Rapport de fin de mission. Du 11 janvier au 16 juillet 2010 Introduction : Ce compte rendu est celui de la mission «pamir xvi»





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- Pour une fois que la police afghane voulait bosser…
Car en effet, il faut aussi savoir qu’une enquête, effectuée par l'inspecteur général pour la reconstruction de l'Afghanistan, Arnold Fields, et publié dans un rapport officiel américain il y a quelques mois, affirme que : « A l'heure actuelle, nous ne connaissons pas vraiment le niveau de compétence des forces de sécurité afghanes ».
L’équipe d’évaluation précise que « Dès que nous aurons tourné le dos, l'ANP (la police afghane) cessera de faire ce que nous lui demandons de faire », et que « les soldats afghans ont tendance à régresser, même lorsqu'ils ont été bien notés par leurs mentors américains. »
De plus, le rapport précise que « les formateurs, débordés et quelquefois eux-mêmes mal formés, déplorent la corruption et l'usage de la drogue parmi les militaires afghans ». Enfin le rapport évoque les exemples de siphonage de l'essence par des policiers, de vols d'armes, d'extorsion de fonds aux points de contrôle, etc.

Qu’à cela ne tienne.
Quand une OAP (opération aéroportée) fut programmée par notre task force, nécessitant l’accord d’un général américain, le briefing qui lui fut fait à Tora encensait les troupes afghanes, leur attribuant quasiment toutes les vertus et l’excellence du comportement de très bons soldats. (J’espère que le général n’avait pas lu le rapport en question…)
De manière plus précise, il m’est arrivé d’assister à de nombreuses scènes, où des soldats de l’ANA étaient soit ivres, soit complètement drogués.
Lors d’une patrouille, alors que j’étais moi-même sur sa base, un lieutenant du 1er RHP a même été mis en joue au PKM par un soldat de l’ANA, hurlant de colère sous le coup de l’alcool et de la drogue, à quelques mètres de lui. Il ne dut son salut qu’à l’intervention d’autres soldats de l’ANA qui plaquèrent leur camarade au sol.
D’une manière plus générale, beaucoup de « manip » étaient soit annulées soit très modifiées car les soldats de l’ANA avaient soit trop chaud, soit trop froid, soit faim, soit il allait pleuvoir, ou faire nuit, ou ils ne voulaient pas passer la nuit sur le terrain, (quand les français y dormaient, eux), ou ils n’avaient pas assez dormi, ou pas assez récupéré, ou pas pris leur petit déjeuner, etc. Je peux étayer chacun de ces cas, chacun.

Alors, qu’on ne fasse pas étalage de tout cela au général américain, soit, mais qu’on lui mente effrontément pour mieux plaire et faire croire que le système fonctionne… Cela dépasse l’entendement.

Et sachez bien que la troupe avait conscience de tout cela. La preuve, ce fut la réaction des légionnaires, abasourdis, quand, lors de son allocution durant le pot suivant le TOA, (transfert of authority), le CDC de notre task force évoqua, tout sourire, la « légendaire hospitalité orientale dont nous avons bénéficié de la part de la population afghane durant ces mois passés ici ».
Les légionnaires après 6 mois de présence voyaient bien la réalité, et leur parler de « légendaire hospitalité orientale » les déconcertait.

J’eu comme commentaires des propos se rapportant à ceux du P. Delarue, aumônier en Algérie qui lors de l’enterrement de 11 légionnaires, le 15 novembre 1960 disait : « Vous êtes tombés au moment où, s'il faut en croire les discours, nous ne savons plus pour quoi nous mourons ! Daigne le Seigneur vous accorder le repos de ceux qui l'ont mérité, la lumière éternelle, sa paix. »
« Nous ne savons plus ici pourquoi l'on meurt... »

Ces propos, bien que reflétant l’état d’esprit des troupes qui voient mourir leurs camarades pendant que des mots élogieux sont sans cesse adressés à ceux qui aident, ou sont, l’ennemi, lui valurent le bannissement d’Algérie et des unités parachutistes.

Je ne veux citer ici qu’un seul de ces commentaires, mais qui reste douloureux dans ma mémoire, celui d’un caporal chef d’origine Bulgare, qui, après les mots du CDC, me glissa, les larmes aux yeux : « vous vous rendez compte Padre, après tout ce qu’on a vécu ici, entendre ça… ».

- Ces erreurs viennent aussi de la méconnaissance de notre part, des écrits sur lesquels se fondent les talibans pour nous combattre. Il suffit de lire le coran, la charia, pour comprendre la teneur du danger. Nous ne voulons pas le faire, nous retranchant derrière les sempiternels arguments de traduction, de versions ou d’interprétations pour refuser de se pencher sur les écrits. Un peu comme si on refusait d’évaluer la dangerosité du nazisme sous prétexte qu’on n’a pas lu Mein Kampf.

- Dans ce même village de Sper Kundai, j’eu l’occasion d’assister à l’intervention du chef de corps de notre Task Force, qui qualifia, durant un discours des plus bienveillants, de « culture estimable » les usages de ces gens. (quand vous voyez une petite fille se faire tabasser par son mari parce que c’est ce que demande dieu dans le coran à la sourate de la femme, vous vous dites que ce n’est pas si « estimable » que ça.)

- A Tora, nous avions aussi « radio surobi », une radio payée par la France, et qui diffuse des programmes en afghan uniquement, avec les appels à la prière pour les musulmans.

- Un autre épisode douloureux, très douloureux, touche aux dernières volontés de soldats français, bafouées par l’autorité. Lors de l’enterrement du caporal Hutnik, le premier mort de notre Task Force, de nombreux maleks et autres dignitaires locaux étaient présents à la prise d’armes. Tous sont restés assis, discutant et plaisantant durant la cérémonie. A la fin de la prise d’armes, plusieurs personnes, légionnaire et sous officiers sont venu me voir pour « me confier une mission », me disaient-ils. « Padre, si on meurt ici, on ne veut pas de ces gens à notre enterrement, notre vie on la donne à la légion, mais notre mort c’est entre nous. »
Ils me précisaient que le dernier moment, le dernier adieu, devait se passer au milieu de leurs frères d’arme, pour être porté, salué, pleuré par eux, mais qu’il ne fallait pas de spectateurs « comme ces gens qui ont discuté et rigolé entre eux pendant qu’on était triste. »
Parmi eux se trouvait le sergent Ryguiel. Ce sergent meurt quelques semaines plus tard lors d’une attaque de talibans.
Immédiatement, alors que je suis encore devant son corps sur le terrain, des légionnaires viennent me voir, et me disent « Padre, il ne voulait pas d’afghans à son enterrement, il ne faut pas qu’ils soient là pour la prise d’armes. » Tout l’après-midi ils viennent me voir, les uns en leur nom, les autres en son nom, les troisièmes au nom de leur section, au nom des polonais, bref, une attente réelle.

Je vais donc voir le CDC qui me dit qu’on ne peut répondre à pareil demande, car il ne veut pas prendre le risque de perdre les « avantages acquis avec cette population depuis tant d’années de présence de l’armée française », et qu’il ne veut pas interdire à ceux qui veulent s’unir à notre deuil de participer à la cérémonie.

Les gars étaient dégoûtés.

Mais pas seulement de voir le non respect des dernières volontés. Aussi à cause des arguments.
En effet, à l’évocation des « avantages acquis avec cette population », un adjudant demanda « lesquels ? »
Il faut savoir que la veille de la mort de Ryguiel avait eu lieu la fameuse distribution des 8000 euros évoquée ci-dessus ; le lendemain matin, une « action médicale gratuite » était organisée toujours pour les habitants de cette même zone.
L’après midi de ce même jour, durant une opération menée dans cette zone, les GCP embusqués, (les commandos du régiment desquels faisait partie Ryguiel), furent repérés par des enfants et contraints de changer de place pour ne pas être pris pour cible par les insurgés. Après s’être repositionnés, ils furent de nouveau repérés par des enfants partis à leur recherche, et leurs positions furent donc donnés aux insurgés qui montèrent leur attaque durant laquelle Ryguiel mourut.
Toujours dans cette zone, il est intéressant de savoir que généralement, quand les talibans se déplacent d’un point A à un point B, ils le font tranquillement, sans armes, donc sans danger qu’on leur tire dessus, puisqu’ils ne sont pas armés, cela pendant que des enfants cavalent derrière avec l’armement et les munitions. Les femmes, comme les enfants, sont aussi mises à contribution, notamment dans le domaine du renseignement, où, en toute impunité, elles observent les effectifs, les véhicules, l’armement et les positions pour rendre compte ensuite et renseigner les talibans.
Heureusement donc qu’il y a des avantages acquis avec ces populations, sinon, qu’est-ce que ce serait… (Pour la petite histoire, quand le ministre de la défense vint en Afghanistan, il félicita le détachement pour l’excellence de son travail et l’absence de dégâts collatéraux, car, expliqua-t-il, « la vie d’une femme ou d’un enfant est sacré, c’est l’innocence même. » Cela passa assez mal auprès de ceux qui savaient ce qui s’était passé, qui se demandaient si le ministre lisait de temps en temps les rapports…)

Le lendemain de la mort de Ryguiel, une choura, planifiée à l’avance, était maintenue et organisée dans cette même zone pour discuter d’un mur « anti-crues » promis par la coalition. Sur le chemin, deux IED (mines) furent détectés et neutralisés. Pendant la choura, au malek qui s’étonnait de l’absence de travaux qui auraient dû commencer, le colonel répliqua que les travaux ne commenceraient pas tant qu’il y aurait autant d’insécurité dans la zone. Le malek concerné répondit qu’il nous assurait que durant les travaux les forces ne risqueraient strictement rien…
Je me suis dit que c’était étonnant de voir le pouvoir qu’avait cet homme sur la zone au point de nous certifier que le danger cesserait… serait-il de mèche avec ceux qui nous tirent dessus ? Ou bien ne serait-ce pas lui-même qui nous tire dessus ? Mais ces questions n’étant pas politiquement correctes…je me suis dit qu’il valait donc mieux penser aux « avantages acquis ».

Pour ce qui est du deuxième argument, « la volonté de s’unir à notre deuil », ce fut grandiose. En guise d’union à notre deuil, la moitié des afghans est arrivée en retard à la prise d’armes, et l’autre moitié est allé directement à l’ordinaire pour s’assoir devant les portes en attendant que ça ouvre pour le pot qui suivait la prise d’armes, afin donc de boire des bières jusqu’à plus soif et d’en emporter autant que leurs poches le leur permettaient.


Pour en revenir aux dernières volontés, je ne peux m’empêcher de penser à celles que le général Bigeard a formulé : répandre ses cendres sur Dien Bien Phu, et cela, en plus du souhait d’être réuni à ses frères d’arme, pour emmerder la France et le Vietnam. Le ministre de la défense à dit que ses intentions seraient respectées. Heureux général de 94 ans, mort paisiblement, qui voit ses dernières volontés appliquées, quand un jeune sergent tombé au feu se voit imposer les ricanements de ceux-là même qui ont participé de près ou de loin à sa mort.

Les mêmes requêtes me furent faites de la part d’autres militaires après l’enterrement de Ryguiel, pour demander qu’il n’y ait pas d’afghans s’ils mourraient… je leur ai expliqué que ce n’était pas possible, ils étaient écœurés. Cela me fut encore demandé par des Hussards du 1er RHP à la mort d’un brigadier chef, là encore…bref.
Ces refus du système, non seulement bafouent la volonté du défunt, mais aussi scandalisent la troupe, qui connait les agissements de nombreux afghans présents dans les rangs d’officiels, et sait que beaucoup d’entre eux travaillent avec les talibans.
Leur interdire l’accès à la prise d’armes aurait pu être, selon certains légionnaires et hussards, l’occasion de faire comprendre à ces gens que nous ne sommes pas dupes. Sur le terrain nous donnons, construisons, finançons, aidons etc. tout cela avec bienveillance et sourire, pendant qu’eux, trichent, volent, mentent, truandent, tuent, et nous prennent pour des moins que rien.
Ainsi, ne pas les accepter à l’enterrement, leur aurait montré qu’il y a des limites, et que nous ne voulons pas d’eux, qui coopèrent, avec femmes et enfants, au combat mené contre nous.
A l’inverse, leur présence était ressentie par beaucoup comme la démarche de gens qui « vont au bilan » après un tir, qui vont regarder le « tableau de chasse ».
Surtout que les afghans n’étaient pas seulement acceptés, mais bien sollicités, invités. Démarches à chaque fois choquantes pour les camarades.


D’autant que durant ces prises d’armes, le général qui passait les troupes en revue le faisait règlementairement en saluant comme il se doit devant les unités et les détachements, puis, passant devant les afghans, s’arrêtait, et s’inclinait légèrement en mettant sa main sur le cœur… Exotisme quand tu nous tiens… Pourquoi ne pas saluer avec le tranchant de la main à l’horizontal quand il passe devant le détachement américain…

Le CEMA fit de même quand, au COP Rocco il salua le capitaine afghan, d’abord réglementairement, puis lui serrant la main avant de la mettre sur le cœur…

Cela me rappelle la description faite des anglais et des français arrivant dans des terres lointaines. Quand les anglais arrivaient quelque part, au bout de 8 jours, les autochtones se mettaient en smoking le soir pour passer à table. Quand les français arrivaient quelque part, au bout de 8 jours ils se mettaient torse nu, en pagne et en tongs.

Cela pourrait être amusant si ce n’était si dramatique.
Ainsi donc, à force de vouloir s’adapter, d’en rajouter, de surenchérir dans l’asservissement à l’islam et le « cirage de babouches » comme disaient des légionnaires, nous en arrivons à l’affaire du voile.

Cet épisode s’inscrit, non pas dans le devoir du militaires d’observer les lois et les règlements, mais, comme beaucoup de faits évoqués ci-dessus, dans la volonté de s’ingénier à trouver sans cesse de nouvelles occasions de mieux s’engluer dans la soumission à l’islam en espérant plaire au système, et à des gens qui nous détestent.
Tout d’abord le rapport :

2ème REGIMENT ETRANGER DE PARACHUTISTES
A COP 46, le 23 mars 2010


RAPPORT
de l’Aumônier catholique Benoît Jullien de Pommerol
du Groupement Tactique Inter Armes SUROBI


Objet : atteinte à la liberté religieuse.

Le lundi 22 mars 2010, étant au COP 42, avec le PC de l’opération GREGALE, j’ai rencontré la sergent-chef Angélique REPAIN, avec la tête recouverte de son chèche, ne laissant paraître que l’ovale de son visage. Interloqué, je lui ai demandé pourquoi elle portait ainsi son chèche, « c’est un ordre » me répond-elle.

Estomaqué, je lui demande des précisions, et elle m’explique que le lieutenant-colonel MEUNIER, chef du BOI du 2éme REP, la voyant tête nue, (comme le sont tous les personnels du COP 42), lui a demandé de se couvrir, expliquant que cela choquait les afghans de la voir ainsi. Souriant en pensant à une plaisanterie, il lui précisa qu’il ne plaisantait pas.

Le voile en Afghanistan est une obligation religieuse, et les femmes afghanes musulmanes sont donc tenues de le porter. Le problème est que la sergent-chef REPAIN n’est pas une femme afghane musulmane, mais une soldate française, et qui plus est baptisée. Le fait d’imposer un usage de la religion musulmane à une personne qui n’est pas de cette religion et qui le refuse porte atteinte à sa liberté.

- Liberté religieuse, car elle est obligée par un ordre d’agir contre sa foi.
- Liberté de conscience, car, bien qu’estimant mauvais le fait d’imposer à des femmes le port d’un voile contre leur volonté, elle se voit forcée de cautionner et encourager cette pratique en montrant que même des militaires français l’imposent à leurs personnels féminins.

Il s’agit ici d’un viol de conscience, mêlé d’une infraction grave à la laïcité, ce qui enfreint également la déclaration universelle des droits de l’homme, et le principe de liberté cher à la république française.

Victime d’un ordre illégal, la Sch REPAIN a donc été obligée d’observer un usage avilissant : l’idée de la contrainte du voile , qui n’a rien à voir avec la tenue du militaire français, vient ici nier l’identité de la personne, lui interdisant d’exister à part entière, cachant contre son gré une partie de son être, réduisant l’individu à une portion de lui-même, bafouant sa dignité.
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