Rapport du Congrès de Rome





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hic et nunc où certains croient devoir enclore la manœuvre de l’analyse.

Il peut être utile en effet, pourvu que l’intention imaginaire que l’analyste y découvre, ne soit pas détachée par lui de la relation symbolique où elle s’exprime. Rien ne doit y être lu concernant le moi du sujet, qui ne puisse être réassumé par lui sous la forme du « je », soit en première personne. « Je n’ai été ceci que pour devenir ce que je puis être » : si telle n’était pas la pointe permanente de l’assomption que le sujet fait de ses mirages, où pourrait-on saisir ici un progrès ? L’analyste dès lors ne saurait traquer sans danger le sujet dans l’intimité de son geste, voire de sa statique,

sauf à les réintégrer comme parties muettes dans son discours narcissique, et ceci a été noté de façon fort sensible, même par de jeunes praticiens.
Le danger n’y est pas de la réaction négative du sujet, mais bien plutôt de sa capture dans une objectivation,

non moins imaginaire que devant, de sa statique, voire de sa statue, dans un statut renouvelé de son aliénation.

Tout au contraire l’art de l’analyste doit être de suspendre les certitudes du sujet, jusqu’à ce que s’en consument

les derniers mirages. Et c’est dans le discours que doit se scander leur résolution.
Quelque vide en effet qu’apparaisse ce discours, il n’en est ainsi qu’à le prendre à sa valeur faciale :

celle qui justifie la phrase de Mallarmé quand il compare l’usage commun du langage à l’échange d’une monnaie dont l’avers comme l’envers ne montrent plus que des figures effacées et que l’on se passe de main en main « en silence ». Cette métaphore suffit à nous rappeler que la parole, même à l’extrême de son usure, garde sa valeur de tessère.


  • Même s’il ne communique rien, le discours représente l’existence de la communication.

  • Même s’il nie l’évidence, il affirme que la parole constitue la vérité.

  • Même s’il est destiné à tromper, il spécule sur la foi dans le témoignage.


Aussi bien le psychanalyste sait-il mieux que personne que la question y est d’entendre à quelle « partie »

de ce discours est confié le terme significatif, et c’est bien ainsi qu’il opère dans le meilleur cas :

  • prenant le récit d’une histoire quotidienne pour un apologue qui à bon entendeur adresse son salut,

  • une longue prosopopée pour une interjection directe,

  • ou au contraire un simple lapsus pour une déclaration fort complexe,

  • voire le soupir d’un silence pour tout le développement lyrique auquel il supplée.

Ainsi c’est une ponctuation heureuse qui donne son sens au discours du sujet.

C’est pourquoi la suspension de la séance dont la technique actuelle fait une halte purement chronométrique et comme telle indifférente à la trame du discours, y joue le rôle d’une scansion qui a toute la valeur d’une intervention pour précipiter les moments concluants.
Et ceci indique de libérer ce terme de son cadre routinier pour le soumettre à toutes fins utiles de la technique.

C’est ainsi que la régression peut s’opérer, qui n’est que l’actualisation dans le discours des relations fantasmatiques restituées par un ego à chaque étape de la décomposition de sa structure. Car enfin cette régression n’est pas réelle ; elle ne se manifeste même dans le langage que par des inflexions, des tournures, des « trébuchements si légers »

qu’ils ne sauraient à l’extrême dépasser l’artifice du parler « babyish » chez l’adulte.

Lui imputer la réalité d’une relation actuelle à l’objet revient à projeter le sujet dans une illusion aliénante

qui ne fait que répercuter un alibi du psychanalyste.
C’est pourquoi rien ne saurait plus égarer le psychanalyste que de chercher à se guider sur un prétendu contact éprouvé de la réalité du sujet. Cette tarte à la crème de la psychologie intuitionniste, voire phénoménologique,

a pris dans l’usage contemporain une extension bien symptomatique de la raréfaction des effets de la parole

dans le contexte social présent. Mais sa valeur obsessionnelle devient flagrante à être promue dans une relation qui, par ses règles mêmes, exclut tout contact réel.
Les jeunes analystes qui s’en laisseraient pourtant imposer par ce que ce recours implique de dons impénétrables,

ne trouveront pas mieux pour en rabattre qu’à se référer au succès des contrôles mêmes qu’ils subissent.

Du point de vue du contact avec le réel, la possibilité même de ces contrôles deviendrait un problème.

Bien au contraire, le contrôleur y manifeste une seconde vue, c’est le cas de le dire, qui rend pour lui l’expérience

au moins aussi instructive que pour le contrôlé. Et ceci presque d’autant plus que ce dernier y montre moins

de ces dons, que certains tiennent pour d’autant plus incommunicables qu’ils font eux-mêmes plus d’embarras

de leurs secrets techniques. La raison de cette énigme est que le contrôlé y joue le rôle de filtre,

voire de réfracteur du discours du sujet, et qu’ainsi est présentée toute faite au contrôleur une stéréographie dégageant déjà les trois ou quatre registres où il peut lire la partition constituée par ce discours.
Si le contrôlé pouvait être mis par le contrôleur dans une position subjective différente de celle qu’implique le terme sinistre de contrôle (avantageusement remplacé, mais seulement en langue anglaise, par celui de supervision),

le meilleur fruit qu’il tirerait de cet exercice serait d’apprendre à se tenir lui-même dans la position de subjectivité seconde où la situation met d’emblée le contrôleur.
Il y trouverait la voie authentique pour atteindre ce que la classique formule de l’attention diffuse, voire distraite,

de l’analyste n’exprime que très approximativement. Car l’essentiel est de savoir ce que cette attention vise : assurément pas, tout notre travail est fait pour le démontrer, un objet au delà de la parole du sujet, comme certains s’astreignent à ne le jamais perdre de vue. Si telle devait être la voie de l’analyse, c’est sans aucun doute à d’autres moyens qu’elle aurait recours, ou bien ce serait le seul exemple d’une méthode qui s’interdirait les moyens de sa fin.
Le seul objet qui soit à la portée de l’analyste, c’est la relation imaginaire qui le lie au sujet en tant que moi et,

faute de pouvoir l’éliminer, il peut s’en servir pour régler le débit de ses oreilles, selon l’usage que la physiologie,

en accord avec l’Évangile, montre qu’il est normal d’en faire : des oreilles pour ne point entendre, autrement dit

pour faire la détection de ce qui doit être entendu. Car il n’en a pas d’autres, ni troisième oreille, ni quatrième,

pour une trans-audition qu’on voudrait directe de l’inconscient par l’inconscient.

Nous dirons ce qu’il faut penser de cette prétendue communication.
Nous avons abordé la fonction de la parole dans l’analyse par son biais le plus ingrat, celui de la parole vide, où le sujet semble parler en vain de quelqu’un qui, lui ressemblerait-il à s’y méprendre, jamais ne se joindra à l’assomption de son désir. Nous y avons montré la source de la dépréciation croissante dont la parole a été l’objet dans la théorie et la technique, et il nous a fallu soulever par degrés, telle une pesante roue de moulin renversée sur elle, ce qui ne peut servir que de volant au mouvement de l’analyse : à savoir les facteurs psychophysiologiques individuels qui, en réalité, restent exclus de sa dialectique. Donner pour but à l’analyse d’en modifier l’inertie propre, c’est se condamner à la fiction du mouvement, où une certaine tendance de la technique semble en effet se satisfaire.
Si nous portons maintenant notre regard à l’autre extrême l’expérience psychanalytique…

dans son histoire, dans sa casuistique, dans le procès de la cure

…nous trouverons à opposer à l’analyse du hic et nunc la valeur de l’anamnèse comme indice et comme ressort

du progrès thérapeutique, à l’intra-subjectivité obsessionnelle l’intersubjectivité hystérique, à l’analyse de la résistance l’interprétation symbolique. Ici commence la réalisation de la parole pleine.
Examinons la relation qu’elle constitue.

Souvenons-nous que la méthode instaurée par BREUER et par FREUD fut, peu après sa naissance,

baptisée par l’une des patientes de BREUER, Anna 0., du nom de « talking cure ». Rappelons que c’est l’expérience inaugurée avec cette hystérique qui les mena à la découverte de l’événement pathogène dit traumatique.
Si cet événement fut reconnu pour être la cause du symptôme, c’est que la mise en paroles de l’un (dans les « stories » de la malade) déterminait la levée de l’autre. Ici le terme de prise de conscience emprunté à la théorie psychologique qu’on a aussitôt donnée du fait, garde un prestige qui mérite la méfiance que nous tenons pour de bonne règle

à l’endroit des explications qui font office d’évidences. Les préjugés psychologiques de l’époque s’opposaient

à ce qu’on reconnût dans la verbalisation comme telle une autre réalité que son flatus vocis.

Il reste que dans l’état hypnotique elle est dissociée de la prise de conscience et que ceci suffirait à faire réviser cette conception de ses effets.
Mais comment les vaillants de l’aufhebung behaviouriste ne donnent-ils pas ici l’exemple, pour dire qu’ils n’ont pas à connaître si le sujet s’est ressouvenu de quoi que ce soit. Il a seulement raconté l’événement. Nous dirons, quant à nous, qu’il l’a verbalisé, ou pour développer ce terme dont les résonances en français évoquent une autre figure de Pandore que celle de la boîte où il faudrait peut-être le renfermer, il l’a fait passer dans le verbe ou, plus précisément, dans l’épos où il rapporte à l’heure présente les origines de sa personne. Ceci dans un langage qui permet à son discours d’être entendu par ses contemporains, et plus encore qui suppose le discours présent de ceux-ci.
C’est ainsi que la récitation de l’ἔπος [épos : discours] peut inclure un discours d’autrefois dans sa langue archaïque,

voire étrangère, voire se poursuivre au temps présent avec toute l’animation de l’acteur,

mais c’est à la façon d’un discours indirect, isolé entre des guillemets dans le fil du récit

et, s’il se joue, c’est sur une scène impliquant la présence non seulement du chœur, mais des spectateurs.
La remémoration hypnotique est sans doute reproduction du passé, mais surtout représentation parlée et comme telle impliquant toutes sortes de présences. Elle est à la remémoration vigile de ce qu’on appelle curieusement dans l’analyse « le matériel », ce que le drame produisant devant l’assemblée des citoyens les mythes originels de la Cité est à l’histoire qui sans doute est faite de matériaux, mais où une nation de nos jours apprend à lire les symboles d’une destinée en marche. On peut dire dans le langage heideggérien que l’une et l’autre constituent le sujet comme gewesend, c’est-à-dire comme étant celui qui a ainsi été. Mais dans l’unité interne de cette temporalisation, l’étant marque la convergence des ayant été. C’est-à-dire que d’autres rencontres étant supposées depuis l’un quelconque

de ces moments ayant été, il en serait issu un autre étant qui le ferait avoir été tout autrement.
L’ambiguïté de la révélation hystérique du passé ne tient pas tant à la vacillation de son contenu entre l’imaginaire

et le réel, car il se situe dans l’un et dans l’autre. Ce n’est pas non plus qu’elle soit mensongère.

C’est qu’elle nous présente la naissance de la vérité dans la parole, et que par là nous nous heurtons à la réalité

de ce qui n’est ni vrai, ni faux. Du moins est-ce là le plus troublant de son problème. Car la vérité de cette révélation, c’est la parole présente qui en témoigne dans la réalité actuelle et qui la fonde au nom de cette réalité.

Or dans cette réalité, seule la parole témoigne de cette part des puissances du passé qui a été écartée

à chaque carrefour où l’événement a choisi.
C’est pourquoi la condition de continuité dans l’anamnèse, où FREUD mesure l’intégrité de la guérison,

n’a rien à faire avec le mythe bergsonien d’une restauration de la durée où l’authenticité de chaque instant

serait détruite de ne pas résumer la modulation de tous les instants antécédents.

C’est qu’il ne s’agit pour FREUD ni de mémoire biologique, ni de sa mystification intuitionniste, ni de la paramnésie du symptôme, mais de remémoration, c’est-à-dire d’histoire, faisant reposer sur le seul couteau des certitudes de date, la balance où les conjectures sur le passé font osciller les promesses du futur. Soyons catégorique, il ne s’agit pas

dans l’anamnèse psychanalytique de réalité, mais de vérité, parce que c’est l’effet d’une parole pleine de réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les constitue le peu de liberté

par où le sujet les fait présentes.
Les méandres de la recherche que FREUD poursuit dans l’exposé du cas de « L’homme aux loups »

confirment ces propos pour y prendre leur plein sens.

FREUD exige une objectivation totale de la preuve tant qu’il s’agit de dater la scène primitive, mais il suppose sans plus toutes les re-subjectivations de l’événement qui lui paraissent nécessaires à expliquer ses effets à chaque tournant où le sujet se restructure, c’est-à-dire autant de restructurations de l’événement qui s’opèrent, comme il s’exprime nachträglich, après-coup5. Bien plus avec une hardiesse qui touche à la désinvolture, il déclare tenir pour légitime d’élider dans l’analyse des processus les intervalles de temps où l’événement reste latent dans le sujet6.

C’est-à-dire qu’il annule les temps pour comprendre au profit des moments de conclure qui précipitent la méditation du sujet vers le sens à décider de l’événement originel.
Notons que temps pour comprendre et moment de conclure sont des fonctions que nous avons définies dans un théorème purement logique, et qui sont familières à nos élèves pour s’être démontrées très propices à l’analyse dialectique

par où nous les guidons dans le procès d’une psychanalyse.
C’est bien cette assomption par le sujet de son histoire, en tant qu’elle est constituée par la parole adressée à l’autre, qui fait le fond de la nouvelle méthode à quoi FREUD donne le nom de psychanalyse, non pas en 1904,

comme l’enseignait naguère une autorité qui, pour avoir rejeté le manteau d’un silence prudent,

apparut ce jour-là ne connaître de FREUD que le titre de ses ouvrages, mais bien en 18967.
Pas plus que FREUD, nous ne nions, dans cette analyse du sens de sa méthode, la discontinuité psycho-physiologique

que manifestent les états où se produit le symptôme hystérique, ni que celui-ci ne puisse être traité

par des méthodes - hypnose, voire narcose - qui reproduisent la discontinuité de ces états.
Simplement, et aussi expressément qu’il s’est interdit à partir d’un certain moment d’y recourir,

nous excluons tout appui pris dans ces états, tant pour expliquer le symptôme que pour le guérir.
Car si l’originalité de la méthode est faite des moyens dont elle se prive, c’est que les moyens qu’elle se réserve suffisent à constituer un domaine dont les limites définissent la relativité de ses opérations :


  • ses moyen sont ceux de la parole en tant qu’elle confère aux fonctions de l’individu un sens,




  • son domaine est celui du discours concret en tant que champ de la réalité trans-individuelle du sujet,



  • ses opérations sont celles de l’histoire en tant qu’elle constitue l’émergence de la vérité dans le réel.


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