Philippe Askenazy, directeur de recherche au cnrs, Ecole d’économie de Paris





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Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS, Ecole d’économie de Paris.
Chroniques dans le Monde

Pricing-out
L’expression « pricing-out » est rarement utilisée en France. De quoi s’agit-il ? Un acteur menace votre position sur un marché grâce à des coûts plus faibles ou à un concept plus innovant. La solution : lui faire augmenter ses prix, par exemple en accroissant ses coûts, et ainsi réduire sa capacité de nuisance sur vos propres marges. Votre concurrent est « pricé-out ».
L’usage de cet outil est en plein essor en France, en particulier dans le commerce.
En décembre, le e-commerce en a été la victime, à double titre. Sa croissance actuelle est dangereuse pour les distributeurs classiques. D’autant plus que les perspectives de progression sont encore énormes du livre à la chaussure. Or, le talon d’Achille des e-commerçants est la logistique, via notamment les coûts d’acheminement. Lorsque ces derniers atteignent des niveaux importants pour une livraison express, ils sont facturés aux clients ; mais le e-commerçant délivre souvent franco de port pour attirer le consommateur. C’est le cas d’Amazon.fr, cible d’une première estocade. Le Syndicat de la Librairie Française, qui regroupe 600 librairies, l’attaque en justice. Le 11 décembre, le TGI de Versailles reconnaît qu’en offrant la livraison, Amazon réalise une vente liée mettant les livres en dessous de leurs prix réglementés. Sous peine d’astreinte, Amazon est obligé de facturer au client la livraison et de supprimer le chèque cadeau de bienvenu. Le site a fait appel et continue à livrer sans coût d’acheminement. S’il est débouté, il risque bien d’être pricé-out de France.

Seconde estocade : la loi Chatel votée en décembre. Dès juin, en cas de retour-client, elle impose le remboursement des frais d’acheminement facturés. Pour les commerçants à distance, le surcoût sera potentiellement énorme, d’autant que le comportement des clients pourrait se modifier, n’ayant plus de désincitation à acheter, essayer puis renvoyer. Le commerce « brick and mortar » peut souffler. Pas sûr que les consommateurs y gagnent in fine.
Mais l’usage le plus subtil de la technique est celui opéré au sein de la grande distribution alimentaire. Dans ce domaine, les recommandations d’Attali et de Beigbeder sont en passe de s’imposer : la loi Raffarin, qui limite l’implantation de nouvelles surfaces commerciales, pourrait être démantelée. Ce qui lèverait un obstacle réglementaire à l’installation de concurrents aux enseignes françaises. Surfant sur la crise du pouvoir d’achat, le hard discount progresse déjà ; sa croissance pourrait être démultipliée. Malgré son échec face à ces mêmes hard-discounters en Allemagne, Wal-Mart pourrait même décider de conquérir le lucratif marché français. Or le point commun entre ces nouveaux distributeurs est une stratégie low-cost, qui assure la viabilité de leurs modèles économiques. En particulier, les salaires y sont plus faibles que dans les enseignes classiques.

Mais, depuis le lancement par la commission européenne de la procédure contre la loi Raffarin en 2005, d’inventifs dirigeants de grandes enseignes françaises ont mûri un plan B : le pricing out de ces dangereux concurrents en augmentant le coût du travail. Pour cela, il suffit d’améliorer la convention collective de branche, qui, une fois étendue par le gouvernement, s’applique aux discounters.
Mais comment assurer un tel revirement de la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), qui négocie la convention pour le patronat et qui historiquement cherche à modérer les salaires du secteur ? Comment faire passer la pilule aux adhérents français et surtout aux hard-discounters allemands… membres de la FCD ?

La solution est venue de la grogne sociale ! Depuis 2005, les négociations salariales de branche piétinent. Les minima de branche s’enfoncent sous le SMIC. Dans un secteur où les salaires mensuels sont faibles du fait d’un recours massif au temps partiel, la situation devient intenable. A l’automne 2007, plusieurs enseignes sont touchées par des débrayages ponctuels. Dans un secteur qui dispose pourtant d’ « arguments » pour contrer les mobilisations de terrain, des employeurs laissent aller ces mouvements, mais sans rien céder. Le début des négociations de branche 2008 est marqué par une fermeté de la FCD. Un nouvel échec est prévisible. Les syndicats décident alors une grève nationale, le 1er février. Les revendications portent sur les conditions de travail, le travail dominical et les salaires. Même s’il conteste les chiffres syndicaux – jusqu’à 80% de grévistes selon la CGT-, le président de la FCD reconnaît le succès du mouvement, notamment dans les hypermarchés.

« Dos au mur » devant ces mobilisations coûteuses en terme d’image, la FCD ne peut qu’avancer des propositions : le  forfait pause –le paiement de trois minutes de pause par heure- s’ajoute au salaire de base, les minima remontés au moins au niveau du SMIC. FO, majoritaire chez le premier groupe français Carrefour, signe, ainsi que la CFTC majoritaire chez Auchan, le deuxième groupe. Autant de signes qu’une petite inflation salariale guette dans le secteur. Autant de signaux suffisants pour refroidir les ardeurs de concurrents à bas coût. Les syndicats ont rempli leur « mission ». Les grévistes du week-end dernier, mobilisés par la CFDT et la CGT, n’obtiendront probablement plus rien de significatif.
Bref, avant même d’être mise en œuvre, la proposition de libéralisation a du plomb dans l’aile. La perspective d’une baisse des marges des grands distributeurs est repoussée. Mais au moins, les salariés ont obtenu un petit plus. Comme quoi, une menace concurrentielle n’est pas mécaniquement l’ennemie des travailleurs.

Manipuler les chiffres
Une commission présidée par Roger Guesnerie, Professeur au Collège de France, audite les manuels d’économie et sciences sociales du lycée. Elle a été installée par le Ministre de l’éducation suite aux critiques récurrentes de milieux patronaux : les manuels seraient anti-entreprises. Au-delà de cette guerre picrocholine, la commission va, d’ici mai, proposer des pistes d’amélioration des contenus.

La lecture des informations statistiques est un domaine dans lequel la formation secondaire et universitaire et ses supports sont à améliorer. Les chiffres cachent des réalités complexes ou des conventions. Les polémiques sur les statistiques du chômage puis celles sur le pouvoir d’achat illustrent qu’en débattre est légitime. Prenons deux exemples qui montrent l’enjeu de comprendre comment on manipule les chiffres.
Le premier vient de remarques stimulantes d’internautes à ma chronique du 22 janvier. Mon argumentation ferait l’impasse sur un problème posé par le SMIC : un trop fort écrasement de la hiérarchie salariale. A l’appui les données d’Eurostat, l’office statistique européen, une référence naturelle. En 2005, 17% des salariés français seraient « payés au salaire minimum » contre 2% outre-Manche.

En fait, Eurostat n’a pas, cette fois, harmonisé les données des organismes nationaux : définitions britannique et française n’ont rien à voir. Comment est calculé le chiffre sur la Grande-Bretagne ? Accrochez-vous. Il s’agit de la proportion d’employés temps plein qui sont rémunérés, primes incitatives incluses, moins que le salaire minimum horaire plus 0,05£, selon les déclarations employeurs 6 mois après la hausse du salaire minimum.

La proportion de salariés au salaire minimum en France -13% en 2007, soit 4 points de moins en 2 ans- recouvre, elle, à la fois les temps pleins et partiels en entreprise payés sur la base du SMIC au 1er juillet, date de revalorisation du SMIC. Ainsi, un vendeur bénéficiant d’une base au SMIC plus un commissionnement, et touchant au total 3000€ par mois, sera considéré comme smicard ! Or, c’est une évolution de fond, les entreprises multiplient les outils incitatifs additionnels à un salaire de base, rendant le concept français obsolète. Si l’on veut obtenir un chiffre plus proche de la logique britannique, on pourrait compter les temps pleins gagnant moins que 1,02 SMIC horaire : la part de ces « vrais » smicards tombe autour de 5%. En fait, les entreprises françaises sont capables d’assurer une hiérarchie salariale, certes plus aplatie qu’au Royaume-Uni mais plus marquée qu’au Danemark, pays qui d’ailleurs ne semble pas trop en souffrir.
Plus étonnant, dans une tribune récente au Monde, les auteurs du futur rapport du Conseil d’Analyse Economique sur le SMIC ont aussi fait une présentation brute de données types Eurostat. Pourquoi ? Nicolas Sarkozy pendant la campagne avait habilement saisi l’ambiguïté de cette comparaison erronée qui arrange autant les anti-SMIC que les dénonciateurs d’une France de bas salaires : « de plus en plus de Français sont rémunérés au SMIC : 17% contre 1,4% des salariés britanniques… Voilà la triste réalité de notre pays. »

Ainsi peuvent se construire des mythes sur l’état pitoyable de la France.
Le second exemple vient de l’alarmiste rapport de la commission Attali. Il relève un des « maux » de la France : des dépenses publiques parmi les plus hautes en Europe. Et d’appeler à une réforme de l’Etat pour qu’il soit plus efficace, moins coûteux et implicitement éviter sa faillite. Cette fois, les statistiques d’Eurostat sont réalisées sur une base commune de comptabilité. En 2005, la France avait après la Suède les plus fortes dépenses publiques : 53,5% du PIB soit 9,2% de plus que le Royaume-Uni.
Mais, pour avoir un diagnostic complet sur cette énorme différence -inchangée en une décennie-, il faut regarder de près ce que recouvrent ces dépenses. Principalement, deux gros blocs. D’un côté, des dépenses régaliennes et éducatives (services généraux des administrations, éducation, justice, police, armée). De l’autre, des dépenses sociales et culturelles (santé, culture et protection sociale : vieillesse, chômage, famille…). En 2005, les premières pesaient 16,6% du PIB en France contre 15,8% outre-Manche. La convergence est nette, ces parts étant respectivement de 18,7% et 15% en 1995. L’éducation est le facteur principal de cette tendance : quand la France baissait son effort d’un demi point de PIB, le Royaume-Uni l’augmentait d’un point.

Il demeurerait donc une marge d’amaigrissement de l’Etat mais pas de miracle. Si l’on veut réduire drastiquement les dépenses publiques, il faudra couper dans les dépenses sociales et culturelles : ce bloc pèse 31,4% en France contre 23,3% au Royaume-Uni.

Sauf à recourir à un tour de passe-passe. Si on transfère une bonne part de la protection sociale de la Sécurité sociale à des assurances privées obligatoires (par exemple des caisses de retraites mutuelles paritaires), comme en Suisse ou en Finlande, la France sera enfin dans la moyenne des dépenses publiques en Europe. Pourtant, chacun continuera à « subir » un prélèvement obligatoire et à bénéficier de prestations. Mais il s’agira de dépenses privées obligatoires donc non publiques…
Les citoyens et les politiques ont tout à gagner à savoir décrypter les chiffres pour mieux poser les débats démocratiques sur l’économique, le social ou encore la sécurité. Ces compétences sont aussi utiles aux employeurs. C’est aussi, voire plus, fondamental que de construire de nouveaux indicateurs plus « pertinents ».

La peine de mort pour les économistes
Les économistes appliquent leurs outils de modélisation et d’évaluation empirique à tous les champs des sciences sociales et humaines. Aucun sujet n’est tabou : le clonage humain, l’anorexie ou la peine de mort. Sur ce dernier thème, aux Etats-Unis, les apôtres de la peine capitale sont mobilisés depuis le début de la campagne présidentielle, qui a coïncidé avec un moratoire généralisé des exécutions dans l’attente d’une décision, en juin, de la Cour suprême sur l’injection létale. Leurs principaux atouts sont désormais les conclusions d’économistes.
Plusieurs travaux publiés dans des revues reconnues étudient en effet statistiquement le « deterrent effect » de la peine de mort. Leur principe est d’apprécier si le nombre de crimes violents varie avec l’existence et l’application de la sentence capitale. Pour cela, ils utilisent les différences spatiale (entre Etats américains) et temporelle. Portant principalement sur la période postérieure à 1970, ces études assez sophistiquées concluent qu’une exécution éviterait de trois à vingt meurtres. A l’inverse, commuer une peine capitale en une peine de prison à vie impliquerait autant de meurtres supplémentaires. Un article récent s’attache même à distinguer les performances des différents modes d’exécution, la chaise électrique s’avérant la plus dissuasive… Et Gary Becker, prix Nobel d’économie, interrogé par le New-York Times, de conclure que même si ces travaux sont fragiles, il y a suffisamment d’évidences pour le convaincre que la peine de mort est dissuasive et utile dans les cas des crimes les plus graves.
L’approche économétrique s’oppose donc à une accumulation de travaux issus d’autres disciplines -droit, psychologie, criminologie, histoire- qui soulignent la non exemplarité de la peine de mort  et ce dans de nombreux pays. Les économistes ont-ils seuls raison contre presque tous les autres scientifiques ?
Leurs résultats sont en fait discutables. Notamment, un long article d’un juriste John Donohue et d’un économiste « dissident » Justin Wolfers dans la Stanford Law Review apporte des éléments qui jètent un doute sur les travaux économétriques. Comment expliquer que le Canada qui n’applique plus la peine de mort depuis les années 1960 connaisse des évolutions de la criminalité similaires à celles des Etats-Unis ? Que la corrélation entre exécutions et réduction de la criminalité ne soit exhibée que sur des données récentes alors qu’il y avait bien plus d’exécutions avant 1970 ?
Donohue et Wolfers testent également un des maux bien connu de la science économique : le biais de publication. On ne publierait que les résultats statistiquement significatifs. Cela a été démontré, par exemple, pour les premiers articles concernant l’effet du salaire minimum sur l’emploi. De fait, les travaux publiés sur la peine capitale présenteraient des caractéristiques statistiques, qui traduiraient que des résultats non conclusifs n’ont pas été eux publiés. Dans tous les cas, il faudrait disposer d’exécutions plus nombreuses et « aléatoires » pour prétendre vraiment trouver un résultat robuste.
Cependant, malgré ces arguments, les résultats des économistes demeurent troublants.

Ils participent d’une pensée unique. Un des candidats à l’investiture encore en lice s’en démarque. Barack Obama a osé affirmer que « the death penalty does little deter crime ». S’il gagne l’investiture puis la Présidence, les recommandations politiques des économistes risquent de rester lettre morte, au moins le temps d’un mandat. En revanche, Hillary Clinton est une avocate zélée de la peine de mort. Durant les mandats de son mari, elle a milité pour une extension de la liste des crimes fédéraux passibles d’exécution. Devenue sénatrice, elle a appuyé une loi subtile obligeant à un test ADN systématique avant la peine capitale fédérale. C’est évidemment un progrès. Mais cette loi vise aussi à affaiblir un argument de poids des abolitionnistes auquel est sensible l’opinion publique : le risque qu’une erreur judiciaire ne conduise à l’exécution d’un innocent.
La France n’est pas non plus à l’abri des préconisations des économistes en matière de criminalité.
Si on n’exécute plus, on meurt dans les prisons françaises, par suicide, violence des co-détenus, défaut de soins... Or le travail « de référence », exécuté notamment par Lawrence Katz, professeur d’économie à Harvard, montrerait que plus les détenus ont une probabilité élevée de mourir dans une prison américaine, moins les actes criminels sont nombreux : trente à cent crimes violents seraient évités à chaque décès en prison. Pour les auteurs de cet article, de mauvaises conditions de détention sont probablement bien plus efficientes que la peine capitale.
A les suivre, on pourrait légitimer « scientifiquement » l’honteux. Quitte à tomber dans l’absurde. Conclusion imaginaire: « Conjugué au non recours à la peine capitale, le traitement inhumain et dégradant de détenus français souligné par des organisations internationales, est une politique efficace de prévention de la criminalité. Autant exécuter un détenu est coûteux, autant ne pas assurer son intégrité est économe. Cette situation mérite cependant d’être aggravée. Compte tenu de l’élasticité obtenue dans la littérature économique internationale, il suffirait de tripler le nombre de suicides dans les prisons françaises pour éliminer les crimes passibles des assises. »
Est ce que la démarche économique peut coloniser tous les domaines de l’humain en s’affranchissant d’une réflexion éthique ?
SMIC : la France à contre-courant
Une série d’ouvrages sur les bas salaires en Europe va être publiée dans quelques jours par la prestigieuse Russell Sage Foundation basée à New-York. Les volumes consacrés au Royaume-Uni et à l’Allemagne décrivent un chassé-croisé frappant pour la dernière décennie.
Outre-Rhin, malgré l’absence de salaire minimum, le modèle social a longtemps été caractérisé par des salaires élevés. Mais, depuis la seconde moitié des années 1990, il s’effrite avec une augmentation de 25% de la part des travailleurs à bas salaires. Les secteurs concernés, comme les services aux particuliers, sont pourtant protégés de la concurrence internationale. Le développement de « mini-jobs » mal payés et la pression sur les rémunérations touchent particulièrement les femmes. En Grande-Bretagne, dans le même temps, l’introduction en 1999 d’un salaire minimum, aujourd’hui supérieur au SMIC français, a participé d’une baisse de 10% de la part des bas salaires dans l’emploi. Les femmes en sont cette fois les grandes bénéficiaires.
Le salaire minimum britannique a pourtant suscité d’importantes craintes lors de sa création par Tony Blair. La plupart des experts avaient la conviction qu’un salaire minimum ne pouvait que jouer contre l’emploi ; leurs homologues français ont aujourd’hui la même vision pour le SMIC. Simple conviction, car les travaux empiriques sont sophistiqués mais fragiles. Aux Etats-Unis, le débat scientifique sur l’impact délétère du salaire minimum reste d’ailleurs ouvert. Le patronat américain est également divisé : le PDG de Wal-Mart, par exemple, s’offre le luxe de soutenir les propositions démocrates d’une augmentation du salaire minimum fédéral.
Au Royaume-Uni, le salaire minimum est fixé sur proposition (systématiquement suivie) d’une « commission bas salaire » composée de six responsables patronaux et syndicaux (ne représentant pas leurs organisations), de deux universitaires économistes du travail et d’un président. Neuf ans après, les effets du salaire minimum britannique sur l’emploi sont indécelables, malgré les efforts des chercheurs ! Cette expérience a convaincu une Allemagne pourtant réfractaire à cet outil. L’introduction de minima salariaux est désormais au cœur de la stratégie anti-dumping social et de moralisation du capitalisme moderne de la grande coalition d’Angela Merkel. Elle en a déjà instauré un de plus de 1500 euros dans le secteur postal à l’Ouest. D’autres branches vont suivre. Pour le Parti Social Démocrate, le mouvement vers un salaire minimum interprofessionnel est lancé.
Paradoxalement, le gouvernement Fillon va inscrire la France dans une trajectoire inverse : une fragilisation du SMIC. Créé en 1970, le SMIC avait vocation à faire profiter chacun des fruits de la croissance. Il augmente annuellement au minimum de l’inflation plus la moitié du gain d’un ouvrier. Mais, contrairement à une idée reçue, il n’est pas particulièrement généreux. Malgré les coups de pouce et la convergence des SMIC 35 heures par le haut, le pouvoir d’achat net d’une heure de travail au SMIC n’a progressé en 25 ans que de 20%. Ce qui est en deçà des gains de productivité résultant d’organisations du travail de plus en plus exigeantes.
Pourtant, l’évolution du SMIC est désormais une urgence politique pour le gouvernement. L’inflation dépasse 2,5%. Les tensions persistantes sur les matières premières, la saturation de l’effet déflationniste des importations asiatiques et les politiques gouvernementales (des franchises médicales à la taxe sur le poisson) risquent de la maintenir durablement à un tel niveau. Avec cette hausse des prix –même modeste-, le SMIC pourrait croître mécaniquement de 3,2% en nominal chaque année, le portant à … 1500 euros pour 35 heures en 2012. Sans réforme, Nicolas Sarkozy réaliserait la promesse de campagne du Parti Socialiste ! Le président de la République doit donc assurer sa propre proposition : remettre en cause la mécanique du SMIC, pour revenir à un salaire minimum non automatiquement indexé sur la croissance. Le Conseil d’Orientation de l’Emploi a été saisi juste avant les fêtes pour avis sur les projets gouvernementaux. Ils devraient se traduire en loi après les Municipales.
Le projet prévoit qu’une commission indépendante, composée uniquement d’experts, émettra tous les ans des recommandations publiques sur la hausse du salaire minimum… , ce qui est en fait bien inquiétant pour les millions de smicards. Séparément, les partenaires sociaux au sein de la commission nationale de la négociation collective continueront de donner leur avis. La décision finale reviendra au gouvernement.
Le plan politique pour rassurer les salariés est aussi en forme. L’Etat conditionnerait l’octroi des allègements de charges sociales à une négociation salariale au sein de l’entreprise. Cette mesure risque malheureusement d’être un leurre : son contrôle sera difficile ; les salariés n’ont souvent que peu de pouvoir de négociation notamment dans les petites entreprises où les syndicats sont absents ; enfin, comme pour l’octroi des heures supplémentaires ou des jours de RTT payés, l’employeur n’aura aucune obligation d’augmenter les salaires à l’issue de la négociation.
Face au gouvernement, les syndicats sont désorientés par le maelström des réformes sociales ou les diversions comme la suppression de toute référence pour le temps de travail. Mais le plus navrant reste l’attitude des socialistes : ils semblent avoir jeté aux oubliettes l’idée phare d’un SMIC à 1500 euros alors qu’elle est plus que jamais réaliste. Preuve que le défaitisme social dépasse les clivages politiques.

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