Hmère, Athéna, déesse protectrice d’Ulysse, Ulysse, roi d’Ithaque, la nymphe Calypso





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date de publication20.12.2019
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L'ODYSSEE

PERSONNAGES

Hmère, Athéna, déesse protectrice d’Ulysse, Ulysse, roi d’Ithaque, la nymphe Calypso,

Nausicaa, ses servantes, Alkinoos père de Nausicaa,

Euryloque, Polités, Cratimachos, trois compagnons d'Ulysse,

Eole le dieu des vents, Circé l'enchanteresse; le Cyclope, les Sirènes,

Eumée le porcher, La vieille nourrice d’Ulysse, La reine Pénélope,

Antinoüs, le premier des prétendants, Les prétendants (figurés par les spectateurs)

Éventuellement des servantes (à défaut leur intervention sera simulée)

(Les acteurs dont le nom est entre parenthèses prennent le rôle de narrateur)

1 - PRELUDE

HOMERE - Je vais vous raconter l'histoire de l'homme aux mille ruses, le plus grand et le plus sage de tous les mortels, l'astucieux Ulysse, qui s'en fut un jour avec les autres rois grecs combattre sous les murs de Troie... Une fois la ville prise et incendiée il voulut, comme les autres, rentrer chez lui, dans l'île d'Ithaque, dont il est le roi. Long et difficile voyage! D'autant plus que, s'il est sous la protection de la déesse Athéna, le cruel Poséidon, le dieu de la mer et l'ébranleur des terres, l'a saisi dans les tourbillons de sa haine et prend plaisir à l'égarer sur les routes de son retour... Et déjà il a erré longtemps d'un rivage à l'autre lorsque, ayant perdu en route tous ses vaisseaux et tous ses compagnons, il a fait naufrage sur l'île de la nymphe... Calypso... Calypso, c'est bien ça?

ULYSSE - Oui, tout à fait.

HOMERE - Avec un Y grec? On a beau être Homère, on peut avoir des problèmes avec l'orthographe.

ULYSSE – Oui, bien sûr, avec un Y grec, éternel Homère!

HOMERE – Tu me rassures, divin Ulysse! C'est une noble introduction que je viens de faire, mais je dois avouer, Ulysse, que, pour ce qui se rapporte à ton histoire à toi, je ne suis pas encore au point. En ce qui concerne l'Iliade, c'est bon, ils m'ont tout dit, mais pour ton Odyssée, il me manque bien de détails. Ainsi pour le moment J'aimerais mieux te laisser la parole et, moi, prendre des notes... L'acceptes-tu? Pour un écrivain, quelle bonne fortune que de pouvoir remonter à la source et rencontrer son héros! Concernant Calypso, j'avais écrit... "Celle-ci, séduite par sa noble apparence, l'a gardé auprès d'elle durant neuf années, prisonnier de son île et de son lit..."

ULYSSE - Mais c'est exactement comme ça que ça s'est passé! Je continue?

HOMERE – Vas-y, vas-y, j'écoute...

ULYSSE – Donc maintenant, dialogue d'Ulysse et de Calypso...
2 - LA NOSTALGIE D'ULYSSE

CALYPSO - Tu es assis là sur ton rocher à regarder la mer... Ulysse! A quoi penses-tu?

ULYSSE - Tu le sais bien... O Calypso, toi, la nymphe immortelle! Depuis neuf ans ton amour me retient sur ton île...

CALYPSO - Quelles nuits nous avons passées ensemble!

ULYSSE - Je ne les ai pas oubliées... mais...

CALYPSO - Tu voudrais rentrer chez toi?

ULYSSE - Mon île d'Ithaque me manque, et ma femme Pénélope, bien qu'elle ne soit pas aussi belle que toi, et mon fils Télémaque...

CALYPSO - Ô Ulysse, écoute-moi. Je t'ai tenu assez longtemps prisonnier et je sais que tu voudrais partir... Mais si tu restes, je te rendrais immortel toi-aussi et nous resterions éternellement ensemble unis l'un à l'autre!

ULYSSE - J'aimerais bien être immortel, et sois sûr que je t'aime... Mais j'aime aussi beaucoup ma femme Pénélope. Et déjà, depuis que je suis parti elle a vieilli, comme moi, de neuf années. Je veux la retrouver. Et pour tout dire, je veux vieillir et mourir avec elle. N'étant pas immortels, nous avons déjà perdu trop de temps. Pardonne-moi!

CALYPSO - Bien que je sois une nymphe, mon cœur n'est pas insensible et il y a si longtemps que je te sens pleurer secrètement à l'intérieur de toi-même. Et je ne peux pas ignorer non plus que Zeus, l'assembleur des Nuées, voit d'un mauvais œil qu'une nymphe immortelle comme moi puisse s'unir à un simple mortel. Tu ne veux pas de l'immortalité que je t'offre, mais j'aime trop mon île pour ne pas comprendre que tu puisses aimer la tienne, autant et plus... Et j'ai aussi pour toi trop de tendresse pour ne pas songer, malgré ma douleur, à te rendre ta liberté et à te permettre de rentrer chez toi.

ULYSSE - Ô Nymphe, que ton cœur est grand... J'hésite à te causer le moindre chagrin, mais si Zeus le veut aussi... Cependant j'ai perdu tous mes vaisseaux et tous mes compagnons! Comment pourrai-je rentrer à Ithaque?

CALYPSO - Si tu le veux vraiment, je te mènerai sur un rivage de mon île où se trouvent des forêts d'arbres prêts à l'usage et, faute de pouvoir te construire un bateau, tu pourras du moins te confectionner un radeau avec des troncs entrecroisés. Je te donnerai ensuite une voile sur laquelle la déesse Athéna, ta protectrice, fera souffler des vents favorables. Et, en une petite vingtaine de jours, ils t'auront conduit au port tant désiré.

ULYSSE - Ô divine Calypso, pour te remercier, permets que je te presse contre moi...

CALYPSO - Non, Ulysse, ne t'approche pas, tu raviverais mon chagrin. Mon corps se souviendrait du tien... Va, construis ton radeau et livre-toi à la noire mer. Je détourne mon visage, j'irai de mon côté et je t'oublierai. Adieu...

HOMERE – Très, très émouvant... Continuez, continuez...
3 - ULYSSE DANS LA TEMPËTE

(CALYPSO -) Les vents favorables de la déesse Athéna avaient soufflé pendant dix-huit jours lorsque Poséidon soudain aperçut au loin le radeau d'Ulysse. Comment ne l'avait-il pas vu plus tôt? Il déclencha aussitôt une énorme tempête contre laquelle Ulysse lutta longtemps. Mais à la fin, non loin d'une côte rocheuse sur laquelle se brisaient les vagues, Ulysse dût abandonner son radeau à la furie des vents. Il se mit à nager. Dix fois il fut projeté contre des rochers aigus auxquels il s'accrochait pour que, la vague l'ayant ramené en arrière, il ne soit pas précipité à nouveau sur ces mêmes rochers par un nouvel assaut de la mer en furie... Pendant deux jours, il lutta jusqu'à ce qu'enfin il découvre, à l'embouchure d'un fleuve aux eaux paisibles, une plage sur laquelle il se laissa porter. Quand il se releva, sa peau était griffée et tailladée et il était couvert d'un varech ruisselant... Il s'essuya, se coucha sur un lit de feuilles sèches et dormit.
3 - NAUSICAA ET SES SERVANTES S'EN VONT FAIRE LA LESSIVE

NAUSICAA – Non, père! Pas les bœufs, ils sont trop lents...

ALKINOOS – Mais d'habitude...

NAUSICAA - Je suis pressée aujourd'hui. Il y a tellement de linge à laver! Toi, roi Alkinoos, mon père, tu n'aimes pas aller présider le conseil avec des vêtements tachés. Et tes cinq fils, pour aller danser, ils veulent être élégants...

ALKINOOS - Et il me semble que tu oublies que pour tes prochaines noces tu auras besoin de beaux draps moirés qu'il faut aussi que tu prépares...

NAUSICAA - Je n'osais pas en parler, par pudeur...

ALKINOOS - Tu n'osais pas en parler, toi, Nausicaa, qui oses tout!

NAUSICAA – En tout cas, raison de plus pour me donner le char aux grandes roues traîné par les rapides mules! Nous serons plus vite à nos lavoirs, à l'embouchure du fleuve et nous aurons le temps de mieux laver tout notre linge...

ALKINOOS - Bien sûr, prends les mules! Pour l'amour du beau linge...

NAUSICAA - Allez, les filles, mes servantes, venez avec moi laver le linge. Et en attendant qu'il sèche nous ferons une bonne partie de ballon sur la plage.
4 - RENCONTRE D'ULYSSE ET DE NAUSICAA

(NAUSICAA -) Après avoir lavé et foulé le linge, les servantes de Nausicaa aux bras blancs l'étalèrent sur les galets pour qu'il sèche plus vite, et en attendant qu'il sèche se mirent donc à se lancer la balle. Les folles! Mais soudain la balle s'échappa et vint réveiller Ulysse qui dormait encore sous un bosquet d'oliviers. C'est à l'abri de ce bosquet d'oliviers qu'il avait passé la nuit. Il se dressa de toute sa taille...

NAUSICAA - Allons, mes filles aux têtes bouclées, de quoi avez-vous peur? Ce n'est qu'un homme!

LES SERVANTES - Oui, mais un homme nu!

NAUSICAA - Et alors! N'en avez-vous jamais vu? Étranger, qui es-tu?

ULYSSE - Je suis un naufragé. Après vingt jours de lutte contre la violence des flots, la colère de Poséidon, m'a poussé sur cette plage. Mais toi, ô femme, que tu es belle! Sans doute es-tu quelque reine... Reine, prends pitié, indique-moi où est la ville et le roi de ce pays, que je puisse m'y rendre et le supplier. Et d'abord, n'aurais-tu pas quelque haillon dont je puisse revêtir ma nudité...?

NAUSICAA - Etranger, tu n'as pas l'apparence ni le langage d'un homme ordinaire. Cette terre est le royaume des Phéaciens. Ne crains pas chez nous de manquer de quoi que ce soit, car nous sommes généreux. Quant à moi, je ne suis pas la reine mais simplement la fille du roi Alkinoos. Je prendrai soin de toi. Femmes, commencez par baigner dans le fleuve ce pauvre naufragé, pansez ses plaies, enduisez-le d'huile et trouvez dans vos linges quelque chose qui puisse lui servir de vêtement....

LES SERVANTES - Nous n'osons pas le regarder... tel qu'il est... Bien qu'il nous paraisse plutôt... appétissant.

ULYSSE - Oui, j'aurais honte de me montrer nu devant tes servantes aux belles boucles. Pourvu qu'elles m'apportent le nécessaire, je ferai ma toilette moi-même.

(NAUSICAA -) Aussitôt qu'il eut reçu les étoffes, l'huile et les onguents, Ulysse de lava, se pansa et se vêtit. Cependant qu'Athéna, déroulant sur son front sa belle chevelure, le fit apparaître progressivement plus grand et plus fort, rayonnant de charme et de beauté... Les servantes, maintenant, bien que n'osant pas, le regardaient la bouche ouverte... Et Nausicaa aussi!

NAUSICAA - Je ne m'étais pas trompé! Je savais, noble étranger que tu étais de fière ascendance. Maintenant suis-nous et nous te guiderons vers notre ville. Mais comme je crains que les Phéaciens, qui sont mauvaise langue, me voyant en compagnie d'un bel étranger, n'aillent chuchoter entre eux: "Voilà que notre Nausicaa s'est trouvé un mari!", tu t'arrêteras aux portes du rempart et tu attendras là que je t'envoie un guide qui te mènera au palais de mon père.

ULYSSE - Tu diras à ton père que je suis un étranger qui cherche à rentrer dans son pays.

NAUSICAA - Ce sont des sortes de service que les Phéaciens, qui sont de hardis marins, ne répugnent pas à rendre aux voyageurs égarés. Nous avons, tu les verras au passage, de rapides bateaux noirs, des sortes de "croiseurs" qui, mieux que tous les autres, fendent la mer sans même avoir besoin de gouvernail. Et nos rameurs sont meilleurs que partout ailleurs.
5 - AU PALAIS D'ALKINOOS

(NAUSICAA -) Nous allâmes donc jusqu'à la ville et jusqu'au palais où mon père Alkinoos nous accueillit avec de grands honneurs...

ALKINOOS - Tu es le bienvenu, toi, l'inconnu naufragé que ma fille, Nausicaa aux bras blancs, nous a ramené en même temps que son linge bien lavé. Mais, maintenant que nous avons organisé un banquet en ton honneur, que tu as participé en vainqueur à nos jeux, maintenant que nous t'avons tous offert des présents de grande valeur, et que nous avons fait chanter devant toi comment l'astucieux Ulysse... Cet Ulysse, le connais-tu, par hasard? ...donc comment donc l'astucieux Ulysse s'empara de Troie grâce à son célèbre cheval de bois... Ulysse semblable aux dieux! Mais pourquoi à ce récit ton visage, mon hôte s'est-il couvert de larmes...? Remets-toi! Maintenant donc et avant que, selon notre promesse, nous te ramenions chez toi, nous aimerions savoir qui tu es et vers quelle terre nous aurons à diriger nos bateaux?

ULYSSE - Vous m'avez reçu avec tellement de magnificence qu'il est bien juste que je vous fasse enfin connaître mon nom. J'hésite, me croirez-vous? Car c'est moi qui suis... Ulysse! L'Ulysse du cheval de bois lui-même! et voilà la raison pour laquelle tu as vu ces larmes dans mes yeux lorsque votre divin Homère a si sublimement chanté pour moi l'histoire de la prise de Troie. Oui c'est moi, Ulysse, roi de la rocailleuse et féconde île d'Ithaque, Ulysse dont le monde entier chante les ruses et porte aux nues la gloire.

ALKINOOS - Quel honneur de te recevoir, Ulysse. Mais si tu l'es vraiment, comment se fait-il que huit ou neuf ans après la chute de Troie et alors que les autres rois grecs sont depuis longtemps rentrés chez eux, toi, tu en sois encore à errer sur les mers.

ULYSSE - C'est, dans mon malheur, une longue histoire. Poséidon, l'ébranleur de la terre, me poursuit de sa haine et il m'a tendu tant de pièges, à moi et à mes hommes, que pendant tout ce temps-là nous avons tourné en rond et de catastrophes en catastrophes nous avons vécu de terrifiantes aventures. Un jour peut-être, Homère, tu les chanteras.

HOMERE – A t'écouter, je ne sais pas si mon talent sera à la hauteur...

ULYSSE - Je te le dis, Homère, tu deviendras à les chanter plus célèbre que moi-même et tous tes héros!

HOMERE – J'espère qu'Athéna m'inspirera!

NAUSICAA - Et pourquoi, Ulysse, tes aventures, en attendant, ne nous les chanterais-tu pas ici-même. Tu as excité notre curiosité.

ULYSSE - Je ne les chanterai pas, car je ne suis pas un Aède et vous souffririez à entendre une voix que les épreuves ont éraillée. Mais, si vous me prêtez l'oreille, je vous les dirai volontiers... encore que je ne sache pas si l'émotion n'en troublera parfois la narration.

ALKINOOS - Nous t'écouterons avec le respect que nous devons au héros qui raconte lui-même sa propre histoire. Car il doit être pénible de se replonger soi-même dans le souvenir de ses peines... D'autant peut-être, Ulysse, que ce sera probablement la première fois que tu les raconteras

ULYSSE - En effet... Mais laissez-moi me recueillir un instant...
6 - LES KIKONES ET LE LOTOPHAGES

HOMERE – N'est-ce pas l'histoire des Kikonès et de Lotophages qui vient maintenant?

ULYSSE - Précisément! Tu en sais beaucoup déjà, Ô Homère... Mais heureusement que tu es là pour me souffler ce qu'il faut que je dise... La mémoire me manque parfois!

(ULYSSE -) Notre première mésaventure... En partant de Troie le vent nous poussa du côté de l'île des Kikones. Nous en priment sans efforts la capitale... Mais comme nous étions en train de nous partager l'or, les dépouilles et les femmes que nous y avions trouvés, les Kikones de l'intérieur arrivèrent au secours de leurs frères de la mer. Ils arrivèrent montés sur le dos de leurs chevaux, ce que nous n'avions jamais vu faire auparavant, et ils semèrent le désordre dans nos rangs surpris et effrayés. Lorsqu'enfin nous eûmes réussi à regagner nos bateaux, nous découvrîmes que six des nôtres étaient restés sur le terrain... Nous eûmes beau les appeler, ils ne revinrent pas et, amers, nous repartîmes.

NAUSICAA – Continue, Ulysse, continue. Nous sommes suspendus à tes lèvres.

(ULYSSE -) Un terrible vent nous prit alors, déchira nos voiles et nous obligea à rabattre nos mâts. Nous eûmes à nous mettre à la rame... Enfin après tant de tempêtes, l'aurore aux belles boucles annonce la venue d'un jour plus calme! Nous allions bientôt toucher Cythère, qui n'est pas loin de chez nous, et nous nous réjouissions... Hélas! A nouveau le vent et les courants nous emportent et, après sept jours de malheur, nous abordons sur un rivage inconnu... Nous allumons quelques feux pour faire cuire notre repas, j'envoie en exploration trois de mes hommes qui tombent sur une peuplade inconnue. Ceux-ci, les Lotophages, très aimablement, leur font manger des fruits du Lotos, qui sont leur nourriture habituelle, mais qui font que les hommes soudain oublient tout de ce qu'ils sont et d'où ils viennent... Ils sont comme endormis-éveillés et je dus, pour qu'ils repartent avec nous, aller chercher moi-même nos messagers et les faire enchaîner dans la cale des vaisseaux.

ALKINOOS – Terrible mésaventure!

ULYSSE - Mais j'en ai assez de parler tout seul... J'ai vu tant de choses merveilleuses: Homère, continue à prendre des notes et en attendant que tu puisses chanter notre histoire, Athéna elle-même va m'aider. Miraculeusement elle fera apparaître devant vous, comme des personnages de théâtre, l'apparence de ceux qui furent vraiment les héros des aventures que nous vécûmes. Et elle les fera parler comme ils parlèrent eux-mêmes. Ils m'aideront à me ressouvenir. Les voici (entrent trois des compagnons d'Ulysse) Ils s'appellent Euryloque, Politès et Cratimachos. Encore une fois, ils ne sont pas vraiment ici, mais Athéna vous les fera voir comme s'ils étaient réellement présents et leur permettra de changer de personnage chaque fois que cela sera nécessaire.

7 - LES CHEVRES DE ZEUS.

EURYLOQUE - Vois-tu Ulysse dans la brume du matin ce que je vois se dresser devant notre nos bateaux?

ULYSSE - Quoi, que vois-tu, Euryloque, toi l'homme de barre?

EURYLOQUE - Une île... Il y en a tellement! Cette mer est couverte d'îles!

POLITES - Oui, celle-là, je la connais, c'est l'île des Yeux Ronds, l'île des Cyclopes. Ce sont des géants. J'en ai vu un autrefois! Ils n'ont qu'un seul œil au milieu du front, profond comme le cratère d'un volcan. Ils vivent mollement d'élevage et de cueillette, chacun de son côté, sans se soucier de leurs voisins, sans loi, sans État, sans cité...

ULYSSE - Pourtant les belles terres qu'ils occupent pourraient porter de hautes moissons et, s'ils s'organisaient, faire monter la sève dans des vignes éternelles. Quel dommage!

CRATIMACHOS - Avant d'arriver chez eux... Nous ne savons pas ce qui nous attend... Si nous faisions une pause sur ce rivage voisin où les filles de Zeus surveillent des multitudes de troupeaux de chèvres. Un régal en perspective!

ULYSSE - Oui, j'ai faim! Tu as raison. Ces chèvres, accompagnées du vin que nous avions pris aux Kikonès, nous en ferons un festin... Allons, attrapez-les, dépecez-les et faites-en griller la viande, ruisselante de graisse, sur un grand feu...

POLITES - Et pourquoi, pour les jours à venir, ne pas en bourrer aussi les cales ne nos bateaux... On ne sait jamais! Avant de nous endormir le ventre plein sur la plage...
8 – POLYPHEME, LE CYCLOPE

(ULYSSE -) C'est ce qu'ils firent, jusqu'au matin...

ULYSSE - Allons, allons, debout! Voici que paraît à nouveau l'aurore aux doigts de rose. Debout! Il faut tout de même que nous allions voir aller voir d'un peu plus près à quoi ressemblent ces fameux Cyclopes. Allons vite, à vos rames...

(ULYSSE -) Nous naviguons alors au milieu des îles des Cyclopes, qui sont donc des géants dont on peut tout craindre. Je dis alors à mes hommes que, par prudence, j'irai d'abord, avec mon seul bateau, explorer les lieux... que les autres m'attendent sur la plage! Mon équipage saute à bord et nous découvrons bientôt un rivage ma foi assez accueillant...

EURYLOQUE - Ulysse, vois-tu ce que je vois?

ULYSSE - Quoi donc, Euryloque?

EURYLOQUE - Là, cachée par les arbres, une grande et belle caverne... La vois-tu?

POLITES - Oui, je la vois, et il me semble...

CRATIMACHOS - Mais oui. Et elle sert d'étable à d'abondants troupeaux de brebis et de chèvres. Quelle merveille!

(ULYSSE -) Nous l'ignorions encore, mais c'est là qu'une sorte de monstre vivait solitaire au milieu de ses troupeaux. Polyphème, le Cyclope, malgré son œil unique, avait l'apparence d'un homme, mais il était aussi énorme qu'une montagne.

ULYSSE - Que douze d'entre vous me suivent, nous allons voir ça de plus près... Et prenons donc avec nous une de ces outres pleine de ce vin des Kikonès, aussi doux que succulent. Ça pourrait nous être utile... Allons-y!

CRATIMACHOS - Mais pour s'occuper de ces troupeaux il n'y a personne dans cette grotte!

POLITES – Il faut bien que le Cyclope aille de temps en temps se dégourdir les jambes... .

(ULYSSE -) Encore une fois, les gens d'Alkinoos ne voyaient pas réellement mes hommes s'agiter et parler devant eux, mais, avec l'aide d'Athéna, mon récit était tellement vivant que tout se passait comme s'ils les voyaient vraiment.

HOMERE – Je note, je note!

CRATIMACHOS - Regardez... Le Cyclope est absent, mais à côté des bêtes, rangés dans un ordre parfait, des vases, des terrines, des seaux remplis de lait, de crème, de fromage...

EURYLOQUE - De tout cela remplissons vite nos bateaux et emportons tout ce que contient cette grotte au loin, sur la mer immense. Fuyons, dépêchons-nous!

ULYSSE - Il n'en est pas question! Aurais-u peur? Nous devons d'abord voir de nos propres yeux le monstre et savoir quels présents il proposerait spontanément à des voyageurs égarés. En l'attendant, tout ce que nous pouvons faire, c'est de discrètement toucher à ses provisions...

(ULYSSE -) Nous nous installons, nous allumons un feu, nous faisons des offrandes aux dieux, nous nous gavons de lait et de fromage...

POLITES - Le voilà qui arrive!

(ULYSSE -) En effet, le Cyclope rentre, emplit la grotte, jette bruyamment à terre le fagot de bois qu'il portait... Eperdus, nous nous réfugions en silence au fond de la caverne. Il fait alors entrer toute les femelles de son troupeau afin de les traire et ferme l'entrée de la caverne avec un énorme rocher que vingt-deux attelages de chevaux n'auraient pas réussi à déplacer. Nous sommes prisonniers! Après avoir trait ses bêtes et fait cailler leur lait, soudain, ranimant notre feu, il nous voit:

LE CYCLOPE - Etrangers, qui êtes-vous, quels sont vos noms? Dites-moi si vous êtes des voleurs ou des marchands, ou quoi que ce soit d'autre...?

(ULYSSE -) La voix du monstre était terrible et nous sentîmes notre cœur éclater. Je lui répondis:

ULYSSE - Nous sommes des Grecs et nous revenons de la guerre de Troie, mais nous nous sommes égarés... Telle était probablement la volonté de Zeus! Et nous venons ici te suppliant de nous accorder l'hospitalité qui, selon la volonté des dieux, doit être réservée aux voyageurs, accompagnée de quelques présents.

LE CYCLOPE - Tu me fais rire! T'imagines-tu que je respecte les dieux? De tous les dieux, je me moque! Et ne me parle pas de Zeus, le plus méprisable de tous... Quant à vous, je ne vous épargnerai que si cela me plaît... Et de toute façon, vous vous êtes déjà servis, voleurs que vous êtes. Mais où avez-vous laissé vos bateaux?

ULYSSE - Cyclope, si nous te le disions, nous serions à ta merci. Mais en bon grec, je vais te dire la vérité. Poséidon qui nous poursuit de sa haine, a fracassé notre bateau sur les rochers de l'île et nous en sommes les seuls survivants.

(ULYSSE -) A peine avais-je parlé qu'il se retourne et saisissant deux de mes compagnons il les dévore après leur avoir fracassé la tête contre la paroi de la caverne. Il arrosa ensuite le tout de lait frais, rota et s'endormit...

POLITES - Il est terrible, mais là, pendant qu'il dort, nous pourrions facilement lui couper la gorge!

ULYSSE - Oui, mais réfléchis un peu: comment pourrions-nous sortir? Nous ne pouvons, à nous seuls, rouler le rocher qui ferme la caverne.

(ULYSSE -) Au matin, le Cyclope se réveille, ranime le feu et pour son déjeuner, dévore encore deux de nos compagnons. Puis, tout en chantonnant, il emmène son troupeau paître dans la montagne, sans oublier en sortant de replacer le rocher qui servait de porte à la caverne.

POLITES - Ingénieux Ulysse, que faire? Tire-nous de ce mauvais pas...

ULYSSE - Laissez... Je médite ma vengeance au plus profond de mon cœur... Regardez, Il y a dans ce coin de la caverne un tronc d'olivier... Il est juste de la taille qu'il convient. Nous allons l'épointer, le polir, le durcir au feu et nous tirerons au sort le nom de ceux qui, avec moi, s'en iront planter ce pieu dans l'œil du Cyclope. Le planter et le faire tourner, pour être sûrs de l'avoir définitivement aveuglé.

(ULYSSE -) Le soir venu, le Cyclope rentre avec toutes ses bêtes et se met à les traire après avoir, encore une fois remis en place son rocher. Après la traite, selon son habitude, il se saisit encore de deux de mes hommes et, comme les deux précédents, les dévore. Alors je prends l'outre de vin que nous avions apportée et j'en remplis une coupe:

ULYSSE - Tiens, Cyclope, nous voyons que tu nous aimes et nous te faisons une offrande: bois une coupe de ce vin précieux. Il n'est meilleure façon d'arroser le repas que tu viens de faire.

LE CYCLOPE - Fais voir... Oui, c'est bien le vin le plus fameux que j'ai jamais goûté. Encore!

ULYSSE - Tends-moi ta coupe... Voilà!

LE CYCLOPE - Encore!

(ULYSSE -) Une fois, deux fois, trois fois je lui remplis sa coupe. A la fin, se saisissant de l'outre, il la vide... Il vacille et bafouille: il tâtonne... il est ivre...

LE CYCLOPE - Etranger, j'aimerais tout de même savoir ton nom. Dis-le-moi et je te ferai un cadeau.

ULYSSE – Un cadeau? Volontiers... Si tu veux le savoir, tout le monde m'appelle Personne!

LE CYCLOPE - La bonne blague! Eh bien, tu vas croire que je suis ivre, mais si vraiment tu es Personne, étranger, je te ferai la grâce de te manger le dernier. Ce sera là mon cadeau...

(ULYSSE -) Sur quoi, il s'endort d'un profond sommeil. Et tout en dormant, il vomissait, rotait, lâchait des vapeurs toutes empuanties de chair humaine. L'ivrogne! Je tire alors le pieu du feu, je l'apporte en courant, mes gens s'en saisissent, nous le plantons dans l'œil du Cyclope et le faisons tourner... Les chairs grésillent et flambent... Il pousse un cri de fauve blessé, mais déjà nous sommes allés nous cacher dans les coins de la grotte. Il arrache le pieu de son œil et hurle en appelant ses voisins, les autres Cyclopes, qui lui demandent: "Qui t'as fait cela?" Et lui, fou de rage leur répond:

LE CYCLOPE - Qui m'a fait cela? Mais c'est Personne...

LES CYCLOPES – (ensemble, joués par les trois compagnons) Es-tu fou? Si c'est Personne, alors c'est de l'intérieur que vient ton mal et c'est par conséquent à Zeus lui-même qu'il faut t'en prendre. Débrouille-toi avec lui!"

LE CYCLOPE – Je ne crois pas en Zeus!

LES CYCLOPES – Tant pis pour toi... Mais pour une fois... tu devrais...

(ULYSSE -) Devenu aveugle, le Cyclope ne peut s'emparer de nous à l'intérieur de la grotte et décide ne nous saisir à la sortie. Il enlève le rocher qui sert de porte et ses troupeaux s'en vont brouter dehors. Sur le seuil, il tâtonne avec ses mains hésitantes... Il laisse passer ses bêtes et cherche à nous attraper au passage. Mais nous, nous tenant à leur laine, nous nous accrochons sous le ventre de ses béliers. Il n'a pas l'idée de nous chercher là. Tous mes gens s'étant ainsi évadés je restai le dernier. Je m'agrippe alors à son plus gros bélier, que j'avais empêché jusque-là de suivre les autres... Il s'étonne:

LE CYCLOPE - Ô mon cher bélier, que j'aime tant, comment se fait-il que tu passes le dernier, toi qui cours toujours en tête. Est-ce que tu pleures l'œil de ton maître... Ah! si je le tenais, ce Personne! Pour me faire ce qu'il m'a fait, il fallait vraiment qu'avec son vin, il ait réussi à me faire perdre la raison.

(ULYSSE -) Et il laisse aller son bélier... et moi par dessous. A la fin, nous courûmes tous et après avoir retrouvé notre bateau, nous passâmes sous le promontoire où le Cyclope, qui nous poursuivait en trébuchant, tente en vain de nous arrêter en nous écrasant sous les rochers que, selon ce qu'il entendait, il nous jetait.

EURYLOQUE - Celui-ci n'a pas passé loin.

POLITES - En effet et s'il nous avait touchés c'en était fait de nous!

(ULYSSE -) Ceci étant, nous avions conscience que le Cyclope était torturé de douleurs. Le pauvre Cyclope! Nous avons de la peine pour lui, mais qu'y pouvions-nous? Nous étant enfin échappés je lui criai de loin...

ULYSSE - Cyclope, si l'on te demande un jour qui est ce Personne qui t'a aveuglé, tu lui diras; "C'est le vainqueur de Troie, Ulysse, le roi d'Ithaque..."
9 - L'ILE D'EOLE

ULYSSE - Homère, as-tu bien écouté, as-tu bien tout noté? Un jour tu t'empareras de ce que nous venons de dire et de tout ce que nous allons dire, et après l'avoir orné, pimenté, illustré, poétisé, sublimé... tu en feras un chant éternel à la gloire des héros qui ont surmonté de telles épreuves. Et ce sera une de tes plus belles histoires...

HOMERE - Je ne perds pas une seule de tes paroles. Mais je ne sais pas si vraiment j'arriverai à faire mieux que toi.

ULYSSE - Allons donc, tu as un tel métier... Je ne suis qu'un apprenti, moi! Où en étais-je...? Ah, oui... L'Eolie, où demeure Eole, le dieu des vents.

POLITES - Nous voici arrivés. Montons voir vers le bourg. Il parait qu'Eole a six fils et six filles et qu'ils passent là-haut leur temps à banqueter. Mais le voici...

EOLE - Ah, vous êtes les Grecs qui rentrez de Troie... Vous m'intéressez. C'est un honneur que de vous recevoir. Si vous me racontez votre guerre, dans tous ses détails, hauts-faits et forfaits compris, je vous nourrirai bien et je vous ferai de plus un inappréciable cadeau... N'oubliez pas que les vents me sont soumis!

(ULYSSE -) Nous lui racontâmes donc notre histoire. Et chaque fois que nous la racontions à nouveau, elle nous semblait de plus en plus captivante. Des détails que nous croyions avoir oubliés nous remontaient à la mémoire. Nous ne savions d'ailleurs plus très bien s'ils étaient vrais ou si ils sortaient seulement de notre imagination. Mais qu'importe... De toute façon Homère écrivait! A chaque nouvel épisode, nous étions éblouis par nos propres récits. Nous savions très bien que, le temps passant, ce qui serait vrai, ce ne serait pas ce que nous avions fait, mais ce qui aurait été dit, à quoi notre Homère aurait probablement beaucoup rajouté. A la fin, notre hôte fut si content de ce que nous lui dîmes qu'il nous apporta une énorme outre de cuir et me la remit.

ULYSSE – Qu'as-tu caché dans cette outre de cuir?

EOLE - Je t'en donnerai à toi seul le secret... (à part) Je vous y apporte tous les vents de la terre et de la mer. Ils sont enfermés dedans et aussi longtemps que vous ne l'ouvrirez pas, ils ne pourront rien contre vous... Pour le moment, j'ai tout juste lâché un doux petit Zéphyr qui doit vous ramener au logis, hommes et vaisseaux, tous ensemble.

(ULYSSE -) Mais l'équipage soupçonna qu'en fait cette outre contenait de l'or et des trésors qu’Éole m'aurait personnellement donnés. Poussés par la curiosité et par la jalousie, au bout de quelques jours ils l'ouvrirent en secret et sans savoir ce qu'ils faisaient déchaînèrent les vents qu'elle contenait. Ces vents comme par enchantement nos ramenèrent violemment à l'île d’Éole. Celui-ci se mit en colère.

EOLE - Ulysse, je t'ai accordé mon aide une fois... Je ne le ferai pas deux fois. Va-t'en, misérable. Tu dois avoir grandement offensé les dieux pour qu'ils ne t'aient pas empêché de faire de pareilles bêtises. Décampe. Je ne peux plus rien pour toi.

10 – CIRCE L'ENCHANTERESSE

(ULYSSE -) Nous partîmes donc et au bout de quelques jours, malheureux fugitifs secoués par la tempête, nous touchâmes à une île basse au milieu de laquelle s'élevait une tranquille fumée.

ULYSSE - Après nos précédentes aventures, nous nous devons d'être prudents. La moitié de la troupe restera ici à garder les bateaux, l'autre moitié s'en ira en éclaireurs. Euryloque prendra leur tête.

(EURYLOQUE -) Étrangement, la maison que nous découvrîmes était entourée d'animaux...

HOMERE – Oui, cela est très bon de changer parfois de narrateur...

(EURYLOQUE –) C'est très désagréable d'être interrompu, même par un Homère... Je disais donc que l'île était entourée d'animaux: des chiens, des porcs, des lions, des loups, des taureaux. Mais, plus étrangement encore, ces animaux, même les plus sauvages, nous entouraient et nous léchaient avec une sorte de douceur qui nous surprit... A l'intérieur de la maison, une femme à la voix pleine de charme chantait en tissant. Nous frappons. La femme qui chantait en tissant nous ouvre la porte, elle fait entrer mes compagnons... Prudent, je reste sur le seuil! Et en effet, Circé – tel était le nom de la belle tisseuse – offre à ses visiteurs un breuvage de sa composition. Ils boivent sans crainte, mais, à peine vidées leurs coupes, ils sont progressivement transformés en cochons. Ils se mettent tous à s'agiter et à grogner et, triomphante, elle les enferme dans sa porcherie en leur jetant pour les calmer des faines et des glands, qui sont la nourriture habituelle des cochons... J'attendis un moment, puis comme rien d'autre ne se produisait, je courus retrouver Ulysse et les autres et leur racontai ce qui s'était passé. Aussitôt Ulysse nous ordonna de rester près des bateaux à l'attendre, puis ajusta sur son dos sa longue épée de bronze et s'en alla lui-même essayer de délivrer ses malheureux compagnons. Au passage, le dieu Hermès en personne, soucieux de le protéger, lui apparut et lui donna une herbe magique qui rendrait inefficace la potion de Circé. Ulysse arrive à la maison de Circé. Il frappe. Circé lui ouvre la porte et après l'avoir salué, lui donne à boire son mélange secret. Elle veut l'envoyer rejoindre ses compagnons dans la porcherie. Mais l'herbe secrète d'Hermès mélangée à la potion de Circé, préserve Ulysse qui, se redressant, jette la coupe enchantée, tire son épée et menace Circé de la tuer...

ULYSSE – Circé était une très belle femme... De sa bouche sortent ces paroles ailées...

CIRCE - Non, étranger, ne me tue pas... Arrête, attends... Mais que se passe-t-il, qui es-tu pour que mes charmes aient été impuissants? Jamais je n'avais vu de mortel leur résister comme tu l'as fait... Ou bien serais-tu l'astucieux Ulysse. On m'avait bien dit que peut-être il viendrait me voir à son retour de Troie... C'est donc toi! Mais si c'est toi, rentre au fourreau ton glaive et viens plutôt t'étendre sur mon lit et devenons amants.

ULYSSE - C'est bien moi... Mais tu voudrais, ô Circé, m'ôter ma force et ma virilité...?

CIRCE - Au contraire, Ulysse, tu as tiré ton glaive de bronze, mais c'est d'un autre glaive que je voudrais te voir user! Vois, mes servantes ont préparé le lit et elles te frotteront d'une huile fine et parfumée...

ULYSSE - Tu auras beau faire, je n'accepterai jamais de monter sur ton lit si tu ne me jures à l'instant, non seulement de ne pas user sur moi de ta magie, mais encore de délivrer mes compagnons que tu as transformés en pourceaux.

CIRCE - Ulysse, comment refuser... Tu es si beau!

(ULYSSE -) Je l'honorai comme elle me le demandait et non seulement elle délivra ceux de mes compagnons qu'elle avait transformés en pourceaux, mais, séduite, elle persuada tous les autres de venir jusqu'à son temple... Du bon vin, des viandes à foison! Nous restâmes, qui l'eut cru, une année chez Circé à jouir des plaisirs de la vie... Et quand le soir venait et que mes hommes s'en allaient dormir sur leurs douces paillasses, je montais jusqu'à la couche de l'enchanteresse. Mais pour mes compagnons, les servantes n'étaient pas loin. Malheureusement, il n'est si bon moment qui ne prenne fin... Nos patries, nos femmes, nos enfants nous manquaient.

ULYSSE - Tiens parole, Circé. Nous sommes trop heureux ici, je crains quelque malheur, surgissant de ce trop de bonheur... Ne m'as-tu pas promis qu'un jour je pourrais retourner chez moi? J'y tends de tout mon désir. Et je surprends dans les coins mes hommes qui, si peu que tu t'éloignes, pleurent...

CIRCE - Oui, Ulysse, je crois que nous avons maintenant cueilli le meilleur de ce que nous pouvions récolter. Partez maintenant si vous le voulez, nous n'aurons ainsi que de bons souvenirs les uns des autres...!

(ULYSSE -) Les dieux sont parfois pour les hommes des exemples de sagesse! Et elle ajouta;

CIRCE - Allez préparer vos bateaux et pendant ce temps-là nous irons avec mes servantes faire cuire notre dernier festin. Nous le mangerons sur la plage juste avant que vous ne vous embarquiez.

(ULYSSE -) Et la toute divine Circé s'en alla avec ses servantes... Nous banquetâmes avec mélancolie. Mais comme nous achevions notre repas, Circé me prit à part...

CIRCE - J'avais oublié de vous dire... Mais viens, Ulysse, je te parlerai à l'oreille de peur d'effrayer des compagnons... Tu vas rencontrer de terribles dangers.

(ULYSSE -) Et moi, gardant pour moi ces secrets, je jugeai plus opportun de n'en faire part à mes compagnons que lorsque nous serions arrivés sur l'obstacle... Cependant ils s'interrogent sur ce que nous avons bien pu dire... Quand nous embarquons Circé, d'une mélancolique voix, ordonne que nous accompagne une douce brise qui gonfle gentiment nos voiles. Cependant, au bout de quelques jours mes compagnons ne se retiennent plus de m'interroger...
11 - LES SIRENES.

EURYLOQUE- Divin Ulysse, dis-moi, où allons-nous?

ULYSSE - Nous approchons de l'île aux Sirènes.

POLITES, CRATIMACHOS - De l'île aux Sirènes!

ULYSSE - Selon ce que m'a dit Circé, les Sirènes...

HOMERE – Sirènes avec un I ou avec un Y grec?

ULYSSES – Avec un I... Donc ces sirènes habitent une île sur laquelle, lorsqu'elles aperçoivent un vaisseau, elles chantent d'une façon si sublime et avec tant de douceur et de persuasion que les marins ne peuvent se retenir de les approcher et de laisser leur embarcation se fracasser sur les récifs qui défendent leurs rivages. Et les prés qui entourent la demeure des Sirènes sont jonchés des ossements de ceux qu'elles ont dévorés, car ce sont des ogresses.

POLITES - Que ferons-nous alors? Il faut que tu trouves le moyen de nous préserver...

ULYSSE - N'ayez crainte. Je vais diviser en petits morceaux ce pain de cire d'abeille. Ensuite chacun de vous, après l'avoir pétri et ramolli, introduira un de ces tampons de cire dans chacune de ses deux oreilles, de sorte qu'aucun ne puisse entendre le chant des Sirènes...

CRATIMACHOS - Et toi?

ULYSSE - Moi, car il faut quand même que quelqu'un l'entende pour arracher le bateau à leur charmes, moi, vous m'attacherez au grand mât pour que je ne puisse pas, cédant à leurs chants, tourner de leur côté notre proue...

(ULYSSE -) Ainsi firent-ils. Et peu après les Sirènes chantèrent...

LES SIRENES - (chantant) Ulysse, viens ici, viens à nous! Tu es l'honneur de la Grèce... Jamais aucun vaisseau n'a échappé à nos voix. Viens et tu repartiras de chez nous plus riche de savoir, car nous connaissons tous les secrets de la terre et du ciel....

(ULYSSE -) C'était tellement beau que je faillis céder à leurs chants! Par gestes, je suppliais mes gens de me libérer de mes liens pour que je puisse aller les entendre de plus près. Mais Euryloque et Politès, impitoyables, vinrent au contraire me les resserrer... Ils avaient raison. Nous passâmes enfin et sur mon ordre les marins débouchèrent leurs oreilles et me rendirent la liberté. S'ils m'avaient écouté, nos os aujourd'hui blanchiraient sur les vertes prairies des Sirènes.

HOMERE – C'est étrange, je n'avais jamais auparavant entendu parler de ces Sirènes... Mais si tu le dis... Et vraiment des ogresses? ...Bon! Fameuse histoire...
12 - CHARYBDE ET SCYLLA

POLITES - Est-ce là tout de que t'a dit la divine Circé?

ULYSSE - Nous ne sommes pas encore tirés d'affaire... Pilote, toi qui tiens la barre et la destinée de ce bateau, vois-tu au loin ce détroit qui s'ouvre devant nous. Il est empli de dangers. D'un côté il y a la mer qui fume et c'est de là que viennent ces coups sourds qui ébranlent le ciel. C'est le rocher de Charybde qui tantôt aspire à lui la mer comme une sorte de trou géant... selon ce que Circé m'en a dit, et tantôt recrache furieusement les débris de tout ce qu'il a avalé. Entre les deux, je ne sais pas trop ce qu'il se passe, mais il est plus prudent de ne pas s'en approcher. Les tourbillons de la mer en sont fatals... Je comprends que vous ayez peur, mais ce n'est pas le moment de vous réfugier frileusement au fond du bateau.... Reprenez vos avirons et ramez, ce qu'il faut c'est passer en vitesse! D'autant plus que de l'autre côté du détroit guette Scylla, une grotte obscure ou vit un monstre redoutable qui agite furieusement six têtes au bout de ses six longs cous...

HOMERE - Une pieuvre?

ULYSSE - Oui, mais énorme et sanguinaire. Ses six têtes sont autant de gueules qui dévorent tout ce qu'elles peuvent atteindre.

POLITES - Ulysse, dis-nous vite ce qu'il faut que nous fassions?

ULYSSE - Je vous l'ai dit, ramer et prier les dieux que, lorsque nous passerons devant lui, le monstre soit assoupi et ne se réveille que lorsque nous serons hors de sa portée.

EURYLOQUE - Mais ne pourrions-nous, sans en avoir l'air, quand nous le verrons, même s'il dort, lui couper quelques-unes de ses têtes? Pour le plaisir!

POLITES - Ne le sais-tu pas? Scylla est immortel et ce serait une vaine entreprise que de s'attaquer à lui... Navré de te priver de ton plaisir!

(ULYSSE -) A peine avait-il parlé que déjà, le monstre s'étant réveillé, il avait saisi deux de nos compagnons qui maintenant s'agitaient entre ses dents comme des petits poissons qui frétillent au bout de la ligne du pêcheur... Nous nous penchâmes, attristés, sur nos avirons et nous enfuîmes... On ne nous voit bientôt plus sur la mer que comme un petit point qui disparaît... Mais il ne nous reste plus qu'une épreuve à surmonter...

13 - LES VACHES DU SOLEIL

LE SOLEIL - Zeus, rends-moi justice, Zeus, mon père... Je t'en supplie!

ZEUS - Puis-je savoir ce qui te trouble, mon fils le Soleil?

LE SOLEIL - Mes vaches!

ZEUS - Quoi, tes vaches?

LE SOLEIL - Elles étaient ma joie et mon bonheur. Je les regardai avec admiration le matin, quand je m'élevais lentement dans le ciel. Et le soir, en redescendant, à la lumière rasante de mes doux rayons, elles étaient là, plus belles encore que lorsque je m'étais levé... Elles ruminaient!

ZEUS - Et alors, qu'est-il arrivé, Soleil?

LE SOLEIL - Ces Grecs, là-bas, qui s'apprêtent à reprendre la mer dans leur bateau maudit, ces Grecs, ils ont... ils ont...

ZEUS - Est-ce tellement horrible que tu hésites à le dire?

LE SOLEIL - Oui, plus terrible encore que tu ne peux le penser... Ils sont arrivés il y a deux jours et sous prétexte de faire une offrande aux dieux... ils ont toujours de bons prétextes! et avant que je ne me sois moi-même levé, ils se sont emparés de mes chères vaches, les ont égorgées, les ont écorchées, en ont dégagé les cuisses? Puis ces cuisses, sur chacun de leurs côtés, ils les ont enduites de graisse et empilées les unes sur les autres, les recouvrant ensuite de bas morceaux... Faute de bon vin bien épais, ils ont alors fait leur libation aux dieux avec de l'eau claire... quelle dérision! Et ensuite ils ont allumé sous ce tas de viande les feux qui progressivement ont lâché dans l'atmosphère un fumet délicieux. Mes narines en sont soudain chatouillées, j'ouvre les yeux et je les vois qui s'agitent autour de leurs feux. Je comprends alors ce qui arrive... Suprême insulte! Je fonds en pleurs et je crie vers le ciel: "Vous tous, dieux, faites payer à cet Ulysse, à ce brigand, à ce voleur, faites-lui payer la rançon de mes bêtes... Si vous ne le faites pas, je me vengerai et, fuyant le ciel, j'irai briller sur le royaume des morts..."

ZEUS - Non, Soleil, je comprends ta douleur, mais ne va pas briller sur le royaume des morts. Regarde, les Grecs se disputent déjà au milieu des viandes éparpillées et Ulysse reproche à ses hommes d'avoir fait ce qu'ils ont fait. Ils ont peur de ma vengeance.

LE SOLEIL – Oui, mais ils se sont maintenant rassasiés et ils fuient de toute la force de leur rames..

ZEUS - Déjà ils luttent contre les tempêtes que j'ai déchainées... Je vais te venger et faire tomber sur eux ma divine foudre, tandis que les vents vont les pousser vers le terrible gouffre de Charybde, qui alternativement aspire et refoule? Vois, ils s'y sont laissés tout entiers absorber...

LE SOLEIL - Sauf Ulysse qui a réussi à s'accrocher aux branches d'un gros olivier qui surplombe le gouffre. Et de là, Ulysse, qui n'a pas lâché sa branche salvatrice, assiste quelques instants plus tard au dégorgement de la profonde bouche et voit passer sous lui, complètement broyés, des débris se sa troupe et de sa flotte... Il se saisit d'une poutre qui passe à sa portée et se met à nager... Ô Zeus, le laisseras-tu échapper?

ZEUS - Plutôt que de le détruire d'un seul coup, je suis curieux de le voir se débattre longuement dans la mer en furie.

HOMERE – Excellent épisode! Les dieux sont cruels parfois...
14 – ULYSSE QUITTE LE PALAIS D'ALKINOOS.

(ULYSSE –) Hélas! Une fois encore, je survécus à la fureur de éléments et, tout seul, gelé, claquant des dents, affamé, j'abordai aux rivages de Calypso, dont je vous ai déjà dit l'histoire et qui me renvoya sur un radeau. Puis, après de nombreux jours à me débattre avec les vagues, ce fut ton île à toi, Alkinoos, et ta fille Nausicaa... Voilà, je vous ai tout raconté! Et toi, Athéna, tu peux maintenant, les faisant mourir une seconde fois, effacer de la scène les ombres de mes trois compagnons... (Euryloque, Politès et Cratimachos disparaissent) Ce qui va suivre, je ne le sais pas, et ne pouvant par conséquent vous le raconter, je vais le vivre devant vous.

ALKINOOS - Je pense, Ulysse, qu'après nous avoir fait l'honneur de nous conter tes aventures, il ne te reste plus en effet qu'un désir, celui de rentrer au plus vite dans ton île d'Ithaque.

ULYSSE - Très saint seigneur Aklinoos, honneur de ton peuple, fais aux dieux l'offrande qui leur revient, puis reconduis-moi sain et sauf au logis... Adieu! Vous m'avez donné tout ce que je désirais, ce départ, ces cadeaux, je suis comblé! Je vais donc retrouver ma maison et tous les miens. Quant à vous, ici, puisse le ciel vous rendre heureux ainsi que vos enfants et vos compagnons.

ALKINOOS - Allez donc en procession, pour honorer les dieux, jusqu'au bateau qui doit te ramener. Il est plus rapide qu'aucun autre. Et ses rameurs ont été choisis parmi les meilleurs. Et dès qu'il ara été pourvu des provisions nécessaires, détachez l'amarre qui le retient au port et vous, rameurs, tirez sur l'aviron... Ulysse sois heureux!

(ALKINOOS -) Ulysse partit donc et bientôt ils furent à Ithaque et son bateau entra par une grotte secrète, car il ne voulait pas être vu. En effet, depuis dix ans qu'il était parti, sa femme Pénélope se trouvait aux prises avec tous les petits seigneurs des environs qui, prétendants cupides et libidineux – c'était une belle femme encore -, auraient bien voulu l'épouser pour jouir d'elle-même et de ses biens.
15 - ULYSSE DEBARQUE A ITHAQUE

ATHENA - Moi, la déesse Athéna aux yeux pers, je te le dis, Ulysse: pendant dix ans tu as voyagé aux quatre coins du monde à tel point qu’on t’a cru mort. Et maintenant que tu es revenu dans ta patrie d’Ithaque, si tu veux reconquérir le royaume que convoitent tous les prétendants de ta femme Pénélope, il te faut ruser. Tu vas donc prendre l’allure d’un vieux mendiant (elle donne à Ulysse un déguisement). Tu passeras ainsi inaperçu et je t’aiderai le moment venu à te défaire de tes ennemis.

ULYSSE – Grâces te soient rendues, ô ma protectrice. (elle sort)

EUMEE - (entrant avec un cochon de lait sous le bras) Encore un de ces mendiants qui hantent trop volontiers ma porcherie… Enfin! Je suis un homme bon et ils savent qu’ils peuvent trouver ici le gîte et le couvert. Entre, qui que tu sois…

ULYSSE - Merci, ô Eumée, ô charitable porcher…

EUMEE - Si tu veux passer la nuit ici, je te donnerai une couverture, car il fait froid. Mais auparavant je te ferai cuire un de ces petits cochons de lait. D’où viens-tu, mendiant?

ULYSSE - Je viens de… Mais regarde-moi plutôt, Eumée… (il entrouvre son déguisement) Ne me reconnais-tu pas?

EUMEE – (stupéfait) Mon maître Ulysse, comment cela est-ce possible? Toi, de retour?

ULYSSE - Mais oui, je viens d'arriver et la déesse Athéna m’a dissimulé sous cette guenille pour que je puisse approcher du palais sans être reconnu. Je me débarrasserai alors par la ruse de tous ces prétendants qui, depuis dix ans, cherchent à me prendre ma femme et mes biens…

EUMEE - Ô mon bon maître, puisses-tu réussir dans ton entreprise!

ULYSSE - Sitôt que je serai restauré et reposé, tu me mèneras au palais et nous aviserons.

EUMEE - Viens, suis-moi. Nous mangerons, nous boirons et nous partirons. (ils sortent)
16 - ARRIVEE AU PALAIS D'ITHAQUE

(EUMEE -) Et voici qu'Ulysse arrive par la petite porte dans son palais. Personne encore ne l'a reconnu... Mais Pénélope, toujours bienveillante, prend pitié de cet étranger en lambeaux...

PENELOPE – Nourrice va, occupe-toi de cet hôte inattendu et selon le rite lave-lui d'abord les pieds.

LA NOURRICE - Viens, étranger, mets tes pieds dans ce bassin d'eau tiède et parfumée... Mais que vois-je?

ULYSSE – Oui, ma nourrice bien-aimée, regarde, c’est moi, Ulysse. (il montre son pied)

LA NOURRICE - La cicatrice de ton pied, je la reconnais… Celle qu'un sanglier furieux te fit autrefois! Ô Ulysse, c'est donc toi! Mais cache-toi bien, car tu sais que ta demeure est occupée par tes ennemis. Et ta femme, Pénélope, à bout de résistance, va ce soir leur offrir un grand banquet au cours duquel elle sera contrainte de se choisir un nouveau mari... Mais maintenant que tu es revenu...

ULYSSE - Je sais qu’elle n'a pas pu faire autrement. Mais j'ai mon plan et pour commencer, nourrice, je vais te demander, d'aller discrètement cacher toutes les armes qui traînent par ici. Je veux surprendre les prétendants désarmés.

LA NOURRICE - Je comprends, je comprends… et j’ordonnerai aux servantes que, lorsque le banquet aura commencé, elles aillent fermer les portes sur les convives, de sorte qu'aucun ne puisse s’échapper. Car tu veux les tuer tous, n’est-ce pas?

ULYSSE - Comme nous nous comprenons... Essuie-moi les pieds maintenant...

PENELOPE - (entrant) Alors, as-tu découvert qui est ce mendiant? Quel est son nom?

LA NOURRICE - Mais tu ne vois pas que c’est…

ULYSSE - Chut, garde le silence. Il ne faut pas qu’elle sache encore.

LA NOURRICE - …que c'est... ni plus ni moins qu’un autre mendiant. Un n'importe qui!

PENELOPE - Veille tout de même à ce qu’il soit bien traité. (la nourrice donne à Ulysse une écuelle) Et pendant qu'il mange va me chercher l’arc d’Ulysse, celui qu’il était le seul à pouvoir bander: tu verras la surprise que, lors du festin, je réserve aux prétendants.

LA NOURRICE - J‘y vais, maîtresse. (elle sort)

ULYSSE – (mangeant) Oui, j'avais encore un petit creux… Merci, bonne dame! Ma Pénélope!
17 - PENELOPE DEFIE LES PRETENDANTS

(PENELOPE -) Et le soir du même jour, les prétendants arrivent en foule pour prendre part au banquet somptueux que je leur offre.

PENELOPE - (faisant face aux spectateurs et s'adressant à eux) Eh bien, princes prétendants, vous voulez m’épouser. Toi, toi et toi, et tous les autres. Très bien. Mais pouvez-vous bander cet arc? C’était l’arc d’Ulysse, et maintenant que je crois qu’il ne reviendra plus jamais, je veux prendre un mari qui soit au moins aussi fort que lui. Je veux un costaud… Qui veut essayer?

ULYSSE - (sur le côté de la scène) Nourrice, je ne veux pas encore me montrer… Raconte-moi ce qui se passe.

LA NOURRICE – (racontant ce qui se passe en coulisses) Le premier prétendant se saisit de l’arc… Mais il est trop lourd, il renonce avant même d’avoir essayé.

ULYSSE - Trop lourd! C’est une mauviette…

LA NOURRICE - Pénélope le regarde avec mépris. Un second maintenant… Mais il ne peut rien faire, l’arc est trop puissant. Un troisième, un quatrième… Pénélope a fait disposer l’un derrière l’autre des fers de hache et les prétendants doivent en enfilade envoyer la flèche à travers tous les trous… (elle montre un point hors de la scène).

ULYSSE - Où en sont-ils?

LA NOURRICE - Voici maintenant qu’un grand nombre ont essayé sans succès et que se présente le plus redoutable d’entre eux, Antinoüs… C’est un colosse, Il prend l'arc, il s’acharne, il bande ses muscles d’acier, le sang lui monte à la tête. Quel spectacle impressionnant….

ULYSSE – Et alors?

LA NOURRICE – (faisant signe aux spectateurs de crier avec elle) Ah, ah, ah, tous l'encouragent! Mais lui non plus ne peut pas bander l’arc. (de même) Oh, oh, oh…. Je ne sais pas si ce sont vraiment des hommes! Ils ont tous des mines défaites. Quelle déception! Que tu étais fort, mon Ulysse!

ULYSSE - Je le suis encore.
18 - L'EXTERMINATION DES PRETENDANTS

(LA NOURRICE -) Cependant, les prétendants sont furieux de n'avoir pas réussi à bander le terrible arc d'Ulysse.

ANTINOÜS – (entrant avec l'arc) Tiens, reine, ton arc est certainement ensorcelé!

PENELOPE – Toi aussi, Antinoüs, tu renonces?

ULYSSE - Ô reine Pénélope, me permets-tu d’essayer à mon tour?

ANTINOÜS - Toi, pauvre mendiant… Attrape plutôt cet os que je te jette, si tu en es capable. Je ne comprends pas pourquoi la dame de ces lieux t’a autorisé à assister à ce banquet.

PENELOPE - Tu n’es pas le maître ici: laisse-moi juge de mes actions. Vieil homme, veux-tu essayer, si tu ne crains pas le ridicule?

ULYSSE - Je ne crains ni rien, ni personne. Fais voir cet arc! (il prend l’arc -grand silence-, pose sa flèche, bande l'arc, tire et sa flèche traverse toutes les haches)

ANTINOÜS ET TOUS LES PRETENDANTS - (allant vérifier) AAAah… (admiratif, trois fois) Mais qui es-tu donc?

ULYSSE - Ne vous étonnez pas. En réalité, je suis Ulysse, revenu de ses longs voyages (il se découvre). Et avec l’aide d’Athéna aux yeux pers (Athéna apparaît), je vais vous exterminer, voleurs que vous êtes…

PENELOPE - Est-ce possible? Est-ce bien toi, mon Ulysse. Comment pourtant ne pas douter?

ULYSSE - Mais oui, c’est bien moi, chère femme, et je te dirai tout à l’heure un de nos secrets qui te convaincra définitivement. Mais en attendant, faisons justice…

LA NOURRICE - Je vois qu’il avait eu bien raison de faire enlever les armes et fermer les portes: Ils sont pris au piège, ils ne peuvent ni sortir, ni se défendre ! Vengeance, vengeance…

ATHENA - A toi de jouer, Ulysse, le temps n’est plus à la parole mais aux actes. (Athéna lui fait passer les flèches et Ulysse, prenant tout son temps, extermine les uns après les autres tous les prétendants)Voilà, ça y est.

ULYSSE - Ai-je bien terminé… Je veux dire, exterminé ? (il fait des yeux le tour des spectateurs)

LA NOURRICE – (allant examiner tous les cadavres) Il n’en reste plus un seul qui respire encore… Si, celui-là peut être...? Mais à y regarder de plus près, non, il est bien mort.

ULYSSE - Alors, appelle maintenant les servantes pour qu’elles nettoient les flots de sang qui coulent partout… (elles le font). Et qu'elles me lavent moi-même… (elles le mettent dans une cuvette). Allez, ne craignez pas, frottez.
19 - ULYSSE ET PENELOPE SE RETROUVENT ENFIN.

(LA NOURRICE -) Et lorsque les servantes eurent fini de rendre à Ulysse sa beauté passée, Pénélope voulut encore une fois s'assurer que c'était bien lui.

PENELOPE - Ô Ulysse, te voici donc de retour. Que j’ai eu raison de t’attendre, défaisant chaque nuit la tapisserie que j’avais confectionnée pendant le jour. Mais puis-je vraiment être sûre que c’est toi? J’ai été tellement trompée… Dis-moi ce secret que tu m’as promis.

ULYSSE - Il est simple. Te souviens-tu que c'est ton mari, Ulysse, qui façonna, en bois précieux, soigneusement poli, le lit où, avant son départ, il passa avec toi tant de nuits?

PENELOPE - Oui. Bienheureuses nuits! Eh bien?

ULYSSE - Eh bien, ce lit, je l’ai ajusté selon de tels secrets que nul ne peut le défaire, puisque je l’ai construit autour d’un rameau d'olivier vivace que personne ne peut déplacer.

PENELOPE - Oui, à ce trait je te reconnais: tu es bien Ulysse. Servantes, maintenant que votre maître est dignement récuré, allez nous préparer ce lit et mettez-y amoureusement des draps nouvellement tissés…

ULYSSE - Et dès qu’il sera fait, nous irons nous y retrouver. Et je jure que j’y resterai jusqu’à la fin de ma vie. Et en attendant, qu'on ne nous réveille pas demain avant qu'il soit bien tard. Et vous nous ferez aussi un grand festin, car j'aurai très faim! ...Tiens, Homère, tu nous a suivis?

HOMERE – Naturellement. Et je n'ai rien perdu de ce qui vient de se passer... Le plus difficile pour un chanteur comme moi, un aède, c'est de trouver un Héros. Mais cette fois-ci j'en tiens un si grand qu'il ne me sera pas difficile de transformer le récit qu'il a fait de ses aventures en une somptueuse épopée que, de siècle en siècle, les poètes continueront à chanter, chaque fois plus ingénieuse et plus admirable.

RAPPEL HISTORIQUE
La prise de Troie (au XIIIème siècle av. J.C.) est le grand fait (historique ou mythique?) qui domine l’histoire grecque et qui a fourni à la mythologie de la littérature occidentale une grande partie de ses héros et de ses archétypes (Achille, Pénélope, le Cyclope, Achille, Hector, Andromaque...).

La ville de Troie a existé dans ce qui est maintenant la Turquie d’Asie, ou Asie mineure. C’était une ville proche de la mer, dont les ruines attestent qu’elle fut construite et détruite au moins sept ou huit fois. Laquelle fut la bonne, je veux dire, quelle sont les ruines qui correspondent à l’expédition grecque d’Agamemnon: peut-être celles dans laquelle l'archéologue Schlieman découvrit ce qu'il a appelé "le trésor de Priam" (Priam étant le roi de Troie). Mais au fond, cela n’a pas d’importance. Ce qui est dominant, ce sont les deux épopées que ce haut-fait indécis inspira quelques siècles plus tard, l’Iliade et l’Odyssée, attribuées à Homère. L’Iliade raconte les combats qui eurent lieu autour de la ville, l’Odyssée raconte les aventures d’Ulysse tentant de rentrer dans sa patrie d’Ithaque, une des îles grecques de la Méditerranée.

Après la chute de Troie, Ulysse s’est donc embarqué avec ses compagnons et cingle vers Ithaque, lorsque, saisi par une effroyable tempête, il est tout à coup entraîné à travers la mer vers une série d'aventures totalement fantastiques. Il sort du réel, et c’est alors comme un roman de science-fiction à la grecque qui nous est magiquement présenté. Il rencontre un géant avec un œil (Polyphème, le Cyclope), une magicienne (Circé), passe près de l’île aux Sirènes, fait halte chez des peuples qui se nourrissent de la plante de l’oubli, traverse des détroits éminemment dangereux, descend au pays des morts, fait un naufrage dont il parvient à réchapper… Le tout sous la protection de la déesse Athéna et malgré la haine dont le poursuit Poséidon, dieu de la mer.

Et puis, après dix ans d'errance, une nouvelle tempête ramène miraculeusement Ulysse à sa réalité, c'est à dire à Ithaque. Il y découvre que, pendant tout ce temps, sa femme Pénélope a dû lutter pied à pied contre une foule de prétendants qui, la persuadant qu’Ulysse était mort, cherchaient à l’épouser et à devenir ainsi propriétaires de ses biens… C’est là que notre histoire commence. Et c'est là que, naturellement, Ulysse va massacrer ses rivaux, retrouver sa femme et reprendre possession de ses biens.

Quelques détails que nous n’avons pas insérés dans le texte, faute de place, mais qui valent la peine d’être mentionnés… Ithaque est une petite île: des porcs, des moutons, des olives et quelques autre cultures, un tout petit royaume. Ulysse est réputé être très fort et très rusé: il en donne ici la preuve; d’ailleurs Homère l’appelle « l’astucieux Ulysse ». Pendant l’absence d’Ulysse, les princes des îles voisines (les prétendants) se sont donc installés chez lui pour faire la cour à sa femme, Pénélope. Celle-ci leur disait qu’elle choisirait parmi eux lorsqu’elle aurait fini sa tapisserie, mais chaque nuit, elle défaisait ce qu’elle avait fait le jour: ce qui est devenu un mythe universel.. En attendant, les prétendants font bombance à ses frais. Quant à l'histoire du lit, elle est bien dans Homère, mais elle n'est pas très claire. Télémaque, le fils d’Ulysse, arrivé à l’âge d’homme est parti à la recherche de son père; il rentre de son voyage juste au moment où celui-ci arrive et, dans Homère, il l'aide à massacrer les prétendants.

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