Rapport du Congrès de Rome





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N’avons-nous pas déjà reçu de M. de La Palice la leçon que tout ce qui est éprouvé par l’individu est subjectif ? »


Bouches naïves dont l’éloge occupera mes derniers jours, ouvrez-vous encore pour m’entendre.

Nul besoin de fermer les yeux. Le sujet va bien au delà de ce que l’individu éprouve « subjectivement », aussi loin exactement que la vérité qu’il peut atteindre, et qui peut-être sortira de cette bouche que vous venez de refermer déjà. Oui, cette vérité de son histoire n’est pas toute dans son rôlet, et pourtant la place s’y marque, aux heurts douloureux qu’il éprouve de ne connaître que ses répliques, voire en des pages dont le désordre ne lui donne guère de soulagement.
Que l’inconscient du sujet soit le discours de l’Autre, c’est ce qui apparaît, plus clairement encore que partout,

dans les études que FREUD a consacrées à ce qu’il appelle la télépathie, en tant qu’elle se manifeste dans le contexte d’une expérience analytique. Coïncidence des propos du sujet avec des faits dont il ne peut être informé,

mais qui se meuvent toujours dans les liaisons d’une autre expérience où le psychanalyste est interlocuteur, 

– coïncidence aussi bien le plus souvent constituée par une convergence toute verbale, voire homonymique, ou qui, si elle inclut un acte, c’est d’un acting-out d’un patient de l’analyste ou d’un enfant en analyse de l’analysé qu’il s’agit.

Cas de résonance dans des réseaux communicants de discours, dont une étude exhaustive éclairerait les faits analogues que présente la vie courante.
L’omniprésence du discours humain pourra peut-être un jour être embrassée au ciel ouvert d’une omni-communication de son texte. Ce n’est pas dire qu’il en sera plus accordé. Mais c’est là le champ que notre expérience polarise

dans une relation qui n’est à deux qu’en apparence, car toute position de sa structure en termes seulement duels,

lui est aussi inadéquate en théorie que ruineuse pour sa technique.

 

 

II SYMBOLE ET LANGAGE COMME STRUCTURE ET LIMITE DU CHAMP PSYCHANALYTIQUE

 

Τὴν ἀρχὴν ὅ τι καὶ λαλῶ ὑμῖν [Ce que je vous dis dès le commencement] (Évangile selon saint Jean, viii, 25.)
« Faites des mots croisés ». (Conseils à un jeune psychanalyste).

 

Pour reprendre le fil de notre propos, répétons que c’est par réduction de l’histoire du sujet particulier que l’analyse touche à des Gestalten relationnelles qu’elle extrapole en un développement régulier ; mais que ni la psychologie génétique, ni la psychologie différentielle qui peuvent en être éclairées, ne sont de son ressort, pour ce qu’elles exigent des conditions d’observation et d’expérience qui n’ont avec les siennes que des rapports d’homonymie.
Allons plus loin encore : ce qui se détache comme psychologie à l’état brut de l’expérience commune…

qui ne se confond avec l’expérience sensible que pour le professionnel des idées

…à savoir dans quelque suspension du quotidien souci, l’étonnement surgi de ce qui apparie les êtres

dans un disparate passant celui des « grotesques » d’un Léonard ou d’un GOYA…

ou la surprise qu’oppose l’épaisseur propre d’une peau à la caresse d’une paume

qu’anime la découverte sans que l’émousse encore le désir

…ceci, peut-on dire, est aboli dans une expérience, revêche à ces caprices, rétive à ces mystères.
Une psychanalyse va normalement à son terme sans nous livrer que peu de chose de ce que notre patient tient en propre de sa sensibilité aux coups et aux couleurs, de la promptitude de ses prises ou des points faibles de sa chair,

de son pouvoir de retenir ou d’inventer, voire de la vivacité de ses goûts.
Ce paradoxe n’est qu’apparent et ne tient à nulle carence personnelle, et si l’on peut le motiver par les conditions négatives de notre expérience, il nous presse seulement un peu plus d’interroger celle-ci sur ce qu’elle a de positif.

Car il ne se résout pas dans les efforts de certains qui…

semblables à ces philosophes que Platon raille de ce que leur appétit du réel les menât à embrasser les arbres

…vont à prendre tout épisode où pointe cette réalité qui se dérobe, pour la réaction vécue dont ils se montrent

si friands. Car ce sont ceux-là mêmes qui, se donnant pour objectif ce qui est au delà du langage,

réagissent à la « défense de toucher » inscrite en notre règle par une sorte d’obsession.
Nul doute que, dans cette voie, se flairer réciproquement ne devienne le fin du fin de la réaction de transfert.

Nous n’exagérons rien : un jeune psychanalyste en son travail de candidature peut de nos jours saluer

dans une telle subodoration de son sujet, obtenue après deux ou trois ans de psychanalyse vaine,

l’avènement attendu de la relation d’objet, et en recueillir le dignus est intrare de nos suffrages, garants de ses capacités.
Si la psychanalyse peut devenir une science - car elle ne l’est pas encore - et si elle ne doit pas dégénérer

dans sa technique - et peut-être est-ce déjà fait - nous devons retrouver le sens de son expérience.
Nous ne saurions mieux faire à cette fin que de revenir à l’œuvre de FREUD.

Il ne suffit pas de se dire technicien pour s’autoriser, de ce qu’on ne comprend pas un FREUD III,

à le récuser au nom d’un FREUD II que l’on croit comprendre, et l’ignorance même où l’on est de FREUD I,

n’excuse pas qu’on tienne les cinq grandes psychanalyses pour une série de cas aussi mal choisis que mal exposés, dût-on s’émerveiller que le grain de vérité qu’elles recelaient, en ait réchappé.
Qu’on reprenne donc l’œuvre de FREUD à la Traumdeutung pour s’y rappeler que le rêve a la structure d’une phrase,

ou plutôt, à nous en tenir à sa lettre, d’un rébus, c’est-à-dire d’une écriture, dont le rêve de l’enfant représenterait l’idéographie primordiale, et qui chez l’adulte reproduit l’emploi phonétique et symbolique à la fois des éléments signifiants, que l’on retrouve aussi bien dans les hiéroglyphes de l’ancienne Égypte que dans les caractères

dont la Chine conserve l’usage.
Encore n’est-ce là que déchiffrage de l’instrument.

C’est à la version du texte que l’important commence, l’important dont FREUD nous dit qu’il est donné

dans l’élaboration du rêve, c’est-à-dire dans sa rhétorique.

Ellipse et pléonasme, hyperbate ou syllepse, régression, répétition, apposition, tels sont les déplacements syntaxiques,

métaphore, catachrèse, antonomase, allégorie, métonymie et synecdoque, les condensations sémantiques,

où FREUD nous apprend à lire les intentions ostentatoires ou démonstratives, dissimulatrices ou persuasives,

rétorsives ou séductrices, dont le sujet module son discours onirique.
Sans doute a-t-il posé en règle qu’il y faut rechercher toujours l’expression d’un désir. Mais entendons-le bien.

Si FREUD admet comme motif d’un rêve qui paraît aller à l’encontre de sa thèse, le désir même de le contredire

chez le sujet qu’il a tenté d’en convaincre11, comment n’en viendrait-il pas à admettre le même motif pour lui-même dès lors, que pour être parvenu, c’est d’autrui que lui reviendrait sa loi ? Pour tout dire, nulle part n’apparaît plus clairement que le désir de l’homme trouve son sens dans le désir de l’autre, non pas tant parce que l’autre détient

les clefs de l’objet désiré, que parce que son premier objet est d’être reconnu par l’autre.
Qui parmi nous au reste ne sait par expérience que dès que l’analyse est engagée dans la voie du transfert…

et c’est pour nous l’indice qu’elle l’est en effet

…chaque rêve du patient s’interprète comme provocation, aveu larvé ou diversion, par sa relation au discours analytique, et qu’à mesure du progrès de l’analyse, ils se réduisent toujours plus à la fonction d’élément du dialogue qui s’y réalise ?
Pour la psychopathologie de la vie quotidienne, autre champ consacré par une autre œuvre de FREUD, il est clair que tout acte manqué est un discours réussi, voire assez joliment tourné, et que dans le lapsus c’est le bâillon qui tourne sur la parole,

et juste du quadrant qu’il faut pour qu’un bon entendeur y trouve son salut.
Mais allons droit où le livre débouche sur le hasard et les croyances qu’il engendre, et spécialement aux faits où

il s’attache à démontrer l’efficacité subjective des associations sur des nombres laissés au sort d’un choix immotivé, voire d’un tirage de hasard. Nulle part ne se révèlent mieux qu’en un tel succès les structures dominantes du champ psychanalytique. Et l’appel fait au passage à des mécanismes intellectuels ignorés n’est plus ici que l’excuse

de détresse de la confiance totale faite aux symboles et qui vacille d’être comblée au delà de toute limite.
Car si pour admettre un symptôme dans la psychopathologie psychanalytique, qu’il soit névrotique ou non,

FREUD exige le minimum de surdétermination que constitue un double sens, symbole d’un conflit défunt par delà

sa fonction dans un conflit présent non moins symbolique, s’il nous a appris à suivre dans le texte des associations libres

la ramification ascendante de cette lignée symbolique, pour y repérer aux points où les formes verbales s’en recroisent

les nœuds de sa structure – il est déjà tout à fait clair que le symptôme se résout tout entier dans une analyse de langage, parce qu’il est lui-même structuré comme un langage, qu’il est langage dont la parole doit être délivrée.
C’est à celui qui n’a pas approfondi la nature du langage, que l’expérience d’association sur les nombres pourra montrer d’emblée ce qu’il est essentiel ici de saisir, à savoir la puissance combinatoire qui en agence les équivoques, et pour y reconnaître le ressort propre de l’inconscient.
En effet si des nombres obtenus par coupure dans la suite des chiffres du nombre choisi, de leur mariage par toutes les opérations de l’arithmétique, voire de la division répétée du nombre originel par l’un des nombres scissipares,

les nombres résultants s’avèrent symbolisants entre tous dans l’histoire propre du sujet, c’est qu’ils étaient déjà latents au choix où ils ont pris leur départ – et dès lors si l’on réfute comme superstitieuse l’idée que ce sont là les chiffres mêmes qui ont déterminé la destinée du sujet, force est d’admettre que c’est dans l’ordre d’existence de leurs combinaisons, c’est-à-dire dans le langage concret qu’ils représentent, que réside tout ce que l’analyse révèle au sujet comme son inconscient.
Nous verrons que les philologues et les ethnographes nous en révèlent assez sur la sûreté combinatoire qui s’avère dans les systèmes complètement inconscients qui constituent le langage, pour que la proposition ici avancée

n’ait pour eux rien de surprenant. Mais si quelqu’un parmi nous voulait douter encore de sa validité,

nous en appellerions, une fois de plus, au témoignage de celui qui, ayant découvert l’inconscient,

n’est pas sans titre à être cru pour désigner sa place : il ne nous fera pas défaut.
Car si délaissée qu’elle soit de notre intérêt - et pour cause - Le mot d’esprit et l’inconscient reste l’œuvre la plus incontestable parce que la plus transparente, où l’effet de l’inconscient nous soit démontré jusqu’aux confins de sa finesse ; et le visage qu’il nous révèle est celui même de l’esprit dans l’ambiguïté que lui confère le langage, où l’autre face de son pouvoir régalien est la « pointe » par qui son ordre entier s’anéantit en un instant – pointe en effet

où son activité créatrice dévoile sa gratuité absolue, où sa domination sur le réel s’exprime dans le défi du non-sens, où l’humour, dans la grâce méchante de l’esprit libre, symbolise une vérité qui ne dit pas son dernier mot.
Il faut suivre, aux détours admirablement pressants des lignes de ce livre, la promenade où FREUD nous emmène

dans ce jardin choisi du plus amer amour. Ici tout est substance, tout est perle. L’esprit qui vit en exilé

dans la création dont il est l’invisible soutien, sait qu’il est maître à tout instant de l’anéantir.

Formes altières ou perfides, dandystes ou débonnaires de cette royauté cachée, il n’est pas jusqu’aux plus méprisées dont FREUD ne sache faire briller l’éclat secret. Histoires du marieur courant les ghettos de Moravie, figure décriée d’Éros et comme lui fils de la pénurie et de la peine, guidant de son service discret l’avidité du goujat,

et soudain le bafouant d’une réplique illuminante en son non-sens :
« Celui qui laisse ainsi échapper la vérité - commente FREUD - est en réalité heureux de jeter le masque ».
C’est la vérité en effet, qui dans sa bouche jette là le masque, mais c’est pour que l’esprit en prenne un plus trompeur, la sophistique qui n’est que stratagème, la logique qui n’est là qu’un leurre, le comique même qui ne va là qu’à éblouir. L’esprit est toujours ailleurs.
« L’esprit comporte en effet une telle conditionnalité subjective […] : n’est esprit que ce que j’accepte comme tel »,

poursuit FREUD qui sait de quoi il parle.
Nulle part l’intention de l’individu n’est en effet plus manifestement dépassée par la trouvaille du sujet…

nulle part la distinction que nous faisons de l’un à l’autre ne se fait mieux comprendre

…puisque non seulement il faut que quelque chose m’ait été étranger dans ma trouvaille pour que j’y aie mon plaisir, mais qu’il faut qu’il en reste ainsi pour qu’elle porte. Ceci est en rapport profond avec la nécessité, si bien dénoncée par FREUD, du tiers auditeur au moins supposé, et au fait que le mot d’esprit ne perd pas son pouvoir

dans sa transmission au style indirect. Bref ceci manifeste la conjonction intime de l’intersubjectivité

et de l’inconscient dans les ressources du langage, et leur explosion dans le jeu d’une suprême alacrité.
Une seule raison de chute pour l’esprit : la platitude de la vérité qui s’explique.

Or ceci concerne directement notre problème. Le mépris actuel pour les recherches sur la langue des symboles qui se lit au seul vu des sommaires de nos publications d’avant et d’après les années 1920, ne répond à rien de moins pour notre discipline qu’à un changement d’objet, dont la tendance à s’aligner au plus plat niveau de la communication, pour s’accorder aux objectifs nouveaux proposés à la technique, a peut-être à répondre du bilan assez morose

que les plus lucides dressent de ses résultats12.
Comment la parole, en effet, épuiserait-elle le sens de la parole…

ou, pour mieux dire avec le logicisme positiviste d’Oxford, le sens du sens

…sinon dans l’acte qui l’engendre ? Ainsi le renversement goethéen de sa présence aux origines :

« Au commencement était l’action », se renverse à son tour : c’était bien le verbe qui était au commencement,

et nous vivons dans sa création, mais c’est l’action de notre esprit qui continue cette création en la renouvelant toujours. Et nous ne pouvons nous retourner sur cette action qu’en nous laissant pousser toujours plus avant par elle.

Nous ne le tenterons nous-mêmes qu’en sachant que c’est là sa voie…
Nul n’est censé ignorer la loi, cette formule transcrite de l’humour d’un Code de Justice exprime pourtant la vérité

où notre expérience se fonde et qu’elle confirme. Nul homme ne l’ignore en effet, puisque la loi de l’homme est la loi du langage depuis que les premiers mots de reconnaissance ont présidé aux premiers dons, y ayant fallu les Danaëns13 détestables qui viennent et fuient par la mer pour que les hommes apprennent à craindre les mots trompeurs

avec les dons sans foi. Jusque-là, pour les Argonautes pacifiques unissant par les nœuds d’un commerce symbolique les îlots de la communauté, ces dons, leur acte et leurs objets, leur érection en signes et leur fabrication même,

sont si mêlés à la parole qu’on les désigne par son nom14.
Est-ce à
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