1. Réseaux missionnaires et capitalisme : liens personnels et échanges de services





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Le missionnaire et l’entrepreneur dans les colonies françaises
Claude Prudhomme, professeur d’histoire contemporaine, Université Lumière- Lyon 2, Umr 5190 Larhra
Chacun connaît l’affiche éditée par le Parti communiste français pour les élections législatives de 1932 : au sommet trône un capitaliste gras et affublé de tous les signes distinctifs qui permettent de l’identifier sans hésitation1 ; à sa droite, un peu plus bas, un colon reconnaissable à son casque brandit un fouet ; à sa gauche un ecclésiastique opulent, bréviaire à la main, lui fait pendant ; l’un et l’autre surplombent des files de travailleurs indigènes courbés qui accumulent à leurs pieds les produits destinés à enrichir la trilogie impérialiste. Sans doute pourrait-on se contenter de voir dans cette présentation un discours de circonstance, trop caricatural pour mériter de s’y attarder. Ce serait oublier qu’il a pu trouver dans l’opinion publique un écho et a le mérite de poser crûment la question souvent contournée du rôle de la mission chrétienne dans la diffusion de « l’esprit économique impérial ». Notre propos sera donc d’examiner, dans la mesure où l’information est disponible, les relations complexes entre intérêts économiques et missionnaires dans l’espace colonial, et cela d’un triple point de vue. Le premier cherche à percevoir le rôle des missionnaires dans la constitution des réseaux économiques impériaux. Le second vise à s’interroger sur le poids des missions chrétiennes dans le flux des capitaux, l’appropriation du sol et la production de biens ou de services. La troisième entrée, sans doute la plus féconde, entend poser la question des liens entre ethos missionnaire et esprit du capitalisme, pour reprendre l’expression proposée par Didier Péclard à propos de l’Angola2. Peut-on pour autant aller au-delà de discours généraux sur l’alliance des trois C (Christianisme, Commerce, Civilisation) prônée par Livingstone et discerner dans l’action missionnaire une participation consciente ou inconsciente à la diffusion de nouveaux modèles économiques?
1. Réseaux missionnaires et capitalisme : liens personnels et échanges de services
Après avoir rêvé de fonder des royaumes chrétiens placés sous leur autorité morale et spirituelle, les missionnaires français, catholiques ou protestants, ont généralement considéré que la conquête coloniale constituait une opportunité, et même une occasion providentielle, qu’il fallait saisir. Ils n’ont donc pas hésité à rechercher la protection du gouvernement, fût-il républicain, et cela même au temps de la laïcité anticléricale militante. Malgré les consignes de prudence venues de Rome, ils affichent leur fidélité et leur patriotisme, et mettent un point d’honneur à se présenter comme les meilleurs représentants de la France outre-mer. Ils voient dans cette alliance un double avantage. Elle démontre d’abord que la colonisation ne peut réussir sans christianisme, parce qu’il n’y a pas de civilisation sans religion et réciproquement. Elle vérifie ensuite outre-mer que la laïcisation menée en métropole est plus qu’une erreur, une menace pour la cohésion de la société française et la moralité des citoyens. Sans renoncer à leur priorité, la conversion et le salut des peuples païens, les missionnaires concilient de la sorte objectifs apostoliques et nationaux.
Cette volonté de contribuer à l’influence politique et culturelle de la France fille aînée de l’Église catholique est une dimension bien connue et documentée de l’action missionnaire. Elle s’exprime largement dans la littérature de propagande et constitue un argument récurrent dans la correspondance entre sociétés missionnaires et autorités françaises dès lors qu’il s’agit d’obtenir une garantie, une protection ou une subvention. Mais cet engagement national a-t-il également comporté une dimension économique et l’action missionnaire sur le terrain a-t-elle développé des modes d’intervention qui témoignent de connexions avec les réseaux financiers impériaux ? La réponse à ces questions est difficile, faute de sources, existantes ou accessibles, sur les ressources des sociétés missionnaires, ou faute de travaux universitaires attentifs à cet aspect. Cette contribution n’a donc pas d’autre ambition que de dresser un état des lieux partiel et provisoire et de proposer quelques pistes de recherche
Une première approche passe par l’étude des réseaux missionnaires qui se mettent en place au milieu du xixe siècle. Ils sont de deux types. Certains sont orientés exclusivement vers le financement des différentes missions et n’interviennent pas directement sur le terrain. Ils donnent naissance en France à une série d’associations catholiques qui recueillent les aumônes des fidèles : œuvre de la Propagation de la foi pour financer les missions en général (1822) ; œuvre des Ecoles d’Orient : œuvre de la Sainte-Enfance pour recueillir et élever les orphelins (1843) ; œuvre de Saint-Pierre-Apôtre pour former le clergé indigène (1889) ; œuvre antiesclavagiste (1890), voulue par le cardinal Lavigerie et le pape Léon xiii. Toutes ces œuvres naissent en France, à l’initiative de laïcs pour la Propagation de la foi et Saint-Pierre-Apôtre, de clercs pour les autres. Mais leur direction est transférée à Rome et leur regroupement donne naissance en 1922 aux œuvres pontificales en faveur des missions, placées sous le contrôle direct de la papauté.
Une deuxième type de réseaux se développe à partir et autour de chacune des sociétés missionnaires, protestantes (Missions évangéliques de Paris) et surtout, pour la France, catholiques. Si la société des Missions étrangères de Paris est une association de prêtres séculiers, toutes les autres sont des congrégations religieuses fondées sous l’Ancien Régime (jésuites, lazaristes), parfois réactivées au xixe siècle (spiritains), le plus souvent créées au xixe siècle (maristes, oblats de Marie Immaculée, missions africaines de Lyon, pères blancs). Elles ont en charge d’immenses territoires et doivent assurer leur financement à partir de fonds propres, de subventions privées ou publiques.
La collecte de ressources représente pour toutes ces associations un défi permanent, d’autant que les besoins sont constamment en hausse au fur et à mesure que le champ des interventions s’étend, le nombre de stations et d’œuvres missionnaires augmente. Pour y faire face, elles ont toutes repris le modèle inventé à la fin du xviiie siècle par la London Missionary Society3. Il repose sur le recours systématique aux fidèles qui sont invités à fournir une participation modeste mais régulière. En échange de son engagement le cotisant reçoit un bulletin qui le tient au courant des progrès des missions et de l’usage des fonds. Le modèle est introduit en France par l’œuvre lyonnaise de la Propagation de la foi qui demande à ses associés un sou hebdomadaire et publie un bulletin appelé à une grand succès de diffusion, les Annales de la propagation de la foi.
Ce dispositif présente l’avantage d’assurer l’indépendance financière et d’éviter d’être soumis aux pressions d’un mécène généreux mais intéressé. Néanmoins, il n’interdit pas le recours à des souscripteurs plus fortunés ni de nouer des liens avec des sociétés commerciales. Nous savons ainsi, grâce à la thèse de Richard Drevet, que l’œuvre de la Propagation de la foi concilie efficacement la collecte des aumônes et des appuis ponctuels dans les cercles économiques. La composition de ses deux Conseils de direction à Lyon et Paris (appelés Conseils privés), notamment celui de Lyon qui recrute parmi des notables issus des milieux d’affaires, facilite en effet des relations directes avec les milieux bancaires et commerciaux lyonnais. On observe ainsi des liens suivis avec la banque Guérin qui gère les placements de l’œuvre et assure les principales transactions, alors que le Conseil parisien penchait en faveur de la Banque de France. De la même manière, et pour en rester au cas lyonnais, l’envoi des missionnaires maristes dans le lointain Pacifique conduit à passer des accords avec des compagnies de navigation pour obtenir des conditions avantageuses de transport. La congrégation parisienne des Sacrés-Cœurs (Picpus), chargée des missions d’Océanie orientale, avait de son côté fait construire un navire de 128 tonnes pour le transport des missionnaires, avec l’espoir de le rentabiliser en l’utilisant pour les relations entre les îles ; mais son naufrage tragique en 1843 avait dissuadé de poursuivre dans cette voie4.
Ces combinaisons relèvent toutefois de liens personnels, marginaux et ponctuels, sans effet véritable sur le développement des réseaux économiques impériaux. Elles permettent aux sociétés missionnaires d’obtenir des facilités, aux entreprises de s’attacher une clientèle et des marchés très ciblés, liés aux besoins des missions. Leur volume ne saurait fournir la base d’une activité réellement rémunératrice. Si l’appui de ces milieux financiers aux missionnaires a pu être rentable, il n’a sans doute pas été la motivation première de leur soutien dans la plupart des cas. Le testament laissé par Cyrille Cottin, emblématique de ce patronat catholique investi dans l’œuvre de la Propagation de la foi comme membre du Conseil de Lyon, confirme la générosité raisonnable de cet industriel qui sait distinguer activité professionnelle capitaliste et bonnes œuvres catholiques5.
Si, structurellement, les missions présentent un intérêt secondaire du point de vue d’une stratégie capitaliste, faute de rentabilité, si l’aide apportée conjoncturellement par des financiers et des industriels à des associations ou des personnalités missionnaires s’inscrit dans une autre logique, il existe par contre une pratique très répandue d’échange de services. On en trouve une illustration dans le rôle joué par des missionnaires pour collecter des informations économiques utiles. Dans quelques cas, on peut même assimiler le missionnaire à un agent de renseignement économique dans des contextes particuliers où il est seul capable de fournir l’information souhaitée. L’exemple connu le plus remarquable est sans doute celui du marché de la soie en Chine. Le périodique de l’œuvre de la Propagation de la foi, les Annales de la propagation de la foi 6, publie en 1857 une « Note » de quinze pages rédigée par le père Hélot, jésuite, pour la Chambre de Commerce de Lyon ; le missionnaire y livre les résultats de l’enquête qu’il a menée afin de percer le secret d’un colorant vert utilisé par les Chinois pour teindre les toiles de coton ; il annonce l’envoi d’un second rapport sur l’élevage des vers à soie dans la région où il réside. On trouve un autre exemple de ces interventions ponctuelles, liées à des liens locaux et personnels, à propos du Japon. En 1895, un missionnaire lyonnais ’’indépendant’’ (non rattaché à une société missionnaire), Francisque Marnas, issu d’une famille de soyeux lyonnais, s’embarque vers le Japon muni d’un questionnaire remis par la Chambre de Commerce de Lyon afin de recueillir des informations sur les soieries japonaises, tant d’un point de vue géographique que technique7.
Cependant, là encore, il ne semble pas possible d’aller au-delà de cas particuliers qui ont ponctuellement un intérêt économique plus large. On pourrait de la même manière multiplier les exemples de relations liées à la parenté et la sociabilité catholique. Quelques missionnaires français issus d’une bourgeoisie d’affaires provinciale, lyonnaise et lilloise notamment, ont mobilisé les réseaux familiaux en faveur de leur action. En sens inverse, des initiatives économiques peuvent compter sur l’aide des missionnaires de terrain. La Mission commerciale lyonnaise de 1895-1896 est hébergée par des missionnaires catholiques conformément à une tradition d’hospitalité dont bénéficient tous les voyageurs outre-mer8. Mais Henri Brenier, le secrétaire de la Mission, ne mêle jamais dans ses analyses missions et commerce ; quand il décrit les établissements catholiques fondés par les missionnaires français, il n’en tire aucun argument pour une future pénétration commerciale9 ; s’il entretient des liens personnels avec les Missions catholiques en Asie et s’il est abonné à des revues missionnaires, il sépare lui aussi activité professionnelle et convictions religieuses. On pourrait en dire autant des milieux d’affaires catholiques lyonnais, qui ont pris la tête de la Chambre de commerce avec le banquier Édouard Aynard et le soyeux Ulysse Pila, homme orchestre du ’’parti colonial’’, bien connu grâce aux travaux de Jean-François Klein10. Ralliés à la colonisation, ils mobilisent les milieux missionnaires à l’occasion de l’exposition coloniale de 1894, mais ils restent des catholiques libéraux qui maintiennent la distinction entre engagements du croyant et stratégies de l’homme d’affaires.
Plus remarquable est la situation décrite par le chroniqueur père blanc des débuts de la mission au Rwanda/ Mgr Hirth se présente à Nyanza à la cour du mwami accompagné du chargé d’affaire et d‘une escorte militaire allemands (en février 1900). Cette anecdote ne suffit cependant pas à établir une action concertée et relève de la convergence momentanée entre ces trois acteurs du monde colonial.  Et on ne connaît pas d’exemple comparable dans le monde colonial français.
2. Un cas particulier : le lobby lyonnais au Levant11
Au moins un cas de lobby colonial unit étroitement missionnaires, entrepreneurs et politique extérieure française, celui des Lyonnais intéressés au Levant entre 1860 et 1939. Rappelons brièvement les principales étapes de la constitution de cet important groupe de pression. Avant 1860, Lyon pouvait déjà se prévaloir d’une double présence :

  • missionnaire à travers les lazaristes, puis les jésuites de la province de Lyon qui reçoivent en charge les missions de Syrie (1843). L’œuvre de la Propagation de la foi qui finance les missions catholiques présente en outre l’avantage d’être elle aussi née à Lyon en 1822, ce qui facilite l’entretien de relations directes entre les bailleurs de fonds et les jésuites.

  • économique avec l’implantation de soyeux qui ont suivi l’exemple de Prosper Portalis et exportent outre-Méditerranée le modèle des usines-internats12. Cinq filatures sont installées par les soyeux lyonnais entre 1840 et 1850 ; en 1867, on en compte soixante-sept qui procèdent à un véritable transfert de technologie (avec l’introduction de la vapeur)13. Les liens sont stimulés par le percement du canal de Suez auquel la Chambre de commerce de Lyon donne son appui.


Les événements dramatiques de 1860 au Liban fournissent l’occasion à ces différents acteurs de se placer, de fait, sous la protection de la France et donnent un nouvel élan à la tradition du protectorat de la France sur les missions dans l’Empire ottoman. Fondée sur les Capitulations du xvie siècle, l’extension de la protection aux maronites du Liban constitue une base juridique fragile mais elle est imposée par la France de manière unilatérale malgré les réticences du Saint-Siège. Le moment 1860 se révèle crucial pour les soyeux lyonnais et décisif pour les liens avec la Syrie. Le traité de libre-échange entre la France et l’Angleterre détermine une nouvelle donne commerciale et rend plus nécessaire que jamais une politique économique active pour défendre les intérêts industriels et commerciaux régionaux. La révolte druze pousse dans le même temps les missions catholiques à expérimenter l’utilité d’un protecteur séculier. Sans doute, on ne trouve pas trace de pression de la Chambre de commerce de Lyon pour demander une intervention militaire française, d’autant que les filatures du Mont Liban ne sont pas visées en règle générale ; mais elle encourage la propagande en faveur d’une coalition et l’intervention militaire de 1860 devient événement référent, bientôt inscrit dans la tradition (inventée) d’une coopération traditionnelle franco-maronite.
Le décollage du lobby lyonnais s’effectue ensuite dans les années 1870 et connaît une accélération durant le dernier quart de siècle. Il s’adapte à l’évolution du marché dans le dernier tiers du siècle et passe de la fabrique au commerce ; les capitaux lyonnais sont majoritaires dans la construction du port de Beyrouth et de la route Beyrouth-Damas. Le réseau s’organise alors autour de trois chefs d’orchestre, véritables missionnaires laïques qui partent sur le terrain pour accomplir des missions et mettre en place des relais :

  • Ennemond Morel, un soyeux qui reprend la maison Arlès-Dufour avant de devenir un étonnant homme de relations et de réseaux. À la fois « missionnaire » de la Chambre de commerce, pour laquelle il effectue des voyages en Syrie et dans l’empire ottoman, président de la Société de géographie de Lyon, Président de la Société d’Economie Politique et des Amis de l’Université, vice-président de la Chambre de commerce à partir de 1911, il joue un rôle central dans la naissance de l’Aldeest (cf. ci-dessous)14.

  • Louis Lortet (1836-1909, médecin, franc-maçon, premier doyen en 1877 de la Faculté de médecine et de pharmacie de Lyon, est le promoteur de la Faculté de médecine de Beyrouth. Il effectue plusieurs voyages d’études et multiplie les contacts en Syrie en 1875 et 1880, en Égypte en 1894, de manière annuelle entre 1900 et 1909. Il participe régulièrement aux jurys qui délivrent les diplômes de médecine en 1891, de 1893 à 1897, en 1907.

  • Paul Huvelin15 (1873-1924), professeur de droit, spécialiste réputé de droit romain, commence en 1911 une série de missions d’études en Orient. Il prononce la leçon inaugurale de l’École de droit à Beyrouth le 14 novembre 1913.


Les trois hommes ont pour interlocuteurs les jésuites de la province de Lyon en fonction à Beyrouth, en particulier le père Rémi Norman, supérieur de la mission de Syrie entre 1876 et 1887, et le père Claudius Chanteur, supérieur provincial à Lyon de 1892 à 1918. L’entente n’est pas troublée par les péripéties des luttes religieuses en France et donne naissance à un véritable pôle universitaire francophone au Liban grâce à une remarquable ingéniosité pour contourner les obstacles nés de la laïcisation. Ils participent à la mise en place d’associations qui assurent la synergie entre commerce, missions et université. La plus ancienne est la Société de géographie de Lyon (1873), fondée grâce à l’union de personnalités de la Chambre de commerce, de l’université, de l’armée et des milieux missionnaires comme l’abbé Laverrière, directeur des Missions catholiques. Un peu plus tard s’ajoutent le Comité d’extension universitaire en Orient (Ceuo, créé en 1912), puis l’Aldeest (Association lyonnaise pour le développement à l’étranger de l’enseignement supérieur et technique) en 1913 via le Comité d’extension universitaire en Orient.
L’Aldeest est l’organisme pivot du système ; elle permet de maintenir les aides financières accordées par le quai d’Orsay et menacées par la séparation des Eglises et de l’État. Les statuts, rédigés par Huvelin, sont votés le 24 février 1913 par le Conseil de l’Université sur proposition du Ceuo. L’Association réunit des représentants de l’Université de Lyon, de la Chambre de commerce, des ministères des Affaires étrangères et de l’Instruction publique. Elle devient l’intermédiaire nécessaire pour mettre en place une coopération durable sur le plan administratif et financier. Elle loue des locaux au sein de l’Université Saint-Joseph, pour installer deux nouvelles Ecoles confiées aux Jésuites : l’Ecole de droit et l’Ecole technique. Pour ces deux créations en 1913 , le Ministère des Affaires Etrangères accorde 60 000 francs et le ministère de l’Instruction publique 10 000 francs. La Chambre de commerce de Lyon s’engage pour 6 000 francs en faveur de l’École technique et sollicite une subvention du ministère du Commerce. Cette coopération est emblématique d’un microcosme lyonnais réuni par la fréquentation de lieux de sociabilité propres aux notables (Société des amis de l’Université, Société d’économie politique, cercles). Ils choisissent de mettre entre parenthèses leurs divergences politiques et philosophiques au nom d’une certaine idée de Lyon et de la France, et espèrent trouver dans cette configuration une aide précieuse pour atteindre leurs objectifs.
Les perspectives ouvertes par la victoire en 1918 marquent l’apogée du système avec la création d’un Comité lyonnais de défense des intérêts français en Syrie (25 octobre 1918) sous l’égide de la Chambre de commerce. La composition du Comité résume l’union sacrée pour le Liban et la Syrie. Les présidents d’honneur sont le maire radical Édouard Herriot et l’industriel catholique, président de la Chambre de commerce, Auguste Isaac. Le président en est le soyeux Ennemond Morel et le secrétaire Paul Huvelin, tandis que la fonction de trésorier revient à Terrail, président de l’Union des marchands de soie, membre du Conseil privé de l’œuvre de la propagation de la foi. Un comité d’honneur réunit le président de la République Poincaré, le président du Conseil Clemenceau, le directeur de l’Alliance française Gauthier, le directeur de la Mission laïque française Martin Bienvenüe, le directeur de l’œuvre d’Orient, Mgr Charmettant, le chancelier jésuite de l’Université de Beyrouth de 1895 à 1923, le père Cattin, le recteur de l’Académie de Lyon, Joubin, et plusieurs professeurs d’université…
Cette mobilisation œcuménique connaît son apothéose avec le Congrès français de la Syrie à Marseille (1919) qui prépare le passage de la Syrie et du Liban sous mandat français. Mais elle est éphémère ; en effet, très vite l’unanimité n’empêche pas chaque acteur de viser d’abord à renforcer ses positions et de choisir la stratégie la plus adaptée à son objectif principal. Les jésuites continuent à être les principaux formateurs d’élites francophones et francophiles et le père Henri Jalabert (1877-1943) est le chantre infatigable des bienfaits de la collaboration entre la République et les jésuites16. Mais, dès les années 1930, la Compagnie de Jésus développe l’enseignement de l’arabe et se prépare à la perspective d’une libanisation de la vie politique et économique17.
3. Le poids des missions dans l’économie des colonies
Si l’approche par les réseaux permet de repérer des connexions, elle risque de donner une importance excessive à des situations particulières. En effet il ne faut pas confondre l’importance objective des faits relevés avec leur visibilité ou la publicité dont ils sont l’objet. Il convient donc d’examiner en parallèle le volume des investissements missionnaires dans le monde colonial pour en mesurer le poids relatif.

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