sous silence au début des Structures élémentaires de la parenté et critiqué mais aussi récupéré à la fin de son ouvrage. Lévi-Strauss m’a donné une première réponse : « Le deuxième chapitre intitulé « Le problème de l’inceste » avait pour objectif la révision des théories existantes dans le champ de l’anthropologie ». L’énonciation de cette affirmation laissant entendre que seules ces théories étaient vraiment sérieuses… Mais, par la suite, je lui explique que, justement, ce qui me surprend c’est que Totem et tabou revienne au dernier chapitre, place tout à fait importante dans un ouvrage. Il le reconnaît. Je lui pose alors la question qui m’apparaît fondamentale : « l’inclusion des propos de Freud sur la prohibition de l’inceste à la fin de votre livre était prévu dans votre plan de travail ou, au contraire, c’est quelque chose qui vous est arrivé ? »6 Lévi-Strauss m’a répondu que c’était quelque chose qui lui était arrivé de manière spontanée. Cette inclusion, il ne l’avait pas prévue.

Pour moi cette réponse était la confirmation d’une marque profonde de Totem et Tabou dans la pensée du fondateur de l’anthropologie structuraliste, ainsi que la reconnaissance indirecte, malgré lui, d’un rapport de profonde ambivalence à la psychanalyse ».


II- L’après coup de l’édition
A la lumière du produit éditorial, il me semble que ce qui manque à cet ouvrage, c’est une contribution qui fasse l’effort de présenter la lecture de T&T par Lacan. Avec l’espoir de pouvoir inclure cette contribution dans la deuxième édition de notre ouvrage… Je me risque ce soir à cet exercice.


A- L’équivalence jouissance-père mort



Dans La psychanalyse à l’envers, le 18 février 1970, Lacan remarque que le mythe d’Œdipe, tel qu’il a été conçu par Freud, est dépendant de la place du père chez Freud7, présente dans Totem et tabou, mais aussi et encore dans les Nouvelles Conférences sur la Psychanalyse8. Freud soutient toujours que le support de la religion n’est rien d’autre que le « père tout amour » auquel a recours l’enfant. Lacan relève le paradoxe existant entre cette idée et la fonction du père définie dans le mythe de la horde primitive, référée « à je ne sais quelle jouissance originelle de toutes les femmes »9. Curieux mythe « bizarrement composé du père »10, dont les contradictions apparaissent ici.

Il convient toutefois de mettre en question ce savoir en lieu de la vérité et, pour cela, de se laisser guider par les dires de l’hystérique.

Lacan propose d’abord d’analyser le mythe comme un « contenu manifeste ». D’où s’en sort qu’il faudra analyser le mythe d’Œdipe dans son rapport au mythe de Totem et Tabou.

Il présente une première constatation : dans le mythe d’Œdipe, d’après la version que Freud tire de Sophocle, le fils couche avec sa mère après avoir tué son père. Dans le mythe de la horde, le résultat est tout à fait inverse : le père est ici tué parce qu’il gardait toutes les femmes pour lui, et son meurtre institue les fils en frères. Lacan suggère alors11 d’analyser l’Œdipe, le mythe du père de la horde primitive et le Moïse, comme s’il s’agissait de trois rêves de Freud. Des relations entre leurs contenus manifestes pourraient être déduit un contenu latent. Notons bien qu’il vise le désir de Freud.

L’enjeu de cette analyse se précise lors de la séance suivante du 18 mars 1970, lorsqu’ est évoqué le meurtre du père : « la clé, le point vif de tout ce qui s’énonce, et pas seulement au titre mythique, de ce à quoi a affaire la psychanalyse »12.

Retour à Freud alors… C’est par l’interprétation du rêve, là où se manifeste un souhait de mort des personnes aimées, que Freud aboutit, pour la première fois, à la notion de « désir du meurtre du père »13. De l’analyse du rêve « il ne savait pas qu’il était mort », Lacan dégage une logique, énoncée également dans le mythe de Totem et Tabou, dont l’« opérateur structural » est l’équivalence du père mort et de la jouissance :
« Ici, le mythe se transcende, d’énoncer au titre du réel – car c’est là ce sur quoi Freud insiste – que ça s’est passé réellement, que c’est le réel14, que le père mort est ce qui a la garde de la jouissance, est ce d’où est parti l’interdit de la jouissance, d’où elle a procédé. Problema con las comillas No Diana, se cita asi !!

« Que le père mort soit la jouissance se présente à nous comme le signe de l’impossible même »15.
Ce réel est impossible, au titre « de la butée logique de ce qui, du symbolique, s’énonce comme impossible. C’est de là que le réel surgit »16. Lacan nomme alors cet opérateur structural « le père réel », plaçant l’impossible au cœur de l’énonciation freudienne. L’énonciation du père réel, en tant qu’énonciation mythique, est destinée à cacher que le père réel est l’agent de la castration :
« La castration, c’est l’opération réelle introduite de par l’incidence du signifiant quel qu’il soit, dans le rapport du sexe. Et il va de soi qu’elle détermine le père comme étant ce réel impossible que nous avons dit »17.
Le texte du mythe, à travers l’idée du père tout puissant au principe du désir, aurait été extrait par Freud - à la manière de tous ses signifiants-maîtres, du désir de l’hystérique. Reproduire ces signifiants sans les critiquer revient à soutenir le maître, ce que l’hystérique veut. Le père réel reste ainsi masqué, il n’y a de place que pour le discours du maître, et guère pour celui de l’analyste.
Que la castration nécessite un habillage, c’est là la fonction que vient occuper l’énonciation mythique, dont Lacan a dégagé l’opérateur structural. Dans ce pari, la jouissance est le concept boussole : elle « sépare le signifiant-maître, en tant qu’on voudrait l’attribuer au père, du savoir en tant que vérité »18. Le savoir ne peut advenir à la place de la vérité si la jouissance continue à être attribuée à l’exclusivité du père.

Autrement dit : pour rendre compte de la généalogie du désir, il faut sortir du théâtre œdipien et de la mythologie : « La généalogie du désir en tant que ce dont il est question, c’est de comment il se cause, relève d’une combinatoire plus complexe que celle du mythe »19. Notons que ce détachement que Lacan est en train de produire vis-à-vis du désir de Freud, se fait au même moment que sa séparation avec le modèle de Lévi-Strauss :
« C’est pourquoi nous n’avons pas à rêver sur ce à quoi a servi le mythe dans le temps, comme on dit. C’est du métalangage que de s’engager dans cette voie, et à cet égard, les Mythologiques de Lévi-Strauss sont d’un apport décisif. Elles manifestent que la combinaison de formes dénommables du mythème, dont beaucoup sont éteintes, s’opère selon des lois de transformation précises mais d’une logique fort courte… ».
Le discours analytique doit s’aventurer par delà le métalangage de la mythologie et par delà l’analyse mythologique de Lévi-Strauss :
« Peut-être conviendrait-il de remettre en question si le discours psychanalytique n’a pas mieux à faire que de se vouer à interpréter ces mythes sur un mode qui ne dépasse pas le commentaire courant, au reste parfaitement superflu, puisque ce qui intéresse l’ethnologue c’est la cueillette du mythe, sa collation épinglée et sa recollation avec d’autres fonctions, de rite, de production, recensées de même dans une écriture dont les isomorphismes articulés lui suffisent. Pas de traces de supposition, allais-je dire, sur la jouissance qui y est cernée »20.
La jouissance constitue donc la boussole de la recherche psychanalytique qui suit à la trace le discours de l’hystérique et son insatisfaction. Sa vérité a en effet été cachée par la théâtralisation de l’hystérie et par les échos mythologiques tels qu’ils se font entendre autant chez Freud que chez Lévi-Strauss.


B- La schize entre le mythe d’Œdipe et celui de Totem et Tabou



Au cours de la séance du 9 juin 1971 Lacan entreprend alors de développer une analyse différentielle des mythes d’Œdipe et du père primordial. Il aborde chacun de ces mythes à partir de la trace de la jouissance contenue. Il existe une irréductible « schize » entre les deux mythes : « le premier est dicté à Freud par l’insatisfaction de l’hystérique, le second par ses propres impasses »21.

Dans le mythe de Totem et Tabou, il n’y a aucune trace de tout ce qui fait l’étoffe du premier mythe : ni du petit garçon, ni de la mère, ni du tragique du passage du phallus du père au fils. En outre, le père y jouit, ce qui reste voilé dans le mythe d’Œdipe par le terme de la puissance. Dans le récit du père primordial, la loi de l’inceste maternel est plutôt élidée, et cet interdit n’est pas justifié mythiquement22.

La fonction clé du mythe s’oppose dans les deux cas : tandis que dans le mythe d’Œdipe, c’est de la loi qu’est sortie la profusion de la jouissance, dans le mythe du père primordial, la jouissance se trouve à l’origine et la loi arrive ensuite. L’enjeu pour Lacan est de démontrer que la fascination pour le meurtre du Père a occulté la place problématique du père que le mythe d’Œdipe manifeste.

Ce mythe a été la réponse freudienne à l’appel du père par l’hystérique. C’est précisément de l’expérience avec l’hystérique que sont issues les données qui constituent le refus de la castration. Si, au centre de l’élaboration freudienne, on trouve le terme « meurtre du père », c’est en tant qu’il est le substitut de cette castration refusée. Lorsque le mythe de Totem et Tabou place du côté du Père la jouissance originelle, c’est un évitement équivalent à ce refus de la castration qui est en jeu.

Lacan poursuit cette interrogation du mythe d’Œdipe en recourant à la logique, dont l’usage s’avère pour lui congruent avec le contenu de l’inconscient. L’Œdipe, en effet, a pour condition logique qu’« il existe au moins un » pour qui la fonction phallique n’opère pas. Il articule ainsi l’approche indirecte que la femme peut avoir de l’homme. L’au moins un, en tant qu’affaire du discours, est une nécessité qui rend possible l’existence de l’homme comme valeur sexuelle. C’est, en revanche, du réel que la femme prend son rapport à la castration. Le pas toutes signifie ici le pas impossible : « il n’est pas impossible que la femme connaisse la fonction phallique »23. Ce pas impossible renvoie au contingent. La limite est posée par l’exigence qu’il existe « au-moins-un-homme », imposée par le fait que sur l’autre versant quelque chose fonctionne, mais comme un point idéal que tous les hommes peuvent atteindre par identification. L’au moins un, c’est ce « dont se supporte le Nom du Père, le nom du Père mythique » et, en tant qu’il fonctionne à échapper à la fonction phallique, c’est l’exception : Y a d’l’Un. Lacan explicite l’intérêt de la logique dans cette théorisation, en précisant la fonction du au moins un : « Cet Un tout seul qui se détermine d’être l’effet du dire-que-non à la fonction phallique, c’est très précisément le point sous lequel il faut que nous mettions tout ce qui s’est dit jusqu’à présent de l’Œdipe, pour que l’Œdipe soit autre chose qu’un mythe »24.

C- Freud, entre le sacrifice et la danse
Ernest Jones remarque la mise en série de Totem et tabou et la Traumdeutung. Ainsi25, quinze jours après la publication du "Totem" (c`est de cette manière que Freud nommait son livre) il rend visite au professeur, le trouvant plongé dans le doute et la peur, et lui demande pour quelle raison l`homme qui avait écrit L`interprétation des rêves peut avoir maintenant ces doutes. Freud répond à Jones: « A ce moment-là j`exposais le désir de tuer le propre père, et maintenant j`écris la mort effective; il y a après tout une grande distance entre un désir et une action ».

Comme nous l’avons dit, c’est dans La Traumdeutung que Freud avance son complexe d’Œdipe et énonce pour la première fois le désir de meurtre du père26, alors que pendant l’écriture de l’ouvrage il traverse le deuil de son père.

La lettre de Freud à Fliess du 2 novembre 189627 qui contient le récit du rêve rapporté à la mort de son propre père, débute avec la description de l`état dans lequel il se trouve: "la mort de mon vieux père m`a profondément affecté". Ensuite, à propos de son travail, il se définit comme "Pégase attelé à une charrue!". Le conflit qui porte la métaphore est patent: ce cheval ailé, qui a participé à tellement de prouesses héroïques, symbole du talent poétique est-il attelé à une charrue: soumis au domaine de l`Autre? Version sacrificielle devant la mort du père? "Freud se veut-il coupable de la mort de son père", nous dit Lacan dans La psychanalyse à l’envers28.

La fatalité d`avoir à écarter le Père, à laquelle le christianisme n`a pas pu échapper au dire de Freud dans Totem et tabou, ne serait-elle pas l`obstacle sur quoi Freud se heurte dans le mythe du parricide?29. Opération ayant échouée certes, puisque le résultat est le contraire: c'est le père qui se conserve dans la tentative de le faire disparaître. Au point qu`on peut lire Freud à la lettre, lorsqu`il parle de l`apparition de son "Totem" pour nommer son livre.

D’après l’analyse de Lacan, l`impossible du père réel30 aurait été la cause des théorisations freudiennes, qui a fait du père une place structurale, et qui aurait amené Freud à se heurter au destin religieux malgré ses tentatives de le dissoudre.
Freud disait dans Malaise dans la civilisation: "La religion elle-même peut ne pas tenir sa promesse. Quand le croyant se voit en définitive contraint d`invoquer les voies insondables de Dieu, il avoue implicitement que, dans sa souffrance, il ne lui reste, en guise de dernières et uniques consolation et joie, qu`à se soumettre sans conditions. Et s`il est prêt à le faire, il aurait pu sans doute s`épargner ce détour"31. Il pourrait difficilement s`épargner ce détour si celui-ci tourne autour de l'opérateur structural: l`équivalence père mort-jouissance. De là que l`évènement impliqué dans le récit du parricide, aurait nécessité de soutenir l`idée de la vérité historique que Freud entretient dans Le Moïse. Dans la deuxième Remarque Préliminaire écrite à Londres en 1938, en se référant à cette idée centrale, Freud dit de ce texte: "il apparaît à mon sens critique comme une danseuse qui fait des pointes"(p.137)32.

L’extrême intelligence et finesse de ce propos, nous fait sentir d’un seul coup la force de la pensée freudienne qui pousse à y revenir encore et encore. Cette réflexion autocritique nous réveille contre les usages - autant de son œuvre que de celle de Lacan – à couleur religieuse. Elle nous réveille des positions qui s’autorisent de je ne sais quel « Père Symbolique » (en majuscules) qu’il ne faudrait même pas toucher pour que la société toute entière ne s’effondre pas ! Elle nous permet entendre l’intervention de Susana Bercovich dans la présentation de notre ouvrage au Museo Trotski de Mexico DF, fin septembre 2013 33, où elle demandait : « El padre déclina ? O déclina la creencia en el padre ? ».

Et, pour conclure ce soir, elle nous permet de lire le traitement donné par Mostapha Safouan à ce qui se joue, dans la période d’écriture de Totem et tabou, pour l’histoire de la psychanalyse et de ses institutions :
« Je ne m’étendrai pas sur les événements qui ont marqué l’histoire de la psychanalyse entre 1910 et 1913. Freud lui-même en a parlé dans son Histoire du mouvement psychanalytique. On y trouvera le récit de ses efforts pour réconcilier les Viennois, en premier lieu Stekel et Adler. Puis leur échec, qui l’a obligé à pousser Adler à présenter sa démission à la Société de Vienne, comme il a poussé Jung à démissionner de sa position de président de l’IPA. Pour nous, le seul point important ici est que ce fut dans ces circonstances troubles, au moment même où la « défection » de Jung était une quasi-certitude, que Jones sortit de son chapeau l’idée du « comité secret », dont l’histoire constitue un chapitre clé du destin du mouvement psychanalytique »34.

1 Aux éditions Le Bord de l’eau, 2013.

2 Avec quelques exceptions remarquables, par exemple : Christian Geffray, Le Nom du Maître, Strasbourg, Arcanes, 1997 ; Bruno Karsenti, Moïse et l’idée de peuple. La vérité historique selon Freud, Paris, Les éditions du Cerf, 2012 ; Charles-Henry Pradelles de Latour, La dette symbolique, Paris, EPEL, 2014.

3 Carina Basualdo, « Une nouvelle version du mythe de la horde parricide : Les Structures élémentaires de la parenté de Claude Lévi-Strauss », in : Totem et tabou, cent ans après, Paris, Le Bord de l’eau, 2013.

4 Margaret Mead (1961), « Anthropology among the sciences », in Américan Anthropologist, new series 63 (3), p. 480 ; cité par Pulman, op. cit., p. 440.

5 Carina Basualdo, Lacan (Freud) Lévi-Strauss. Chronique d’une rencontre ratée, Paris, Le Bord de l’eau, 2011.

6 Carina Basualdo, « Une nouvelle version du mythe de la horde parricide : Les Structures élémentaires de la parenté de Claude Lévi-Strauss », in : Totem et tabou, cent ans après, Op. cit., p. 171.

7 Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre XVII : L’envers de la psychanalyse, op. cit., p. 114.

8 Sigmund Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1989.

9 J. Lacan, Ibid.

10 Ibid.

11 Séance du 11 mars 1970.

12 Op. cit., p. 138.

13 En effet, dans le Chapitre V de L’Interprétation des rêves, dans une partie consacrée aux rêves de mort des personnes aimées, Freud énonce pour la première fois le désir du meurtre du père.

14 Dans son article « Une clinique excédée » Guy Le Gaufey fait référence à ce qu’il appelle la « bizarrerie » de la construction freudienne : son insistance à soutenir que le meurtre du père a été un événement réel, et le situe dans le contexte de la discussion entre Freud et Jung de l’époque : « Jung, on le sait par sa correspondance avec Freud, le prie, le supplie, de ne pas commettre une nouvelle fois l’erreur qui avait été la sienne avec les hystériques, lorsqu’il avait pendant des années soutenu l’existence effective d’une séduction paternelle, avant de fort sagement renoncer à cette unique composante étiologique du symptôme et miser plutôt sur la réalité psychique du fantasme. Il est presque drôle de voir Claude Lévi-Strauss reprendre une argumentation identique cinquante ans plus tard : Le désir pour la mère ou la sœur, le meurtre du père et le repentir des fils, ne correspondent, sans doute, a aucun fait, ou ensemble de faits occupant dans l’histoire une place donnée. Mais ils traduisent peut-être, sous une forme symbolique, un rêve à la fois durable et ancien. Et le prestige de ce rêve, son pouvoir de modeler, à leur insu, les pensées des hommes, proviennent précisément du fait que les actes qu’il évoque n’ont jamais été commis [Les Structures élémentaires de la parenté, Paris, La Haye, Mouton & Cie, 1967, p. 563]. Le psychologue des profondeurs et le scientifique bon teint sont donc d’accord pour sermonner Freud, lequel avait cependant répondu du tac au tac à Jung : « Ce que vous dites là ressemble à ce que l’on disait avant la psychanalyse ». Loin de reconnaître dans son affirmation une exagération rétractable, Freud confirme et signe : le meurtre du père a bel et bien été un événement réel, les frères ont vraiment et effectivement tué le père, autrement dit : la réalité psychique n’explique pas tout ».

In : http://www.legaufey.fr

15 Op. cit., p. 143.

16 Ibid.

17 Op. cit., p. 149.

18 Op. cit., p. 151.

19 Ibid.

20 Op. cit., p. 155.

21 Ibid.

22 Op. cit., p. 156.

23 Op. cit., p. 46.

24 Op. cit., p. 117.

25 Ernest Jones, Vida y obra de Sigmund Freud, Editorial Anagrama, Barcelona, 1981, Vol.2, p.95.

26 J. Lacan, Le désir et son interprétation. Séminaire 1958-1959, Editions de l`Association Freudienne Internationale, publication hors commerce, pp. 325-26.

27 S. Freud, "La naissance de la psychanalyse", PUF, Paris, 1956, p.151.

28 J. Lacan, Le Séminaire livre XVII : L`envers de la psychanalyse (1969-1970), Seuil, Paris, 1991, p.141.

29 C`est ce qui dit Lacan dans Le Séminaire livre XX. Encore (1972-73): "Freud heureusement nous a donné une interprétation nécessaire -qui ne cesse pas de s`écrire, comme je définis le nécessaire- du meurtre du fils, comme fondateur de la religion de la grâce. Il ne l`a pas dit tout à fait comme ça, mais il a bien marqué que ce meurtre était un mode de dénégation qui constitue une forme possible de l`aveu de la vérité.

"C'est ainsi que Freud sauve à nouveaux le Père. En quoi il imite Jésus-Christ. Modestement, sans doute. Il n`y met pas toute la gomme. Mais il y contribue pour sa petite part, comme ce qu`il est, à savoir un bon juif pas tout à fait à la page" (p. 99).

30 J. Lacan, Le Séminaire livre XVII. L`envers de la psychanalyse (1969-70), Seuil, Paris, 199, p.143.

31 S. Freud, Malaise dans la civilisation, PUF, Paris, 1981, p.31.

32 Je me suis particulièrement attardée sur cette expression de Freud dans notre article « Un Moïse réel : la trace freudienne » en Essaim. Revue de Psychanalyse, Numéro 6 : Détours de la transmission, Editions érès, Ramonville Saint-Agne, 2000.

33 Dont on peut voir la vidéo sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=aIaXCN8QLKY

34 Moustapha Safouan, La Psychanalyse. Science, thérapie – et cause, Paris, Editions Thierry Marchaisse, 2013.




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