L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission





télécharger 1.79 Mb.
titreL'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission
page1/39
date de publication21.12.2016
taille1.79 Mb.
typeDocumentos
d.20-bal.com > loi > Documentos
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   39



Hutton Webster (1875-1955)

Professeur d’anthropologie sociale à l’Université de Nebraska
chargé de cours de sociologie à la Stanford University, Californie
(1948) [1952]


LA MAGIE
dans les sociétés primitives
Traduction de Jean Gouillard, docteur en théologie


Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,

professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi

Courriel : jean-marie_tremblay@uqac.ca

Site web pédagogique : http ://www.uqac.ca/jmt-sociologue/
Dans le cadre de : "Les classiques des sciences sociales"

Une bibliothèque numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Site web : http ://classiques.uqac.ca/
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web : http ://bibliotheque.uqac.ca/



Politique d'utilisation
de la bibliothèque des Classiques



Toute reproduction et rediffusion de nos fichiers est interdite, même avec la mention de leur provenance, sans l’autorisation formelle, écrite, du fondateur des Classiques des sciences sociales, Jean-Marie Tremblay, sociologue.
Les fichiers des Classiques des sciences sociales ne peuvent sans autorisation formelle :
- être hébergés (en fichier ou page web, en totalité ou en partie) sur un serveur autre que celui des Classiques.

- servir de base de travail à un autre fichier modifié ensuite par tout autre moyen (couleur, police, mise en page, extraits, support, etc...),
Les fichiers (.html, .doc, .pdf, .rtf, .jpg, .gif) disponibles sur le site Les Classiques des sciences sociales sont la propriété des Classiques des sciences sociales, un organisme à but non lucratif composé exclusivement de bénévoles.
Ils sont disponibles pour une utilisation intellectuelle et personnelle et, en aucun cas, commerciale. Toute utilisation à des fins commerciales des fichiers sur ce site est strictement interdite et toute rediffusion est également strictement interdite.
L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission.
Jean-Marie Tremblay, sociologue

Fondateur et Président-directeur général,

LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.

Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :

Hutton Webster (1875-1955)
LA MAGIE dans les sociétés primitives.
Traduction de Jean Gouillard. Paris : Les Éditions Payot, 1952, 468 pp. Collection Bibliothèque scientifique.
Polices de caractères utilisée : Comic Sans, 10 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2008 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5’’ x 11’’.
Édition numérique réalisée le 12 avril 2011 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, Québec.

Hutton Webster (1875-1955)

Professeur d’anthropologie sociale à l’Université de Nebraska
chargé de cours de sociologie à la Stanford University, Californie
LA MAGIE dans les sociétés primitives.

Texte ancien rédigé en 1901. Texte présenté par Yvon-André Lacroix. In Les écrits du Canada français, no 35, 1972, pp. 187-248. Montréal.

[464]
Table des matières

PRÉFACE
CHAPITRE I. PUISSANCE OCCULTE.
Puissance «  surnaturelle » ou occulte, 9.   Diffusion de la notion de puissance occulte chez les peuples primitifs ; îles mélanésiennes, Australie, détroit de Torrès, Nouvelle-Guinée et îles adjacentes, Polynésie, Indonésie, Japon, Péninsule Malaise, Annam, Indochine et Birmanie, îles Andaman, Inde, Madagascar, Afrique, Amériques, 10.   Caractéristiques de la notion de puissance occulte, 33.
CHAPITRE II. MAGIE ET ANIMISME.
Double conception de la puissance occulte : manifestation impersonnelle ou personnelle, 43.     La pensée primitive n'a pas la conscience nette de cette distinction, 43.  Êtres spirituels, sources et révélateurs de la magie, 44.   Observances magico-animistes de caractère propitiatoire, 50.   Observances magico-animistes de caractère coercitif, 59.     Êtres spirituels au service du magicien, 60.   Définition de la magie, 61.
CHAPITRE III. MÉTHODES ET TECHNIQUES DE LA MAGIE.
Transmissibilité des qualités de l'objet pris comme tout, 64.   Transmissibilité des qualités inhérentes aux parties détachables et aux appartenances, 65.   Similia similibus curantur, 66.   Les qualités des objets sont facilement rapportées à leur « âme », 67.    Observances non magiques expliquées par les idées de transmissibilité, 68   La puissance occulte inhérente conçue comme une propriété de certains objets, 69.   Transmission de la puissance occulte inhérente, 70.   Attribution d'une puissance occulte, 71.   Usage de formules, d'actes manuels imitatifs et d'images, 74.   Ces méthodes de transmission se trouvent souvent réunies, 76.   Analogies indicatives ou suggestives, 78.   Les composants du rite magique, 83.   Efficacité attribuée au rite magique, 83.   La magie n'impliquant qu'un acte de volonté humaine, 84. – Le vœu intérieur et l'origine de la magie, 91.
CHAPITRE IV. LE VERBE MAGIQUE : LES FORMULES.
Puissance occulte de la parole, 96.   L'incantation purement jaculatoire, 96.   Personnification verbale, 98.   Langage cryptique ou archaïque des incantations, 99.   Leur mode d'émission, 100.   Efficacité conditionnée par leur répétition exacte, 101.   Rôle des incantations dans la magie primitive, 102.    Puissance occulte des noms de personnes, 106. – Incantations narratives, 107.   Imprécations, 109.   Serments, 114.   Prières, 116.   Évolution de l'incantation, 120.
CHAPITRE V. L'OBJET MAGIQUE : LES CHARMES.
Les charmes, accumulateurs magiques, 123.   Principes présidant au choix des charmes : expériences fortuites, 123.   Charmes révélés en songe, en vision ou par un signe particulier, 124.  Charmes employés comme spécifiques ; charmes incorporant une puissance occulte indifférenciée, 125.   Cailloux de quartz (cristaux) et autres pierres employés comme charmes, 125.  Reliques animales et humaines, 127.   Moyens d'accroître l'efficacité des charmes, 129   Conservation des charmes, 130.   Qualités dangereuses attribuées à de nombreux charmes, 130.   Fabrication des charmes par les magiciens, 134.   Charmes liés à un être spirituel ; les sacra, 135.   Fétiches et charmes, 140.   Vogue des charmes dans certains peuples primitifs, 140.
CHAPITRE VI. LES MAGICIENS.
Particularités physiques indiquant le magicien-né, 145.   Vieilles gens douées d'une puissance occulte exceptionnelle, 146.   Condition analogue des individus ayant connu des expériences insolites ou ayant subi divers accidents, 146.   Puissance occulte attribuée aux jumeaux, 128.   Le mauvais œil, 152.   La mauvaise langue, 156.   Particularités mentales indiquant un magicien-né, 158.   Possession de la puissance occulte par certaines personnes ou collectivités, 161.  Les forgerons magiciens, 166.   Puissance occulte des individus rituellement « impurs et des chefs et autres fonctionnaires publics ayant caractère « sacré » 169.
CHAPITRE VII. LES MAGICIENS PROFESSIONNELS.
Hommes-médecine, 176.   Chamans, 176.   La vraie différence entre ces deux catégories, 177.    Magiciens comparés aux prêtres, 177.   Cumul fréquent des fonctions de magicien et, de chef de culte, 178.   Les profanes magiciens, 179.   Les magiciennes, 182 :   Déguisement féminin et magie, 188.
CHAPITRE VIII. COMMENT ON DEVIENT MAGICIEN.
On embrasse la profession d'homme-médecine à la suite d'un rêve, d'une vision ou d'une autre expérience sensible interprétée comme la visite d'un esprit, 210.    Profession de chaman attachée à la possession par un être spirituel, 202.   Les « familiers » et « auxiliaires » des magiciens, 207.   Puissance occulte des magiciens acquise par héritage, achat ou don, 208.   Initiation rituelle des hommes-médecine et chamans, 213.   Portée des rites initiatiques, 221.
CHAPITRE IX. LES POUVOIRS DES MAGICIENS.
Restrictions observées par les magiciens pour conserver leur puissance occulte, 227.   Acquisition d'une puissance occulte spéciale par nécrophagie ou inceste délibéré, 231.    Magiciens thaumaturges, 232.   Métamorphoses animales, 231.   Pouvoir de volonté, 238.   Costume et équipement des magiciens, 241 – séances publiques, 244.   Concours publics, 250.    Rémunération, 251.
CHAPITRE X. LES FONCTIONS DES MAGICIENS.
Rôle important, des hommes-médecine et des chamans dans les communautés primitives, 260.   Ce qu'il devient après leur mort, 266.   Cumul des fonctions magiques et gouvernementales, 269.   Magiciens spécialistes, 275.   Associations de magiciens de caractère souvent secret, 276.
CHAPITRE XI. LA MAGIE PUBLIQUE.
Magie atmosphérique : contrôle du temps et de la pluie, 282.   Ses succès, 291.   Sort des opérateurs malchanceux, 294.   Magie de la fertilité et de la fécondité, 295.   Magie des autres domaines économiques, 299.   Magie des saisons closes et de la protection des biens et ressources, 302.   Magie pour découvrir et punir les individus insociables, 305.   Le rôle de la magie dans les opérations guerrières, 308.   Magie aversive destinée au bien commun, 312.
CHAPITRE XII. LA MAGIE PRIVÉE.
Magie érotique, 317.   Protection de la propriété privée au moyen de charmes et d'incantations, 325.   Conception primitive de la maladie, 329.   Explications de la maladie ; sorcellerie, 329.    Diagnostic du « médecin », 330.   Maladies que ne traite pas le médecin, 330.    Maladie et esprit de la maladie, 331.   Mesures thérapeutiques ; la succion, 332.    Place de la supercherie dans le traitement, 333.   Exorcisme des esprits de la maladie, 334.   Possession ordonnée à des fins curatives, 335.   Transfert d'une maladie à un objet inanimé, un animal ou un « bouc émissaire » humain, 337.   Chasse aux âmes, 338.   Sort du praticien malchanceux, 339.   Spécialisation médicale, 340.    « Empiriques », 341.
CHAPITRE XIII LA SORCELLERIE.
Nature, 344.   Sorcellerie locale et sorcellerie étrangère, 344.   Sorciers protégeant leur propre groupe contre la magie noire du dehors, 346.    Sorciers opérant contre leur propre groupe, 347.   Distinction fréquente entre magicien blanc et magicien noir, 349.   Cumul des deux activités par le même magicien, 350.   Raisons d'embrasser la carrière de sorcier, 351.   Méthodes et techniques du sorcier, 352.   Moyens spécialisés pour la pratique de la sorcellerie, 354.   Missions d'animaux, 360.   Êtres spirituels au service des sorciers, 363.  Emploi de poison par les sorciers, 364.
CHAPITRE XIV. LA SORCELLERIE IMAGINAIRE.
Sorcellerie imaginaire, 368.   Sorciers imaginaires (Australie, Nouvelle-Guinée, Mélanésie, Cambodge, Chota Nagpur, Madagascar, Afrique), 368.   Pratique africaine de l'autopsie pour découvrir la puissance maléfique, 378.   Sorciers imaginaires chez les Amérindiens du Nord, 380.   Traits essentiels de la sorcellerie imaginaire, 383.   Forme particulière de la sorcellerie imaginaire répandue en Australie, en Mélanésie et attestée sporadiquement en Indonésie, Afrique et Amérique, 384.
CHAPITRE XV. LES MOYENS DE DÉFENSE CONTRE LA SORCELLERIE.
Moyens prophylactiques et défensifs contre la sorcellerie, 398.   Précautions concernant la magie exuviale maléfique, 399.   Annulation de l'opération par le sorcier lui-même, 401.   Contre-magie à l'adresse du sorcier, 402.   Effets de boomerang de la magie noire, 404.   Recours à la divination pour découvrir le sorcier coupable, 405.   Confessions de sorciers, 410.   Ordalies africaines pour la détection des sorciers, 411.   Le dépisteur de sorciers africain et ses méthodes, 411.   Punition du sorcier convaincu, 416.   Aspects antisociaux de la croyance à la sorcellerie, 418.   Paralyse le progrès culturel, 420.   Instrument d'ordre social, 424.   La croyance à la sorcellerie est souvent une « névrose anxieuse » plutôt qu'une religion vivante, 430.
CHAPITRE XVI. LA FOI À LA MAGIE.
Croyance enracinée à la magie, surtout noire, chez de nombreux peuples primitifs, 433.   Cas sporadiques de scepticisme à l'égard de la magie, 434.   Le magicien n'est pas un simple charlatan, 436.   Mais ses démonstrations comportent une importante proportion de supercherie et d'illusion, 438.   Justifications apportées pour les échecs, 441.   Les coïncidences appuient la croyance à la magie, 442.   Suggestion dans les rites curatifs et dans la pratique de la sorcellerie, 445.  ­Thanatomanie, 445.   Comment expliquer que la magie ne soit pas plus facilement éventée, 448.

CHAPITRE XVII. LE RÔLE DE LA MAGIE.
La magie, pseudo-science, 452.   Représente toujours un appoint aux routines de la vie quotidienne, 452.    Utilité sociale de la magie, 453.   Découvertes intellectuelles dues à des magiciens, 454.   Magie et médecine, 455.   Magie et beaux-arts, 456.   Magie et origines de la parure, 457.   Peuples primitifs peu touchés par la magie, 457.   Résistance des croyances et des pratiques magiques, 459.   Leur affaiblissement progressif, 460.  La Magie, une des grandes aberrations de l'humanité, 463.
[5]


Hutton Webster

La magie dans les sociétés primitives.
PRÉFACE

Retour à la table des matières

La magie et le tabou viennent en tête des croyances et des pratiques sans fondement qui s'imposent à l'histoire de la psychologie humaine. L'attitude positive de la magie s'oppose à l'attitude négative du tabou. Il y a magie, par exemple, lorsque le chef tonga, grâce à sa richesse en mana, guérit l'un de ses sujets malades en le touchant du pied ; mais c'est un tabou qui interdit au chef maori de gratter sa tête sacro-sainte sous peine d'altérer ou de perdre sa sainteté en la communiquant à ses doigts, qui sont moins sacrés. Dans les îles Samoa, le propriétaire qui protège sa plantation au moyen d'un signe de Défense indiquant la présence d'une charge de mana pose un acte de magie ; en revanche, la Défense elle-même est un tabou dont la force réside dans la crainte qu'a le voleur possible d'être foudroyé par la puissance fatale attachée au signe. On voit d'ores et déjà que magie et tabou reposent sur la notion d'une puissance occulte impersonnelle. Il y a moyen d'utiliser l'influence bénéfique de cette puissance à condition, pour l'opérateur, de s'entourer des précautions voulues ; on peut, d'autre part, se soustraire à son influence maléfique en prenant des mesures d'isolement et d'isolation.

John H. King fut le premier à dégager la portée de cette conception dans les deux volumes de son livre, The Supernatural : its Origin, Nature and Evolution (London et New York, 1892). La belle tenue, la rigueur et l'information considérable du travail ne suffirent pas à lui mériter l'attention des contemporains. À vrai dire, l'opinion n'était pas préparée à celle voix nouvelle. Les théories animistes (âme et esprit des morts) formulées par E. B. Tylor, Herbert Spencer et leurs successeurs, ralliaient la majorité des historiens des origines religieuses ; quant aux phénomènes de la magie et du tabou, ils commençaient à peine d'occuper l'attention, grâce à J. G. Frazer, lui-même un adepte de l'hypothèse animiste. Aucun des savants que l'on vient de nommer n'avait conscience du rôle que la force « d'en haut » (supernal)   comme l'appelait King   a joué dans l'élaboration des croyances et des pratiques magiques. L'« efficacité [6] mystique des formules, des malédictions et des bénédictions ; la « chance » des charmes et de la charlatanerie rituelle ; la « vertu » immanente au magicien lui-même et à son équipement, tout cela continua d'être regardé non comme des qualités ou des propriétés impersonnelles, mais comme le mode d'activité d'êtres spirituels personnels.

Dans une communication sur la « religion pré-animiste » (Pre-animistic Religion), lue au Congrès de la « British Association for the Advancement of Science » en 1899 et publiée l'année suivante dans Folk-Lore, B. B. Marett, d'Oxford, contesta le monopole des théories animistes en faveur et sans même connaître le livre de King, avança plusieurs de ses arguments majeurs. En 1904, Marett publiait dans Folk-Lore un second article, intitulé From Spell to Prayer (« De la formule magique à la prière »), dans lequel il précisait ses vues. Indépendamment de King et de Marett, deux sociologistes français, H. Hubert et Marcel Mauss, publiaient en 1904 leur importante Esquisse d'une théorie générale de la magie (VIIe volume de l'Année Sociologique) qui reposait tout entière sur la notion de puissance occulte impersonnelle. En Allemagne, K.T. Preuss adopte les vues de Marett et les développe dans une série d'articles (Der Ursprung der Religion und Kunst), parus dans Globus (1904-1905). La brèche est ouverte dans les positions académiques ; d'autres vont s'y engager ; E. S. Hartland en Angleterre, Nalhan Söderblom en Suède, A.O. Lovejoy aux Etats-Unis, etc. De son côté, l'anthropologiste français, Arnold van Gennep, propose de baptiser « dynamisme » la théorie impersonnelle de la magie et du tabou par opposition à la théorie personnaliste des animistes.

King, et après lui Marett, Hubert et Mauss ainsi que d'autres auteurs, adoptèrent le terme de mana, emprunté aux langues mélanésiennes, pour désigner la force occulte, la force « d'en haut » conçue comme impersonnelle. Le terme et sa signification avaient été révélés à la science européenne par B. H. Codrington, longtemps missionnaire en Mélanésie. Toutefois, les propres recherches de Codrington, complétées par celles de ses héritiers, ont démontré que, dans cette partie de l'aire Pacifique, mana revêt beaucoup plus souvent un aspect personnel, qu'il prend sa source dans les mânes et les esprits, qui à leur tour le communiquent aux hommes. On doit en dire autant d'autres régions. Il en résulte que le mana doit être désormais considéré comme une force occulte, tantôt désignant une qualité ou propriété impersonnelle, tantôt rattachée à la personnalité bien définie d'un être spirituel. On voit par là que la distinction entre magie et animisme demeure [7] vague et incertaine dans les cultures inférieures. Elle ne se détache nettement qu'avec la personnalisation et l'anthropomorphisation croissantes d'esprits et de dieux. Ce n'est pas tout : King et ses successeurs conjecturent sans fondement une antériorité logique ou chronologique de l'aspect impersonnel sur l'aspect personnel. En fait, les éléments dont dispose la science ne permettent pas de conclure à une priorité de la magie plutôt que de l'animisme. L'état de nos connaissances autorise simplement à dire que les deux phénomènes sont nés et se sont développés en même temps dans la nuit des origines.

Notre livre embrasse la magie tout entière telle qu'elle apparaît chez les peuples « non civilisés ». Pour en retracer l'histoire et l'influence énorme dans les civilisations antiques et jusque dans les temps modernes, en passant par le moyen âge, il ne faudrait pas moins qu’une constellation de savants. Mon dessein est plus modeste ; j'ai voulu présenter les principes fondamentaux de la magie, dont l'illustration dans les collectivités incultes n'a rien à envier aux exemples des civilisations plus évoluées. On chercherait en vain dans la magie de l'Égypte antique, de la Babylonie, de l'Inde et de la Chine, de l'Occident chrétien et de l'Orient islamique, des éléments qui n'aient pas leur pendant dans l'ethnographie australienne, mélanésienne, africaine et amérindienne. La magie n'est pas moins primitive qu'elle est universelle.

Impossible d'exclure la divination du champ de la magie : le devin opère en vertu de la force occulte qui réside en lui ou est attachée à ses techniques ou à ses instruments. Sans cette force il ne serait bon à rien. Nous avons cependant renoncé à traiter systématiquement les diverses branches de la divination, tout en accordant l'attention voulue aux présages, aux rêves, aux révélations de l'état extatique et à l'inspiration prophétique. Quant au problème des relations abstraites entre magie et religion, qui a déjà fait couler bien de l'encre, nous l'avons résolument laissé de côté. C'est que, si la religion se définit comme chacun l'entend, magie et animisme sont des termes ayant une signification reçue. Faut-il dire que nous ne contestons pas pour autant cette évidence, que n'importe quel système religieux, du haut en bas de la hiérarchie, est saturé de magie comme il l'est d'animisme. La magie y figure toujours, qu'elle y trouve sa consécration ou sa condamnation officielles.

Le lecteur constatera lui-même que ce que l'on appelle magie ne mérite pas toujours rigoureusement ce nom. Si vaste que soit l'aire des croyances et des pratiques magiques, bien des « superstitions » restent en dehors de ses frontières e n'ont aucun [8] rapport avec elle. Nous avons donné à des termes tels que homme-médecine, chaman, formule magique, charme et sorcellerie, des limites plus nettes que ne leur en assignent d'ordinaire même des travaux de spécialiste : en sociologie comme dans les sciences de la nature, les définitions sont importantes, et il est capital de s'y tenir.

Ce livre est allé constamment aux sources. Il n'en doit pas moins un tribut à tous ses devanciers. J'en ai nommé quelques-­uns ; j'ajouterai, sans prétendre épuiser la liste, les noms de A. E. Crawley, F. B. Jevons, Carveth Read, Edward Wester­marck, Lucien Lévy Bruhl, F. R. Lehmann, Wilhelm Schmidt, Gunnar Landtman, Rafael Karsten, Bronislaw Malinowski, J. H. Leuba, W. G. Sumner, A. G. Keller. J'ai pu parfois fausser compagnie à ces maîtres ; leur commerce ne m'a jamais été sans profil.
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   39

similaire:

L\Allah est notre objectif, le Prophète est notre chef, le Coran est...
«Juge donc parmi eux d´après ce qu´Allah a fait descendre.» (Sourate 5, verset 48), «Le jugement n´appartient qu´à Allah: IL tranche...

L\Nous voici à nouveau réunis devant un tribunal pour combattre l’injustice...

L\1 Rapport financier vote
«Notre association a pour but la défense des intérêts moraux et sociaux de ses membres». L’association est apolitique et non confessionnelle...

L\tous les jours et à tous points de vue, je vais de mieux en mieux, oui
«- c’est ce que l’on entend, c’est ce que l’on sème pour nous : ce sont les graines qui nous parviennent à l’esprit au travers des...

L\Every foreigner older than 18 who wants to stay in France more than...
«la Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation et à la culture; l’organisation de l’enseignement...

L\Veillee de priere en lien avec la communauté de Taizé
Ce Dieu est notre Dieu, pour toujours et à jamais, notre guide pour les siècles. (R)

L\De séance du conseil municipal
«école» s’est déplacée dans la commune du Gué de Longroi afin de visiter l’école qui ressemble à notre projet. (5 classes, accueil...

L\Ce témoignage authentique, exptionnel et inédit, est celui d'un médecin...
«affects», c'est-à-dire des émotions violentes, extériorisées, mais plus encore secrètes, dans le déterminisme de certaines maladies...

L\En effectuant ce dossier sur les accidents du travail, notre objectif...
«est considéré comme «accident de travail», quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail...

L\Dans ce dossier, l’ordre du jour est pour nous syndiqués cgt, de...
«Dépendance» veut porter un coup définitif à notre système de protection sociale bâti sur la solidarité nationale et le livrer au...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com