Extraits étudiés en lecture analytique





télécharger 46.81 Kb.
titreExtraits étudiés en lecture analytique
date de publication01.10.2019
taille46.81 Kb.
typeDocumentos
d.20-bal.com > droit > Documentos
Le Roi se meurt, Ionesco, 1962 (Folio)
Extraits étudiés en lecture analytique
1. « Le garde annonçant […] elle est irréversible » p. 13 à 16

2. « dites-le lui doucement […] tout à l'heure » p. 22 à 25

3. « Sa majesté le Roi […]. Va donc les nettoyer" p. 29 à 30

4. « Je ne me résignerai jamais […] que l'on m'implore p. 67 à 72

5. La dernière tirade de Marguerite p. 135 à 137
Extrait 1
DÉCOR

Salle du trône, vaguement délabrée, vaguement gothique.

Au milieu du plateau, contre le mur du fond, quelques marches menant au trône du Roi. De part et d'autre de la scène, sur le devant, deux trônes plus petits qui sont ceux des deux Reines, ses épouses.

A droite de la scène, côté jardin, au fond, petite porte menant aux appartements du Roi. A gauche de la scène, au fond, autre petite porte. Toujours à gauche, sur le devant, grande porte. Entre cette grande porte et la petite, une fenêtre ogivale. Autre petite fenêtre à droite de la scène ; petite porte sur le devant du plateau, du même côté. Près de la grande porte, un vieux garde tenant une hallebarde.

Avant le lever du rideau, pendant que le rideau se lève et quelques instants encore, on entend une musique dérisoirement royale, imitée d'après les Levers du Roi du XVII° siècle.
LE GARDE, annonçant.

Sa Majesté, le roi Bérenger 1er. Vive le Roi !

Le Roi, d'un pas assez vif, manteau de pourpre, couronne sur la tête, sceptre en main, traverse le plateau en entrant par la petite porte de gauche et sort par la porte de droite au fond.
LE GARDE, annonçant.

Sa Majesté, la reine Marguerite, première épouse du ROI, suivie de Juliette, femme de ménage et infirmière de Leurs Majestés. Vive la Reine !

Marguerite, suivie de Juliette, entre par la porte à droite premier plan et sort parla grande porte.
LE GARDE, annonçant.

Sa Majesté, la reine Marie, seconde épouse du Roi, première dans son cœur, suivie de Juliette, femme de ménage et infirmière de Leurs Majestés. Vive la Reine !

La reine Marie, suivie de Juliette, entre par la grande porte à gauche et sort avec Juliette par la porte à droite premier plan.

Marie semble plus attrayante et coquette que Marguerite. Elle porte la couronne et un manteau de pourpre. Elle a, en plus, des bijoux. Entre, par la porte du fond à gauche, le Médecin.
LE GARDE, annonçant.

Sa Sommité, monsieur le Médecin du Roi, chirurgien, bactériologue, bourreau et astrologue" à la Cour.

(Le Médecin va jusqu'au milieu du plateau puis, comme s'il avait oublié quelque chose, retourne sur ses pas et sort par la même porte. Le Garde reste silencieux quelques moments. Il a l'air fatigué. Il pose sa hallebarde contre le mur ; souffle dans ses mains pour les réchauffer.)

Pourtant, c'est l'heure où il doit faire chaud. Chauffage, allume-toi. Rien à faire, ça ne marche pas. Chauffage, allume-toi. Le radiateur reste froid. Ce n'est pas ma faute. Il ne m'a pas dit qu'il me retirait la délégation du feu ! Officiellement, du moins. Avec eux, on ne sait jamais.

(Brusquement, il reprend son arme. La reine Marguerite fait de nouveau son apparition par la porte du fond à gauche. Elle a une couronne sur la tête, manteau de pourpre pas très frais. Elle a un air plutôt sévère. Elle s'arrête au milieu du plateau sur le devant. Elle est suivie de Juliette.)

Vive la Reine !
MARGUERITE, à Juliette, regardant autour d'elle.

Il yen a de la poussière. Et des mégots par terre.
JULIETTE

Je viens de l'étable, pour traire la vache, Majesté. Elle n'a presque plus de lait. Je n'ai pas eu le temps de nettoyer le living-room.
MARGUERITE

Ceci n'est pas un living-room. C'est la salle du trône. Combien de fois dois-je te le dire ?
JULIETTE

Bon, la salle du trône, si Sa Majesté le veut. Je n'ai pas eu le temps de nettoyer le living-room.
MARGUERITE

Il fait froid.
LE GARDE

J'ai essayé de faire du feu, Majesté. Ça ne fonctionne pas. Les radiateurs ne veulent rien entendre. Le ciel est couvert, les nuages n'ont pas l'air de vouloir se dissiper facilement. Le soleil est en retard. J’ai pourtant entendu le Roi lui donner l'ordre d'apparaître.
MARGUERITE

Tiens ! Le soleil n'écoute déjà plus.
LE GARDE

Cette nuit, j'ai entendu un petit craquement. Il y a une fissure dans le mur.
MARGUERITE

Déjà ? Ça va vite. Je ne m'y attendais pas pour tout de suite.
LE GARDE

J'ai essayé de la colmater avec Juliette.
JULIETTE

Il m'a réveillée au milieu de la nuit. Je dormais si bien !
LE GARDE

Elle est apparue de nouveau. Faut-il essayer encore?
MARGUERITE

Ce n'est pas la peine. Elle est irréversible !

Extrait 2
MARIE

Dites-le-lui doucement, je vous en prie. Prenez tout votre temps. Il pourrait avoir un arrêt du cœur.
MARGUERITE

Nous n'avons pas le temps de prendre notre temps. Fini de folâtrer, finis les loisirs, finis les beaux jours, finis les gueuletons, fini votre strip-tease. Fini. Vous avez laissé les choses traîner jusqu'au dernier moment, nous n'avons plus de moment à perdre, évidemment puisque c'est le dernier. Nous avons quelques instants pour faire ce qui aurait dû être fait pendant des années, des années et des années. Quand il faudra me laisser seule avec lui, je vous le dirai. Vous avez encore un rôle. A jouer, tranquillisez-vous. Après, je l'aiderai.
MARIE

Ce sera dur, comme c'est dur.
MARGUERITE

Aussi dur pour moi que pour vous, que pour lui. Ne pleurnichez pas. Je vous le répète. Je vous le conseille, je vous l'ordonne.
MARIE

Il refusera.
MARGUERITE

Au début.
MARIE

Je le retiendrai.
MARGUERITE

Qu'il ne recule pas ou gare à vous. Il faut que cela se passe convenablement. Que ce soit une réussite, un triomphe. Il y a longtemps qu'il n'en a plus eu. Son palais est en ruines. Ses terres en friche. Ses montagnes s'affaissent. La mer a défoncé les digues, inondé le pays. Il ne l'entretient plus. Vous lui avez tout fait oublier dans vos bras dont je déteste le parfum. Quel mauvais goût ! Bref, c'était le sien. Au lieu de consolider le sol, il laisse des hectares et des hectares s'engloutir dans les précipices sans fond.
MARIE

Ce que vous êtes regardante ! D'abord, on ne peut pas lutter contre les tremblements de terre.
MARGUERITE

Ce que vous m'agacez ! Il aurait pu consolider, planter des conifères dans les sables, cimenter les terrains menacés. Mais non, maintenant le royaume est plein de trous comme un immense gruyère.
MARIE

On ne pouvait rien contre la fatalité, contre les érosions naturelles.
MARGUERITE

Sans parler de toutes ces guerres désastreuses. Pendant que ses soldats ivres dormaient, la nuit ou après les copieux déjeuners des casernes, les voisins repoussaient les bornes des frontières. Le territoire national s'est rétréci. Ses soldats ne voulaient pas se battre.
MARIE

C'étaient des objecteurs de conscience.
MARGUERITE

On les appelait chez nous des objecteurs de conscience. Dans les armées de nos vainqueurs, on les appelait des lâches, des déserteurs et on les fusillait. Vous voyez le résultat : des gouffres vertigineux, des villes rasées, des piscines incendiées, des bistrots désaffectés. Les jeunes s'expatrient en masse. Au début de son règne, il y avait neuf milliards d'habitants.
MARIE

Ils étaient trop nombreux. Il n'y avait plus de place.
MARGUERITE

Maintenant, il ne reste plus qu'un millier de vieillards. Moins. Ils trépassent pendant que je vous parle.
MARIE

Il y a aussi quarante-cinq jeunes gens.
MARGUERITE

Ceux dont on n'a pas voulu ailleurs. On n'en voulait pas non plus; on nous les a renvoyés de force. D'ailleurs, ils vieillissent très vite. Rapatriés à vingt-cinq ans, ils en ont quatre-vingts au bout de deux jours. Vous n'allez pas prétendre qu'ils vieillissent normalement.
MARIE

Mais le Roi, lui, il est encore tout jeune.
MARGUERITE

Il l'était hier, il l'était cette nuit. Vous allez voir tout à l'heure.

Extrait 3
LE GARDE, annonçant.

Sa Majesté, le Roi! (Musique) Attention, Sa Majesté.

Vive le Roi !
Le Roi entre par la porte du fond à droite. Il a les pieds nus. Juliette entre derrière lui.
MARGUERITE

Où a-t-il semé ses pantoufles?
JULIETTE

Sire, les voici.
MARGUERITE, au Roi.

Quelle mauvaise habitude de marcher les pieds nus.
MARIE, à Juliette.

Mettez-lui ses pantoufles plus vite. Il va attraper froid.
MARGUERITE

Qu'il attrape froid ou non, cela n'a pas d'importance. C'est tout simplement une mauvaise habitude.
Pendant que Juliette met les pantoufles aux pieds du Roi et que Marie va à la rencontre de celui-ci, on continue d'entendre la musique royale.
LE MÉDECIN, s'inclinant humblement et mielleusement.

Je me permets de souhaiter le bonjour à Votre Majesté. Ainsi que mes meilleurs vœux.
MARGUERITE

Ce n'est plus qu'une formule creuse.
LE ROI, à Marie, puis à Marguerite.

Bonjour, Marie. Bonjour, Marguerite. Toujours là ? Je veux dire, tu es déjà là ! Comment ça va ? Moi, ça ne va pas! Je ne sais pas très bien ce que j'ai, mes membres sont un peu engourdis, j'ai eu du mal à me lever. J'ai mal aux pieds ! Je vais changer de pantoufles. J'ai peut-être grandi ! J'ai mal dormi, cette terre qui craque, ces frontières qui reculent, ce bétail qui beugle, ces sirènes qui hurlent, il y a vraiment trop de bruit. II faudra tout de même que j'y mette bon ordre. On va tâcher d'arranger cela. Aie, mes côtes ! (Au Docteur) Bonjour, Docteur. Est-ce un lumbago ? (Aux autres.) J'attends un ingénieur... étranger. Les nôtres ne valent plus rien. Cela leur est égal. D'ailleurs, nous n'en avons pas. Pourquoi a-t-on fermé l'Ecole Polytechnique? Ah, oui ! Elle est tombée dans le trou. Pourquoi en bâtir d'autres puisqu'elles tombent dans le trou, toutes. J'ai mal à la tête, par-dessus le marché. Et ces nuages... J'avais interdit les nuages. Nuages ! Assez de pluie. Je dis: assez. Assez de pluie. Je dis: assez. Ah, Tout de même. Il recommence. Idiot de nuage. II n'en finit plus celui-là avec ces gouttes à retardement. On dirait un vieux pisseux. (A Juliette.) Qu'as-tu à me regarder ? Tu es bien rouge aujourd'hui. C'est plein de toiles d'araignées dans ma chambre à coucher. Va donc les nettoyer.

Extrait 4
LE ROI

Je ne me résignerai jamais.
LE MÉDECIN

Puisqu'il dit qu'il ne le veut pas, c'est un signe qu'il va se résigner. Il met la résignation en question. II se pose le problème.
MARGUERITE

Enfin !
LE MÉDECIN

Majesté, vous avez fait cent quatre-vingts fois la guerre. A la tête de vos armées, vous avez participé à deux mille batailles. D'abord, sur un cheval blanc avec un panache rouge et blanc très voyant et vous n'avez pas eu peur. Ensuite, quand vous avez modernisé l'armée, debout sur un tank ou sur l'aile de l'avion de chasse en tête de la formation.
MARIE

C'était un héros.
LE MÉDECIN

Vous avez frôlé mille fois la mort.
LE ROI

Je la frôlais seulement. Elle n'était pas pour moi, je le sentais.
MARIE

Tu étais un héros, entends-tu ? Souviens-toi.
MARGUERITE

Tu as fait assassiner par ce médecin et bourreau ici présent...
LE ROI

Exécuter, non pas assassiner !
LE MÉDECIN, à MARGUERITE

Exécuter, Majesté, non pas assassiner. J'obéissais aux ordres. J'étais un simple instrument, un exécutant plutôt qu'un exécuteur, et je le faisais euthanasiquement. D'ailleurs, je le regrette. Pardon.
MARGUERITE au Roi.

Je dis : tu as fait massacrer mes parents, tes frères rivaux, nos cousins et arrière-petits-cousins, leurs familles, leurs amis, leur bétail. Tu as fait incendier leurs terres.
LE MÉDECIN

Sa Majesté disait que de toute façon ils allaient mourir un jour.
LE ROI

C'était pour des raisons d'État.
MARGUERITE

Tu meurs aussi pour une raison d'État.
LE ROI

Mais l'État, c'est moi,
JULIETTE

Le malheureux! Dans quel état !
MARIE

Il était la loi, au-dessus des lois.
LE ROI

Je ne suis plus la loi.
LE MÉDECIN

Il l'admet. C'est de mieux en mieux.
MARGUERITE
Ça facilite la chose.
LE ROI, gémissant.

Je ne suis plus au-dessus des lois, je ne suis plus au-dessus des lois.
LE GARDE, annonçant.

Le Roi n'est plus au-dessus des lois.
JULIETTE

Il n'est plus au-dessus des lois, pauvre vieux. Il est comme nous. On dirait mon grand-père.
MARIE

Pauvre petit, mon pauvre enfant.
LE ROI

Un enfant ! Un enfant ! Alors, je recommence ! Je veux recommencer. (A Marie.) Je veux être un bébé, tu seras ma mère. Alors, on ne viendra pas me chercher. Je ne sais pas lire, je ne sais pas écrire, je ne sais pas compter. Qu'on me mène à l'école avec des petits camarades. Combien font deux et deux?
JULIETTE

Deux et deux font quatre.
MARGUERITE, au Roi.

Tu le sais.
LE ROI

C'est elle qui a soufflé... Hélas, on ne peut pas tricher. Hélas, hélas, tant de gens naissent en ce moment, des naissances innombrables dans le monde entier.
MARGUERITE

Pas dans notre pays.
LE MÉDECIN

La natalité est réduite à zéro.
JULIETTE

Pas une salade ne pousse, pas une herbe.
MARGUERITE, au Roi.

La stérilité absolue, à cause de toi.
MARIE

Je ne veux pas qu'on l'accable.
JULIETTE

Tout repoussera peut-être.
MARGUERITE

Quand il aura accepté. Sans lui
LE ROI

Sans moi, sans moi. Ils vont rire, ils vont bouffer, ils vont danser sur ma tombe. Je n'aurai jamais existé. Ah, qu'on se souvienne de moi. Que l'on pleure, que l'on désespère. Que l'on perpétue ma mémoire dans tous les manuels d'histoire. Que tout le monde connaisse ma vie par cœur. Que tous la revivent. Que les écoliers et les savants n'aient pas d'autre sujet d'étude que moi, mon royaume, mes exploits. Qu'on brûle tous les autres livres, qu'on détruise toutes les statues, qu'on mette la mienne sur toutes les places publiques. Mon image dans tous les ministères, dans les bureaux de toutes les sous-préfectures, chez les contrôleurs fiscaux, dans les hôpitaux. Qu'on donne mon nom à tous les avions, à tous les vaisseaux, aux voitures à bras et à vapeur. Que tous les autres rois, les guerriers, les poètes, les ténors, les philosophes soient oubliés et qu'il n'y ait plus que moi dans toutes les consciences. Un seul nom de baptême, un seul nom de famille pour tout le monde. Que l'on apprenne à lire en épelant mon nom : B-é-Bé, Bérenger. Que je sois sur les icônes, que je sois sur les millions de croix dans toutes les églises. Que l'on dise des messes pour moi, que je sois l'hostie. Que toutes les fenêtres éclairées aient la couleur et la forme de mes yeux, que les fleuves dessinent dans les plaines le profil de mon visage! Que l'on m'appelle éternellement, qu'on me supplie, que l'on m'implore !

Extrait 5
MARGUERITE

Il perçoit encore les couleurs. Des souvenirs colorés. Ce n'est pas une nature auditive. Son imagination est purement visuelle ... c'est un peintre... trop partisan de la monochromie. (Au Roi.) Renonce aussi à cet empire. Renonce aussi aux couleurs. Cela t'égare encore, cela te retarde. Tu ne peux plus t'attarder, tu ne peux plus t'arrêter, tu ne dois pas. (Elle s'écarte du Roi.) Marche tout seul, n'aie pas peur. Vas-y. (Marguerite, dans un coin du plateau, dirige le Roi de loin.) Ce n'est plus le jour, ce n'est plus la nuit, il n'y a plus de jour, il n'y a plus de nuit. Laisse-toi diriger par cette roue qui tourne devant toi. Ne la perds pas de vue, suis-la, pas de trop près, elle est embrasée, tu pourrais te brûler. Avance, j'écarte les broussailles, attention, ne heurte pas cette ombre qui est à ta droite... Mains gluantes, mains implorantes, bras et mains pitoyables, ne revenez pas, retirez-vous. Ne le touchez pas, ou je vous frappe! (Au Roi.) Ne tourne pas la tête. Evite le précipice à ta gauche, ne crains pas ce vieux loup qui hurle... ses crocs sont en carton, il n'existe pas. (Au loup.) Loup, n'existe plus! (Au Roi.) Ne crains pas non plus les rats. Ils ne peuvent pas mordre tes orteils. (Aux rats.) Rats et vipères, n'existez plus! (Au Roi.) Ne te laisse pas apitoyer par le mendiant qui te tend la main... Attention à la vieille femme qui vient vers toi. Ne prends pas le verre d'eau qu'elle te tend. Tu n'as pas soif. (A la vieille femme imaginaire.) Il n'a pas besoin d'être désaltéré, bonne femme, il n'a pas soif. N'encombrez pas son chemin. Evanouissez-vous. (Au Roi.) Escalade la barrière.. Le gros camion ne t'écrasera pas, c'est un mirage. Tu peux passer, passe ... Mais non, les pâquerettes ne chantent pas, même si elles sont folles. J’absorbe leurs voix ; elles, je les efface !.. Ne prête pas l'oreille au murmure du ruisseau. Objectivement, on ne l'entend pas. C'est aussi un faux ruisseau, c'est une fausse voix... Fausses voix, taisez-vous. (Au Roi.) Plus personne ne t'appelle. Sens, une dernière fois, cette fleur et jette-la. Oublie son odeur. Tu n'as plus la parole. À qui pourrais-tu parler? Oui, c'est cela, lève le pas, l'autre. Voici la passerelle, ne crains pas le vertige. (Le Roi avance en direction des marches du trône.) Tiens-toi tout droit, tu n'as pas besoin de ton gourdin, d'ailleurs tu n'en as pas. Ne te baisse pas, surtout, ne tombe pas. Monte, monte. (Le Roi commence à monter les trois ou quatre marches du trône.) Plus haut, encore plus haut, monte, encore plus haut, encore plus haut, encore plus haut. (Le Roi est tout près du trône.) Tourne-toi vers moi. Regarde-moi. Regarde à travers moi. Regarde ce miroir sans image, reste, droit... Donne-moi tes jambes, la droite, la gauche. (A mesure qu'elle lui donne ces ordres, le Roi raidit ses membres.) Donne-moi un doigt, donne-moi deux doigts... trois… quatre... cinq... les dix doigts. Abandonne-moi le bras droit, le bras gauche, la poitrine, les deux épaules et le ventre. (Le Roi est immobile, figé comme une statue.) Et voilà, tu vois, tu n'as plus la parole, ton cœur n'a plus besoin de battre, plus la peine de respirer. C'était une agitation bien inutile, n'est-ce pas? Tu peux prendre place.
Disparition soudaine de la reine Marguerite par la droite. Le Roi est assis sur son trône. On aura vu, pendant cette dernière scène, disparaître progressivement les portes, les fenêtres, les murs de la salle du trône. Ce jeu de décor est très important. Maintenant, il n’y a plus rien sur le plateau sauf le Roi sur son trône dans une lumière grise. Puis, le Roi et son trône disparaissent également. Enfin, il n’y a plus que cette lumière grise. La disparition des fenêtres, portes, murs, Roi et trône doit se faire lentement, progressivement, très nettement. Le Roi assis sur son trône doit rester visible quelque temps avant de sombrer dans une sorte de brume.



similaire:

Extraits étudiés en lecture analytique iconLecture analytique n°3
«et», ces adjectifs montrent un front sans défaut et sans frange. La description suit les canons de beauté de l’époque

Extraits étudiés en lecture analytique iconRÉsumé analytique

Extraits étudiés en lecture analytique iconCompte rendu analytique officiel de la séance du Sénat
«visant à établir un contrôle des armes moderne et simplifié»

Extraits étudiés en lecture analytique iconTexte de Sharma (extraits pp. 92-105)

Extraits étudiés en lecture analytique iconCompte rendu, commentaires, extraits de

Extraits étudiés en lecture analytique iconConditions generales de vente extraits du decret du 15/07/94

Extraits étudiés en lecture analytique iconCode pénal : Articles 226-16 à 266-24 extraits

Extraits étudiés en lecture analytique iconRêves de cinéma (extraits de Chedid/Mitchell/Nougaro/Starmania)

Extraits étudiés en lecture analytique icon1-addition vectorielle 2-La méthode graphique A+B = B+A (A+B)+C =...

Extraits étudiés en lecture analytique iconDroit de vote des étrangers en Espagne : avancées et limites du principe de réciprocité
«résumé analytique» afin de proposer des interprétations assez personnelles des développements du Pr. Vacas






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com