Essais I : Extrait 1





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Le Pouvoir des Fables de Jean de La Fontaine du vers 34 à la fin

Dans Athène autrefois peuple vain et léger,
Un Orateur voyant sa patrie en danger,
Courut à la Tribune ; et d'un art tyrannique,
Voulant forcer les cœurs dans une république,
Il parla fortement sur le commun salut.
On ne l'écoutait pas : l'Orateur recourut
A ces figures violentes
Qui savent exciter les âmes les plus lentes.
Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put.
Le vent emporta tout ; personne ne s'émut.
L'animal aux têtes frivoles
Etant fait à ces traits, ne daignait l'écouter.
Tous regardaient ailleurs : il en vit s'arrêter
A des combats d'enfants, et point à ses paroles.
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour.
Cérès, commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l'Anguille et l'Hirondelle :
Un fleuve les arrête ; et l'Anguille en nageant,
Comme l'Hirondelle en volant,
Le traversa bientôt. L'assemblée à l'instant
Cria tout d'une voix : Et Cérès, que fit-elle ?
- Ce qu'elle fit ? un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi, de contes d'enfants son peuple s'embarrasse !
Et du péril qui le menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet !
Que ne demandez-vous ce que Philippe fait ?
A ce reproche l'assemblée,
Par l'Apologue réveillée,
Se donne entière à l'Orateur :
Un trait de Fable en eut l'honneur.
Nous sommes tous d'Athène en ce point ; et moi-même,
Au moment que je fais cette moralité,
Si Peau d'âne m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême,
Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.



Marivaux : le jeu de l’amour et du hasard acte I scène 1 (extrait)

SILVIA

Monsieur un tel a l'air d'un galant
homme, d'un homme bien raisonnable, disait-on tous les jours d'Ergaste : aussi l'est-il,
répondait-on, je l'ai répondu moi-même, sa physionomie ne vous ment pas d'un mot ; oui,
fiez-vous-y à cette physionomie si douce, si prévenante, qui disparaît un quart d'heure
après pour faire place à un visage sombre, brutal, farouche qui devient l'effroi de toute une
maison. Ergaste s'est marié, sa femme, ses enfants, son domestique ne lui connaissent
encore que ce visage-là, pendant qu'il promène partout ailleurs cette physionomie si
aimable que nous lui voyons, et qui n'est qu'un masque qu'il prend au sortir de chez lui.

LISETTE
Quel fantasque avec ces deux visages !

SILVIA
N'est-on pas content de Léandre quand on le voit ? Eh bien chez lui, c'est un homme qui
ne dit mot, qui ne rit, ni qui ne gronde ; c'est une âme glacée, solitaire, inaccessible ; sa
femme ne la connaît point, n'a point de commerce avec elle, elle n'est mariée qu'avec
une figure qui sort d'un cabinet, qui vient à table, et qui fait expirer de langueur, de
froid et d'ennui tout ce qui l'environne ; n'est-ce pas là un mari bien amusant ?

LISETTE
Je gèle au récit que vous m'en faites ; mais Tersandre, par exemple ?

SILVIA
Oui, Tersandre ! Il venait l'autre jour de s'emporter contre sa femme, j'arrive, on
m'annonce, je vois un homme qui vient à moi les bras ouverts, d'un air serein, dégagé,
vous auriez dit qu'il sortait de la conversation la plus badine ; sa bouche et ses yeux
riaient encore ; le fourbe ! Voilà ce que c'est que les hommes, qui est-ce qui croit que sa
femme est à lui ? Je la trouvai toute abattue, le teint plombé, avec des yeux qui venaient
de pleurer, je la trouvai, comme je serai peut-être, voilà mon portrait à venir, je vais du
moins risquer d'en être une copie ; elle me fit pitié, Lisette : si j'allais te faire pitié aussi
: cela est terrible, qu'en dis-tu ? Songe à ce que c'est qu'un mari.

LISETTE
Un mari ? C'est un mari ; vous ne deviez pas finir par ce mot-là, il me raccommode
avec tout le reste.

Marivaux : le jeu de l’amour et du hasard acte II scène 3 (intégralité)

SCÈNE 3 - LISETTE, ARLEQUIN


ARLEQUIN
Madame, il dit que je ne m'impatiente pas ; il en parle bien à son aise le bonhomme.

LISETTE
J'ai de la peine à croire qu'il vous en coûte tant d'attendre, Monsieur, c'est par galanterie
que vous faites l'impatient, à peine êtes-vous arrivé ! Votre amour ne saurait être bien
fort, ce n'est tout au plus qu'un amour naissant.

ARLEQUIN
Vous vous trompez, prodige de nos jours, un amour de votre façon ne reste pas
longtemps au berceau ; votre premier coup d' il a fait naître le mien, le second lui a
donné des forces, et le troisième l'a rendu grand garçon ; tâchons de l'établir au plus
vite, ayez soin de lui puisque vous êtes sa mère.

LISETTE
Trouvez-vous qu'on le maltraite, est-il si abandonné ?

ARLEQUIN
En attendant qu'il soit pourvu, donnez-lui seulement votre belle main blanche pour
l'amuser un peu.

LISETTE
Tenez donc petit importun, puisqu'on ne saurait avoir la paix qu'en vous amusant.

ARLEQUIN, lui baisant la main.
Cher joujou de mon âme ! Cela me réjouit comme du vin délicieux, quel dommage, de
n'en avoir que roquille !

LISETTE
Allons, arrêtez-vous, vous êtes trop avide.

ARLEQUIN
Je ne demande qu'à me soutenir en attendant que je vive.

LISETTE
Ne faut-il pas avoir de la raison ?

ARLEQUIN
De la raison ! Hélas je l'ai perdue, vos beaux yeux sont les filous qui me l'ont volée.

Marivaux : le jeu de l’amour et du hasard acte II scène 3 (intégralité) suite

LISETTE
Mais est-il possible, que vous m'aimiez tant ? Je ne saurais me le persuader.

ARLEQUIN
Je ne me soucie pas de ce qui est possible, moi ; mais je vous aime comme un perdu, et
vous verrez bien dans votre miroir que cela est juste.

LISETTE
Mon miroir ne servirait qu'à me rendre plus incrédule.

ARLEQUIN
Ah ! Mignonne, adorable, votre humilité ne serait donc qu'une hypocrite !

LISETTE
Quelqu'un vient à nous ; c'est votre valet.

Marivaux :

le Jeu de l’Amour et du Hasard

Acte II scène 11

(Intégralité)

SCÈNE 11 - SILVIA, MARIO, MONSIEUR ORGON


MONSIEUR ORGON
Eh bien, Silvia, vous ne nous regardez pas, vous avez l'air tout embarrassé.

SILVIA
Moi, mon père ! Et où serait le motif de mon embarras ? Je suis, grâce au ciel, comme à
mon ordinaire ; je suis fâchée de vous dire que c'est une idée.

MARIO
Il y a quelque chose, ma soeur, il y a quelque chose.

SILVIA
Quelque chose dans votre tête, à la bonne heure, mon frère ; mais pour dans la mienne,
il n'y a que l'étonnement de ce que vous dites.

MONSIEUR ORGON
C'est donc ce garçon qui vient de sortir qui t'inspire cette extrême antipathie que tu as
pour son maître ?

SILVIA
Qui ? Le domestique de Dorante ?

MONSIEUR ORGON
Oui, le galant Bourguignon.

SILVIA
Le galant Bourguignon, dont je ne savais pas l'épithète, ne me parle pas de lui.

MONSIEUR ORGON
Cependant on prétend que c'est lui qui le détruit auprès de toi, et c'est sur quoi j'étais
bien aise de te parler.

SILVIA
Ce n'est pas la peine, mon père, et personne au monde que son maître, ne m'a donné
l'aversion naturelle que j'ai pour lui.

MARIO
Ma foi, tu as beau dire, ma soeur, elle est trop forte pour être si naturelle, et quelqu'un y
a aidé.

Marivaux :

Le Jeu de l’Amour et du Hasard

Acte II scène 11

Suite 1

SILVIA, avec vivacité.
Avec quel air mystérieux vous me dites cela, mon frère ; et qui est donc ce quelqu'un
qui y a aidé ? Voyons.

MARIO
Dans quelle humeur es-tu, ma soeur, comme tu t'emportes !

SILVIA
C'est que je suis bien lasse de mon personnage, et je me serais déjà démasquée si je
n'avais pas craint de fâcher mon père.

MONSIEUR ORGON
Gardez-vous-en bien, ma fille, je viens ici pour vous le recommander ; puisque j'ai eu la
complaisance de vous permettre votre déguisement, il faut, s'il vous plaît, que vous ayez
celle de suspendre votre jugement sur Dorante, et de voir si l'aversion qu'on vous a
donnée pour lui est légitime.

SILVIA
Vous ne m'écoutez donc point, mon père ! Je vous dis qu'on ne me l'a point donnée.

MARIO
Quoi, ce babillard qui vient de sortir ne t'a pas un peu dégoûtée de lui ?

SYLVIA, avec feu.
Que vos discours sont désobligeants ! M'a dégoûtée de lui, dégoûtée ! J'essuie des
expressions bien étranges ; je n'entends plus que des choses inouïes, qu'un langage
inconcevable ; j'ai l'air embarrassé, il y a quelque chose, et puis c'est le galant
Bourguignon qui m'a dégoûtée, c'est tout ce qu'il vous plaira, mais je n'y entends rien.

MARIO
Pour le coup, c'est toi qui es étrange : à qui en as-tu donc ? D'où vient que tu es si fort sur
le qui-vive, dans quelle idée nous soupçonnes-tu ?

SILVIA
Courage, mon frère, par quelle fatalité aujourd'hui ne pouvez-vous me dire un mot qui
ne me choque ? Quel soupçon voulez-vous qui me vienne ? Avez-vous des visions ?

Marivaux :

Le Jeu de l’Amour et du Hasard

Acte II scène 11

Suite 2

MONSIEUR ORGON
Il est vrai que tu es si agitée que je ne te reconnais point non plus. Ce sont apparemment
ces mouvements-là qui sont cause que Lisette nous a parlé comme elle a fait ; elle
accusait ce valet de ne t'avoir pas entretenue à l'avantage de son maître, et Madame,
nous a-t-elle dit, l'a défendu contre moi avec tant de colère, que j'en suis encore toute
surprise, et c'est sur ce mot de surprise que nous l'avons querellée ; mais ces gens-là ne
savent pas la conséquence d'un mot.

SILVIA
L'impertinente ! Y a-t-il rien de plus haïssable que cette fille-là ? J'avoue que je me suis
fâchée par un esprit de justice pour ce garçon.

MARIO
Je ne vois point de mal à cela.

SILVIA
Y a-t-il rien de plus simple ? Quoi, parce que je suis équitable, que je veux qu'on ne
nuise à personne, que je veux sauver un domestique du tort qu'on peut lui faire auprès
de son maître, on dit que j'ai des emportements, des fureurs dont on est surprise : un
moment après un mauvais esprit raisonne, il faut se fâcher, il faut la faire taire, et
prendre mon parti contre elle à cause de la conséquence de ce qu'elle dit ? Mon parti !
J'ai donc besoin qu'on me défende, qu'on me justifie ? On peut donc mal interpréter ce
que je fais ? Mais que fais-je ? De quoi m'accuse-t-on ? instruisez-moi, je vous en
conjure ; cela est-il sérieux, me joue-t-on, se moque-t-on de moi ? Je ne suis pas
tranquille.

MONSIEUR ORGON
Doucement donc.

SILVIA
Non, Monsieur, il n'y a point de douceur qui tienne ; comment donc, des surprises, des
conséquences ! Eh qu'on s'explique, que veut-on dire ? On accuse ce valet, et on a tort ;
vous vous trompez tous, Lisette est une folle, il est innocent, et voilà qui est fini ;
pourquoi donc m'en reparler encore ? Car je suis outrée !

MONSIEUR ORGON
Tu te retiens, ma fille, tu aurais grande envie de me quereller aussi ; mais faisons
mieux, il n'y a que ce valet qui est suspect ici, Dorante n'a qu'à le chasser.

SILVIA
Quel malheureux déguisement ! Surtout que Lisette ne m'approche pas, je la hais plus
que Dorante.

Marivaux :

Le Jeu de l’Amour et du Hasard

Acte II scène 11

Suite 3

MONSIEUR ORGON

Tu la verras si tu veux, mais tu dois être charmée que ce garçon s'en aille, car il t'aime,
et cela t'importune assurément.

SILVIA
Je n'ai point à m'en plaindre, il me prend pour une suivante, et il me parle sur ce ton-là ;
mais il ne me dit pas ce qu'il veut, j'y mets bon ordre.

MARIO
Tu n'en es pas tant la maîtresse que tu le dis bien.

MONSIEUR ORGON
Ne l'avons-nous pas vu se mettre à genoux malgré toi ? N'as-tu pas été obligée pour le
faire lever de lui dire qu'il ne te déplaisait pas ?

SILVIA, à part.
J'étouffe.

MARIO
Encore a-t-il fallu, quand il t'a demandé si tu l'aimerais, que tu aies tendrement ajouté,
volontiers, sans quoi il y serait encore.

SILVIA
L'heureuse apostille, mon frère ! Mais comme l'action m'a déplu, la répétition n'en est
pas aimable ; ah ça parlons sérieusement, quand finira la comédie que vous donnez sur
mon compte ?

MONSIEUR ORGON
La seule chose que j'exige de toi, ma fille, c'est de ne te déterminer à le refuser qu'avec
connaissance de cause ; attends encore, tu me remercieras du délai que je demande, je
t'en réponds.

MARIO
Tu épouseras Dorante, et même avec inclination, je te le prédis... Mais, mon père, je
vous demande grâce pour le valet.

SILVIA
Pourquoi grâce ? Et moi je veux qu'il sorte.

MONSIEUR ORGON
Son maître en décidera, allons-nous-en.

Marivaux :

Le Jeu de l’Amour et du Hasard

Acte II scène 11

Suite 4

MARIO
Adieu, adieu ma soeur, sans rancune.

Marivaux :

Le Jeu de l’Amour et du Hasard

Acte III scène 8

(Extrait)

DORANTE
Ce qu'ils m'importent, Lisette ? Peux-tu douter encore que je ne t'adore ?

SILVIA
Non, et vous me le répétez si souvent que je vous crois ; mais pourquoi m'en persuadez-
vous, que voulez-vous que je fasse de cette pensée-là Monsieur ? Je vais vous parler à
coeur ouvert, vous m'aimez, mais votre amour n'est pas une chose bien sérieuse pour
vous, que de ressources n'avez-vous pas pour vous en défaire ! La distance qu'il y a de
vous à moi, mille objets que vous allez trouver sur votre chemin, l'envie qu'on aura de
vous rendre sensible, les amusements d'un homme de votre condition, tout va vous ôter
cet amour dont vous m'entretenez impitoyablement, vous en rirez peut-être au sortir
d'ici, et vous aurez raison ; mais moi, Monsieur, si je m'en ressouviens, comme j'en ai
peur, s'il m'a frappée, quel secours aurai-je contre l'impression qu'il m'aura faite ? Qui
est-ce qui me dédommagera de votre perte ? Qui voulez-vous que mon coeur mette à
votre place ? Savez-vous bien que si je vous aimais, tout ce qu'il y a de plus grand dans
le monde ne me toucherait plus ? Jugez donc de l'état où je resterais, ayez la générosité
de me cacher votre amour : moi qui vous parle, je me ferais un scrupule de vous dire
que je vous aime, dans les dispositions où vous êtes, l'aveu de mes sentiments pourrait
exposer votre raison, et vous voyez bien aussi que je vous les cache.

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