Rapport du Congrès de Rome





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Premièrement en effet, quand le sujet s’engage dans l’analyse, il accepte une position plus constituante en elle-même que toutes les consignes dont il se laisse plus ou moins leurrer : celle de l’interlocution, et nous ne voyons pas d’inconvénient à ce que cette remarque laisse l’auditeur interloqué. Car ce nous sera l’occasion d’appuyer sur ce que l’allocution du sujet y comporte un allocutaire8, autrement dit que le locuteur9 s’y constitue comme intersubjectivité.
Secondement, c’est sur le fondement de cette interlocution en tant qu’elle inclut la réponse de l’interlocuteur, que le sens se délivre pour nous de ce que FREUD exige comme restitution de la continuité dans les motivations du sujet. L’examen opérationnel de cet objectif nous montre en effet, qu’il ne se satisfait que dans la continuité intersubjective du discours où se constitue l’histoire du sujet.
C’est ainsi que le sujet peut vaticiner sur son histoire sous l’effet d’une quelconque de ces drogues qui endorment

la conscience et qui ont reçu de notre temps le nom de « sérums de vérité », où la sûreté dans le contresens trahit l’ironie propre du langage. Mais la retransmission même de son discours enregistré, fût-elle faite par la bouche de son médecin, ne peut, de lui parvenir sous cette forme aliénée, avoir les mêmes effets que l’interlocution psychanalytique.
Aussi c’est dans la position d’un troisième, terme que la découverte freudienne de l’inconscient s’éclaire dans son fondement véritable et peut être formulée de façon simple en ces termes : L’inconscient est cette partie du discours concret

en tant que trans-individuel, qui fait défaut à la disposition du sujet pour rétablir la continuité de son discours conscient.
Ainsi disparaît le paradoxe que présente la notion de l’inconscient, si on la rapporte à une réalité individuelle.

Car la réduire à la tendance inconsciente n’est résoudre le paradoxe, qu’en éludant l’expérience qui montre clairement que l’inconscient participe des fonctions de l’idée, voire de la pensée.
Comme FREUD y insiste en clair, quand, ne pouvant éviter de la pensée inconsciente la conjonction de termes contrariée, il lui donne le viatique de cette invocation : sit venia verbo. Aussi bien lui obéissons-nous en rejetant en effet la faute sur le verbe, mais sur ce verbe réalisé dans le discours qui court comme le furet de bouche en bouche

pour donner à l’acte du sujet qui en reçoit le message, le sens qui fait de cet acte un acte de son histoire

et qui lui donne sa vérité.
Dès lors l’objection de contradiction in terminis qu’élève contre « la pensée inconsciente » une psychologie mal dégagée de la logique, tombe avec la distinction même du domaine psychanalytique en tant qu’il manifeste la réalité du discours dans son autonomie, et l’« eppur si muove ! » du psychanalyste rejoint celui de GALILÉE dans son incidence,

qui n’est pas celle de l’expérience du fait, mais celle de l’experimentum mentis.
L’inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un mensonge : c’est le chapitre censuré.

Mais la vérité peut être retrouvée, le plus souvent déjà elle est écrite ailleurs. À savoir :


  • dans les monuments : et ceci est mon corps, c’est-à-dire le noyau hystérique de la névrose où le symptôme hystérique montre la structure d’un langage et se déchiffre comme une inscription qui, une fois recueillie, peut sans perte grave être détruite ;

  • dans les documents d’archives aussi : et ce sont les souvenirs de mon enfance, impénétrables aussi bien qu’eux, quand je n’en connais pas la provenance ;

  • dans l’évolution sémantique : et ceci répond au stock et aux acceptions du vocabulaire qui m’est particulier, comme au style de ma vie et à mon caractère ;

  • dans les traditions aussi, voire dans les légendes qui sous une forme héroïsée véhiculent mon histoire ;

  • dans les traces, enfin, qu’en conservent inévitablement les distorsions, nécessitées par le raccord du chapitre adultéré dans les chapitres qui l’encadrent, et dont mon exégèse rétablira le sens.


L’étudiant qui aura l’idée – assez rare, il est vrai, pour que notre enseignement s’emploie à la répandre – que pour comprendre FREUD, la lecture de FREUD est préférable à celle de M. FENICHEL, pourra se rendre compte

à l’entreprendre, que ce que nous venons d’exprimer est si peu original, même dans sa verve, qu’il n’y apparaît pas une seule métaphore que l’œuvre de FREUD ne répète avec la fréquence d’un motif où transparaît sa trame même.
Il pourra dès lors plus facilement toucher à chaque instant de sa pratique qu’à l’instar de la négation que son redoublement annule, ces métaphores perdent leur dimension métaphorique, et il reconnaîtra qu’il en est ainsi

parce qu’il opère dans le domaine propre de la métaphore qui n’est que le synonyme du déplacement symbolique, mis en jeu dans le symptôme.
Il jugera mieux après cela du déplacement imaginaire qui motive l’œuvre de M. FENICHEL, en mesurant

la différence de consistance et d’efficacité technique, entre la référence aux stades prétendus organiques du développement individuel et la recherche des événements particuliers de l’histoire d’un sujet. Elle est exactement celle qui sépare la recherche historique authentique des prétendues lois de l’histoire dont on peut dire que chaque époque trouve son philosophe pour les répandre au gré des valeurs qui y prévalent.
Ce n’est pas dire qu’il n’y ait rien à retenir des différents sens découverts dans la marche générale de l’histoire au long de cette voie qui va de BOSSUET (Jacques-Bénigne) à TOYNBEE (Arnold) et que ponctuent les édifices

d’Auguste COMTE et de Karl MARX. Chacun sait certes qu’elles valent aussi peu pour orienter la recherche

sur un passé récent que pour présumer avec quelque raison des événements du lendemain. Au reste sont-elles assez modestes pour repousser à l’après-demain leurs certitudes, et pas trop prudes non plus pour admettre les retouches qui permettent de prévoir ce qui est arrivé hier.
Si leur rôle donc est assez mince pour le progrès scientifique, leur intérêt pourtant se situe ailleurs :

il est dans leur rôle d’idéaux qui est considérable. Car il nous porte à distinguer ce qu’on peut appeler les fonctions primaire et secondaire de l’historisation. Car affirmer de la psychanalyse comme de l’histoire qu’en tant que sciences elles sont des sciences du particulier, ne veut pas dire que les faits auxquels elles ont à faire soient purement accidentels, sinon factices, et que leur valeur ultime se réduise à l’aspect brut du trauma.
Les événements s’engendrent dans une historisation primaire, autrement dit l’histoire se fait déjà sur la scène

où on la jouera une fois écrite, au for interne comme au for extérieur.


  • À telle époque, telle émeute dans le faubourg Saint-Antoine est vécue par ses acteurs comme victoire ou défaite du Parlement ou de la Cour.

  • À telle autre, comme victoire ou défaite du prolétariat ou de la bourgeoisie.


Et bien que ce soit « les peuples » pour parler comme RETZ, qui toujours en soldent les frais, ce n’est pas du tout

le même événement historique, – nous voulons dire qu’elles ne laissent pas la même sorte de souvenir

dans la mémoire des hommes. À savoir qu’avec la disparition de la réalité du Parlement et de la Cour :



  • le premier événement retournera à sa valeur traumatique susceptible d’un progressif et authentique effacement, si l’on ne ranime expressément son sens.




  • Tandis que le souvenir du second restera fort vif même sous la censure…

de même que l’amnésie du refoulement est une des formes les plus vivantes de la mémoire

…tant qu’il y aura des hommes pour soumettre leur révolte à l’ordre de la lutte pour l’avènement politique du prolétariat, c’est-à-dire des hommes pour qui les mots-clefs du matérialisme dialectique auront un sens.
Dès lors ce serait trop dire que nous allions reporter ces remarques sur le champ de la psychanalyse

puisqu’elles y sont déjà, et que la désintrication qu’elles y produisent entre la technique de déchiffrage de l’inconscient et la théorie des instincts, voire des pulsions, va de soi.
Ce que nous apprenons au sujet à reconnaître comme son inconscient, c’est son histoire – c’est-à-dire que nous l’aidons à parfaire l’historisation actuelle des faits qui ont déterminé déjà dans son existence un certain nombre

de « tournants » historiques. Mais s’ils ont eu ce rôle, c’est déjà en tant que faits d’histoire, c’est-à-dire en tant que reconnus dans un certain sens ou censurés dans un certain ordre.
Ainsi toute fixation à un prétendu stade instinctuel est avant tout stigmate historique :

page de honte qu’on oublie ou qu’on annule, ou page de gloire qui oblige.

Mais l’oublié se rappelle dans les actes, et l’annulation s’oppose à ce qui se dit ailleurs,

comme l’obligation perpétue dans le symbole le mirage même où le sujet s’est trouvé pris.
Pour dire bref, les stades instinctuels sont déjà quand ils sont vécus, organisés en subjectivité. Et pour dire clair,

la subjectivité de l’enfant qui enregistre en victoires et en défaites la geste de l’éducation de ses sphincters,

y jouissant de la sexualisation imaginaire de ses orifices cloacaux, faisant agression de ses expulsions excrémentielles, séduction de ses rétentions, et symboles de ses relâchements, cette subjectivité n’est pas fondamentalement différente de la subjectivité du psychanalyste qui s’essaie à restituer pour les comprendre les formes de l’amour qu’il appelle prégénital.
Autrement dit, le stade anal n’est pas moins purement historique quand il est vécu que quand il est repensé,

ni moins purement fondé dans l’intersubjectivité. Par contre, son homologation comme étape d’une prétendue maturation instinctuelle mène tout droit les meilleurs esprits à s’égarer jusqu’à y voir la reproduction dans l’ontogenèse d’un stade du phylum animal qu’il faut aller chercher aux ascaris, voire aux méduses, spéculation qui,

pour être ingénieuse sous la plume d’un BALINT, mène ailleurs aux rêveries les plus inconsistantes, voire à la folie qui va chercher dans le protiste le schème imaginaire de l’effraction corporelle dont la crainte commanderait la sexualité féminine. Pourquoi dès lors ne pas chercher l’image du moi dans la crevette sous le prétexte que l’un et l’autre retrouvent après chaque mue leur carapace ?
Un nommé JAWORSKI10, dans les années 1910-1920, avait édifié un fort beau système où « le plan biologique »

se retrouvait jusqu’aux confins de la culture et qui précisément donnait à l’ordre des crustacés son conjoint historique,

si mon souvenir est bon, dans quelque tardif Moyen Âge, sous le chef d’une commune floraison de l’armure, 

ne laissant veuve au reste de son répondant humain nulle forme animale, et sans en excepter mollusques et punaises.
L’analogie n’est pas la métaphore, et le recours qu’y ont trouvé les philosophes de la nature,

exige le génie d’un GOETHE dont l’exemple même n’est pas encourageant. Aucun ne répugne plus à l’esprit de notre discipline, et c’est en s’en éloignant expressément, que FREUD a ouvert la voie propre à l’interprétation des rêves, et avec elle à la notion du symbolisme analytique. Cette notion, nous le disons, va strictement à l’encontre de la pensée analogique dont une tradition douteuse fait que certains, même parmi nous, la tiennent encore pour solidaire.

C’est pourquoi les excès dans le ridicule doivent être utilisés pour leur valeur dessillante,

car, pour ouvrir les yeux sur l’absurdité d’une théorie, ils les ramèneront sur des dangers qui n’ont rien de théorique.
Cette mythologie de la maturation instinctuelle, bâtie avec des morceaux choisis de l’œuvre de FREUD,

engendre en effet des problèmes subjectifs dont la vapeur condensée en idéaux de nuées irrigue en retour

de ses ondées le mythe originel. Les meilleures plumes distillent leur encre à poser des équations qui satisfassent

aux exigences du mystérieux genital love

il y a des notions dont l’étrangeté s’accommode mieux de la parenthèse d’un terme emprunté

…et elles paraphent leur tentative par un aveu de non liquet. Personne pourtant ne paraît ébranlé par le malaise qui en résulte, et l’on y voit plutôt matière à encourager tous les Münchhausen de la normalisation psychanalytique à se tirer par les cheveux dans l’espoir d’atteindre au ciel de la pleine réalisation de l’objet génital, voire de l’objet tout court.
Si nous, psychanalystes, sommes bien placés pour connaître le pouvoir des mots, ce n’est pas une raison pour l’orienter dans le sens de l’insoluble, ni pour « lier des fardeaux pesants et insupportables pour en accabler les épaules des hommes »

comme s’exprime la malédiction du CHRIST aux pharisiens dans le texte de saint MATTHIEU. [Matthieu, XXIII,4]
Ainsi la pauvreté des termes où nous tentons d’inclure un problème spirituel, peut-elle laisser à désirer à des esprits exigeants, pour peu qu’ils se reportent à ceux qui structuraient jusque dans leur confusion les querelles anciennes autour de la Nature et de la Grâce. Ainsi peut-elle leur laisser à craindre quant à la qualité des effets psychologiques

et sociologiques qu’on peut attendre de leur usage. Et l’on souhaitera qu’une meilleure appréciation des fonctions

du logos dissipe les mystères de nos charismes fantastiques.
Pour nous en tenir à une tradition plus claire, peut-être entendrons-nous la maxime célèbre où LA ROCHEFOUCAULD nous dit qu’« il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux, s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour »,

non pas dans le sens romantique d’une « réalisation » tout imaginaire de l’amour qui s’en ferait une objection amère, mais comme une reconnaissance authentique de ce que l’amour doit au symbole et de ce que la parole emporte d’amour.
Il n’est en tout cas que de se reporter à l’œuvre de FREUD pour mesurer en quel rang secondaire et hypothétique

il place la théorie des instincts. Elle ne saurait à ses yeux tenir un seul instant contre le moindre fait particulier

d’une histoire, insiste-t-il, et le narcissisme génital qu’il invoque au moment de résumer le cas de L’homme aux loups,

nous montre assez le mépris où il tient l’ordre constitué des stades libidinaux.
Bien plus, il n’y évoque le conflit instinctuel que pour s’en écarter aussitôt, et pour reconnaître dans l’isolation symbolique du « je ne suis pas châtré », où s’affirme le sujet, la forme compulsionnelle où reste rivé son choix hétérosexuel, contre l’effet de capture homosexualisante qu’a subi le moi ramené à la matrice imaginaire de la scène primitive. Tel est en vérité le conflit subjectif, où il ne s’agit que des péripéties de la subjectivité tant et si bien que

le « je » gagne et perd contre le « moi » au gré de la catéchisation religieuse ou de l’Aufklärung endoctrinante, et dont FREUD a fait réaliser les effets au sujet avant de nous les faire comprendre dans la dialectique du complexe d’Œdipe.
C’est à l’analyse d’un tel cas qu’on voit bien que la réalisation de l’amour parfait n’est pas un fruit de la nature

mais de la grâce, c’est-à-dire d’un accord intersubjectif imposant son harmonie à la nature déchirée qui le supporte.


  • « Mais qu’est-ce donc que ce sujet dont vous nous rebattez l’entendement ? » s’exclame enfin un auditeur impatienté.




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