Source : Aujourd’hui en France jeudi 30 août 2012





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L’école, l’école et encore l’école !

Ce n’est pas en augmentant les moyens d’un système qui ne marche pas

que l’on obtient un système qui marche.

Le 24 juin 2013

Louis CALMELS, professeur agrégé R, Jean CASTEL, professeur d’université R, Pierre CHEVALLET, docteur habilité, ingénieur de recherche R, Dominique DOMURADO, chargé de recherche INSERM, Jean-Claude GALLEYRAND, professeur d’université, biophysique, Jean-Claude GÉGOT, maître de conférences, R histoire contemporaine, Michel LABONNE, directeur de recherche INRA R, Jean MAROT, professeur d’université R, mathématiques, Jean-Marie ROUSSIGNOL, consultant international honoraire réforme administrative et formation, etc., etc., … (R pour retraité).

Le président François HOLLANDE a confirmé dès son élection que l’Éducation nationale était la priorité des priorités. Lors de sa prise de fonction, Vincent PEILLON, confirmant que « la priorité accordée à l’éducation rester(ait) … prioritaire », annonça le lancement d’une large concertation pour « refonder l’école ». Le nouveau ministre de l’Education nationale souhaite ouvrir le débat à toutes les bonnes volontés. Répondant à cette invitation, plusieurs adhérents d’ICEO se sont associés pour écrire L’école, l’école et encore l’école ! fruit de leur expérience professionnelle et internationale.

Aucun responsable politique conséquent ne peut contester que l’amélioration de l’enseignement soit une impérieuse nécessité, économique, culturelle et politique, en Europe en général et en France en particulier.

En effet, dans une économie mondialisée, les pays européens1 ne peuvent espérer retrouver la compétitivité nécessaire à leur croissance s’ils ne préservent pas, ou n’améliorent pas, la qualité de l’enseignement délivré dans leurs écoles et leurs universités.





Source : Aujourd’hui en France jeudi 30 août 2012

Depuis de très nombreuses années, les syndicats d’enseignants majoritaires font de l’augmentation des postes et des moyens l’alpha et l’oméga de leurs revendications et de leurs propositions.

Pour répondre aux attentes de son « électorat naturel », François HOLLANDE a annoncé son intention de mobiliser de nouveaux moyens pour l’Éducation nationale, notamment la création de 60 000 postes2 durant son quinquennat, à raison de 12 000 postes par an.

Permettons-nous de lui faire remarquer que ces 12 000 postes, s’ils sont tous attribués à l’enseignement, ne permettront d’augmenter, en cinq ans, le personnel de chaque établissement3 que d’une unité.

Il est donc évident que ces postes, qui seront bien sûr les bienvenus4 pour les heureux bénéficiaires, ne peuvent pas à eux seuls régler les nombreux problèmes posés au futur ministre de l’Éducation.

Cependant, en raison des mesures d’austérité réclamées par les agences de notation, et conséquemment imposées par les responsables de la zone euro, il est aujourd’hui hautement improbable que le nombre d’enseignants puisse être augmenté rapidement et massivement.

De toute façon, si, miraculeusement, la situation économique permettait de créer cinq fois plus de postes par an, le ministère serait dans l’incapacité de trouver tous les personnels à recruter. En effet, le vivier d’enseignants potentiels est minuscule pour de nombreuses disciplines, même si l’on est particulièrement peu exigeant sur les critères de recrutement.

D’autre part, maints observateurs indépendants font remarquer depuis des années5 que les augmentations du nombre d’enseignants6, quand elles ont pu avoir lieu, n’ont jamais permis à elles seules de lutter contre l’échec scolaire.

Dès lors, comment peut-on espérer pallier la dégradation du système éducatif français si on est dans l’impossibilité de répondre aux attentes du corps enseignant, telles que formulées par la plupart de ses syndicats ?

Bien que l’école ne soit pas une entreprise ordinaire, rien n’interdit de lui appliquer les mesures de bon sens qui permettent d’optimiser les moyens dont on dispose.

Le nombre d’heures d’enseignement étant limité, par la capacité d’absorption des élèves, par le nombre d’enseignants, lui-même limité, il faut que le temps de présence des enseignants devant leurs élèves soit utilisé au mieux pour instruire et transmettre les savoirs fondamentaux puis ensuite les savoir-faire. Actuellement on est souvent loin du compte.

Dans le secondaire, sur les 60 minutes de présence en classe, prévues par l’emploi du temps scolaire, certains enseignants ne peuvent espérer que quelques rares minutes d’attention de leur auditoire.

Les multiples causes de cette situation sont parfaitement identifiées7.

En face d’élèves en difficulté et souvent perturbés, il est très difficile pour des enseignants mal préparés et souvent mal formés de capter leur attention, de les persuader de l’importance de la connaissance des savoirs fondamentaux, de les préparer ensuite au monde du travail.

Les enseignants

1° Salaires

Exiger du ministre de l’Éducation nationale qu’il accroisse la quantité et la qualité des enseignants à budget constant revient à lui demander de résoudre la quadrature du cercle, car on ne peut espérer recruter les enseignants de qualité8 dont on a cruellement besoin sans revaloriser significativement leurs salaires.

Pour que le métier d’enseignant redevienne attractif, il faut lui redonner l’autorité et le prestige qu’il a petit à petit perdus. Bien que le niveau de rémunération ne soit pas la seule motivation des postulants, si l’on veut pouvoir embaucher de bons maîtres respectés, il faut commencer par leur donner un salaire respectable.

Dans l’état actuel de la gestion de la carrière des fonctionnaires, il faudrait modifier le nombre de points d’indice attribué aux échelons de chaque catégorie d’enseignants (professeurs agrégés, professeurs certifiés, professeurs des écoles etc.). Cela aurait pour conséquence de provoquer très rapidement des revendications salariales dans les catégories de fonctionnaires ayant des diplômes équivalents à cause des règles de la fonction publique9. Par conséquent, si l’on veut faire de l’Éducation nationale une priorité, il faut changer les règles de gestion des personnels.

2° Vivier

Le système de recrutement des jeunes enseignants et les conditions d’enseignement actuels ne permettent pas de fournir aux établissements scolaires les professionnels dont ils ont le plus grand besoin.

La dernière session de recrutement du CAPES est particulièrement éclairante. De très nombreux postes n’ont pu être pourvus, faute de candidats compétents, notamment en mathématiques10. Il faut être singulièrement étranger au marché du travail, tel qu’il est aujourd’hui, pour penser pouvoir recruter de bons professeurs de mathématiques avec les conditions professionnelles et salariales qui sont actuellement proposées. La finance et l’informatique pillent depuis plusieurs décennies toutes les filières du supérieur d’où provenaient traditionnellement les scientifiques et les mathématiciens d’excellence français.

Dans l’économie libérale actuelle, il n’est pas étonnant qu’un détenteur d’une maîtrise de mathématiques soit peu enclin à affronter, en début de carrière, une classe rebelle pour un salaire de moitié inférieur à ce que la plus modeste entreprise informatique peut lui proposer, d’autant plus que pour être titulaire il doit passer un concours de recrutement (CAPES, Agrégation).

Il y a finalement peu de candidats pour accepter de se diriger vers le métier d’enseignant dans les matières scientifiques et ceux qui acceptent ces conditions, le font malheureusement plus souvent par défaut ou par facilité que par vocation. Il n’y a pas d’enseignement possible sans une part de vocation et la relation « enseignant - élèves » passe obligatoirement par une composante affective.

C’est pourquoi, bien que les conditions de travail soient encore plus difficiles que pour leurs collègues masculins, les femmes acceptent de postuler, pensant à tort ou à raison, que l’emploi du temps de cette activité est plus compatible avec leur projet parental. Cela entraîne une forte féminisation du corps enseignant (sauf en physique et dans les disciplines technologiques). Est-ce une bonne chose pour l’équilibre des établissements ?

La République française a toujours su user de modes de recrutement originaux pour trouver les personnels dont elle avait une nécessité urgente. Il n’est donc nul besoin de faire preuve de beaucoup d’imagination pour créer, ou recréer, les contrats de travail et les profils de carrière propres à attirer de bons postulants pour les emplois mis au concours.

3° Ancien régime

En raison du nombre croissant d’étudiants dans les universités, on a pensé pouvoir faire des économies en se passant des écoles et des filières de formation spécifiques. En comptant sur le marché pour résoudre des problèmes qui relèvent d’une saine planification, on a obtenu le triste résultat qu’on déplore aujourd’hui.

Il est regrettable que l’Éducation nationale ait abandonné les écoles de formation précoce, au moment où les dirigeants des clubs de football désargentés les mettaient en pratique avec succès11.

Le nouveau président « normal » serait bien inspiré d’œuvrer pour la remise en routes des écoles normales que les instituts de formation ont tenté de remplacer avec le succès que l’on sait ; ces IUFM ayant, en plus, été peu à peu vidés de toute véritable formation au métier. On peut aussi rappeler la réussite des IPES dans les années soixante. Ces écoles ont permis à des générations d’enfants de familles modestes de devenir enseignants. Issus de milieux défavorisés, ces maîtres connaissaient la vie de leurs élèves pour l’avoir souvent vécue. Cela leur donnait souvent l’autorité naturelle12 de celui à qui on ne la fait pas.

Les élèves

Tous les élèves et tous les environnements éducatifs étant différents, les chances de réussite scolaire sont essentiellement inégales.

L’Éducation nationale prétend donner à tous les enfants d’une classe d’âge la même chance de réussite scolaire. Cette prétention s’avère présomptueuse dès sa formulation. En effet, elle sous-entend un certain nombre de conditions préalables, en particulier le désir d’apprendre ou le projet professionnel des élèves, qui ne pourraient être réunies que dans un univers scolaire parfait13.

Si par miracle on pouvait mettre devant tous les élèves des enseignants de grande qualité, on n’offrirait que partiellement une chance de réussite scolaire identique à tous les enfants scolarisés, car les enfants qui vivent dans des environnements familiaux et sociaux différents viennent à l’école avec des chances de réussite scolaire elles-mêmes différentes. Les systèmes pédagogiques, qui se donnaient pour ambition de mettre un terme à cette situation, n’ont le plus souvent conduit qu’à un nivellement de la formation scolaire par le bas et à une diminution significative du nombre d’élèves issus des milieux les plus défavorisés, dans les filières d’excellence.

Plus les élèves sont issus de milieux défavorisés, plus il faut que leurs enseignants soient de qualité et d’expérience. Tous ceux qui ont fait leurs études à l’époque où un petit nombre d’adolescents recevaient un enseignement secondaire et supérieur savent que de mauvais enseignants avec des élèves de milieux culturels favorisés n’empêchent pas la réussite.

Pour que les minutes passées devant le maître soient le plus profitables possible aux élèves, il faut qu’ils soient physiquement et psychologiquement susceptibles d’être réceptifs aux messages délivrés. Il est trivial de rappeler qu’un enfant qui dort sur son pupitre par manque de sommeil et/ou de calories n’est pas en état d’apprendre.

Aucune école, même la mieux protégée et la plus sanctuarisée, ne peut échapper aux contingences sociales du quartier où elle est située. En entrant en classe, aucun élève ne peut totalement oublier les vicissitudes de son existence. La plupart des enfants retrouvent chaque soir leur milieu familial (ou ce qui en tient lieu). Ces heures passées en famille peuvent renforcer le message du maître, le stériliser ou le contredire.

Il est des enfants dits « défavorisés » dont les parents parlent un « mauvais français », ou ne parlent pas français du tout. Peut-on imaginer, que ces enfants puissent tirer des heures d’école le même profit que ceux dont les parents sont présents, usent d’un français grammaticalement irréprochable, n’ont pas de fin de mois difficile, ne boivent pas, ne se battent pas, ne se séparent pas? Cela semble tout à fait utopique sauf pour quelques rares exceptions.

Les sociétés totalitaires et les régimes théocratiques, qui ont cherché à couper les élèves de leur milieu social et familial d’origine, pensaient pouvoir favoriser la naissance d’« hommes nouveaux » fondus dans un même moule. L’histoire a montré qu’il était particulièrement contre-productif d’ignorer voire de fustiger les familles des élèves. Malgré cela, aujourd’hui encore des « responsables pédagogiques » pensent favoriser la scolarité de certains enfants en les éloignant d’un milieu familial et d’un environnement supposés néfastes pour l’étude.

Le « bussing » qui participe de ce présupposé pédagogique n’a pas donné de résultats vraiment convaincants. Beaucoup utilisé aux États-Unis pour éviter les écoles ethniques14, il a pour ambition de créer une mixité sociale qui n’existe plus. En disséminant les enfants, on les isole de leur milieu d’origine et on éloigne un peu plus leurs parents de l’institution scolaire.

Or, on sait depuis Jules Ferry, et toutes les études l’ont confirmé, qu’une bonne scolarisation était une scolarisation acceptée et désirée15, tant par les enfants que par leurs familles. Avant la seconde guerre mondiale, il a fallu de longues années aux maîtres de la France rurale pour convaincre tous les parents d’enfants scolarisables de l’importance d’envoyer tous leurs enfants à l’école régulièrement16, quelle que soit l’actualité des travaux des champs.

L’importance de l’école semblant aujourd’hui presque unanimement reconnue, on pourrait espérer que tous les parents d’élèves deviennent les collaborateurs zélés des maîtres de leurs enfants. Or, il n’en est malheureusement rien. De nombreux parents n’ont visiblement pas compris, ou ne veulent pas comprendre, ou sont malheureusement dans l’impossibilité de comprendre que la réussite scolaire de leurs rejetons dépend autant de leur travail à l’école que de leur mode de vie hors de l’école. De moins en moins pensionnaires des établissements qu’ils fréquentent, la santé psychologique et physiologique des élèves est corrélativement plus sensible à leur milieu familial.

Ce qui est important, quelle que soit l’origine sociale des enfants, devient ainsi primordial en ce qui concerne les élèves des milieux les plus défavorisés. La scolarisation de ces enfants ne peut se faire de façon bénéfique qu’avec un assentiment minimum de leur milieu parental, qu’avec une sollicitude particulière du corps enseignant, des services sociaux et des élus locaux.

L’école peut apporter à tous les élèves les compléments alimentaires nécessaires à une bonne nutrition, elle ne peut malheureusement pas leur donner les heures de sommeil qui leur manquent.

Un aspect fondamental de l’éducation est aujourd’hui totalement oublié non seulement par l’école mais par l’ensemble de la société libérale et libertaire.

L’enfant n’est pas un adulte en miniature. Le rôle de l’éducation est de le faire passer de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte.

Le jeune enfant a une volonté de puissance et de domination qu’il faut lui apprendre à contrôler. Tous ses désirs ne doivent et ne peuvent être assouvis. Il n’y a rien de pire que le mythe de l’enfant-roi sinon celui du garçon-roi des cultures méditerranéennes.

La consommation sans retenue qui devient de plus en plus le fondement de notre société a des conséquences désastreuses sur les jeunes : on veut tout et tout de suite.

Éduquer, c’est inculquer les notions de don et de partage sans lesquelles la vie en société ne peut engendrer que des conflits. Il faut apprendre à donner si on veut recevoir des autres. La vraie liberté est celle qui s’établit dans l’échange. Ne pas se soumettre aux autres, cela ne signifie nullement qu’il faille avoir avec eux des rapports uniquement conflictuels, mais cela ne signifie pas non plus qu’il ne faille pas s’affirmer en tant qu’individu responsable. Éduquer, c’est sans doute permettre à l’enfant de trouver ce juste milieu.
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