Rapport du Congrès de Rome





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la relation d’objet achevée sont d’une conception plutôt incertaine et,

à être exposées, laissent apparaître une médiocrité qui n’honore pas la profession. Nul doute que ces effets…

où le psychanalyste rejoint le type du héros moderne

qu’illustrent des exploits dérisoires dans une situation d’égarement

…ne pourraient être corrigés par un juste retour à l’étude où le psychanalyste devrait être passé maître,

des fonctions de la parole.

Mais il semble que, depuis FREUD, ce champ central de notre domaine soit tombé en friche.

Observons combien lui-même se gardait de trop grandes excursions dans sa périphérie :

ayant découvert les stades libidinaux de l’enfant dans l’analyse des adultes et n’intervenant chez le petit Hans

que par le moyen de ses parents, - déchiffrant un pan entier du langage de l’inconscient dans le délire paranoïde, mais n’utilisant pour cela que le texte-clé laissé par SCHREBER dans la lave de sa catastrophe spirituelle.

Assumant par contre pour la dialectique de l’œuvre, comme pour la tradition de son sens, et dans toute sa hauteur,

la position de la maîtrise.
Est-ce à dire que si la place du maître reste vide, c’est moins du fait de sa disparition que d’une oblitération croissante du sens de son œuvre ? Ne suffit-il pas pour s’en convaincre de constater ce qui se passe à cette place ?

Une technique s’y transmet, d’un style maussade, voire réticente en son opacité, et que toute aération critique semble affoler. À la vérité, prenant le tour d’un formalisme poussé jusqu’au cérémonial, et tant qu’on peut se demander

si elle ne tombe pas sous le coup du même rapprochement avec la névrose obsessionnelle,

à travers lequel FREUD a visé de façon si convaincante l’usage, sinon la genèse, des rites religieux.
L’analogie s’accentue à considérer la littérature que cette activité produit pour s’en nourrir :

on y a souvent l’impression d’un curieux circuit fermé, où la méconnaissance de l’origine des termes engendre

le problème de les accorder, et où l’effort de résoudre ce problème renforce cette méconnaissance.
Pour remonter aux causes de cette détérioration du discours analytique, il est légitime d’appliquer la méthode psychanalytique à la collectivité qui le supporte. Parler en effet de la perte du sens de l’action analytique,

est aussi vrai et aussi vain que d’expliquer le symptôme par son sens, tant que ce sens n’est pas reconnu.
Mais l’on sait qu’en l’absence de cette reconnaissance, l’action ne peut être ressentie que comme agressive

au niveau où elle se place, et qu’en l’absence des « résistances » sociales où le groupe analytique trouvait à se rassurer, les limites de sa tolérance à sa propre activité, maintenant « reçue » sinon admise,

ne dépendent plus que du taux numérique où se mesure sa présence à l’échelle sociale.
Ces principes suffisent à répartir les conditions symbolique, imaginaire et réelle qui détermineront les défenses…

isolation, annulation, dénégation et généralement méconnaissance

…que nous pouvons reconnaître dans la doctrine. Dès lors si l’on mesure à sa masse l’importance que le groupe américain a pour le mouvement analytique, on appréciera à leur poids les conditions qui s’y rencontrent.
Dans l’ordre symbolique d’abord, on ne peut négliger l’importance de ce facteur c dont nous faisions état au Congrès de Psychiatrie de 1950, comme d’une constante caractéristique d’un milieu culturel donné :

condition ici de l’anhistorisme où chacun s’accorde à reconnaître le trait majeur de la « communication » aux U. S. A.,

et qui à notre sens, est aux antipodes de l’expérience analytique. À quoi s’ajoute une forme mentale très autochtone qui sous le nom de behaviourisme, domine tellement la notion psychologique en Amérique,

qu’il est clair qu’elle a désormais tout à fait coiffé dans la psychanalyse l’inspiration freudienne.
Pour les deux autres ordres, nous laissons aux intéressés le soin d’apprécier ce que les mécanismes manifestés

dans la vie des sociétés psychanalytiques doivent respectivement

  • aux relations de prestance à l’intérieur du groupe,

  • et aux effets ressentis de leur libre entreprise sur l’ensemble du corps social, ainsi que le crédit qu’il faut faire à la notion soulignée par un de leurs représentants les plus lucides, de la convergence qui s’exerce entre l’extranéité d’un groupe où domine l’immigrant, et la distanciation où l’attire la fonction qu’appellent les conditions sus-indiquées de la culture.


Il apparaît en tout cas de façon incontestable que la conception de la psychanalyse s’y est infléchie vers l’adaptation de l’individu à l’entourage social, la recherche des patterns de la conduite et toute l’objectivation impliquée

dans la notion des human relations, et c’est bien une position d’exclusion privilégiée par rapport à l’objet humain

qui s’indique dans le terme, né sur place, de human engineering.
C’est donc à la distance nécessaire à soutenir une pareille position qu’on peut attribuer l’éclipse dans la psychanalyse, des termes les plus vivants de son expérience, l’inconscient, la sexualité, dont il semble que bientôt la mention même doive s’effacer.
Nous n’avons pas à prendre parti sur le formalisme et l’esprit de boutique, dont les documents officiels du groupe lui-même font état pour les dénoncer. Le pharisien et le boutiquier ne nous intéressent que pour leur essence commune, source des difficultés qu’ils ont l’un et l’autre avec la parole, et spécialement quand il s’agit du talking shop, de parler métier.

C’est que l’incommunicabilité des motifs, si elle peut soutenir un magistère, ne va pas de pair avec la maîtrise,

celle là du moins qu’exige un enseignement. On s’en est aperçu du reste, les mêmes causes ayant mêmes effets.

C’est pourquoi l’attachement indéfectiblement réaffirmé par maints auteurs pour la technique traditionnelle après bilan des épreuves faites aux champs frontières plus haut énumérés, ne va pas sans équivoque ; elle se mesure à la substitution du terme de classique à celui d’orthodoxie pour qualifier cette technique. On se rattache à la forme, faute de savoir à quel sens se vouer. Nous affirmons pour nous que la technique ne peut être comprise, ni donc correctement appliquée, si l’on méconnaît les concepts qui la fondent.
Notre tâche sera de démontrer que ces concepts ne prennent leur sens plein qu’à s’orienter dans un champ de langage, qu’à s’ordonner à la fonction de la parole. Point où nous notons que pour manier aucun concept freudien,

la lecture de FREUD ne saurait être tenue pour superflue, fût-ce pour ceux qui sont homonymes à des notions courantes. Comme le démontre la mésaventure que la saison ramène à notre souvenir d’une théorie des instincts,

revue de FREUD par un auteur peu éveillé à la part, dite par FREUD expressément mythique, qu’elle contient.
Manifestement il ne saurait l’être puisqu’il l’aborde par un exposé de seconde main, tenu sans cesse pour équivalent au texte freudien et cité sans que rien en avertisse le lecteur, se fiant, peut-être non sans raison, au bon goût de celui-ci pour l’en distinguer, mais prouvant par là que rien ne justifie cette préférence, sinon la différence de style

par quoi l’ouvrage reste ou non partie de l’œuvre.
Moyennant quoi de réductions en déductions, et d’inductions en hypothèses, l’auteur conclut par la stricte tautologie de ses prémisses fausses : à savoir que les instincts dont il s’agit sont réductibles à l’arc réflexe.

Telle la pile d’assiettes dont l’écroulement se distille dans l’exhibition classique, pour ne laisser entre les mains de l’artiste que deux morceaux dépareillés par le fracas, la construction complexe qui va de la découverte des migrations de la libido dans les zones érogènes au passage métapsychologique d’un principe de plaisir généralisé à l’instinct de mort, devient le binôme d’un instinct érotique passif modelé sur l’activité des chercheuses de poux, chères au poète,

et d’un instinct destructeur, simplement identifié à la motricité. Résultat qui mérite une mention très honorable

pour l’art, volontaire ou non, de pousser à la rigueur les conséquences d’un malentendu.

 

 
I PAROLE VIDE ET PAROLE PLEINE DANS LA RÉALISATION PSYCHANALYTIQUE DU SUJET

 

« Donne en ma bouche parole vraie et estable et fay de moy langue caulte ».

(L’Internele consolacion, XLVe Chapitre : qu’on ne doit pas chascun croire et du legier trebuchement de paroles).
« Cause toujours ». (Devise de la pensée causaliste).

 

Qu’elle se veuille agent de guérison, de formation, ou de sondage, la psychanalyse n’a qu’un médium :

la parole du patient. L’évidence du fait n’excuse pas qu’on le néglige. Or toute parole appelle réponse.

Nous montrerons qu’il n’est pas de parole sans réponse, même si elle ne rencontre que le silence, pourvu qu’elle ait un auditeur,

et que c’est là le cœur de sa fonction dans l’analyse.
Mais si le psychanalyste ignore qu’il en va ainsi de la fonction de la parole, il n’en subira que plus fortement l’appel,

et si c’est le vide qui d’abord s’y fait entendre, c’est en lui-même qu’il l’éprouvera et c’est au delà de la parole qu’il cherchera

une réalité qui comble ce vide. Ainsi en vient-il à analyser le comportement du sujet pour y trouver ce qu’il ne dit pas. Mais pour en obtenir l’aveu, il faut bien qu’il lui en parle. Il retrouve alors la parole, mais rendue suspecte

de n’avoir répondu qu’à la défaite de son silence, devant l’écho perçu de son propre néant.
Mais qu’était donc cet appel du sujet au delà du vide de son dire ?

Appel à la vérité dans son principe, à travers quoi vacilleront les appels de besoins plus humbles.

Mais d’abord et d’emblée appel propre du vide, dans la béance ambiguë d’une séduction tentée sur l’autre

par les moyens où le sujet met sa complaisance et où il va engager le monument de son narcissisme.
« La voilà bien, l’introspection ! » s’exclame l’homme qui en sait long sur ses dangers. Il n’est pas certes le dernier

à en avoir goûté les charmes, avant d’en avoir épuisé le profit. Dommage qu’il n’ait plus de temps à y perdre.

Car vous en entendriez de belles et de profondes, s’il venait sur votre divan.
Il est étrange qu’un analyste, pour qui ce personnage est une des premières rencontres de son expérience,

fasse encore état de l’introspection dans la psychanalyse. Car si cet homme tient sa gageure, il voit s’évanouir

ces belles choses qu’il avait en réserve et, s’il s’oblige à les retrouver, elles s’avèrent plutôt courtes, mais d’autres se présentent assez inattendues pour lui paraître des sottises et le rendre coi un bon moment, comme tout un chacun.
Il saisit alors la différence entre le mirage de monologue dont les fantaisies accommodantes animaient sa jactance

et le travail forcé de ce discours sans échappatoire que le psychologue, non sans humour, et le thérapeute, non sans ruse, ont décoré du nom de « libre association ». Car c’est bien là un travail, et tant un travail qu’on a pu dire qu’il exige

un apprentissage, et aller jusqu’à voir dans cet apprentissage la valeur formatrice de ce travail.

Mais à le prendre ainsi, que formerait-il d’autre qu’un ouvrier qualifié ? Dès lors, qu’en est-il de ce travail ?
Examinons ses conditions, son fruit, dans l’espoir d’y voir mieux son but et son profit.

On a reconnu au passage la pertinence du terme durcharbeiten auquel équivaut l’anglais working through, et qui chez nous a désespéré les traducteurs, encore que s’offrît à eux l’exercice d’épuisement à jamais marqué en notre langue

de la frappe d’un maître du style : « Cent fois sur le métier, remettez… », mais comment l’ouvrage progresse-t-il ici ?
La théorie nous rappelle la triade : frustration, agressivité, régression.

C’est une explication d’aspect si compréhensible qu’elle pourrait bien nous dispenser de comprendre.

L’intuition est preste, mais une évidence doit nous être d’autant plus suspecte qu’elle est devenue idée reçue.

Que l’analyse vienne à surprendre sa faiblesse, il conviendra de ne pas se payer du recours à l’affectivité.

Mot tabou de l’incapacité dialectique qui, avec le verbe intellectualiser, dont l’acception péjorative fait de cette incapacité mérite, resteront dans l’histoire de la langue les stigmates de notre obtusion en matière de psychologie…
Demandons-nous plutôt d’où vient cette frustration ?

Est-ce du silence de l’analyste ?

Une réponse, même et surtout approbatrice, à la parole vide montre souvent par ses effets qu’elle est bien plus frustrante que le silence. Ne s’agit-il pas plutôt d’une frustration qui serait inhérente au discours même du sujet ?
Ce discours ne l’engage-t-il pas dans une dépossession toujours plus grande de cet être de lui-même, dont, à force de peintures sincères qui laissent se dissiper son image, d’efforts dénégateurs qui n’atteignent pas à dégager son essence, d’étais et de défenses qui n’empêchent pas de vaciller sa statue, d’étreintes narcissiques qui s’épuisent à l’animer

de son souffle, il finit par reconnaître que cet être n’a jamais été qu’une œuvre imaginaire et que cette œuvre déçoit

en lui toute certitude. Car dans ce travail qu’il fait de la reconstruire pour un autre, il retrouve l’aliénation fondamentale qui la lui a fait construire comme une autre, et qui l’a toujours destinée à lui être dérobée par un autre.

Cet ego, dont nos théoriciens définissent maintenant la force par la capacité de soutenir une frustration,

est frustration dans son essence3. Il est frustration non d’un désir du sujet, mais d’un objet où son désir est aliéné

et qui, tant plus il s’élabore, tant plus s’approfondit pour le sujet l’aliénation de sa jouissance.
Frustration au second degré, donc, et telle que le sujet en ramènerait-il la forme en son discours jusqu’à l’image passivante par où le sujet se fait objet dans la parade du miroir, il ne saurait s’en satisfaire puisqu’à atteindre

même en cette image sa plus parfaite ressemblance, ce serait encore la jouissance de l’autre qu’il y ferait reconnaître. C’est pourquoi il n’y a pas de réponse adéquate à ce discours, car le sujet tiendra comme de mépris toute parole

qui s’engagera dans sa méprise.
L’agressivité que le sujet éprouvera ici n’a rien à faire avec l’agressivité animale du désir frustré.

Cette référence dont on se contente, en masque une autre moins agréable pour tous et pour chacun :

l’agressivité de l’esclave qui répond à la frustration de son travail par un désir de mort.
On conçoit dès lors comment cette agressivité peut répondre à toute intervention qui, dénonçant les intentions imaginaires du discours, démonte l’objet que le sujet a construit pour les satisfaire. C’est ce qu’on appelle en effet l’analyse des résistances, dont apparaît aussitôt le dangereux versant. Il est déjà signalé par l’existence du naïf

qui n’a jamais vu se manifester que la signification agressive des fantasmes de ses sujets4.
C’est le même qui, n’hésitant pas à plaider pour une analyse « causaliste » qui viserait à transformer le sujet dans son présent par des explications savantes de son passé, trahit assez jusque dans son ton, l’angoisse qu’il veut s’épargner d’avoir à penser que la liberté de son patient soit suspendue à celle de son intervention. Que le biais où il se résout puisse être à quelque moment bénéfique pour le sujet, ceci n’a pas d’autre portée qu’une plaisanterie stimulante

et ne nous retiendra pas plus longtemps.
Visons plutôt ce
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