Synthese du debat-petales n°2





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date de publication07.07.2017
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SYNTHESE DU DEBAT-PETALES n°2

« Les coûts évités par la Prévention spécialisée :

l’impact économique de l’action de la prévention spécialisée »

Animateur : Philippe LANGEVIN, Université Aix-Marseille II

Rapporteur et autour du propos introductif : Pascal LE REST, ADSEA 77

Propos introductif

Depuis les lois de décentralisation, celles de 1986 et plus récemment de 2004, la prévention spécialisée a perdu le caractère continu de sa mise en œuvre à l’échelle du territoire hexagonal.

Depuis la loi NOTRe, le risque de discontinuité est plus que jamais avéré avec le transfert de la mission vers certaines métropoles, et par corollaire, le glissement est prévisible vers d’autres destins que celui de la Protection de l’enfance, à commencer par celui de Prévention de la délinquance.

Mais la prévention spécialisée reste aujourd’hui majoritairement dans le giron des départements et située en Protection de l’enfance. Cependant la situation de cette mission n’est pas garantie. En effet, si la mission est obligatoire dans les textes règlementaires, son financement ne l’est pas. Autrement dit, la question de l’affectation des budgets aux clubs et équipes de prévention spécialisée est aléatoire.

Or les départements sont confrontés à des dépenses inflationnistes avec le RSA et l’APA. Dans ce contexte, le réflexe le plus évident est celui d’une réduction des dépenses non obligatoires. C’est ce qu’on observe dans de nombreux départements qui ont parmi d’autres réductions d’enveloppes oblitéré celles des associations de prévention spécialisée.

Pourtant la prévention spécialisée est un mode d’intervention sociale qui ne manque pas d’utilité sociale. Je ne donnerai que 4 exemples pour introduire nos débats collaboratifs :

1/ parce que le partenariat est au centre de ses préoccupations dans l’intervention au cœur de l’espace public, la prévention spécialisée intervient peu ou prou selon les territoires avec l’Education nationale et ainsi :

  • Entre en relation, aide, soutient et accompagne des jeunes en décrochage scolaire, ce qui permet d’éviter des conduites d’errance dans les centres villes, de consommations de produits toxiques licites et/ou illicites, et d’éviter des conduites d’installation dans la délinquance ;

  • En amont, elle prévient le décrochage scolaire, par des interventions ciblées dans les classes Relais, les Ateliers Relais, les classes SEGPA et plus généralement dans les classes qui présentent des risques de conduite inadaptées, pour y promouvoir des actions de prévention, avec des supports ludiques et pédagogiques ;

  • Présente, dans les établissements scolaires mais aussi dans leurs abords, elle réalise un travail de présence sociale (que nuls autres professionnels ne réalisent) pour prévenir des attitudes ou des comportements à risque.

2/ Dans ce cadre du partenariat, la prévention spécialisée collabore avec les assistants sociaux du département, les conseillers de la Mission locale, les professionnels des services publics, des CHRS, des CHU, etc., et échange des informations concernant les jeunes qui leur permettent de résoudre leurs difficultés sociales, psychologiques ou de parcours d’insertion professionnelle. Parce que les éducateurs de prévention spécialisée travaillent dans l’espace public, donc dans un espace ouvert, ils sont plus que quiconque en relation avec les autres professionnels des autres institutions. Ce sont eux qui vont au contact des partenaires, car leurs modalités professionnelles le leur permettent (ils ne gèrent pas des files actives comme d’autres professionnels). Ainsi, pour les jeunes, la possibilité d’être écouté, d’être orienté, d’être accompagné, d’être soutenu dans leur projet existe. Sans cette possibilité, les milliers de jeunes éloignés des institutions, dans chaque département, vont venir gonfler le nombre des personnes en situation d’errance et obliger à d’autres dépenses.

3/ Pour tous les jeunes, sans qualification professionnelle, sans diplômes, sans ressources, confrontés souvent à des problèmes de désaffiliation, les professionnels de la prévention spécialisée proposent des chantiers éducatifs (qui coûtent peu d’argent et nécessitent surtout de l’engagement humain, des ressources humaines) qui représentent pour ces jeunes une première étape vers le monde de l’emploi. Sans la prévention spécialisée et ses chantiers éducatifs, cette étape qui va manquer peut signer pour nombre de jeunes la relégation aux marges du monde du travail et favoriser de fait la dérive vers tous les types de trafics, de la petite délinquance à la grande criminalité.

4/ Plus simplement, en réglant les petits problèmes du quotidien, les éducateurs de prévention spécialisée rétablissent les relations entre des jeunes et leurs parents, entre des jeunes et leur établissement scolaire, entre des jeunes et leur environnement au sens large. Chemin faisant, ils évitent de nombreuses crises familiales, scolaires, sociales. Pour comprendre le risque que ces jeunes courent, il suffit d’observer le destin de tous ceux qui n’ont pas croisé la route d’un éducateur et qui se sont retrouvés à la rue, dans des centres d’hébergement d’urgence, dans des squats. Le coût social du traitement est alors bien plus lourd. Un exemple : en Seine-et-Marne, dans le service que je représente, 41 éducateurs accompagnent 1 969 jeunes (48 jeunes par éducateurs). Ces quelques 2 000 jeunes en difficultés qui ne font pas parler d’eux dans la presse voient leurs conditions sociales d’existence s’améliorer. Mais sans ces 41 éducateurs, qui tout au long de l’année s’en préoccupent, quelles trajectoires les jeunes auraient-ils suivis ? Quelles pentes suivraient-ils ? Quels modèles susciteraient leur adhésion ?

Synthèse suite à la première série de questions sur la nécessité de rechercher d’autres sources de financement.

Les rapporteurs des différents groupes de ce débat-pétales, au nombre de 5, disent, qu’en général, c’est le département qui finance la plus grande part du budget de la prévention spécialisée, même si les communes sont impliquées dans de nombreux territoires par une charge budgétaire (située entre 5 et 20% environ). Mais il y a un consensus à considérer l’obligation pour le département à financer en totalité la dépense, car les financements multiples posent des problèmes et notamment avec les communes qui entraînent ou cherchent à entraîner la mission vers la prévention de la délinquance.

C’est pourquoi de nombreuses voix dans les groupes militent pour se retourner vers l’Etat comme dans la situation antérieure à 1986, c’est-à-dire avant l’époque de la décentralisation. Pour autant, d’autres voix rappellent que le département représente la proximité avec le terrain, le public, les problématiques de vie des personnes.

La nécessité qui consiste à rechercher d’autres sources de financement pour garantir la mise en œuvre de la mission pose la question de savoir aussi ce que rapporte à la prévention spécialisée : bien sûr, les financements pourraient être aussi d’ordre privé car des entreprises cherchent à défiscaliser ; après tout, il n’y a pas que l’argent public pour mettre en œuvre des actions de prévention. Mais dans l’un ou l’autre cas, quelle sera la latitude des professionnels qui interviennent auprès des jeunes et quelle sera la garantie des moyens affectés ?

La question est complexe, car il faudra bien aller chercher d’autres financements si les départements réduisent les leurs. En outre, le financement total par le département concentre le pilotage de la mission, ce qui entraîne aussi un risque de confiscation des enjeux stratégiques et de prospective (comme sur l’intervention concernant les classes d’âges, les problématiques, la délimitation des territoires). Derrière le financement, il y a toujours la question de celui qui décide, et celui qui décide peut vouloir des changements dans les pratiques professionnelles. Et pour le moment, chacun est d’accord pour dire que la prévention spécialisée doit rester dans le giron de la Protection de l’enfance.

Synthèse suite à la seconde série de questions sur les coûts évités à la société et les ressources nouvelles produites par la prévention spécialisée.

La prévention spécialisée génère des bénéfices à long terme mais aussi à très court terme par des actions partenariales qui permettent d’améliorer les situations individuelles des jeunes accompagnés. Compte tenu des coûts induits par la détention en milieu carcéral des jeunes délinquants, la prévention spécialisée qui travaille à cette prévention du risque délictueux apparaît comme un mode fort peu onéreux. De même, parce que la prévention spécialisée réduit chez les jeunes filles les risques des maternités précoces dans bon nombre de territoires, elle réduit des coûts sociaux à venir qui sont énormes. Comme le dit l’un des rapporteurs : « la prévention spécialisée, c’est comme les parents ; c’est quand ils ne sont pas là, qu’ils manquent ! ».

Quand les jeunes sont placés en institution, dans des internats, des foyers, des centres, le prix de journée est très élevé, alors qu’un éducateur de prévention spécialisée accompagne bon an mal an une cinquantaine de jeunes pour un salaire moyen. Le coût de la prévention spécialisée est par conséquent minimal !

De plus, les éducateurs font un important travail d’orientation en direction de leurs partenaires de terrain, mettant en relation les jeunes (en difficultés sociales) avec des institutions.

Certes, la prévention spécialisée est invisible en général, mais quand les quartiers brûlent comme en 2005, on se demande où est la prévention spécialisée, comme si on ne la reconnaissait pleinement qu’en situation de crise, de tension, d’alerte. Or, si les quartiers ne brûlent pas la plupart du temps, c’est bien que des acteurs veillent à garantir le lien social : la prévention spécialisée fait partie de ces acteurs qui le garantissent. Car les éducateurs favorisent des parcours sécurisés pour des jeunes éloignés des dispositifs d’aide, travaillent en partenariat aux processus d’insertion. En cela, des coûts sociaux élevés sont évités.

Ce qui est calculable, ce sont les AEMO évitées, comme tous les types de placement, les aides sociales qui sont évitées, et les interventions policières dans les quartiers où règnent une capacité à gérer les tensions sociales, les problèmes de précarité et de pauvreté des personnes. Ce qui est calculable, c’est le travail qui permet de rendre les jeunes moins dépendants des institutions et des services d’aide, autant de choses qui coûtent cher en temps, en énergie, en argent.

Ce qui n’est pas calculable, ce sont les actions des éducateurs auprès des jeunes qui vont mal et qui devraient se soigner s’il n’y avait pas de prévention spécialisée sur les quartiers, à cause de la drogue, de l’alcool, du tabac, des médicaments ou de l’absence de soins dentaires, d’hygiène, de respect des règles à suivre en matière de sommeil, de nutrition, de rythmes. Non calculable, le parcours de réussite d’un jeune in fine quand tout laissait croire des années avant qu’il allait verser dans le décrochage scolaire, l’addiction, la violence, la délinquance. Comment calcule-t-on la confiance dans l’adulte et dans le monde ? Et comment calculer la part que l’éducateur a dans cette capacité de confiance en soi acquise au long du travail d’accompagnement éducatif, d’estime de soi, de restauration de son image ?


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