Résumé : L'article rapporte les résultats d’une enquête qualitative par entretiens non directifs réalisée auprès de cent conducteurs d'automobiles dans quatre pays d'Europe occidentale Italie,





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titreRésumé : L'article rapporte les résultats d’une enquête qualitative par entretiens non directifs réalisée auprès de cent conducteurs d'automobiles dans quatre pays d'Europe occidentale Italie,
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Italie



Le contexte culturel italien ressemble à une Europe en miniature : les oppositions sémantiques utilisées sont également le Sud, le Centre et le Nord, qui réfèrent explicitement à des cultures citadines de la conduite : essentiellement, celles, paradigmatiques, de Naples, de Rome et de Milan. Les personnes interrogées dans chacune de ces aires utilisent les mêmes contenus, mais les interprètent différemment : toutes s’accordent à dire que les Napolitains ne respectent pas le code national mais conduisent lentement en ville, tandis que les Milanais conduisent très vite – surtout s’ils vont au travail - mais respectent davantage la loi. Quand aux Romains, ils vivent l’adaptation contextuelle, car il n’existerait pour eux ni réelle application des lois, ni modèle de comportement civique local.

Cet accord général sur les styles différents se brise dès qu’on en vient aux explications :

Pour un Milanais, la conduite napolitaine forme une culture communautaire fermée dont les codes implicites ne fonctionnent pas pour les « étrangers » : il en résulte que le réseau autour de Naples est très dangereux.

Pour un Napolitain, la conduite milanaise (« comme une montre suisse ») ressemble, comme celle des pays plus nordiques, à un « droit de tuer » du moment qu’on respecte la loi. Le modèle (germanique ?) du conducteur milanais rapide, stressé, anxieux mais contrôlé, est critiqué : dans les conditions napolitaines, il serait meurtrier, car l’impossibilité d’appliquer le code doit être compensé par une très grande attention aux circonstances et aux comportements d’autrui : un Napolitain regarde les yeux des autres conducteurs. Il peut lui-même sortir de la voiture et régler la circulation, ce qui est impensable à Milan, etc. Sa compétence à la conduite sportive et de prestance doit être accompagnée d’une très grande « culture sociale ».

Pour un Romain, ces discours milanais et napolitain sont des dogmes qui ne conviennent pas aux réalités, car à Rome «  on roule aussi vite qu’au Nord et on respecte la priorité aussi peu qu’au Sud ».

Ce système de stéréotypes croisés dissocie des thèmes déjà rencontrés dans les autres pays :

-La civilité liée à l’appartenance communautaire globale (comme en Allemagne) ou impliquée dans le soutien du droit (comme en Grande Bretagne) se trouve ici rapportée strictement à l’opposition Nord-Sud ou plus précisément à leurs métropoles de référence. La position « Romaine » ressemble un peu à la négativité française par rapport aux positionalités européennes.

Cependant, le résultat au plan des argumentaires de synthèse que proposent les locuteurs italiens, revient à insister sur les conditions locales d’applicabilité de la loi (même à Milan), et chacun se retrouve pour critiquer de façon défensive le « légalisme » des autres pays européens (avec parfois le sentiment de défendre une position au fond pas très justifiable). On se soumet d’ailleurs volontiers « au style européen », tout en admettant qu’on y perd son italianité : on y devient des « pecorelle », alors qu’on n’a pas renoncé, chez soi, à admettre le bien-fondé de son propre style. Ce qui n’empêche pas d’analyser les dangers du comportement étranger à partir de ses propres critères : les Français, par exemple, « sont dangereux parce qu’ils ne tolèrent pas l’erreur et sont incapables de l’anticiper ».

Si tous les Italiens interrogés sont pris dans l’attraction du modèle rhétorique opposant les styles de conduites et de comportement par grande cité, ce qui leur permet de se confronter eux-mêmes comme si l’Italie était un champ culturel « complet », ils semblent s’accorder aussi, cette fois en majorité sur un certain nombre de jugements « sévères » : ceux-ci ne portent jamais (comme en Allemagne) sur les personnes dont on ne peut repérer le style « statutaire », mais plutôt sur ceux qui, visiblement tentent de développer un style qui est illégitime : gens d’origine modeste et jeunes roulant dans de grosses cylindrées, par exemple.

Les policiers sont très critiqués, mais plutôt sur le ton de la dérision et du mépris mettant en cause leur compétence, leur honnêteté et leur courage, et pas du tout dans le registre de la « peur » comme en France. Il existe d’ailleurs ici une correspondance paradoxale entre l’éloge de la culture citadine (opposé à la dénonciation d’un Etat de gabegie), et le constat que la police municipale en charge de la circulation s’occupe d’affaires «subalternes » (par rapport aux affaires politiques concernant la mafia ou le terrorisme).

Toutefois les critiques, ne répondant pas à une mise en doute symétrique de la communauté et de la loi, elles ne prennent pas un caractère d’exclusion morale d’une catégorie bouc-émissaire (comme en France les conducteurs de 4x4, ou les Personnes âgées). Nous en proposerions ici une interprétation exploratoire : lorsqu’on conserve, même en position défensive, la conviction que l’on dispose d’un modèle cohérent et valide de règle sociale permettant d’affronter des circonstances pratiques, on n’est pas encore tentés de « se venger » sur telle ou telle catégorie « nuisible » de sa propre destitution (imaginaire ou réelle) comme membre d’une communauté de choix sociétal.

A l’inverse, la « mauvaise conscience » par rapport à un idéal européen supposé plus « légaliste » pousse beaucoup de nos interlocuteurs italiens à affirmer une volonté générale « de sévir » ou d’imposer à tous et à soi-même des contrôles techniques bien plus poussés, qui contrastent avec le reste des contenus. On retrouve d’ailleurs ce trait dans les enquêtes SARTRE précédemment citées, où les Italiens se distinguent par une transgressivité plus ouverte, plus décomplexée, mais aussi par un appel plus véhément aux contrôles37. Ce paradoxe se manifeste aussi à l’intérieur du contexte culturel italien : Il semble que plus on se situe dans la culture « type Naples », on idéalise les contrôles systémiques qui permettent d’échapper à l’arbitraire corruptible des policiers (tout en défendant le comportement napolitain), tandis que plus on a déjà affaire à eux (comme à Milan), et plus on s’en plaint en en appelant à la nécessaire présence humaine pour juger des situations. Bref, là encore, la « conversation » intra-italienne semble fonctionner comme si elle se substituait au champ européen plus large.

Enfin, contrairement à ce qui se passe en France, la conduite de prestance des Jeunes « trompe-la-mort » est prise en charge par chacun, en ce qu’on lui trouve des significations immédiates, non distanciées : on saisit de l’intérieur (pour avoir été jeunes) ce qui pousse à l’attitude de défi, jamais vraiment agressif, qui correspond au fond à la tonalité générale du « message » italien : celui d’une résistance malaisée et mal argumentée d’un type de civilité minoritaire qui n’a pas renoncé, néanmoins, face à la proposition « moderne » incarnée par l’Europe du nord, et que nous avons plus précisément ici localisée en Grande-Bretagne.

C’est d’ailleurs ainsi que pourrait être résumé la structure du « discours-type » partagé par nos locuteurs italiens :

Puisque nous maintenons que la loi universelle et abstraite ne peut être appliquée que dans les conditions culturelles de chaque communauté locale pertinente,

Mais que celle-ci comporte des inconvénients que combattent les progrès du contrôle juridico-technique partout ailleurs,

Nous ne pouvons que nous incliner, mais non sans réserve, et nous comprenons nos Jeunes qui extériorisent, au risque de la mort, une réticence intérieure.

En un sens nous pourrions dire que la devise italienne en la matière est l’inverse exact de la britannique : il ne s’agit pas de respecter la loi, mais d’y obéir… quand c’est absolument nécessaire.

6. La conversation culturelle intra-européenne : une hypothèse heuristique aux incidences considérables.
Nous pouvons maintenant tenter de décrire de façon synthétique la manière dont les discours-types « par nation » sont des formations articulées, dont la logique d’ensemble les constituent en véritables « positionnements » (au sens anthropologique développé par Philippe Descola38) et prennent valeur conversationnelle, bien qu’à aucun moment l’étude ne puisse révéler une quelconque conscience que les « interlocuteurs » auraient d’être en conversation entre cultures nationales.
Pour résumer :
Ce carré résulte de la disposition réciproque des quatre propositions centrales suivantes :

-la loi doit être interprétée en fonction de situations locales (Italie)

-la loi est promue à l’efficacité par la culture communautaire situant et impliquant socialement ses sujets (Allemagne)

-la loi suffit à définir la solidarité sociétale, si elle ne s’éloigne pas de son fondement de droit (Grande Bretagne)

-En l’absence de communauté culturelle stable et homogène, et l’adhésion idéaliste au droit étant douteuse, la loi ne saurait-être que le résultat d’une lutte de pouvoir (France).
Ces propositions peuvent en effet être exprimées par des formules structurales encore plus succinctes, sans déformation importante de leur positionnement réciproque :

-Communauté +, Loi – (Italie)

-Communauté +, Loi + (Allemagne)

-Communauté  - , Loi + (Grande Bretagne)

-Communauté - , Loi – (France)
Or ce système de positionnements est à la fois un carré logique et un carré linguistique de Greimas. Même sans être fascinés par la structure logique, on peut au moins retenir ceci : les quatre cultures nationales de sécurité routière en question semblent bien dialoguer et médiatiser leur dialogue.

En plaçant l’entrée dans le jeu à la proposition plutôt britannique d’une autosuffisance sociétale de la loi/droit, nous obtenons alors en vis-à-vis une réponse « italienne » : non, la loi ne suffit pas à définir un ensemble culturel cohérent, il faut la contrebalancer par la norme communautaire, surtout locale, car à l’échelle humaine de gens qui « se connaissent » (et jugent de la compétence de l’autre conducteur à saisir les signes de cette culture locale). A cette opposition « dure », correspondent alors deux réponses médiatrices intermédiaires : la réponse « allemande » qui contraint loi et communauté à collaborer positivement et unitairement (l’une sans l’autre détruit chacune). Tandis que la réponse « française » consiste plutôt à laisser ouverte la question des rapports incertains entre deux entités incertaines, au prix de l’angoisse du « pouvoir ».

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