Essais sur la Chine de Simon leys l’ «ensauvagement»





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Articles d’intérêt général








De l'intérêt de l'histoire militaire:

une vision d'outre-manche

par le Colonel GAULIN 0

"Je sens chez nos officiers une incuriosité foncière et paralysante. Trop de corps, trop peu de tête. Le parfait général connaîtrait toutes les choses du ciel et de la Terre. Si donc vous le voyez ainsi et si vous êtes d'accord avec moi, veuillez vous servir de moi comme d'un texte qui prêche la nécessité d'étudier plus qu'on ne le fait les livres d'histoire, celle d'un plus grand sérieux dans l'art militaire. Avec deux mille ans d'exemples derrière nous, nous n'avons pas d'excuse, quand nous nous battons, si nous nous battons mal".

T. E. Lawrence (correspondance avec B.H. Liddle Hart)


"Qu'apprendre pour vaincre et comment?": cette question fondamentale récursive reste l'objet de toutes les attentions du chef militaire. La réponse classique réfère à l'expérience des acteurs des conflits récents et à l'entraînement continuellement enrichi par le processus, de mieux en mieux maîtrisé, des retours d'expérience. Or, à l'instar de la société, la guerre subit des flux de changement : après la période agraire, la révolution industrielle et maintenant l'ère de l'information. Ces évolutions imposent une adaptation du militaire grâce à sa formation, qui doit lui permettre d'avoir une réponse raisonnée à une situation imprévue, et donc au-delà de l'entraînement qui vise à délivrer une réponse maîtrisée (et prévisible !) à une situation anticipée. Aussi, si l’apprentissage des principes de la guerre est incontournable dans la formation des militaires, il est légitime de s'interroger sur la pertinence de l’étude de l'histoire militaire, capital d'expérience de nos Anciens, et de sa valeur ajoutée aujourd'hui, pour préparer ou aider nos officiers à mener des opérations asymétriques dans un contexte complexe et où les technologies éprouvées et émergentes possèdent un rôle prééminent.

Si les armées françaises renouent depuis peu avec l'apprentissage de leur passé, de son prestige et de ses leçons, de leur côté, les armées anglo-saxonnes demeurent convaincues que l'étude de l'histoire militaire est une nécessité et possède les germes d’une bonne préparation des conflits du futur. L’intégration innovante de questions relatives à l’histoire militaire dans le nouveau concours unique d’accès au CID ne peut qu’aller dans le bon sens en France.

Cet article, basé sur des conférences d'universitaires et de militaires du Joint Services Command and Staff Course (JSCSC ou Staff College), relate brièvement la position des Britanniques et de certains de leurs alliés, sur l'étude de l'histoire militaire et expose ses méthodes originales : le Battlefield Tour, le Staff Ride et le Tactical Exercice Without Troup (TEWT) appliqué à l'histoire.
L'Histoire Militaire: une constante dans la formation britannique.


  • Une tendance dans la société britannique.

En premier lieu, les forces armées ressemblant aux sociétés dont elles sont issues, elles sont sujettes aux tendances qui orientent la vie de leurs populations : l'attrait de l'histoire au sein d’un peuple avide de gloires passées et à la recherche de repères évanescents a provoqué la profusion d'ouvrages ces dernières années. Ils traitent de différents sujets, de différents niveaux, de la Grande Stratégie à la tactique des sections de combat. Cette tendance, erratique au fil du temps en France, présente une réelle constance au Royaume-Uni où chaque librairie de quartier possède un rayon d'histoire militaire. Le passé militaire, sélectif, souvent orienté, est source de fierté et, dans les périodes de doutes, il devient le terreau dans lequel germe la nécessaire assurance du peuple britannique.

Mais l'histoire militaire est aussi, comme en France, appréciée simplement pour sa valeur de loisir : le succès des livres, des documentaires, des films de guerre, des jeux vidéo s'appuyant sur des opérations ou sur la vie de chefs militaires authentiques en atteste largement. Si la recherche d'enseignements et la précision historique ne sont pas les objectifs affichés, ces vecteurs multimédias séduisent une large audience, de façon dynamique, souvent interactive, et ont finalement un rôle d'initiation à l’histoire militaire qui évolue souvent vers la curiosité intellectuelle.

  • Un atout professionnel pour le militaire.

Dans les armées britanniques, l’enseignement de l'histoire va au-delà du loisir, inspirateur, descriptif et informatif: il est critique, éducatif et prescriptif. La connaissance du passé, de la genèse des faits et des problèmes intra et inter sociétés, représente une part essentielle dans les tentatives de compréhension du présent. Pour avoir une appréciation raisonnable de la complexité des situations dans lesquelles les armées de sa Majesté (comme les nôtres !) sont de plus en plus impliquées, un socle de connaissances du passé, mais aussi la dextérité intellectuelle fournie par l'outil analytique que représente l'étude historique, sont essentielles. Pour vous convaincre de la valeur accordée à l’histoire, lorsque vous pénétrez dans une école militaire britannique comme le JSCSC, vous notez immédiatement sa présence : elle vous défie sur les murs avec des fresques superbes, dans les couloirs avec des bustes glorieux (dont Napoléon si craint, estimé et copié), vous interpelle sur les étagères de la plus grande bibliothèque d'histoire militaire du Royaume-Uni, vous nargue dans les vitrines des salles de détente où fanfaronnent les nombreux ouvrages d'histoire qu'ont commis les universitaires et certains officiers de l'encadrement du Staff College.

Plus précisément, les officiers britanniques estiment qu’il est un devoir de maîtriser certains domaines de leur passé militaire. Outre l’exigence pour exceller dans les scolarités équivalentes de l'Enseignement Militaire Supérieur des niveaux 1, 2 et 3, où des études de campagnes et des analyses de personnalités de commandeurs sont au programme, ces connaissances participent à la cohésion et au rayonnement de leur bataillon ou unité : toutes les occasions d'honorer les Anciens et de célébrer les victoires sont exploitées lors d'activités généralement placées sous la responsabilité des plus jeunes officiers. Au-delà de la connaissance des dates et de la narration basique et chronologique d'un récit de bataille, la maîtrise plus large des formes de guerre et de l'art opérationnel s’avère indispensable. Aussi, l'histoire militaire sert à promouvoir les valeurs anciennes et les heures glorieuses de l'Empire, mais, au-delà, elle contribue à développer les connaissances techniques, tactiques, psychologiques et le caractère des jeunes cadres militaires, leur perspicacité, leur sagacité, leur confiance, en eux-mêmes et dans leurs décisions.

Au-delà de l’affermissement de la personnalité du jeune chef et de sa domination des sciences de la guerre, l’enseignement de l'histoire militaire pallie le manque d'expérience des officiers et s’impose comme une source de leçons, de créativité et d'inspiration fondamentales pour la maîtrise de l’art de la guerre … future. Reprenant à leur profit les propos de Moltke l'Ancien, les Britanniques considèrent donc que " l'histoire militaire est un outil qui arme les officiers d'états-majors contre toute éventualité". Mais cela n'a de valeur que parce que l'histoire enseignée est interactive et appliquée et a pour objectif de devenir une énergie de l'esprit et non sa simple nourriture.

Finalement, les Britanniques, concrets et pragmatiques, ne font que suivre l'exemple de soldats illustres (qu'ils ont étudiés !) : car nos chefs, quelles que soient leurs origines, apprenaient l'histoire militaire. Napoléon lisait Thucydide, Frontin et s’imprégnait de la vie des grands capitaines parmi lesquels Alexandre, Hannibal, César, Gustave-Adolphe et Frédéric. Passionné d’histoire, Churchill rédigeait la biographie de son ancêtre le Duc de Marlborough, vainqueur à Blenheim. Patton vivait littéralement les batailles des Anciens ; Dempsey0 et Eisenhower dominaient maintes batailles, notamment de la guerre civile américaine, les assimilaient avec précision, n'hésitant pas à revenir à plusieurs reprises sur les lieux des combats. Eisenhower a même fini par acheter la villégiature de sa retraite à Gettysburg. L'idée est répandue que la 2ème guerre mondiale a été gagnée sur la carte de Gettysburg !
Des méthodes originales et efficaces: Staff Rides et Battlefield Tours.
Selon les pays, des approches différentes des visites de champs de bataille se dégagent. Les Canadiens, favorisant une approche plus globale, les utilisent pour s'assurer de la place qui leur revient dans l'histoire et pour présenter à de jeunes civils et universitaires les actions de leurs forces armées en Europe. Tout en complétant leur système d'éducation, le but est de rapprocher les jeunes des affaires militaires, de leur armée, et, accessoirement, de susciter des vocations. Les Allemands, dont l’idée de ces visites fut développée par Scharnhorst et Gneisenau, puis reprise par Moltke en complément des études analytiques des batailles et du Kriegspiel, recherchent l'acquisition d'une expérience et l'efficacité professionnelle. Possédant une (la plus !) longue expérience depuis que, dès 1730, Frédéric le Grand prônait « une étude historique disciplinée et des visites des champs de bataille », ils ont véritablement institué le Staff Ride. Les Américains, soucieux de la formation de leurs jeunes élites, recherchent dans ces visites, surtout à l'issue des traumatismes de la guerre de Sécession et du Vietnam, le développement de la réflexion et de l'esprit critique utiles dans les situations inattendues. L’armée de terre britannique, quant à elle, évalue à 300 (!) par an le nombre de ses voyages d'études et visites qui placent ses soldats sur les champs de batailles et font appel à leur esprit critique pour ainsi participer activement à leur développement professionnel. L'Advanced Command and Staff Course (ACSC), équivalent du Collège Interarmées de Défense, emploie 2 % de son temps en Battlefield Tours et le Higher Command and Staff Course (HCSC), le «cours des généraux » sans véritable équivalent en France0 , effectue un « Staff Ride marathon » de 2 semaines en France, sur un total de 15 semaines de stage.


  • Le Battlefield Tour.

Reprise de l'idée allemande, le Battlefield Tour est devenu une véritable tradition anglaise qui aurait débuté à … Waterloo : en 1815, le Sergent-chef E. Cotton du 7ème Régiment de Hussards de la Reine, après avoir participé à la célèbre bataille, (dont nous ne pouvons qu'attendre avec une vive impatience le 200ème anniversaire !) revint se marier avec une jeune fille du crû. Son pragmatisme naturel, son statut d'ancien combattant et sa mauvaise maîtrise de la langue locale le conduisent à organiser pour ses compatriotes, des visites du champ de sa bataille de Waterloo. De la même façon, de nombreux anciens combattants de la guerre de Sécession américaine vécurent en guidant les visites des sites de Fredricksburg, Chancellorsville, Gettysburg …

Moins interactif, plus superficiel et, par conséquent, plus rapide que le Staff Ride, le Battlefield Tour est une sorte de pèlerinage mené par un témoin ou un expert, universitaire ou militaire, sur un lieu du passé militaire. S'il est riche d'enseignements, il contribue surtout à l'indispensable "devoir de mémoire" au profit d'un ensemble ou d'une catégorie de personnes, renforçant ainsi leur identité, leur cohésion et leur moral en donnant un sens concret au sacrifice suprême dans une société qui perd ses repères.


  • Le Staff Ride.

  • Origine et buts.

Au Royaume-Uni, le Staff Ride naît de l'initiative du Colonel JF Maurice, professeur au Staff College de Camberley en 1870, qui se dépensait déjà pour financer l'idée que les plans des commandeurs des conflits récents devaient être étudiés sur le terrain. Les premiers Staff Rides prenaient alors la forme de TEWT sur les champs de bataille de la guerre franco-prussienne puis, après la première guerre mondiale, ils se sont concentrés sur les aspects tactiques des batailles, oubliant de prendre en compte les enseignements des niveaux opératifs et stratégiques. Dans la deuxième moitié du XXème siècle, ces « conférences de terrain » devinrent dépendantes de l'enthousiasme (et de la vitalité !) des commandeurs de la 2ème guerre, qui témoignaient de leurs décisions et des actions de leurs troupes. Afin d'homogénéiser la qualité des enseignements retirés et d'optimiser leur plus-value, il fut décidé de les intégrer de façon formelle dans la scolarité du Staff College et de porter l’effort sur les niveaux opératifs et stratégiques.

Le Staff Ride permet de penser la bataille de l'intérieur afin de comprendre le procédé de prise de décision, d’appréhender les "frictions" et les limitations rencontrées par le commandeur, de mesurer de façon tangible le chaos et la complexité des batailles. Il consiste en une étude préliminaire d'une campagne précise, une visite extensive sur les sites des batailles, qui recouvre l’orientation sur le terrain et la description historique, et, enfin, au développement par les stagiaires in situ d’un aspect particulier d’une bataille ou de la campagne. Cet exposé introduit une discussion qui sera conclue par le directeur de l’exercice par une synthèse des principales leçons de la bataille. Une analyse après action sera tenue en fin de Staff Ride où les stagiaires, puis le directeur d’exercice, exposeront les principaux enseignements de la campagne. Le Staff Ride procure ainsi une opportunité de s'imprégner des leçons de batailles et d’une campagne dans un domaine déterminé qui est en cohérence avec le module d’enseignement en cours. L’implication du stagiaire avant l'arrivée sur le site est maximale afin de garantir la qualité de la pensée, de l'analyse et de la discussion. Précédés et souvent conclus d’une période exigeante de lecture, les travaux de recherche, d'écriture et d'exposé in situ des stagiaires font l'objet d'une évaluation par des experts universitaires et militaires. Ainsi, le Staff Ride participe à la sélection des élites militaires britanniques : d’une part, il permet de vérifier la compréhension par les stagiaires des principes guerriers et leur virtuosité dans l’art de la guerre; d’autre part, il permet à l’encadrement de s’assurer de la cohérence de leur formation car il valide l'objectif fixé à une phase d'enseignement et en évalue le degré d’atteinte.


  • La puissance de l’outil.

L'aspect pédagogique du Staff Ride est important. Certains, qui souvent opposent inconsciemment la théorie lue dans les livres à la pratique réalisée sur le terrain, préfèrent apprendre en confrontant leurs sens aux réalités physiques plutôt que par la lecture et la recherche. Le Staff Ride représente un moyen efficace et raisonnable d'examiner les difficultés pérennes du commandeur en s'appuyant sur un cas concret, d'établir des méthodes simples pour l'application ou la pratique de certains principes. En cela, il doit enseigner à des générations d'officiers comment penser et non que penser.

De plus, la vision du terrain renforce l'étude théorique d'une bataille et révèle les difficultés pratiques pour le commandeur et sa force : complexité du terrain, adaptabilité et efficacité des équipements, valeur et pertinence des informations reçues et des ordres donnés. Le stagiaire, intégré au cadre, devient acteur et découvre la dimension morale de la bataille : le pouvoir et la responsabilité du commandeur, la synergie ou l'empathie d’un groupe, la foi dans l'efficacité de l'action, la lutte des volontés adverses. Il assiste au chaos, au choc du rationnel et de l'irrationnel dans la bataille.

Les batailles deviennent un moyen de montrer le véritable visage de la guerre et d’authentiques laboratoires d'étude de la prise de décision. Aussi, le Staff Ride ne doit pas se contenter d'examiner les décisions des commandeurs sur le terrain mais permet de s'imprégner du procédé décisionnel qui a conduit aux choix du chef, d'évaluer leurs causes et leurs conséquences au niveau considéré. Il évalue concrètement l’importance de chaque fonction ou de chaque composante, en remarquant les bienfaits d'une manoeuvre logistique bien planifiée ou d’une opération amphibie bien conduite. Pour être tout à fait adapté aujourd'hui, il doit s'efforcer d'être interarmées et peut même intégrer des civils, dans un intérêt réciproque, à un moment où l'approche des crises est globale.

Conscient des capacités de cet outil, le HCSC, cours interarmées et intergouvernemental, utilise "l’histoire militaire appliquée", méthode qui consiste au cours de son Staff Ride en France à mettre en lumière, à partir d'exemples historiques, les problèmes contemporains, et ainsi fournir un angle pour l'étude des problèmes de commandement et de la conduite des campagnes et des opérations futures dans un contexte interarmées et multinational. Ainsi, le développement professionnel du général britannique passe par une réflexion sur une expérience d'une guerre passée, confrontée à l'environnement socioculturel actuel. La valeur du terrain dans ce Staff Ride y est d'autant mieux reconnue que les chefs, en adoptant les technologies nouvelles, tendent à s'éloigner du champ de bataille et sont exposés au risque de perdre le contact des hommes et des réalités.

Enfin, permettant de créer des contacts entre des militaires d'une nation avec des autorités de la nation hôte, les objectifs premiers d'un Staff Ride peuvent aussi être d'ordre politique ou diplomatique.

Cependant, l’efficacité du Staff Ride dépend de la précision de la définition de sa portée et de son objectif, du niveau considéré (tactique, opératif, stratégique), de la composante étudiée (morale, physique, tactique), de l’approche déterminée (militaire, socio-politique, universitaire humaniste ou militaire professionnelle).

  • Une extension du Staff Ride: le "Tactical Exercise Without Troop" appliqué à l’histoire.

Formellement, le TEWT est un exercice d’entraînement sur le terrain, sans troupe, bâti sur un scénario hypothétique et conduit avec les procédures, les techniques et tactiques actuelles. Cependant, afin d’inclure les leçons de l’histoire, plusieurs variantes sont possibles, qui nécessitent de trouver le bon équilibre entre les enseignements et outils du passé et les problèmes contemporains.

L’une des options s’appuie sur un exercice stimulant où la bataille est recréée sur le terrain dans une sorte de jeu de guerre élaborée. Les informations et les renseignements disponibles pour le commandeur à la veille de la bataille sont exposés : la situation, les conditions physiques de la bataille, les ordres et comptes-rendus reçus, l'organisation, les capacités et la disposition des moyens amis et ennemis aux différents niveaux hiérarchiques. A l’issue de la reconnaissance terrain, les clarifications nécessaires sont apportées et les stagiaires élaborent leur plan tandis que la situation et les renseignements sont mis régulièrement à jour. Le récit de la bataille authentique, qui insiste sur les enseignements et sur un éventuel thème d’étude, conclut l’exercice. Les stagiaires, qui assument les responsabilités de leurs illustres anciens, prennent ainsi conscience de la fragilité humaine, du "brouillard de la guerre" et des "frictions du combat". Si ce jeu de rôle sur le terrain tend à disparaître car il représente un travail considérable pour un résultat non garanti, les Britanniques réalisent un exercice théorique de niveau opératif, où après plusieurs années de planification de la campagne de Norvège de 1940, le cours de l’ACSC, à l’instar de l’HCSC, exige de chacun de ses stagiaires de développer pendant 48h00 une partie de l'OPLAN de l’Opération Husky de 1943 en Sicile.

Une autre option, plus adaptée, repose sur l’intégration de séances de planification contemporaine au cours d’un Staff Ride. Ces séances sont conçues pour inciter les stagiaires à utiliser leurs méthodes de raisonnement et de planification opérationnelles, à décider dans un scénario contemporain cohérent avec la campagne historique étudiée. En d’autres termes, il s’agit d’accommoder un Staff Ride et un TEWT sur un même terrain en s’appuyant sur des domaines d’études communs. Après la présentation d’une bataille par un expert, qui insiste sur un éventuel thème d'étude tel que les opérations amphibies, l’efficacité des appuis, la manoeuvre logistique ou la coopération aéroterrestre, les stagiaires prennent en compte la situation contemporaine, effectuent leur analyse puis exposent alors leur intention et les modes d'actions dans le cadre du domaine étudié. Si ce type d’exercice est plus difficile à préparer et à conduire, l’intérêt pour l’entraînement des stagiaires est considérable. L’acquisition des méthodes de raisonnement, la prise de décision sont étroitement associées au chaos et à la complexité de la bataille. Ce type de TEWT permet d'apprécier les qualités nécessaires pour le commandeur et de se convaincre de la pertinence des procédés enseignés.
Conclusion.
Par essence, l'histoire militaire offre des exemples pour tout type de situations, avec tout type de menaces, dans des périodes de grande incertitude et de tension extrême. L'histoire nous offre des exemples de sièges, comme à Bassorah et Baghdad, de guerre-éclair, de guerre psychologique, d'opérations médiatiques ou civilo-militaires. Elargissant le cercle d'action au-delà du domaine militaire, pour contrôler un territoire, le Maréchal Gallieni privilégiait déjà une approche globale au travers du triptyque "bataille-marché-école" : son message, « l’occupation militaire est une organisation qui marche », reste pertinent même si les enjeux, les acteurs, les moyens, les interactions avec l'environnement sont plus complexes. L’apprentissage de l’histoire militaire est plus que jamais adapté à notre époque d’incertitude. Les Anglo-saxons l’ont bien compris : ils s'intéressent d’ailleurs aux conflits les plus récents des armées françaises et restent ébahis par notre dédain de ces pages de notre histoire, qui se renouvellent sous nos yeux et dont nous ignorons souvent les leçons.

Comme beaucoup d’autres, les Britanniques considèrent que les techniques de planification opérationnelle, la méthode d'élaboration des ordres peuvent s'apprendre dans le milieu aseptisé d'une salle de cours. En revanche, la véritable valeur des renseignements, des informations, des appréciations de situation, la réalité de la mise en oeuvre des plans et les difficultés créées par l'environnement, par l'intervention d'une décision, d'une pression politique ne seront appréciées, comprises et assimilées à leur juste valeur, qu’au travers d’un cas concret exposé sur le terrain, dont la carte n'est, après tout, qu'une indulgente représentation. Il est possible d'étudier au fond d'un amphithéâtre l'horreur du combat, les défis au commandement dans un monde incertain et versatile, mais la valeur ajoutée de l'étude sur le terrain est immense, qui permet la prise de conscience des réalités de cette lutte paroxystique entre deux volontés, luttant avec des moyens, des objectifs, des rationalités symétriques ou non. Chaque erreur, chaque hésitation a un coût dont la mesure est dévoilée à quelques pas, dans le cimetière militaire visité, où les tombes ont un nom, un âge, une existence. Enfin, au-delà de son réalisme, le Staff Ride est conçu et appliqué outre-Manche comme un excellent outil pour apprendre aux officiers, dans le cadre de leur formation et de leur entraînement, à penser la guerre … de demain.

Mais le Staff Ride n’est pas le paradigme ni l'arme absolue de l'éducation ; il possède des dangers qui résident dans la délivrance d'un message qui promeut la sacralisation de recettes techniques, engendre l'uniformité tactique et conduit à la création de dogmes dans l'esprit des plus jeunes officiers. Il est très aisé pour un historien de délivrer un message erroné, de trouver des exemples historiques qui soutiennent virtuellement toute hypothèse, de confondre cause et conséquence et, parfois, de lier des événements disjoints. L’interprétation erronée sera évitée en analysant les événements dans leur contexte, en recherchant l’authenticité de l’histoire sans effacer le rôle de l’incertitude, qui s’est estompé avec le recul du temps et de l’analyse postérieure.

L'histoire et ses applications pratiques que sont Battlefield Tours et Staff Rides ne sont là que pour stimuler la réflexion sur des cas qui ont été identifiés et isolés. Ce sont des outils de l'intellect qui permettent d’apprendre à penser.


L'école malienne

de maintien de la paix

par le Colonel Pascal FACON,

Chef de corps du 43ème BIMa.

Au milieu des années 1990, les États africains ont affirmé leur volonté de prendre résolument à leur charge la prévention et le traitement des crises et de se doter de capacités à conduire des opérations de soutien à la paix sur le continent.
Attentive à ces préoccupations, la France, dans le cadre d'un nouveau partenariat bâti sur des relations d'égal à égal avec les pays africains, a élaboré, en collaboration avec les organisations internationales, le programme de Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (Recamp). Entre 1997 et 1998, celui-ci trouva un premier champ d'application en République centrafricaine, dans le cadre de la Mission de surveillance des accords de Bangui (Misab).
Après quelques adaptations, Recamp est aujourd'hui un outil conjuguant une posture permanente de prévention, basée sur la diplomatie et la veille stratégique, et une participation au soutien des opérations militaires, lorsque la prévention a échoué.
S'inscrivant dans une logique de partenariat avec tous les acteurs, notamment les organisations sous-régionales, il repose sur trois piliers : formation, entraînement, engagement. Il concerne donc tout à la fois la diplomatie, les états-majors et les forces, dans la mesure où il propose des formations de haut niveau au profit des cadres civils et militaires, des cycles d'entraînement, éventuellement une aide à la constitution et au soutien des forces.
Le volet formation vise à développer une culture de la prévention des crises, et aussi les capacités de commandement des opérations de soutien de la paix.
La Direction de la coopération militaire et de défense (DCMD) participe à ce volet « formation » au travers d'un réseau de quatorze Écoles nationales à vocation régionale (ENVR) situées en Afrique.
L'entraînement a pour but de perfectionner les outils de prévention et de gestion des crises et d'améliorer l'interopérabilité des forces. Il est conduit dans le cadre de cycles bi-annuels s'achevant sur un exercice en grandeur réelle organisé alternativement au sein de l'une des quatre organisations sous-régionales (Cedeao, Igad, Cemac, SADC). D'autres cycles intermédiaires sont organisés à l'initiative des Africains, avec l'appui des forces françaises pré-positionnées sur le continent.
Enfin, le volet engagement consiste à permettre la constitution et le soutien d'une force. Il se traduit par l'organisation de périodes de mise en condition opérationnelle organisées, par exemple, sur le modèle du stage de pré-déploiement conduit en avril 2004, avec le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) et l'École de maintien de la paix du Mali, au profit des observateurs des Nations unies déployées en Côte d'Ivoire ou encore en 2005 au bénéfice des observateurs déployés au Darfour. Il peut prendre également la forme d'un conseil aux états-majors, d'une mise en place de détachements d'instruction ou encore se traduire par la mise à disposition des forces africaines de matériels (véhicules, équipements) stockés dans les « parcs Recamp » implantés sur les bases françaises en Afrique..

De Zambakro à Koulikoro
C'est dans le cadre de ce programme Recamp que la France a décidé, en 1999, d'ouvrir à Zambakro (Côte d'Ivoire) une École de maintien de la paix (EMP). Suite à la crise ivoirienne ouverte en septembre 2002, l'école a été définitivement délocalisée au Mali, en mars 2003. Dès juin 2003, grâce à la détermination de Paris et de ses multiples partenaires africains et occidentaux, ainsi qu'à la forte réactivité des autorités maliennes, les stages reprenaient à Koulikoro, à 60 km au nord-est de Bamako.
En trois ans d'existence en Côte d'Ivoire, l'école avait formé 603 officiers venus de 40 pays africains. Depuis trois ans, dans le cadre d'un partenariat original initialement avec le centre canadien Lester B. Pearson pour le maintien de la paix et avec le centre de formation aux opérations de paix de Kingston (Ontario), l'EMP a formé 738 officiers venus de tout le continent africain. Désormais bien ancré en terre malienne, cet établissement unique en son genre voit s'ouvrir, avec sa prochaine implantation à Bamako (début 2007), des perspectives de développement importantes.
École nationale à vocation régionale (ENVR), l'EMP est une école malienne ayant pour mission de familiariser les officiers africains avec le contexte particulier des opérations de soutien à la paix (OSP) conduites en Afrique dans un cadre multinational. Elle forme principalement des officiers d'état-major au niveau tactique, dans le cadre d'une formation spécialisée, complémentaire de celle dispensée dans les écoles d'état-major de Koulikoro et Libreville. Elle participe pleinement à la mise sur pied et à la montée en puissance des forces africaines en attente.
Conformément à la vocation régionale de l'école, les stagiaires, proviennent à 70 % de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Les 30 % restant sont originaires des autres organisations sous-régionales africaines. Tout en agissant principalement au bénéfice de la Cedeao, l'EMP est donc aussi un trait d'union entre les différentes organisations africaines, un outil d'intégration par le biais des liens que les stagiaires tissent entre eux au sein des promotions.

Enfin, l'école agit en parfaite cohérence et complémentarité avec d'autres structures en charge de la formation aux opérations de paix. Assurant la partie tactique du continuum de formation aux OSP, l'EMP oeuvre en synergie avec le Kofi Annan International Peacekeeping Training Center (KAIPTC) d'Accra et le War Collège d'Abuja, qui sont chargés de développer les dimensions opératives (opérations interarmées) et stratégiques de cette formation.
Soutien français et canadien
est Pour mener à bien sa mission de formation, l'EMP bénéficie actuellement du soutien de la France et du Canada. La Direction de la coopération militaire et de défense française finance les stages et apporte une expertise technique dans le domaine des opérations de paix, par le biais de trois officiers supérieurs français mis à la disposition du projet pour occuper les fonctions de directeur des études (DE), directeur de l'instruction (DI) et directeur administratif et financier (DAF)
L'EMP développe également un partenariat avec le centre canadien Lester B. Pearson pour le maintien de la paix. Ce « centre expert », financé par le Programme canadien d'aide à l'instruction militaire (PAIM), dispose d'une compétence reconnue dans toute l'Afrique. En moyenne une fois par mois, ses équipes sont présentes à Koulikoro. Fidèle à son principe de « transfert de compétences », le projet canadien a également fait bénéficier neuf cadres civils et militaires maliens d'une formation à Cornwallis et Montréal, marquant ainsi le début de la constitution au Mali d'un réservoir de « personnes ressources » qualifiées pour dispenser les cours réalisés par le centre.
Cinq principes d'action fondent la spécificité de l'EMP :

- - Une vocation régionale et une dimension interafricaine : seule école d'Afrique francophone dédiée à la formation aux opérations de soutien à la paix, l'EMP accueille, comme on l'a vu, des officiers venus majoritairement de la Cedeao, mais aussi de toute l'Afrique. En ce sens, elle contribue à la mise en œuvre des mécanismes de prévention et de gestion des conflits qui se mettent en place au niveau sous régional et au niveau continental (Union africaine), avec l'appui du G8, de l'Union européenne et des Nations unies.

  1. - Un partenariat franco-malien ouvert au partenariat multilatéral : dépendant directement de la direction des écoles militaires maliennes, l'EMP est placée sous les ordres d'un officier supérieur malien, par ailleurs chef du centre d'instruction de Koulikoro. Ce partenariat regroupe en matière d’instruction la France, le Mali et le Canada. A moyen terme, le corps enseignant devrait compter dans ses rangs, outre les directeurs de stage désignés parmi les meilleurs stagiaires africains des différentes promotions, des Français et des Maliens, un Canadien, un Sénégalais, un Danois, un Allemand et un Argentin.

  2. - Une pièce maîtresse du concept Recamp : l'EMP couvre deux des trois piliers de ce programme, à l'exception du domaine « engagement ». L'école en effet en charge de la formation des cadres civils et militaires africains, mais aussi de leur entraînement, dans le cadre d'exercices de mise en condition opérationnelle organisés avant chaque « exercice terrain » clôturant un cycle Recamp.

  3. - Une filière complète de formation aux OSP. L'école vise toutes les catégories d'officiers, du grade de lieutenant à celui de colonel, et tous les niveaux, de l'unité élémentaire (compagnie) au poste de commandement de niveau brigade (composante terrestre).

  4. - Une formation qui couvre tout le spectre des opérations de soutien à la paix : elle vise tous les types d'intervention, depuis les actions de diplomatie préventive (déploiement d'observateurs) jusqu'au processus de consolidation de la paix (DDR0) en passant par les missions de maintien de la paix (chapitre VI de la charte de l'Onu) et d'imposition de la paix (chapitre VII).


L'enseignement, dispensé en deux langues, français et anglais, se veut pragmatique et réaliste. Il repose sur des cours actualisés en permanence pour tenir compte des leçons apprises lors des plus récents engagements (Mission de la Cedeao en Côte d'Ivoire, opération « Artémis » en Ituri, Monuc, etc.) et propose deux types de stages : génériques et spécifiques.
Les stages génériques - de niveau unité élémentaire à brigade - durent trois semaines. Ils sont complémentaires les uns des autres, c'est-à-dire qu'ils délivrent un enseignement différencié suivant les niveaux tactiques (emploi des forces au niveau brigade, mise en œuvre au niveau bataillon, exécution au niveau de l'unité élémentaire). Cet enseignement laisse une large place aux exercices d'application. Pour cette raison, la moitié des 133 heures d'enseignement de chaque stage est consacrée aux travaux de groupes.
Trois modules
Cela dit, quel que soit le niveau considéré, la formation s'articule autour de trois grands modules.

Le module 1 est conduit par le centre Pearson durant une semaine. Il vise à acquérir des « savoir être », en fait à mettre le stagiaire en position d'appréhender toutes les dimensions et la complexité des opérations de paix. Il met un accent particulier sur les questions d'ordre politique et juridique. Sans prétendre embrasser en quelques conférences le champ immense de la diplomatie et du droit international public, il traite en profondeur de thèmes significatifs comme le cadre juridique des OMP, le système de sécurité collective dans le cadre des Nations unies (à travers l'analyse détaillée des chapitres VI et VII de la Charte), les droits de l'homme, le droit international humanitaire... Ces cours s'appuient sur le vaste fond documentaire fourni par le centre Pearson : textes fondamentaux de l’Onu, articles significatifs de la Convention de Genève, mais aussi retours d'expériences sur les opérations de paix conduites à travers le monde.
Ce module aborde également les questions de genres, la problématique de la consolidation de la paix (le processus DDR), l'analyse des conflits, la gouvernance ou encore le concept de sécurité humaine et sa difficile mise en œuvre.
Le module 2 a pour but, lors de la deuxième semaine de stage, d'acquérir, de perfectionner ou d'entretenir des « savoir-faire techniques et tactiques ». Il ne s'agit pas pour les stagiaires de savoir-faire fondamentalement nouveaux, mais d'apprendre à adapter ceux qu'ils connaissent à la réalité des OSP. Depuis l'organisation d'une patrouille en zone urbaine jusqu'à la conduite d'une opération de fouille ou de contrôle des foules, cet enseignement se veut avant tout pratique, directement utilisable après adaptation aux réalités du terrain. Cette deuxième partie du stage aborde également des domaines transverses comme la médiation-négociation, la communication ou encore la coopération dans un environnement multinational.
Enfin, le module 3 vise à mettre en pratique les connaissances dans le cadre d'un exercice sur cartes d'une durée de quatre jours. Après un travail de planification et de conception, les stagiaires sont mis en situation et doivent réagir à des incidents survenus réellement lors d'opérations de paix.
Les stages spécifiques sont dédiés soit à l'entraînement, soit au perfectionnement des officiers dans un domaine spécifique. Le stage d'entraînement Recamp regroupe, autour du thème retenu dans le cadre d'un cycle, une trentaine d'officiers destinés à armer le PC de bataillon et le PC de composante terrestre de niveau brigade. Outre une remise à jour des connaissances dans le domaine des techniques d'état-major, ce stage permet aux participants de développer leur aptitude à travailler ensemble et constitue à ce titre une période de mise en condition opérationnelle.

D'une durée d'une semaine, le stage DDR s'inscrit pour sa part dans le cadre du perfectionnement des officiers. Conduit intégralement par le centre Pearson, il s'adresse aux meilleurs stagiaires des différentes promotions de l'EMP et constitue le niveau le plus élevé de la formation dispensée à l'école. Autour des leçons apprises lors de la mise en œuvre des programmes DDR en Afrique, les stagiaires sont initiés à la planification, à la conception et à la conduite du processus complexe - au cœur des préoccupations des États -de sortie de crise et de consolidation de la paix.
Un coût peu élevé
Trois ans après son installation à Koulikoro, l'école de maintien de la paix du Mali a désormais atteint son rythme de croisière. Comme on l'a dit, 738 officiers africains sont passés dans ses murs, dans le cadre de 38 stages (niveau « unité élémentaire », bataillon, brigade, préparation à l'exercice Recamp VI, formation de formateurs DDR, stages de pré-déploiement au profit des observateurs déployés en Côte d'Ivoire et au Darfour).
Le coût de ces formations est peu élevé au regard du nombre d'officiers formés. Si l'on fait abstraction des frais de transport des stagiaires et des soldes des trois coopérants techniques français, le budget de l'école se monte à 134 000 euros par an. Cette somme permet de financer tous les stages et de consentir les investissements nécessaires pour les matériels d'instruction et le fonctionnement courant.
Les perspectives à court terme (2006-2007) s'articulent autour de quelques grands axes: pérennisation et développement du partenariat avec le centre Pearson, développement des relations avec les Nations unies (DOMP/TES) et le KAIPTC

, mise sur pied d'un centre de mise en condition opérationnelle au profit de la composante terrestre du futur poste de commandement de la brigade d'intervention régionale (force africaine en attente).
A moyen terme, le développement de l'EMP passe par une nécessaire évolution s'appuyant sur l'implantation de l'école à Bamako. La multiplication des crises en Afrique - notamment en Afrique de l'Ouest - et les besoins en formation aux OSP des armées africaines rendent nécessaire l'extension des activités de l'EMP à la préparation opérationnelle en vue des déploiements dans les opérations de paix menées sous l'égide des organisations régionales ou de l'Onu. L'EMP aura ainsi pour mission de préparer des états-majors de niveau tactique et de former les observateurs militaires. Ultérieurement, elle sera en mesure d'organiser ponctuellement des stages destinés à mettre en condition opérationnelle des forces de police civile et des administrateurs civils engagés dans le processus DDR.
Deux objectifs pour Bamako
Le site actuel de Koulikoro, en dépit des avantages qu'il offre, n'est pas adapté pour réaliser cette évolution. Dans ces conditions, le Mali, la France et de multiples partenaires (Pays Bas, Canada, Suisse, Grande Bretagne, Etats Unis, Allemagne, Danemark, Argentine) ont choisi de privilégier une implantation définitive de l'école à Bamako, avec deux objectifs :

- apporter une plus-value par rapport au site de Koulikoro : s'adressant exclusivement à des officiers, la nouvelle école doit offrir toutes les commodités en matière de vie courante (logement individuel des stagiaires, chambres climatisées, restauration et loisirs adaptés) et pouvoir accueillir 60 stagiaires, dans le cadre de deux stages génériques simultanés ou d'un stage de pré-déploiement.

- créer une école moderne, plaçant les stagiaires dans des conditions idéales pour parfaire leurs connaissances - individuellement ou collectivement. Le projet inclut des salles de cours mises en réseau informatique, un centre opérations permanent, modulable et relié à des salles de simulation, un centre de documentation et un auditorium de 200 places avec capacité de traduction simultanée. À terme, pourront être organisés à partir de ces structures des exercices « en réseau » entre les différents centres de formation de la sous-région (Accra et Abuja).
Ce projet bénéficie de l'appui des autorités civiles et militaires maliennes, qui ont mis à disposition un terrain de 3,5 hectares au cœur de la capitale. Situé à 15 minutes de l'aéroport, cet espace offre toutes les facilités nécessaires au bon fonctionnement de l'EMP et dispose également d'une réserve foncière permettant de mettre sur pied un projet modulaire et évolutif.
La construction de cette nouvelle EMP a débuté début juin 2005 et doit s'étendre sur une période de 18 mois. Le coût total estimé des travaux est de 3,8 millions d'euros (répartis en deux tranches) auxquels il convient d'ajouter 500 000 euros pour l'équipement de l'école. Le financement a été réalisé dans le cadre d'un partenariat multinational, au travers d'un fond de concours géré par la France.
Sur la base de dix stages par an (600 stagiaires), les frais de fonctionnement de l'école sont actuellement évalués à 700 000 euros - sans compter les soldes des instructeurs militaires et des personnels administratifs affectés à l'école, qui demeurent à la charge des pays participants au projet. Ces frais de fonctionnement, minimes au regard du nombre de stagiaires formés, devraient permettre une appropriation progressive du projet par la Cedeao, laquelle, sur proposition de la France, en a déjà accepté le principe : à terme, l'organisation sous-régionale serait en charge du fonctionnement futur de l'EMP, à travers les « fonds pour la paix » ou tout autre mécanisme de financement mis en place avec l'appui des différents contributeurs.
Héritière de l'EMP de Zambakro, l'École de maintien de la paix du Mali remplit remarquablement sa mission de formation et d'entraînement des officiers africains déployés dans le cadre des opérations de paix sur le continent. Grâce à un enseignement riche et adapté ainsi qu'à sa vocation internationale, elle dispose d'une expertise unique, reconnue en Afrique, qui permet aux États bénéficiaires de disposer d'une ressource de cadres aptes à être engagés dans une opération de paix.
L'implantation de l'école à Bamako à l'horizon 2006, dans le cadre d’un exemplaire et original projet de coopération internationale, doit permettre de développer ces capacités visant à la mise en condition opérationnelle des postes de commandement de niveau tactique au profit de la sous-région, dans le cadre de la mise sur pied, d'ici à juin 2010, des forces africaines en attente.

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