Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et le monde





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Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et le monde.
[pp. 72-97]

Durant le XIXème siècle, la formidable puissance économique américaine ne s'est pas traduite par un rôle mondial très affirmé, toute occupée qu'elle était par la conquête puis par l'exploitation de son propre territoire ; la fin de la "frontière" date des années 1890. Traditionnellement, les Américains se méfiaient des affaires européennes, héritages d'un monde ancien dépassé, le "Vieux Monde" et se concentraient sur la construction de leur terre promise, ce que l'on définit comme l'isolationnisme, défendu prioritairement par le Great Old Party, les Républicains.

Cependant dès cette époque les EU défendent deux principes de politique internationale qui vont les pousser à s'occuper des affaires du monde : le refus de toute ingérence dans les affaires du continent américain (doctrine Monroe) et surtout la liberté absolue des mers et le principe de la "porte ouverte", c'est-à-dire supprimer toute entrave aux intérêts américains dans les régions du monde occupées par les Européens. C'est ce qui va les entraîner à un interventionnisme mais à reculons, en particulier dans les milieux démocrates traditionnellement liés aux minorités.

Dans les 1880's le département d'Etat comptait 60 fonctionnaires ; aujourd'hui près de 30.000. Ces 2 chiffres traduisent clairement l'évolution des EU vers l'interventionnisme, ainsi que l'accroissement des pouvoirs fédéraux de Washington au détriment des pouvoirs locaux, ce qui rompt l'équilibre des pouvoirs traditionnels entre Etats et pouvoir fédéral. Qu'est-ce qui peut expliquer une telle évolution ? Et comment, dans un régime démocratique, peut-on amener l'opinion publique à accepter ce que spontanément elle ne désirait pas ? Le cinéma d'Hollywood n'a-t-il pas servi à fabriquer cette opinion pour aller soit dans le sens de l'intervention, soit dans celui de l'isolement, selon les moments ?

Nous verrons dans un 1er temps le refus réitéré de l'interventionnisme entre 18 et 47 à la suite de leur implication dans la 1ère GM, refus renforcé par les difficultés économiques de la grande dépression des années 30 et par l'aggravement de la situation internationale engendré par les pays totalitaires. Nous passerons ensuite à leur conversion forcée à l'interventionnisme, de 47 à 90, à la suite de leur implication dans la 2ème guerre mondiale, ce qui va entraîner la situation de Guerre froide avec l'URSS dans laquelle les EU deviennent les chefs du "monde libre" grâce à leur formidable puissance économique et militaire. Nous verrons enfin l'actuelle fragilité de la domination américaine sur le monde et leurs tentations de retour à l'isolationnisme depuis l'effondrement de l'URSS et de son bloc en 91 et l'émergence de nouvelles menaces qui les agressent directement, que ce soir la Chine ou le monde arabo-musulman.

1. Les hésitations de la puissance américaine, 18-45.

"L'Europe a des intérêts qui ne nous concernent pas ou qui nous touchent de très loin ; il serait donc contraire à la sagesse de former des liens qui nous exposeraient aux inconvénients qu'entraînent les révolutions de sa politique."

George Washington, 1796 !


  1. Des hésitations anciennes qui ont déjà présidé à l'entrée en guerre de 16 :




  • avec Théodore Roosevelt (1901-9), débuts d'un impérialisme extérieur fondé 1° sur la doctrine Monroe, 2° sur la "destinée manifeste" et 3° sur l'ouverture des marchés aux intérêts américains ; ainsi, fort interventionnisme en Amérique Latine, politique de la canonnière se double d'une aussi active diplomatie du $ :

Panama en 1903 et construction du canal de 1904 à 1914 ; ce qui renforce l'intérêt stratégique de la région caraïbe et centro-américaine ;

1905, occupation de la Rép. dominicaine en faillite ;

Cuba en 1906 transformée en protectorat militaire ;

intervention militaire au Nicaragua en 1912 ;

expédition militaire dans la Révolution mexicaine en 1914 et en 1917.


  • victoire des démocrates et des progressistes en 1912 change la donne, surtout après 14 au moment où se pose la question du soutien des EU aux Alliés : dans 1er temps, exigence de neutralité très forte et balancement au gré des circonstances entre les deux alliances, mais les manœuvres allemandes au Mexique et la guerre sous-marine font pencher la balance ; et, en réalité, neutralité était déséquilibrée : export vers Allemagne, 1M$ et vers Alliés 3,2Md$ ; emprunts allemands aux EU, 27M$, 2Md$ pour Alliés ; le grave problème de la libre circulation sur les mers que la guerre sous-marine compromet ;

"Je crois que Dieu a présidé à la naissance de celle nation et que nous sommes choisis pour montre la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté". "Nous n'avons aucune fin égoïste à promouvoir. Nous n'avons aucun désir de conquête ou de domination"

(WW, message de guerre au Congrès, avril 17).


  • Hollywood commence déjà à jouer son rôle1 : les + grands cinéastes (Cecil B. De Mille, David W. Griffith et Charlie Chaplin) participent à effort de guerre d'Hollywood ;

De Mille tourne un Joan of Arc en 17 qui pose quand même le problème de la nationalité des envahisseurs de la malheureuse France.

Mais surtout Griffith de The birth of a nation2 (1915) : film sur la Guerre de Sécession qui provoque une querelle fondamentale pour expliquer la position officielle du cinéma vis-à-vis du pouvoir ; prés. WW le soutient et encourage sa projection aux enfants des écoles, mais des associations de défense des droits civiques cherchent à la faire condamner, par ex. la National Association for Advancement of Colored People, il faut dire que le film a directement provoqué la renaissance du Ku Klux Klan héroïsé dans le film ; Griffith défend le Sud dont il était originaire et sa conception raciste des rapports sociaux ; le Bureau Fédéral de la censure créé en 1909 condamne très rarement, aussi certains Etats créent leur propre bureau de censure pour interdire le film. Griffith fait appel au nom respect du 1er amendement mais Cour Suprême le récuse et statue que le cinéma est "une œuvre industrielle concernant un public à caractère industriel" ; bureaux de censures sont vus comme des moyens d'expression de la volonté populaire. Ce jugement fera jurisprudence jusqu'à un arrêt de la Cour Suprême en 1952 qui reconnaît au cinéma la liberté d'expression.

Griffith écrit alors un opuscule pour se défendre : The rise and fall of free Speech in America et surtout réalise Intolérance en 1916 ; il est contacté par 2 millionnaires anglais pour réaliser un grand documentaire sur la guerre pour influencer opinion publique ; bénéficie de l'aide logistique de l'armée britannique, peut tourner sur le front en France. Film sort en mars 18, Hearts of the world3 ; mais cruauté des combats trop apparente pour être efficace comme propagande, déception de WW lui-même lors d'une projection privée ; d'où un nouveau montage atténuant cette dimension et une publicité valorisant plutôt la romance insérée dans cette histoire guerrière : "The sweetest love story ever told. A romance of the great war. Battle scenes taken ont the battle-fields of France."


  • 2M de soldats à la fin du conflit. 110.00 morts, dont la ½ de maladie, prix payé pour avoir le droit d'imposer ses vues lors des négociations de paix : les 14 points et leur messianisme imposé à l'Europe, voir explication de textes p. 72 ; mais puisant mouvement d'opinion pour le retour à l'isolationnisme traditionnel dans les années 20 de la Prosperity : gifle au prés. Wilson et à sa SDN ; cependant EU entraînés dans affaires européennes pour des raisons financières et diplomatiques ;




  • Ainsi Hollywood joue-t-il la carte de la dénonciation de la guerre :

dès octobre 18, Chaplin tourne Shoulder Arms (après avoir réalisé un film de propagande, The Bond), dénonciation de l'absurdité de la guerre ; quelques difficultés avec la censure ;

The four horsemen of the apocalypse4 de Rex Ingram de 1921 se termine sur des champs de croix de cimetières militaires ;

Big Parade de King Vidor en 1926 dans lequel combats filmés sans fioriture ni recul héroïque ; aucune diabolisation de l'ennemi, patriotisme très éloigné de tout endoctrinement nationaliste mais forgé par la solidarité des combattants entre eux.

What price glory de Raoul Walsh en 26 : "Il n'y a pas de gloire pour des hommes à être dans des tranchées ou des trous" et ce 2 ans avant pacte Briand-Kellog mettant guerre hors-la-loi ;

All quiet on the western front de Lewis Millestone, en 30 qui filme la guerre sans plus aucun romantisme mais de façon impersonnelle, glaciale et indifférente ; film interdit en Allemagne après 33 ;

cependant glorification de l'aventure guerrière persiste dans films sur les exploits de l'aviation naissante, mais pour des raisons héroïques et non de propagande nationaliste, il s'agissait de trouver de nouveaux héros des temps modernes très éloignés du destin de troupeau de l'infanterie, à l'époque de la traversée de l'Atlantique par Lindbergh et de la disparition de Nungesser et Coli.

  1. Une position bousculée violemment par les grandes crises des années 30 :




  • puissance éco. a des conséquences internationales : 1er commerce mondial, 1ers créanciers, 1ers investisseurs mondiaux, voir le tableau 3 p. 77 ; promotion unilatérale de leurs intérêts ; privilégient le désarmement et les pactes bilatéraux et partiels plutôt que la SDN :

conférences de Washington sur le Pacifique : garantie de la "porte ouverte" en Chine et garantie mutuelle des possessions insulaires dans le Pacifique ;

limitation des flottes de guerre (GB 5, EU 5, Japon 3) ;

pacte Briand-Kellog signé par 15 pays en 1928, qui déclare la guerre hors-la-loi ;


  • surtout politique du $ : en 14, EU débiteurs de 3,7Md$ ; en 18, créditeurs de 3Md$ ;

en +, 10Md$ de dettes de guerre ; 40% su stock d'or mondial :

à Gênes en 22, $ intègre le GES à côté de la £.

gestion intrusive dans la question des réparations : forcent la France à accepter des aménagements successifs de façon à alléger leur poids sur l'Allemagne (plan Dawes en 24, plan Young en 29) et banques US prêtent à l'Allemagne les sommes nécessaires au versement des réparations, un dollar gap avant la lettre ;

relations commerciales fortes avec Japon et surtout avec URSS qui pourtant n'est pas reconnue diplomatiquement ;


  • crise de 29 prend rapidement une coloration internationale et renforce protectionnisme et replis sur soi des grandes puissances mondiales selon 3 axes :

° retrait rapide des capitaux déposés dans les banques européennes, ce qui diffuse la crise dans le reste du monde ; annulation forcée des dettes internationales, mais EU en excluent dettes de guerre alors que les réparations ont été annulées, d'où des rancœurs ;

° fermeture des frontières commerciales par des mesures protectionnistes qui contractent le commerce mondial en contradiction avec leur traditionnel libéralisme ;

° dévaluations compétitives qui entraînent la ruine du système monétaire international ;

fin de la politique de désarmement et de coopération, en particulier en Asie : en sept 31, Japon envahit Mandchourie transformée en Etat fantoche : EU se contentent d'une simple condamnation morale ;

pour Hoover (républicain), responsabilité de la crise et de son prolongement est à l'étranger, mais son impuissance ruine sa propre réputation et aussi la confiance dans le système, d'où élection en 32 du démocrate Roosevelt qui va devoir se convertir à l'interventionnisme sous la pression des événements ;


  • hostilité fondamentale de Roosevelt (et de Mme) aux régimes totalitaires malgré propagande du American German Bund dont la propagande est très active aux EU ; d'où la reconnaissance symbolique de l'URSS ; mais isolationnisme toujours d'actualité, Sénat légifère à plusieurs reprises sur la neutralité obligatoire du pays dans les affaires mondiales, sur la limitation des ventes d'armes ; en 38, amendement Ludlow (soumettre toute déclaration de guerre à un referendum populaire) est rejeté de peu par la Chambre ; et commission d'enquête sur les conditions de la déclaration de guerre de 17 attribuée aux manœuvres des industriels de l'armement ; années 30 confirment vague pacifiste d'Hollywood, en même temps qu'accueillent cinéastes allemands chassés par nazisme, qui rejoignent les très nombreux émigrés d'Europe centrale en général d'origine juive qui avait déjà fui misère et pogrom ;

mais en 37, changement d'attitude de Roosevelt devant aggravation situation internationale ; invasion de la Chine par le Japon, peu de réactions officielles, mais discrètes livraisons d'armes à la Chine ; détente dans les relations avec les Amériques grâce à un abandon d'un trop fort interventionnisme : acceptent nationalisation du pétrole mexicain en 38 en exigeant simplement une juste indemnité ; propose une coopération des nations "éprises de paix, démocratiques et craignant Dieu" ; et même, approbation des accords de Munich.


  • années 30 confirment vague pacifiste d'Hollywood, en même temps qu'accueillent cinéastes allemands chassés par nazisme, qui rejoignent les très nombreux émigrés d'Europe centrale en général d'origine juive qui avait déjà fui misère et pogrom ;

en accord avec une opinion isolationniste travaillée par le American German Bund des milieux immigrés allemands ; Congrès multiplie les "lois de neutralité" pour interdire l'intervention dans les conflits successifs et ce n'est guère que l'effondrement de l'armée française qui ébranlera cet isolationnisme militant ; mais encore en octobre 1941 le Sénat vote une résolution créant une commission d'enquête sur la propagande insidieuse en faveur de l'entrée en guerre qui va analyser la production cinématographique et condamner moralement certains films ; cependant, tendance pour réfugiés européens de prêcher pour une intervention contre les menées nazies et fascistes qu'ils ont fuies.

Précautions dans l'abord de la crise politique européenne pour ménager les susceptibilités des immigrés ; tradition d'apolitisme des grands studios : pour réussir, un film devait être assez consensuel, flatter le goût du divertissement du public et ne pas froisser les susceptibilités de certaines minorités, dans ce cas les minorités allemandes défendues par l'American German Bund ;

pour traiter de l'antisémitisme allemand, Dieterle passe par The life of Emile Zola, Warner, 37, Oscar 38, aux claires allusions à l'atmosphère de terreur de l'Allemagne de l'époque ; avec Paul Muni et Joseph Schildkraut, comme interprètes principaux, tous deux juifs de l'Empire austro-hongrois dont les familles avaient émigré au début du siècle ; film interdit en France ; gouv. fr. empêcha sa sélection à la Mostra de Venise ; tourne ensuite Juarez en 39 toujours à la Warner : publicité du film établit parallèle entre Mexique des années 1860 et Tchécoslovaquie de 1939 ;

Anatole Litvak, réfugié juif, tourne Confessions of a nazi spy ; + grande partie de l'équipe technique et artistique est d'extrême gauche. Warner résiste aux pressions et aux menaces pour le produire ; les frères Warner sont en pointe dans la dénonciation du nazisme, véritable engagement personnel.

Alfred Hitchcock réalise Foreign Correspondent5 en 40 pour Selznick ; la dernière scène qui montre le héros lancer depuis Londres un appel à la solidarité des EU sur fond de bruits de bombardement est tournée le 5 juillet 40 ; le vrai blitz quant à lui commence le 10 juillet.

Franck Borzage tourne Mortal Storm6 en 40 aussi, dans lequel on voit pour la 1ère fois la vie dans un camp de concentration dans un film d'Hollywood.

Et C Chaplin donne toujours en 40 The great Dictator7, après avoir vu Triumph des Willens8 de Riefenstahl en 38 à Hollywood, qui le convainc de ne pas se réfugier dans une évocation de Napoléon pour parler d'Hitler mais de ridiculiser l'usage par le dictateur de le rhétorique et de ses pantomimes devant les foules.

Même dérision chez Lubitsch dans To be or not to be en 42 ;


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