Le culture du prince, l’éducation du prince





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Le culture du prince, l’éducation du prince
I.Introduction : définition
L’an dernier le sujet de l’examen portait sur la « culture » et bien peu ont su définir le terme (ou pensé à le faire). La culture, ce n’est pas seulement l’instruction. C’est le produit de beaucoup d’autres choses. « La culture est ce qui reste lorsque l’on a tout oublié » aurait dit Edouard Herriot. Plus trivialement, on dit que « la culture, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étale ». La culture repose sur des connaissances ; savoir comment tel et tel auteurs voyaient le monde permet de réfléchir en fonction de. La culture est le produit de l’instruction reçue qui donne les références culturelles. La culture, c’est une affaire d’éducation aussi, chose un peu oubliée ; l’éducation explique la représentation de soi et de la société, les valeurs morales, la spiritualité. La culture a aussi rapport à la place qu’on se donne. La culture donne un certain nombre de valeurs à respecter (lien entre le Bien et le Mal). Il y a aussi une dimension spirituelle (et pas seulement religieuse : on allie la religion et la philosophie selon une manière de penser). La culture n’est pas un vase clos ; on est influencé par la culture du milieu dans lequel on évolue (il y a des influences subies sur les modes esthétiques, les relations et les milieux, des personnalités fortes). La culture c’est aussi l’expression d’une partie de ses tendances « naturelles » (goûts personnels) ; c’est l’inventivité qu’on peut avoir soi-même. Les princes ont tous baigné dans le même type de culture : rapport à l’art, thèmes privilégiés. Donc sur l’ensemble de ces critères, on constate une similitude évidente entre les princes français et italiens : c’est un des éléments qui permet de mieux comprendre les orientations du mécénat des princes et leur rapport à l’art.
II.L’instruction des princes
Des princes instruits

Urbino est un lieu central. Son dirigeant est représenté en condottiere, avec casque au pied et cotte de mailles (ci-dessus à gauche, le duc Federico Montefeltre et son fils Guidobaldo qui lui succède à Urbino 1485-1508 par Pedro Berruguete). Le manteau rouge renvoie à la souveraineté. À côté de lui, on trouve son successeur, qui tient le sceptre (idée claire de succession et de continuité dynastique). La mitre renvoie à l’alliance du pouvoir local et du pouvoir ecclésiastique. Dans ses mains le personnage tient non une épée mais un beau livre manuscrit ; il est en pleine lecture. l’artiste castillan a voulu souligner que le condottiere était aussi un prince instruit capable d’apprécier les belles choses (il a reçu l’éducation d’un prince voire d’un roi et pas d’un soudard). Le fils a grandi et le jeune homme a pris la suite de son père. À son tour il se fait représenter (ci-dessus à droite, Luca Pacioli et Guidobaldo, Jacopo de’ Barbari, 1495, Naples, Galleria nazionale di Capodimonte). Il est avec un Dominicain ; les Dominicains sont très instruits et fréquentent l’université, notamment de Padoue et de Bologne. Ce Dominicain est son professeur ; il trace des figures géométriques sur une ardoise. C’était un maître en arithmétique et en géométrie, l’auteur d’un traité de mathématiques brillant, un ami intime de Piero della Francesca (qui avait une culture mathématique extrêmement pointue). On a donc un prince qui se fait représenter en tain de travailler. En général les professeurs (précepteurs attitrés) étaient des clercs, le plus souvent issu des ordres mendiants (Dominicains ou Carmes, les Franciscains sont plus rares) recrutés par le père du prince. Le père régnant veut que le fils soit instruit. Il existe des manuels d’étude et de pédagogie (rédigés par ces maîtres), ordonnés avec des propositions de programmes d’études, des modèles et des règles (régime : regimen) ; le « livre » (liber) est une synthèse, un rassemblement de toutes les données. On parle parfois de speculum (miroir). Un exemple de livre très recopié est le Du régime des princes, écrit par un Colonna (Gilles Colonna dit Gilles de Rome, précepteur de Philippe le Bel, 1279) ; il a été très cité par la génération suivante. Le De regimine principum fut recopié pour d’autres princes. Un autre précepteur important, Robert Gervais, a écrit le Miroir de la morale des Royaumes (Speculum morale regium), compilation de plusieurs miroirs antérieurs pour Charles VI. On a un exemple de femme écrivain, Christine de Pizan : sur ordre de Charles VI, la fille du médecin particulier de Charles V (élevée à la cour et qui a dressé un portrait idyllique de Charles V en roi modèle) a rédigé un traité d’éducation pour le fils aîné (dauphin, fils de Charles VI qui meurt en 1415), Louis de Guyenne, Le Livre des Faits (1404).
L’Italie n’est pas la France. Les précepteurs peuvent vivre au palais mais aussi ouvrir une école « publique » qu’ils dirigent. En Italie donc, les précepteurs requis, dominicains surtout, sont parfois en charge d’une école qui accueille des fils de l’aristocratie mais aussi de simples clercs. Cela leur fait de la « publicité » ; ils ouvrent souvent cette école suite à leurs études. Le prince peut alors venir les engager. Quand le précepteur se met au service du prince, il peut garder son école ou la confier (il devient alors précepteur privé du prince). Leonello d’Este, frère de Borso, est présenté par toutes les chroniques comme le modèle du prince. Guarino da Verona (1374-1460) qui avait précédemment fondé une école à Vérone en 1420, donne au jeune prince Leonello d’Este le goût de l’antiquité romaine. Vittorino da Feltre (ci-dessous Vittorino da Feltre figure parmi les personnages peints à fresque par Andrea Mantegna comme familiers de Louis III Gonzague (1444-1478) dans le palais de Mantoue dans la Chambre des Époux) est un précepteur très célèbre qui tenait une école-internat dans une magnifique villa dans un beau parc entouré d’eau, « la Joyeuse » (la Giocosa, mise à sa disposition par Gianfrancesco Gonzaga, en 1423), à Mantoue, destinée à former les classes dirigeantes des nouveaux États et les futurs érudits. Il y a une alliance avec le cadre. Cette villa était le « pensionnat » des princes : ils vivaient dans la même maison sous l’autorité du maître. Le maître était un homme d’une grande bonté disaient ses élèves. Andrea Mantegna, peintre de la cour des Gonzague, a peint avons-nous dit une fresque dans la chambre des époux où l’on voit le maître derrière les personnages de la famille de Louis ; cela montre combien il était proche du prince. Le maître venait d’une famille pauvre mais avait réussi (fils d’un écrivain pauvre de Feltre, ayant suivi les cours -gratuits- de l’université de Padoue). Les livres étant très chers (mais les cours gratuits même si on se devait de rétribuer le maître), il avait travaillé à faire la vaisselle de son professeur de mathématiques ; puis il avait obtenu ses grades à l’université et fondé des écoles (créations successives à Venise et à Padoue). Banni de Padoue (sa vie était menacée car il faisait partie du parti qui a perdu le pouvoir) qu’il doit quitter en 1423, il a accepté l’invitation du marquis (1403-1433, premier marquis de Mantoue 1433-1444) qui l’avait sollicité 10 ans plus tôt lui proposant d’instruire ses fils, Ludovico (futur duc) et Carlo.

Le marquis lui offre une villa qu’il nomme la Ca’Giocosa où il reçoit indifféremment les étudiants pauvres et les fils de princes. Dans son école donc, il accueillait outre les princes des pauvres. Outre ce mélange, son école était différente des universités de l’époque (originalité de l’organisation de l’école). C’est un pensionnat où l’on vit en famille sous l’autorité du maître. Il n’y a pas de châtiments corporels pour sanctionner les manques de travail ou les erreurs. Il privilégiait la raison et le raisonnement ; il utilisait des moyens mnémotechniques (sous forme de jeux), ce qui sonne très moderne, très actuel (jeu avec les mots et les notions de philosophie). Il organisait des compétitions sportives et intellectuelles (éducations du corps et de l’esprit autant valorisées) ; notons qu’un des premiers traits de l’école humaniste est de donner autant d’importance au sport et à l’intellectuel. Il y a avait une éducation morale et religieuse très sévère en revanche. Le maître insistait aussi beaucoup sur la connaissance de la Bible et des prescriptions des modèles bibliques principaux.


L’enseignement y est littéraire et philologique, fondé sur les œuvres classiques mais il comprend aussi des exercices physiques organisés comme des jeux et des compétitions. On rappelle que la philologie consiste à étudier la grammaire des morts et leur sens. L’école fournissait à la fois l’instruction et l’éducation. À cette école furent instruits les fils des Gonzague mais aussi le futur duc d’Urbino, Federico de Montefeltre. Un bon exemple d’école formant des princes est donc celle de Vittorino da Feltre, à Mantoue. Dans un extrait de lettre (voir encadré ci-dessous), un ancien élève parle de son maître et du programme. « selon la règle » renvoie à la rhétorique, à l’art du discours, à l’art oratoire. Il y a aussi dans la phrase l’idée d’une progression pédagogique, ce qui est nouveau ; on ne cherche pas à faire des têtes bien pleines mais à faire des têtes bien faites… « disserter rationnellement » renvoie à la dialectique (bon plan…). Il y a toujours une référence aux institutions communales (cf fin du texte) aussi ; c’est la base de le mentalité. Les sciences énumérées sont du même genre ; ce sont les sciences des nombres et des intervalles, des sciences « dures ». On rappelle que l’astronomie et l’astrologie, c’est alors la même chose. La philosophie, c’est le summum. Il y a la dénomination ancienne des écoles de philosophie. La dernière phrase du texte indique le but.

Lettre de Sassolo de Prato à un ami (extraits, traduit du latin par Patrick Gilli)
Vittorino…enseigne aux jeunes pour rien ; il leur fait non seulement l’école gratuitement mais il joue le rôle d’un père excellent et indulgent. Et quelle famille ! Nous sommes souvent quarante, tous élevés et vêtus à ses frais. Quelle admirable générosité chez lui ; que dis-je, quelle magnanimité et quelle munificence ! Lui qui pourtant ne possède pas même un lopin de terre, mais dépense les fructueuses et riches possessions des opulents…

Il pense que pour instruire du début le jeune enfant il faut remplir avec soin les quatre offices du maître de grammaire : expliquer les mots et les interpréter, étudier et commenter les poètes, cultiver l’histoire et prononcer selon la règle.

Il met entre les mains des jeunes enfants Virgile, principalement et Homère, Cicéron, Démosthène, car il pense qu’après les avoir nourris avec ce lait pur qui renforce l’estomac, on peut administrer une nourriture un peu plus roborative avec d’autres poètes et historiens. …

Puisque toute la qualité de l’éloquence se répartit en deux, Dialectique et Rhétorique, il pense que l’on doit apprendre cette première science de disserter rationnellement comme si elle était la guide et l’interprète de toutes les disciplines….Vient ensuite la Rhétorique qui est en correspondance avec la dialectique… Il veut qu’ils s’instruisent assidûment avec des déclamations oratoires, mimant des plaidoiries au tribunal, ou des discours devant le Peuple ou le Conseil de la Commune.

Viennent ensuite les mathématiques, l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie, l’astrologie et la musique…

Finalement, quand Vittorino voit qu’ils sont aptes à venir à la philosophie, il les envoie à l’Académie ou au Lycée, aux princes Platon et Aristote. …Quand il les renvoie, il veut qu’ils puissent dire que dans quelqu’un art qu’ils s’engagent, médecine, droit, théologie, ils réussiront comme ils le voudront et aussi bien qu’ils le voudront.
Dans P. Gilli, Former, enseigner, éduquer dans l’Occident médiéval (1100-1450), Tome II, Sedes, 1999, p. 234-235.



Les programmes

Une première chose est les sept arts libéraux (« arts » est à prendre ici dans le sens de « techniques » à maîtriser). Il y a d’abord les arts du trivium ; ce sont les « 3 voies », l’équivalent de la faculté des lettres (grammaire latine, dialectique, rhétorique). « Libéraux » renvoie au fait qu’ils libèrent l’esprit. Les sciences dures du nombre l’astrologie est adjointe) viennent ensuite, dans le quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique). L’histoire est une matière très importante et la littérature n’est pas négligée. En philosophie la principale oeuvre est La Politique d’Aristote ; on étudie aussi l’Ethique (complétée bien sûr par les moralistes chrétiens) pour la morale. Le but de ces deux œuvres et de permettre le bon gouvernement d’un prince chrétien. Le droit compte aussi. Le droit civil est issu du droit romain et est important pour les légistes pour fonder la notion de « souveraineté ». Le droit canon était aussi appris car il fallait connaître le droit de l’ennemi (Église) et connaître ses limites, jongler avec les arguments. Cosmè Tura était le peintre de la cour des Este ; il a représenté dans le cabinet du prince (où il se retirait pour travailler, méditer, lire, écouter de la musique et se cultiver) une des neuf muses (page suivante en haut à gauche, Calliope, muse de l’épopée par Cosmè Tura, décoration du studiolo du duc Leonello d’Este dans son château de Belfiore). Il y avait un projet de statue que les Mantouans voulaient élever à Virgile, originaire de Mantoue et qui incarnait le Mantouan d’autrefois mais aussi la référence suprême en matière de philosophie (cf Bucoliques surtout et bien sûr L’Enéide). Cela n’a pas été fait mais on a gardé le dessin de Mantegna (page suivante en haut à droite, projet de statue à Virgile à Mantoue d’Andrea Mantegna. Paris, Musée du Louvre).


Pour ce qui est de l’histoire enseignée, on utilise la Bible pas seulement comme un livre religieux saint mais aussi comme un livre d’histoire incontestable et incontesté pour les hommes du Moyen Âge. On y trouve une histoire des bons (rois et princes modèles) et mauvais princes. Les héros de l’Antiquité grecque reviennent souvent dans les thèmes et les décorations (peintures, murs) ; voir les miniatures des tableaux (Alexandre, les guerres médiques et notamment Thémistocle et la libération d’Athènes). Rome a beaucoup plus influencé aussi l’art (antiquité ou mythologie) : les héros de la fondation Romulus et Remus, les héros modèles de courage et de loyauté, les Horace et les Curiace, Scipion l’Africain, les guerres civiles et crimes célèbres (Brutus et César, Antoine et Octave/Auguste), les grandes figures impériales (Trajan, Constantin), ... On trouve l’histoire de Romulus et Rémus à Carpi. Il y a aussi la personne de l’empereur Octave devenu Auguste ; Trajan en particulier (empereur législateur et ordonnateur) et Constantin (l’empereur devenu chrétien et qui a favorisé les Chrétiens) sont appréciés. Ce sont surtout des sources médiocres et à peine crédibles qui sont utilisées ; en effet les sources de cette histoire sont surtout des écrivains médiocres du bas empire, abréviateurs de Tite-Live ou de César : Tacite et Salluste sont repris. Les textes sont aménagés, refaits à la manière du Moyen Âge, prédigérés. La présentation se fait à la façon de fables (il y a une morale à la fin), d’historiettes. On s’appuie au XVème siècle notamment sur un obscur historien, un rhéteur pas très doué qui passe au XVème siècle pour un très grand historien (comme quoi la gloire tient à très peu de choses…)
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