Sous la direction d’Alphonse Maindo, Richard Banégas, Guillaume Girard





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C- Organisations citoyennes de la société civile ou associations politiques ? : les enjeux d’une labellisation des associations diasporiques :


Si ce discours utilisé par les entrepreneurs semble généralement partagé au sein des associations diasporiques, tant dans la forme que dans les arguments employés, il n'en existe pas moins quelques tensions quant aux à la définition des objectifs des associations. Ces différentes optiques tournent toutes autour de la question de la politisation des associations diasporiques.

1- La non-citoyenneté d’entrepreneurs citoyens :




Avant toute chose, il faut revenir sur un aspect important de ces associations et de leurs membres. En effet, les Togolais en France se retrouvent souvent dans une situation paradoxale. Certains sont des exilés politiques, ou tout au moins des opposants au régime en place. Pourtant, leur parcours et leur situation font d'eux des opposants qui ne disposent formellement d'aucun droit pour s'opposer. Lors de la première conférence de Synergie-Togo, la vice-présidente Brigitte Améganvi n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler cet état de fait. Ainsi, les premiers exilés politiques se sont vus rapidement retirer toute citoyenneté togolaise par le pouvoir du général Eyadéma. Et aujourd'hui encore, les Togolais expatriés ne jouissent pas de leurs droits civiques, et ce d'autant plus quand ils obtiennent une double-nationalité ou une autre nationalité. En effet, si le code électoral n’exclue pas explicitement les expatriés des droits civiques, les exceptions mentionnées empêchent tout opposant avéré et dénoncé par le régime d’être inscrit sur une liste électorale249.

En outre, au cours de la réunion du MDTE, l'une des premières propositions techniques évoquées a été de demander la suppression d'une mesure qui oblige les franco-togolais à obtenir une attestation d'hébergement pour avoir droit à un visa à l'ambassade du Togo en France. Exclus des droits qu'ils peuvent faire valoir au Togo, les Togolais de France, à moins d'être naturalisés, ne disposent pas non plus du droit de vote en France. S'ils peuvent être reconnus comme membres de la cité, ils n'ont que très rarement la possibilité de participer à la vie électorale togolaise, française ou européenne. Ils se trouvent ainsi dans une situation de non-citoyenneté quasi permanente.

Pourtant, les associations diasporiques cherchent à être une force de propositions politiques en organisant de nombreux débats ou conférences sur des thématiques politiques. De plus, plusieurs organisations togolaises sont des antennes partisanes togolaises en France et les médias en ligne togolais analysent de manière constante la politique togolaise. Il s'opère donc une sorte de participation politique sans droit d'entrée formel.

Ce fonctionnement place la diaspora togolaise dans une situation très ambiguë. Ainsi, beaucoup de Togolais en France ont soutenu en 2005 la candidature et la campagne du candidat de l’UFC, remplaçant de Gilchrist Olympio, Emmanuel Bob Akitani250, alors qu'ils ne pouvaient pas techniquement voter pour lui. On peut cependant imaginer qu’envoyant de l’argent à leurs proches et gérant certains de leurs problèmes immobiliers ou de santé251, les émigrés peuvent influencer indirectement les votes de leurs proches lors des élections.

De même, un large débat a été lancé sur la question de savoir si la diaspora devait présenter son propre candidat, notamment en la personne du député socialiste du Finistère Kofi Yamgnane252. Ce débat a agité pendant longtemps les forums et les sites d’informations en ligne, et continue d’être l’objet de nombreux commentaires. Le retour politique au pays serait ainsi l’objet de fantasmes collectifs253. Débat toutefois surprenant quand l'on pense que les expatriés togolais n'ont ni le droit de vote, ni le droit d'éligibilité254. Dans un texte de mai/juin 2007, intitulé « Partager ce qui unit tous les togolais de l'étranger pour une contribution efficace au changement... », l'association Bâtir le Togo faisait état de cette situation en expliquant que la participation politique diasporique ne pouvait qu'être indirecte : « Les togolais de l'extérieur ne sont pas des acteurs directs de la politique togolaise, en ce sens qu'ils n'ont pas de représentants au Togo, ni ne sont reconnus par les autorités togolaises. De même, ils n'ont pas vocation à conquérir le pouvoir, tout au moins directement. ». Lors des trois entretiens menés avec les responsables de la DTF, du MDTE et de Synergie-Togo, la question de la présentation d’un candidat de la diaspora par les associations diasporiques a été catégoriquement écartée255.

Les entrepreneurs diasporiques, et plus globalement les Togolais expatriés, ainsi que les observateurs, attribuent à cette situation une cause politique. En effet, le pouvoir en place ralentirait le plus possible la participation de la diaspora, qu'il pense « acquise » à l'opposition, pour ne pas perdre de voix aux différentes élections. Yves Ekoué Amaïzo, résumait clairement ce constat, dans un texte rédigé pour Afrology et intitulé « Le mépris du peuple togolais » : « Au niveau des comptages et de la liste électorale, que fait-on des Togolais de la Diaspora ? Nombreux n'ont plus leur passeport togolais et les conditions de vote dans les ambassades togolaises à l'étranger laissent à désirer... Compte tenu de la propension de la Diaspora togolaise à être plus sévère envers les pratiques de gouvernance des dirigeants togolais, il est fort à parier que la neutralisation de ces votes, au pire leur détournement, feront partie de la panoplie des approches du pouvoir pour empêcher l'alternance au Togo. La transparence de système électoral doit nécessairement inclure les Togolais de l'extérieur y compris ceux qui ne disposent plus de papiers du fait d'une confiscation par le pouvoir. Leur vote ne peut être assimilé à de l'abstention par défaut. ». Les associations diasporiques qui veulent débattre de la politique togolaise et proposer des changements se trouvent donc composées de responsables et de militants qui ne sont plus officiellement des citoyens togolais.

2- L'apolitisme d’associations de la société civile : une posture citoyenne très politisée :


Alors même que certaines associations diasporiques, comme la DTF ou le MDTE ont vu le jour pour rompre avec des pratiques anciennes qui valorisaient des optiques très politisées et pour instaurer des espaces de réflexion et de dialogue, la question de la nature des activités de ces associations reste posée. En effet, un large débat s’engage autour de la définition de ces associations. Le qualificatif « politique » est ainsi largement rejeté256. Mais il mérite d’être interrogé car il semble qu’on puisse parler d’un apolitisme finalement très politique.

Lors de la première conférence d'inauguration de Synergie-Togo, Karl Gaba, le porte-parole de l'association et animateur des débats, a tenu à préciser très clairement et dès le début que l’association « n'est pas une tribune politique, c'est un espace ouvert de la diaspora. […] Je le répète, Synergie-Togo n'a pas d'attache particulière avec un parti politique. […] Nous sommes un réseau indépendant, transcourant, totalement autonome ». Et c’est ainsi que les entrepreneurs diasporiques se définissent à tour de rôle comme mouvement « citoyen », comme association « de la société civile » ou comme groupe de réflexion257.

Pourtant, la réalité est toute autre. Ainsi, si les membres de l'ambassade du Togo en France sont réputés pour être proches du pouvoir258, ce qui s'explique naturellement par le fait que l'ambassadeur est un représentant de l'État et que le personnel de l'ambassade est nommé par le pouvoir, il est difficile de savoir ce qu’il en est du reste des Togolais en France. L’attitude du pouvoir laisse à penser que les expatriés sont tous des opposants. Mais il semble qu’il faille nuancer ces propos. Lors des entretiens, il a été régulièrement fait mention d’organisations ou de sympathisants du RPT en France259. Il serait donc illusoire de décrire une présence togolaise en France uniformément acquise à l’opposition. Toutefois, la position des associations diasporiques est relativement marquée. Il faut bien préciser que les organisations de la diaspora sont avant tout pensées comme des outils œuvrant pour le changement politique et l’avènement de la démocratie au Togo, outils mis en place par des opposants au régime togolais. Mais il faut également garder à l’esprit que les entrepreneurs diasporiques, lors des entretiens menés, ont eu tendance à surévaluer la diversité politique présente dans les associations diasporiques ou dans les associations togolaises en France. Pour poursuivre ce discours axé sur leur apolitisme supposé et leur ancrage dans une société civile togolaise hors du Togo, ils se devaient par définition de donner l’image d’associations représentantes d’un l’éventail large d’opinions260. Cet apolitisme de façade peut donc paraître très surprenant.

Toutefois, pendant les réunions et les conférences organisées par les organisations diasporiques, des propos particulièrement hostiles à Fauré Gnassingbé et à son père, dont certains refusent même catégoriquement de citer le nom, sont tenus sans que cela ne choque aucun participant. Les entrepreneurs et militants diasporiques insistent régulièrement sur le fait que toutes les dernières élections, présidentielles ou législatives, ont vu la victoire de l’opposition « volée »261 par les bourrages d’urnes et les méthodes de triche et d’intimidation. Il y a donc une réelle remise en cause de « la dite élection de Fauré Gnassingbé ». Aujourd'hui encore, quatre ans après le scrutin officiellement perdu de 2005, le site Togocity.com affiche dans ses colonnes une catégorie intitulée « Votre président parle... » qui n'est autre qu'un relais d'un message du candidat Akitani quelques jours après sa défaite. Il est donc considéré par certains membres de l'opposition comme élu et comme étant le président légitimement choisi par le peuple togolais. Beaucoup d'intervenants dénoncent, en coulisses ou microphone à la main, la corruption et la criminalité généralisées, l'insolence et l'impunité des dignitaires au pouvoir, leur goût pour « le clinquant » et les trafics mafieux. Brigitte Améganvi a par exemple proposé lors de sa prise de parole en tant que vice-présidente de Synergie-Togo des tableaux très revendicatifs de diagnostic et de stratégies à adopter contre le pouvoir. Plus encore, cette posture d'opposant est un sujet de discussion et de plaisanterie. L'un des participants à la réunion du MDTE, voyant quelqu'un prendre des photos, se tournait vers son voisin et lui disait : « Tu es un opposant, il faut que Fauré te voit sur la photo ! »262. Pour ne citer qu'un dernier exemple parmi tant d'autres, lors de la diffusion d'un documentaire sur les élections de 2005 intitulé « Mascarade » et censé ouvrir cette réunion, la projection a été arrêtée au moment où un homme se lance dans une diatribe virulente contre « la dictature » togolaise. Ce témoignage a entraîné des applaudissements appuyés. Si la puissance de l'opposition togolaise en France doit être largement questionnée, sa pénétration dans les associations de la diaspora ne fait en revanche aucun doute. Ainsi, très peu se disent prêts à rencontrer les autorités togolaises. Finalement, seul Joël Viana, avec des membres de la DTF, et l’association Sursaut-Togo, association menée par Kofi Yamgnane, ont rencontré en personne Faure Gnassingbé, lors de sa visite en France en septembre 2006263. C’est ce qui fait dire à Jean Yaovi Degli que l’opposition refuse trop systématiquement « la main tendue » du pouvoir et « la paix des compromis » initiée par les pressions de la communauté internationale sur le pouvoir togolais.

De plus, les entrepreneurs diasporiques construisent comme une ressource de leurs associations le fait de se construire en opposition directe aux pratiques politiques du régime Eyadéma. Ainsi, Synergie-Togo insiste sur sa volonté d’agir en accord avec une « charte éthique »264, selon des principes de transparence265, d’efficacité, de paix, de respect d’autrui, de responsabilité des dirigeants, d’esprit d’équipe, de solidarité et de collégialité des décisions, ce qui laisse présager des critiques à l’égard du pouvoir au Togo, par effet de miroir.

Les liens avec les partis politiques sont en outre un sujet de discorde récurrent. En effet, si officiellement les associations diasporiques n’entretiennent pas de contacts directs avec les partis politiques de l’opposition, tous les entretiens et observations ont montré qu’en réalité, les contacts réguliers les plus fréquents sont ceux noués avec les différents partis d’opposition266. Mais la présentation de ces liens avec les partis politiques togolais ou française reste volontairement souvent évasive pour brouiller les pistes267. Ainsi, Camille Lawson-Body expliquait que personne au sein de Synergie-Togo ne possédait sa carte de l’UFC mais qu’il était évident que les accointances et affinités idéologiques étaient plus fortes avec l’UFC qu’avec le RPT268.

Symbole de cet écart entre une posture apolitique revendiquée et un ancrage fort dans l'opposition partisane, l'intervention de Jean-Claude Codjo, ancien ministre des Finances et membre de la CENI en 2006 et 2007, à la tribune de la première conférence de Synergie-Togo. Au cours de son exposé, il a tenté de montrer, en distordant quelque peu des données statistiques, que l'opposition pourrait, si elle passait outre les clivages et les conflits entre partis et leaders, s'unifier et gagner l'élection présidentielle à venir de 2010. Il a également valorisé la mise en œuvre consensuelle des réformes institutionnelles et constitutionnelles qu'il a brièvement présenté. Pourtant, à la fin de son intervention il fut interrompu un moment, applaudi mais surtout sifflé, pour avoir voulu terminer son discours par un soutien dithyrambique à Gilchrist Olympio et à l'UFC qui sont selon lui « la seule alternative » au RPT. Sommé de s'expliquer lors du débat, il a fini par s'excuser pour son entorse aux règles définies lors de cette tribune tout en confirmant ses propos « d'homme libre ».

Au-delà des postures personnelles et des opinions des entrepreneurs269, c’est le rôle même des associations diasporiques qui est ambigu. Si les statuts de la DTF font plutôt référence à un travail visant l’amélioration des conditions de vie des Togolais, Synergie-Togo doit selon ses statuts servir « de cadre de réflexion pour l’élaboration de travaux relatifs à la valorisation de la démocratie (droits, devoirs et obligations) et de promotion des droits humains au Togo ». D’après Emile Djakpah, le MDTE poursuit les mêmes objectifs : «  nous nous sommes retrouvés à Lille pour créer ce mouvement et créer le MDTE pour œuvrer et participer au débat politique et notamment aussi jouer un rôle en ce qui concerne les domaines économique, culturel, social et politique aussi, apporter notre contribution et promouvoir également les droits de l'Homme, les libertés individuelles »270. La frontière est donc très mince entre les questions de développement social et humain et des outils politiques pour y parvenir. Le débat s’engage donc sur des sujets éminemment politiques et les solutions envisagées concernent souvent le domaine politique. Finalement, les réflexions menées dans ces réunions diasporiques peuvent tout à fait être celles qui sont engagées dans des antennes partisanes, les associations diasporiques empiétant alors sur les terres des partis politiques271.

Toutefois, si l’on compare les associations diasporiques à des partis politiques togolais comme le CTR, on observe de nettes différences. Certes l’on retrouve quelques points communs dans les deux types de réunions, comme l’hymne nationale ou la rituelle minute de silence « aux victimes et aux frères togolais tombés pour la liberté ». Minute de silence qui fait écho à une catégorie présente sur le site Togocity.com. En effet, le site Togocity.com propose à tous les internautes de participer au « recensement national des martyrs du Togo » morts pour la libération du Togo, morts à cause de la répression militaire, des dénonciations ou des tortures272. Ce recensement est présent également sur le site de l'UFC273. Chacun peut donc y inscrire l'identité d'un parent ou d'un proche, disparu. Cependant, il est clair que le discours se fait plus ouvertement radical dans les réunions partisanes que dans les réunions diasporiques. Lors du meeting-débat du CTR, le président du CTR, Isidore Latzoo s’est ainsi lancé dans une virulente diatribe contre le régime Eyadéma qu’il voue aux gémonies274. Les réunions diasporiques adoptent quant à elles une certaine retenue et un vocabulaire moins explicite. Joël Viana présentait d’ailleurs la DTF comme totalement opposée à cette optique d’opposant pur275.

En bref, les associations diasporiques se présentent comme des associations apolitiques qui ne sont que des forces de proposition, de dialogue, de débat et de consensus, des forces citoyennes de la société civile ouvertes à tous, quelle que soit son appartenance politique, sociale ou ethnique. Mais derrière ce discours de façade et cet apolitisme revendiqué, ces associations entretiennent des relations fortes avec les partis d’opposition et visent a minima le changement politique et le développement du Togo, qui passent selon elles tous les deux par une alternance politique276, et a maxima l’avènement démocratique par le changement radical de régime. Les associations diasporiques sont inscrites dans une logique d’apolitisme politisé, la politisation étant officiellement rejetée car cause de divisions et de suspicions. Eviter la labellisation partisane ou politique permet également de ne pas être marginalisé ou critiqué comme un opposant systématique et de travailler à plus long terme sur des actions plus constructives. La labellisation a donc un enjeu réel.

3- La doxa d'une classe d'importateurs :


Bien qu'il existe au sein des partis politiques mais également au sein des associations diasporiques de réels clivages et des tensions quant aux stratégies à définir, il semble se créer une doxa, tout au moins au sein des dirigeants de ces associations. On pourrait trouver des lignes de fractures schématiques277 entre d’un côté un front de refus qui veut lutter contre le pouvoir en place, que Joël Viana dit minoritaire278, mais qui ne semble pas l'être à ce point, et de l’autre un courant diasporique plus pragmatique qui lutte pour la transformation des structures de pouvoir. Toutefois, un type d’organisation ne saurait être réduite à une seule approche, chaque individu étant plus ou moins tiraillé par ces problématiques et ces différentes solutions. En revanche, les aspects les plus révélateurs se trouvent en arrière-plan de ces luttes de façade, dans cette doxa. Par doxa, il faut entendre un ensemble de croyances, de pratiques sociales qui sont considérées comme normales, comme allant de soi et donc comme ne devant pas être remises en cause.

Cette convergence sur l'orientation principale à mener se porte de manière générale sur la valorisation de l'État de droit et d'un modèle démocratique occidental. Une partie des Togolais en France dénoncent la pratique du pouvoir du « clan Eyadéma » et veulent voir s'instaurer un régime démocratique. Dans un entretien au journal en ligne « Le Togolais », réalisé par Ekoué Satchivi et publié le 16 août 2006, Micheline Randolph, vice-présidente exécutive de la DIASTODE insistait clairement sur ce point : « Bien que l'objectif de la démocratie fasse l'unanimité au sein des communautés togolaises à l'extérieur du pays, il faut reconnaître que les actions et les orientations des uns et des autres n'ont guère été suffisamment cohérentes ». De plus, le MDTE se fixe ainsi l'objectif de défendre la consolidation de la démocratie au Togo et Synergie-Togo se pense comme un groupe d'action et de réflexion qui veut promouvoir la démocratie et le respect des droits de l'homme. Or, le modèle démocratique pris en exemple, et plus encore idéalisé ou sacralisé, est celui qui existe dans les pays d'Europe occidentale et aux États-Unis, c'est-à-dire une majorité des pays d'accueil des Togolais qui ont quitté le Togo. Cette valorisation était particulièrement flagrante lors de certains exposés de la conférence Synergie-Togo.

On se retrouve donc en présence d'un petit groupe d'individus qui dirigent des associations, qui sont bien intégrés en France et qui occupent des positions sociales confortables et qui prônent l'avènement de la démocratie dans leur pays d'origine. Les entrepreneurs diasporiques seraient donc les garants des principes démocratiques, ou plus simplement ceux qui ont les « clés de la démocratie » et qui seraient ainsi à même d’éveiller les consciences de certains Togolais. On pourrait ainsi les décrire, selon l'expression de Bertrand Badie279, comme une « classe d'importateurs » familiarisés et acquis aux valeurs européennes, notamment grâce à leur parcours. Cette socialisation dans des réseaux politiques et économiques européens et nord-américains est flagrante dans certains cas. Gilchrist Olympio, fils de Sylvanus Olympio, le premier président de la République togolaise assassiné en 1963, et figure de l'opposition politique a un parcours significatif. Après avoir fait ses études aux États-Unis, il devient économiste à Washington pour le Fonds Monétaire International puis dirige depuis 1992 l'UFC, notamment depuis la France où il a trouvé l'exil. Un autre exemple illustre ces trajectoires. Yves Ekoué Amaïzo est économiste, spécialisé dans l'expertise en stratégies et en négociations. Il a obtenu un doctorat en droit, économie et gestion à l'université de Lyon III. Il a notamment travaillé entre 1988 et 2007 pour l'Organisation des Nations-Unies pour le développement industriel (ONUDI). Il participe ou dirige plusieurs groupes comme la collection « Interdépendance africaine » de la maison d'édition Menaibuc, le think tank Afrology, l'African British Business Association, Avenir NEPAD, le conseil de la Table ronde des hommes d'affaires africains ou encore l'Union africaine. En 2005, il a candidaté à l'un des quatre postes de directeur adjoint de l'Organisation Mondiale du Commerce280.Or, ces parcours et ces trajectoires effectués à l'étranger, dans les grandes écoles et universités étrangères et dans les entreprises ou organisations américaines et européennes ne sont pas sans rappeler le cursus même de l'actuel président Fauré Gnassingbé qui a étudié l'économie et la gestion à l'université Paris-Dauphine avant d'obtenir un Master Business Administration aux États-Unis et de rentrer au Togo281. Ces entrepreneurs cherchent alors à être, au moins, un conseiller éclairé des dirigeants africains ou, au plus, un leadership africain importateur de bonne gouvernance en Afrique.

La diaspora pourrait dans cette optique être vue comme un vecteur d'occidentalisation de l'ordre politique togolais puisqu'elle juge le pouvoir en place à l'aune de critères ancrés dans un modèle démocratique français et plus largement européen282 et tente de s’inscrire à sa manière dans le débat politique togolais. Le risque reste toutefois de ne se référer qu’à des termes, des outils et des instruments d'analyse, des pratiques politiques et juridiques qui ne font pas écho ni au sein des Togolais de la diaspora, ni au Togo et qui ne sont pas mobilisateurs pour les interlocuteurs de ces structures diasporiques.

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