Parcours en protection de l’enfance





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8èmes ASSISES NATIONALES DE LA PROTECTION DE L’ENFANCE

Parcours en protection de l’enfance

PROTÉGER C’EST PRENDRE DES RISQUES

Comment mieux les assumer pour mieux agir ?


AVERTISSEMENT : ces verbatim sont rendus publics pour permettre au plus grand nombre de bénéficier de la richesse des débats des Assises, mais nous attirons votre attention sur le fait qu’il s’agit d’une restitution brute des propos prononcés non revue par leurs auteurs, et à replacer dans un contexte de prise de parole publique orale à un moment spécifique. Une synthèse des propos plus lisible est disponible dans le Bulletin de la protection de l’enfance d’octobre 2015 (www.lebpe.fr)
LUNDI 15 JUIN 2015 – SEANCE PLENIERE / TABLE RONDE 2 :

PRATIQUES : INTÉGRER LA PRISE DE RISQUES
■ Qu’entend-on par prise de risques (du risque de partager au risque de se tromper) ? Que recouvre-t-elle spécifiquement dans le champ de la protection de l’enfance ? En quoi le risque est-il une composante positive de l’accompagnement ? En quoi l’absence de prise de risque peut-elle s’avérer contre-productive ? En pratique, quelles innovations mettre en œuvre, en intégrant quels risques, pour améliorer les réponses ?
Karine Senghor :

Nous allons commencer avec une introduction d’Annie Lambert, vous êtes chercheur à l’Université de Sherbrooke au Québec, vous êtes de formation criminologue, travailleuse sociale et vous avez beaucoup travaillé sur la question du risque en protection de l’enfance. Vous êtes l’auteur d’ailleurs d’un ouvrage intitulé La Gestion des risques en protection de l’enfance. Logique d’action et quête de sens, aux Presses de l’Université du Québec.

Nous vous avons demandé d’introduire la séquence à la fois sur la question de comprendre et réfléchir le risque de manière générale, comment le vivre en protection de l’enfance à travers des exemples concrets, qui permettront de vous donner des éléments pour apprivoiser l’incertitude et prendre des risques.
Annie Lambert, criminologue, chercheure à l’Université de Sherbrooke :

Bonjour à tous, merci énormément de l’invitation aux organisateurs, vous l’entendez et vous venez de l’apprendre, je suis québécoise et mon principal risque aujourd’hui est d’éviter toute expression typiquement québécoise dans les trente prochaines minutes pour que vous puissiez me suivre du début à la fin, donc j’incarne tout à fait mon sujet aujourd’hui. Quelques précisions, d’abord dire qu’avant d’arriver en milieu universitaire, j’étais intervenante en protection de l’enfance, j’y ai passé une quinzaine d’années, je fais des recherches participatives, des recherches en collaboration avec les milieux de pratiques donc ça amène un regard très pragmatique, c’est ce que j’apporte aujourd’hui donc je me situe au niveau de la théorie mais nettement aussi au niveau de la pratique par ma propre pratique clinique auprès d’enfants et de familles en difficultés.

J’aborde le risque aujourd’hui d’une façon positive et dans une perspective et une éthique réflexive donc je n’ai malheureusement pas de recettes toutes faites pour vous aujourd’hui, je n’ai pas de clés en main non plus sur la prise de risque, par contre j’ai un bon nombre de questionnements qui à mon avis, permettent l’exercice de conscientisation dont on a besoin comme professionnel, pour prendre les décisions en situation risquée.

A prime abord, je postule que la prise de décision devrait être prise dans l’intérêt de l’enfant, or pour toute sorte de considération, en fait c’est comme ça au Québec, je ne sais pas si c’est comme ça ici, mais pour toute sorte de considération on s’éloigne parfois de l’intérêt de l’enfant, pour des considérations personnelles, professionnelles, organisationnelles, juridiques ou même socio politique, ça arrive que l’on perde le focus en fait de l’intérêt de l’enfant dans la gestion des risques et la prise de décision.

Pour le temps dont je dispose j’ai préparé une intervention en trois temps en fait, le premier étant de vous donner quelques clés de réflexions sur le risque et attendez-vous à réfléchir parce que j’ai beaucoup de questions à vous soumettre. Le deuxième le contexte risqué, donc qu’est-ce que ça veut dire au niveau de l’intervention en protection de l’enfance et finalement apprivoisé l’incertitude ou apprendre justement à risquer.

Donc j’ai intitulé ma présentation « la prise de risque en protection de l’enfance, la recherche d’un juste équilibre », donc la prise de risque signifie oser, voir autrement aussi les situations qui sont à prendre mais évidement comme trame de fond de la présentation et pour assurer le passage de la gestion du risque à la prise de risque, je pense qu’il faut d’abord se situer comme professionnels sur le risque, sur notre rapport au risque mais aussi sur notre tolérance au risque. Il faut se situer aussi sur notre mandat de protection, sur la façon dont on l’envisage et finalement il faut créer un contexte favorable à la prise de risque, ce qui signifie aussi d’accompagner les professionnels dans leurs prises de décision.

Je vais tout de suite vous donner une partie de ma conclusion, ça va vous faire gagner du temps, donc la gestion et la prise de risque n’ont pas besoin en fait de protocole, de procédure, de normes ou de cadre, je pense que l’on en a suffisamment de tout ça dans la pratique. La gestion et la prise de risque ont besoin de sens. Donc pour donner du sens il faut réfléchir et c’est un petit peu cette amorce-là de réflexion que je vous propose aujourd’hui pour passer de la question quelle est la meilleure façon d’intervenir ? A comment arriver à prendre la meilleure décision dans la situation d’un enfant et dans son intérêt évidemment ?

Donc le premier point, comprendre le risque, je n’ai pas la prétention de vous faire comprendre le risque aujourd’hui dans sa totalité mais bien de donner quelques clés de réflexion donc ça gfait déjà plusieurs années qu’un nombre d’auteurs qui parlent d’une société du risque donc l’intérêt pour le risque, certains disent la fixation pour le risque, a complètement redessiné notre rapport au risque, c’est sûr qu’objectivement le risque c’est une probabilité de survenue d’un évènement qui va causer des conséquences dans le cas de la protection de l’enfance, qui va causer des conséquences pour l’enfant et pour sa famille, et généralement le risque a une connotation négative socialement, c’est plutôt rare que l’on voit ça comme étant positif.

Je vais citer Ewald qui dit « rien n’est un risque en soi, le risque ne fait pas parti de la réalité, cependant tout peut constituer un risque, tout dépend de quelle façon on analyse le danger, que l’on considère la situation », donc la situation risquée, les situations dans lesquelles vous vous retrouvez sont définies en fonction d’une culture, d’une histoire, de cadre normatif et entre dans une population donnée. Evidemment on peut prendre la conclusion que le risque est construit à travers un système de normes et de valeurs donc comme professionnels vous construisez le risque, vos organisations construisent le risque et la société construit le risque aussi, et ça c’est un élément vraiment important dans la gestion de risque parce que l’évaluation de ce risque-là devient stratégique et capital, parce que l’évaluation du risque c’est le déclenchement des mesures de protection donc si on a une évaluation qui n’est pas juste du risque, on a nécessairement une mesure de protection qui ne tient pas la route finalement pour l’enfant et pour sa famille donc comment se positionner par rapport au risque ? Quelle posture adopter ? Quelle réaction adopter ?

Je fais une courte parenthèse sur le principe de précaution dont on a un peu parlé tout à l’heure, qui se manifeste depuis les dernières années donc il y a eut à travers les époques différentes façons de réagir au risque, prudence, prévoyance, précaution, réparation, prévention. Les auteurs actuels nous amènent aujourd’hui au principe de précaution, ma question mais à quel prix ? Donc à quel prix on devrait s’inscrire dans ce principe-là en protection de l’enfance, la précaution ça suppose l’incertitude donc ça suppose de ne pas attendre que les risques soient avérés pour protéger donc est-ce qu’il faut toujours en protection de l’enfance envisager le scénario du pire ? Si le risque est construit, ça appelle une certaine subjectivité des différents acteurs donc la subjectivité, mes travaux sur le risque m’ont aussi amené à élaborer sur la subjectivité du risque dont l’aspect objectif est beaucoup plus petit que l’aspect subjectif du risque donc on a un risque perçu aussi dans les interventions que l’on met en place et on a parfois aussi peur de ce risque-là, donc comment on peut éviter de s’appuyer sur la subjectivité pour mettre en place le principe de précaution ?, là est la question. Donc c’est sûr qu’avant d’envisager des mesures de protection, il faut envisager sa posture, son rapport par rapport au risque, alors je vous poserais les questions quel rapport vous entretenez par rapport au risque ? Quelle est votre tolérance au risque dans vos interventions ? Est-ce que vous êtes risquophiles ? Ou plutôt risquophobes ? Ou quelque part entre les deux comme l’entend Grison, il faut se poser la question pour savoir où l’on se situe dans cet environnement de risque-là.
Mon deuxième point, vivre le risque en protection de l’enfance, je ne ferais pas un long paragraphe sur l’idée que les mesures de protection, que l’intervention en protection de la jeunesse ce sont des interventions complexes, les choix que l’on fait dans l’intervention sont lourds de conséquence dans la trajectoire de vie des enfants et ce n’est pas anodin de parler de trajectoire, je pense qu’il faut se permettre effectivement de voir à quel point les situations sont difficiles et comment ça peut être difficile humainement de faire des interventions dans ces contextes-là. Donc on travaille avec des familles qui sont en grande vulnérabilité, on travaille avec des familles qui vivent beaucoup de détresse sociale, qui sont au prises avec des problématiques très difficiles donc la prise de décision est nécessairement ardue et on doit composer avec des rôles d’aide, de surveillance, de contrôle qui ne sont pas toujours très faciles à marier en fait dans l’intervention.

Je vais reprendre Steinhauer, on en parlait tout à l’heure, c’est-à-dire que les situations en protection de l’enfance sont des situations de moindre mal donc on recherche la moins pire des solutions et la solution idéale évidemment, en fait la situation idéale ne se retrouverait pas dans les filets de la protection de l’enfance donc le meilleur scénario d’intervention que l’on peut envisager en fait dans des situations de protection comme celles-là présente nécessairement des risques à partir des situations qui sont vécues par les familles.

Au niveau de la protection très rapidement dire qu’il existe différents seuils de protection, c’est aussi socialement construit, je ne vais pas avancer très longuement là-dessus et il y a aussi une notion d’acceptabilité du risque donc quand vous déterminez une mesure de protection pour une famille, pour des enfants, pour des parents, vous êtes aussi confrontez à votre niveau d’acceptabilité de ce risque-là donc la frontière qui sépare souvent la prévention de la protection et cette acceptabilité-là est nécessairement orientée par les valeurs, par vos propres valeurs évidemment mais aussi par les valeurs et les normes sociales.

Et encore une fois je parlais de subjectivité à propos du risque, donc maintenant subjectivité par rapport à la protection, toute une autre série de questions à se poser donc comment voyez-vous les personnes avec qui vous travaillez ? Comment vous vous représentez ces situations familiales-là ? Quels sont vos perceptions de la réalité ? Au-delà incluant la perspective sociale quel est votre seuil de protection mais surtout selon vous quel est l’idéal à atteindre pour les situations familiales ? Donc évidemment tout ça, en plus de l’aspect culturel et de l’aspect normatif de l’intervention, a un impact important sur l’identification des besoins parce qu’à partir du moment où on a évalué les risques, vient l’étape d’identification des besoins de protection pour les enfants. Et on a rapidement glissé tout à l’heure tout l’enjeu rattaché à l’identification des besoins, c’est clair qu’il faut être très attentionné sur la présence de la subjectivité, tant dans l’évaluation du risque que dans l’évaluation des besoins de protection et là je ne suis pas une adepte de l’objectivité, je n’y crois pas du tout en fait, je pense que l’on peut objectiver une situation en s’éloignant quelque peu de la subjectivité tout comme je considère que la majorité des professionnels prennent la meilleure décision au moment où ils sont appelés à le faire mais dans le va-et-vient quotidien il y a un danger réel de poser des balises qui sont appuyées sur la subjectivité et qui vont rendre faux ou à tout le moins inexact les motifs qui vont justifier finalement les mesures de protection. Et là dans la gestion du risque on doit naviguer entre le trop et le trop peu.

Pour l’instant dans mes travaux, je travaille principalement actuellement avec des professionnels qui sont en exercice en protection de l’enfance. Nos structures sont un peu différentes au Québec et ici mais somme toute le principe reste le même, donc je fais beaucoup d’analyses de discours, de ce que les professionnels disent de leurs pratiques donc comment ils parlent de leurs pratiques professionnelles. Puis actuellement je perçois un continuum de protection, c’est-à-dire que dans les mesures de protection que l’on va mettre en place pour la famille et pour les enfants, on est sur un continuum qui va de l’autodétermination au protectionnisme. D’un côté des interventions de responsabilisation de la famille qui appelle d’un minimum d’intervention pour les professionnels qui nous amènent à faire une gestion de risque qui est relativement souple, de l’autre côté une surprotection des familles qui suggèrent des interventions de protection très serrées. Et si vous réfléchissez, le moindrement à vos pratiques, à vos décisions que vous prenez quotidiennement, instinctivement ou intuitivement si vous préférez, vous vous situez quelque part sur ce continuum-là. Vous aurez compris que les extrêmes sont à éviter parce que d’un côté comme de l’autre ça peut être tout à fait paralysant pour des familles entre le trop peu et le trop, mais le défi est effectivement d’atteindre un équilibre. Un équilibre souhaitable et cet équilibre-là n’est pas toujours le même d’une situation à l’autre. Donc vous avez un positionnement intuitif, instinctif, une place où vous êtes plus confortable sur le continuum d’intervention, c’est rattaché à de multiples facteurs, vos expériences, vos croyances très certainement, votre philosophie d’intervention, les orientations gestionnaires de vos établissements, les ressources disponibles, mais aussi parfois sinon souvent, ça dépend des cas, votre insécurité ou votre trop grand sentiment de confiance. Donc plusieurs facteurs qui rentrent en ligne de compte et qui influencent la situation elle-même, l’orientation que vous allez donner aux décisions qui sont prises.

Encore une fois je pense que c’est dans le questionnement que l’on arrive à se situer par rapport à tout ça c’est-à-dire que si on a à questionner le risque évidemment dans la représentation que l’on a du risque, on a très certainement à se questionner sur la façon dont on envisage les mesures de protection et on passe parfois à côté des questions essentielles, c’est-à-dire des questions qui vont nous permettre de nous centrer plutôt sur le processus par lequel on va prendre la décision plutôt que sur la décision elle-même. Donc est-ce que l’on doit protéger d’abord ? Est-ce que toutes les situations que l’on rencontre nécessitent nécessairement des mesures de protection ? Si oui, qui doit-on protéger ? Protéger quoi en fait ? Et si on protège, jusqu’où on doit aller pour éviter l’extrême droite de continuum de protection ? Quelles sont les conséquences de ces mesures de protection pour les familles ? Et encore est-ce que les conséquences de l’intervention surpassent celles des conséquences des situations à risque ? On le nommait tout à l’heure. Est-ce qu’il faut intervenir ? Si oui, maintenant ou plus tard ? Et dans ce cas jusqu’où attendre ? Serait-il préférable de ne pas intervenir ? Pourquoi et pour qui protégeons-nous ? Et j’ai terminé ne soyez pas étourdi et surtout à quels besoins répondons-nous ? Dons je pense que ce sont des enseignements des professionnels dans les deux recherches que j’ai mené sur la protection de l’enfance m’apprennent que la question centrale est probablement celle-là donc à quels besoins répond-on quand on met en place des interventions ? Et sans vouloir vous bousculer je m’inscris dans cette perspective-là pour vous réconforter, je pense que comme intervenant parfois j’ai répondu aussi à mes propres besoins dans l’intervention et malheureusement j’ai peut-être répondu aux besoins de mon organisation.

Donc est-ce que c’est possible effectivement qu’au-delà de la protection de l’enfant on puisse en arriver à prendre des mesures qui vont aussi nous protéger nous-mêmes dans l’intervention ? Est-ce que c’est possible que dans les processus de décision on s’éloigne de la question centrale qui est finalement d’agir au mieux pour l’enfant et pour sa famille et là on entre vraiment dans la perspective éthique et dans la recherche de sens des décisions que l’on prend.
Troisième point : apprivoiser l’incertitude. Il y a un auteur qui s’appelle Morin qui dit nous en savons désormais assez pour être sûr que nous ignorons très largement l’avenir, et je trouve que c’est tout le paradoxe de la prise de décision en protection de l’enfance, c’est-à-dire comment dans un contexte comme celui-là on peut finalement agir au mieux pour l’enfant et pour sa famille. Dans mes réflexions sur le risque, je suis passée moi-même de la gestion du risque donc le livre dont parlait Mme Senghor tout à l’heure s’appelle « La gestion du risque », aujourd’hui je l’appellerais plutôt la gestion de l’insécurité parce que je pense qu’il y a des enjeux plus grands à gérer l’insécurité qu’à gérer le risque. Quand on gère le risque ça insinue que l’on connait les risques, gérer l’incertitude ça veut dire que l’on ne connait pas un bon nombre sinon une grande quantité de choses dans les situations que l’on rencontre. Bourgeaud dirait à cet égard-là : « il faut apprivoiser l’incertitude ou encore tolérer l’ambigüité » ce qui n’est pas nécessairement très confortable pour un professionnel.

Je suis passée aussi dans mes réflexions de la gestion de l’incertitude à la gestion de l’insécurité, parce que c’est ce qui a été nommé finalement par les professionnels et gérer l’insécurité apporte un bon nombre de danger dans l’intervention. Et c’est là je pense que l’exercice de conscientiser, je vous disais au début je n’ai pas de recettes magiques, mais en même temps la recette, c’est peut-être effectivement de mieux réfléchir nos pratiques. C’est là que l’idée de conscientiser devient essentiel au processus de décision.
Je vais mettre en lumière trois éléments qui ressortent de la recherche que j’ai menée et qui peuvent nous aider dans le cadre de nos pratiques pour les professionnels ou des organisations qui peuvent nous aider à réfléchir le risque et les mesures de protection. D’abord le rapport des professionnels à la situation, leur rapport au mandat de protection et finalement leur rapport au risque, et pour certains, pour tous ces rapports-là j’ai fait l’exercice pour la présentation, et je vous remercie parce qu’effectivement ça m’a fait avancer dans ma réflexion. J’ai fait l’exercice de situer aussi les prises de risque que ça comporte pour les professionnels donc d’abord le rapport à la situation, et là encore toute une série de questions pour vous : quel dialogue vous avez avec les situations que vous rencontrez pour vous rapprochez des réalités familiales que vous rencontrez ? Est-ce que vous avez ce désir de dialogue-là ? On a parlé en première plénière de l’importance du lien, ça va aussi dans ce sens-là, de la relation d’être avec. Comment vous comprenez les situations ? Quelles sont vos représentations de celles-ci ? Si vous en avez, bien sûr quels sont vos préjugés ou vos préconçus par rapport aux situations que vous rencontrez parce que cette rencontre-là avec la situation vous permet de construire le problème donc il faut à être le plus près possible des situations pour bien les comprendre et construire la bonne situation aux problèmes. Ça implique le risque d’être donc le risque de la relation avec l’enfant et avec sa famille, ça parait simple mais c’est très complexe en fait.
Ensuite le rapport au mandat de protection donc la représentation du mandat professionnel, comment vous le comprenez ? Comment vous le vivez ? Quel est votre discours par rapport à ce mandat-là ? Quelle est votre posture par rapport au mandat professionnel ? Plus encore, est-ce que vous êtes seul mandataire de la protection des enfants ? A qui appartient finalement cette responsabilité de protéger ? Et que pensent les familles de cette protection ? Et on a quand même peu de recherches qui nous permettent de voir les représentations des familles sur leurs parcours ou sur les parcours de protection de l’enfance. Je pense qu’il faut élargir notre conception du mandat de protection et en ce sens-là ça implique le risque d’inclure, d’inclure les enfants et d’inclure les parents dans la prise de décision.
Le troisième rapport est celui du rapport au risque. Ça demeure déterminant parce que ça oriente complètement la stratégie que vous allez déployer, les logiques que vous allez utiliser finalement pour déterminer des mesures de protection. On parle évidemment de tolérance au risque, de priorisation des risques à certain égard. On parle des risques pour vous comme les professionnels mais des risques pour la famille, pour l’organisation des risques sociaux. On parle de niveau de confort par rapport à l’incertitude et votre stratégie privilégiée de gestions de risques. Donc ça nous amène à revoir le rapport au risque et ça conduit au troisième risque qui est celui de douter.

Et le risque de douter, ce n’est pas toujours gagnant de vouloir essayer de vendre cette idée-là à nos organisations ou à nos structures parce que douter généralement ça signifie de ne pas connaître donc de ne pas être capables. Alors que douter pour moi a une perspective vraiment très positive.

Je vais terminer sur les trois prises de risque que j’ai très rapidement énoncé. Le risque d’abord pour les professionnels en fait, car prendre des risques pour l’intérêt de l’enfant donc son statut que notre sens premier dans l’intervention en protection c’est l’intérêt de l’enfant, ça passe d’abord par la prise de risque des professionnels, ensuite on arrive à la prise de risques pour l’intérêt de l’enfant.

Le risque d’être ou oser être avec les familles donc ça fait le pan avec la mise en liens de ce qui a été nommé tout à l’heure, ça implique de revenir en fait à la base de la relation d’aide. Dans relation d’aide, il y a relation. Et dans la protection de l’enfance, la relation vient certainement avant l’aide donc est-ce que vous êtes en lien effectivement avec les familles que vous côtoyez. Ça implique aussi de ne pas se cacher derrière le processus ou les normes pour prendre ou justifier des décisions. Ça implique de s’afficher, de s’engager aussi dans l’intervention. Quand on prend ce risque-là, on risque d’accéder à la parole de l’enfant et à la parole des familles, et ça permet d’établir une confiance minimale, et la confiance est un élément primordial dans la gestion des risques, plus de confiance, permet plus de latitudes, plus de marge de manœuvre dans la prise de risque et toujours dans l’idée de l’intérêt de l’enfant.

Evidemment il y a des défis c’est-à-dire que la relation suppose un enjeu de transparence, un enjeu de cohérence pour les professionnels, on parle de distance professionnelle nécessaire mais pour moi ce n’est pas paradoxal avec l’idée de créer des liens.

Le risque d’inclure, impliquer les parents, impliquer les enfants dans l’analyse de la situation, de la prise de décision, partager avec eux sur les risques et la protection qui pourrait ou qui devrait être nécessaire. Qu’est-ce que l’on sait finalement du rapport au risque des familles dans une optique de prise de risques ? Je considère que les familles ne peuvent pas être simples spectatrices de ce qui est en train de se passer devant elles. Donc l’enjeu réside à créer de l’espace pour les familles et les questions qui viennent avec ça c’est est-ce que l’on est ouvert à cet espace-là ?, est-ce que l’on veut partager l’espace avec les familles mais partager l’espace c’est aussi partager la responsabilité et en-cela on voit les choses très différemment, quand on réfléchit les mesures à prendre avec les familles.
Le troisième risque c’est le risque de douter et aussi le risque de réfléchir ensemble donc est-ce que le doute est ami ou ennemi des professionnels, douter ça peut être à la fois positif ou négatif, je le disais tout à l’heure que le doute est ami dans nos prises de décision parce qu’il nous protège des certitudes qui nous amènent à ne plus voir la singularité de chacune des situations qui sont rencontrées. On n’a pas d’autre choix de vivre avec un minimum d’incertitude en protection de l’enfance donc ça demande un peu de recul ou un pas de côté si vous n’aimez pas reculer, ça permet d’identifier les tensions, d’identifier les paradoxes dans la prise de décisions.

Je vais terminer avec un très court exemple de ce que l’on fait actuellement dans l’accompagnement des professionnels dans la prise de décision dans la région où j’habite au Québec parce que douter implique nécessairement d’accompagner les professionnels dans la prise de décisions, et il faut vendre à ce moment-là l’idée que réfléchir c’est aussi agir dans le meilleur intérêt des enfants. Donc on expérimente ce que l’on appelle des comités d’aide à la prise de décision, ce sont des comités consultatifs complètement à l’extérieur des processus décisionnels, ce sont des comités qui sont constitués de professionnels donc c’est un comité de pairs et l’objectif je pourrais le résumer en fait assez simplement, l’objectif des comités c’est de travailler ensemble à bien penser donc à bien réfléchir les situations. On utilise une perspective éthique donc un cadre de délibération éthique parce qu’il faut élargir notre perspective dans les mesures de protection, il n’y a pas que l’intervenant et l’organisation, il y a la loi, et les valeurs sociales aussi qui entrent en ligne de compte donc pendant deux heures environ, on questionne la situation, on amène des pistes de solutions, on fait comme si la situation était un dé, on regarde chacun des côtés pour aider le professionnel, pour l’accompagner à prendre la meilleure décision possible. On développe, de cette manière-là, et il y a un an et demi d’expérimentation, on développe une manière collective au sens de l’équipe, au sens de l’organisation mais aussi au sens du réseau partenaire, de penser les risques et de penser aussi les mesures de protection dans une analyse qui est plus globale des situations. Qu’est-ce que ça fait ? Qu’est-ce que ça a comme valeur ajoutée pour les professionnels ? C’est qu’il n’est plus seul avec sa situation, ce qui est probablement le plus grand défi en intervention de protection. L’intervenant a repensé, il doutait, il s’est repositionné ou au contraire il a affirmé davantage sa décision, il est surtout devenu plus confortable à la prise de décision et ça fait vraiment toute la différence quand vient le temps de défendre ou de justifier ou d’argumenter une décision ou seulement d’être capable de vivre cette décision-là. Evidemment ça appelle les professionnels à se mettre à nu devant d’autres collègues, ce qui n’est pas nécessairement très confortable non plus, j’en conviens mais c’est un exercice quand même qui amène à aller plus loin dans la prise de décision et à répondre finalement à la question comment agir au mieux pour l’enfant et pour sa famille ?
Pour conclure, qu’est-ce que c’est la gestion et la prise de risque ? Ce sont des exercices délicats donc j’ai illustré trois prises de risque possible, il y en a beaucoup d’autres évidemment mais je pense qu’il faut garder en tête qu’il faut aller plus loin dans cette prise de risque-là que les cadres prescriptifs quels qu’ils soient il faut une réflexion éthique parce que la complexité et la singularité des situations nous amènent là. Il y a deux mots clés en fait que j’aimerais partager aujourd’hui, l’idée de partager la responsabilité et de partager la responsabilité aussi avec les familles et l’idée de réfléchir ensemble donc il faut vraiment se mettre à l’abri d’une réflexion solitaire par rapport à la prise de décision pour être capable justement de partager les responsabilités, de partager le risque, et quand on augmente le risque généralement, un risque mesuré, je reprends l’expression de tout à l’heure, mais quand on augmente le risque normalement on augmente aussi les possibilités. Juste si vous me permettez une petite citation d’un collègue, il m’en voudrait parce que je lui ai dit que je le dirais donc d’un collègue écossais qui travaille aussi sur le risque et c’est le verbatim de sa thèse, qui dit « j’imagine que c’est comme marcher sur une corde raide, parfois on se sent un peu en déséquilibre, parfois on est plus confiant, on cherche toujours à faire du mieux que l’on peut et on veut vraiment s’assurer que l’on est bien en train de protéger les enfants et de faire les bonnes choses. Et je pense que ce qui est le plus difficile c’est sentir que ce n’est pas ce que l’on est en train de faire. Oui c’est comme si on perdait pied. Je suppose que pour être un bon professionnel en protection de l’enfance il faut être un bon funambule, il faut un bon équilibre. » Alors je vous remercie et bonne réflexion.
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