Rapport du Congrès de Rome





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ses dons ou bien aux mots de passe qui y accordent leur non-sens salutaire, que commence le langage avec la loi ? Car ces dons sont déjà symboles, en ceci que symbole veut dire pacte, et qu’ils sont d’abord signifiants du pacte

qu’ils constituent comme signifié : comme il se voit bien à ceci que les objets de l’échange symbolique :

  • vases faits pour être vides,

  • boucliers trop lourds pour être portés,

  • gerbes qui se dessécheront,

  • piques qu’on enfonce au sol,

sont sans usage par destination, sinon superflus par leur abondance.
Cette neutralisation du signifiant est-elle le tout de la nature du langage.

Pris à ce taux, on en trouverait l’amorce chez les hirondelles de mer, par exemple, pendant la parade, et matérialisée dans le poisson qu’elles se passent de bec en bec et où les éthologues, s’il faut bien y voir avec eux l’instrument d’une mise en branle du groupe qui serait un équivalent de la fête, seraient tout à fait justifiés à reconnaître un symbole.
On voit que nous ne reculons pas à chercher hors du domaine humain les origines du comportement symbolique. Mais ce n’est certainement pas par la voie d’une élaboration du signe, celle où s’engage après tant d’autres

M. Jules H. MASSERMANN15, à laquelle nous nous arrêterons un instant, non seulement pour le ton déluré

dont il y trace sa démarche, mais par l’accueil qu’elle a trouvé auprès des rédacteurs de notre journal officiel,

qui conformément à une tradition empruntée aux bureaux de placements, ne négligent jamais rien de ce qui peut fournir à notre discipline de « bonnes références ».
Pensez-donc, un homme qui a reproduit la névrose « ex-pé-ri-men-ta-le-ment » chez un chien ficelé sur une table

et par quels moyens ingénieux : une sonnerie, le plat de viande qu’elle annonce, et le plat de pommes qui arrive

à contretemps, je vous en passe. Ce n’est pas lui, du moins lui-même nous en assure, qui se laissera prendre

aux « amples ruminations », car c’est ainsi qu’il s’exprime, que les philosophes ont consacrées au problème du langage. Lui, va vous le prendre à la gorge.
Figurez-vous que par un conditionnement judicieux de ses réflexes, on obtient d’un raton laveur qu’il se dirige vers son garde-manger quand on lui présente la carte où peut se lire son menu. On ne nous dit pas si elle porte mention des prix, mais on ajoute ce trait convaincant que, pour peu que le service l’ait déçu, il reviendra déchirer la carte

trop prometteuse, comme le ferait des lettres d’un infidèle une amante irritée.

Telle est l’une des arches où l’auteur fait passer la route qui conduit du signal au symbole.

On y circule à double voie, et le sens du retour n’y montre pas de moindres ouvrages d’art.
Car si chez l’homme vous associez à la projection d’une vive lumière devant ses yeux le bruit d’une sonnette,

puis le maniement de celle-ci à l’émission de l’ordre : « contractez ! » (en anglais : contract), vous arriverez à ce que

le sujet, à moduler cet ordre lui-même, à le murmurer, bientôt seulement à le produire en sa pensée, obtienne la contraction de sa pupille, soit une réaction du système que l’on dit autonome,

parce qu’ordinairement inaccessible aux effets intentionnels.
« Ainsi M. Hudgins, s’il faut en croire notre auteur, a-t-il créé chez un groupe de sujets, une configuration hautement individualisée de réactions affines et viscérales du symbole idéique (idea-symbol) « contract », - une réponse qui pourrait être ramenée à travers

leurs expériences particulières à une source en apparence lointaine, mais en réalité basiquement physiologique :

dans cet exemple, simplement la protection de la rétine contre une lumière excessive ».
Et l’auteur conclut :
« La signification de telles expériences pour la recherche psychosomatique et linguistique n’a même pas besoin de plus d’élaboration ».
Nous aurions pourtant, quant à nous, été curieux d’apprendre si les sujets ainsi éduqués réagissent aussi à l’énonciation du même vocable articulée dans les locutions : marriage-contract, bridge-contract, breach of contract,

voire progressivement réduite à l’émission de sa première syllabe : contract, contrac, contra, contr
La contre-épreuve, exigible en stricte méthode, s’offrant ici d’elle-même du murmure entre les dents de cette syllabe par le lecteur français qui n’aurait subi d’autre conditionnement que la vive lumière projetée sur le problème

par M. Jules H. MASSERMANN. Nous demanderions alors à celui-ci si les effets ainsi observés chez les sujets conditionnés lui paraîtraient toujours pouvoir se passer aussi aisément d’être élaborés.

Car ou bien ils ne se produiraient plus, manifestant ainsi qu’ils ne dépendent pas même conditionnellement

du sémantème, ou bien ils continueraient à se produire, posant la question des limites de celui-ci.
Autrement dit, ils feraient apparaître dans l’instrument même du mot, la distinction du signifiant et du signifié,

si allègrement confondue par l’auteur dans le terme idea-symbol. Et sans avoir besoin d’interroger les réactions

des sujets conditionnés à l’ordre « don’t contract ! », voire à la conjugaison entière du verbe to contract,

nous pourrions faire observer à l’auteur que ce qui définit comme appartenant au langage un élément quelconque d’une langue, c’est qu’il se distingue comme tel pour tous les usagers de cette langue dans l’ensemble supposé constitué des éléments homologues.
Il en résulte que les effets particuliers de cet élément du langage sont liés à l’existence de cet ensemble, antérieurement à sa liaison possible à toute expérience particulière du sujet. Et que considérer cette dernière liaison hors de toute référence à la première, consiste simplement à nier dans cet élément la fonction propre du langage.
Rappel de principes qui éviterait peut-être à notre auteur de découvrir avec une naïveté sans égale la correspondance textuelle des catégories de la grammaire de son enfance dans les relations de la réalité.

Ce monument de naïveté, au reste d’une espèce assez commune en ces matières, ne mériterait pas tant de soins

s’il n’était le fait d’un psychanalyste, ou plutôt de quelqu’un qui y raccorde comme par hasard tout ce qui se produit dans une certaine tendance de la psychanalyse, au titre de théorie de l’ego ou de technique d’analyse des défenses,

de plus opposé à l’expérience freudienne, manifestant ainsi a contrario la cohérence d’une saine conception du langage avec le maintien de celle-ci.
Car la découverte de Freud est celle du champ des incidences, en la nature de l’homme, de ses relations à l’ordre symbolique,

et la remontée de leur sens jusqu’aux instances les plus radicales de la symbolisation dans l’être.

Le méconnaître est condamner la découverte à l’oubli, l’expérience à la ruine.
Et nous posons comme une affirmation qui ne saurait être retranchée du sérieux de notre propos actuel que

la présence du raton laveur, plus haut évoqué, dans le fauteuil où la timidité de FREUD, à en croire notre auteur,

aurait confiné l’analyste en le plaçant derrière le divan, nous paraît être préférable à celle du savant

qui tient sur le langage et la parole un pareil discours.
Car le raton laveur au moins, par la grâce de Jacques PRÉVERT…

« une pierre, deux maisons, trois ruines, quatre fossoyeurs, un jardin, des fleurs, un raton laveur » [Jacques Prévert : Inventaire]

…est entré à jamais dans le bestiaire poétique et participe comme tel en son essence à la fonction éminente

du symbole, mais l’être à notre ressemblance qui professe ainsi la méconnaissance systématique de cette fonction,

se bannit à jamais de tout ce qui peut par elle être appelé à l’existence.
Dès lors, la question de la place qui revient au dit semblable dans la classification naturelle nous paraîtrait ne relever que d’un humanisme hors de propos, si son discours, en se croisant avec une technique de la parole

dont nous avons la garde, ne devait être trop fécond, même à y engendrer des monstres stériles.

Qu’on sache donc, puisqu’aussi bien il se fait mérite de braver le reproche d’anthropomorphisme,

que c’est le dernier terme dont nous userions pour dire qu’il fait de son être la mesure de toutes choses.
Revenons à notre objet symbolique qui est lui-même fort consistant dans sa matière,

s’il a perdu le poids de son usage, mais dont le sens impondérable entraînera des déplacements de quelque poids.

Est-ce donc là la loi et le langage ? Peut-être pas encore. Car même apparût-il chez l’hirondelle quelque caïd

de la colonie qui, en gobant le poisson symbolique au bec béant des autres hirondelles, inaugurât cette exploitation

de l’hirondelle par l’hirondelle dont nous nous plûmes un jour à filer la fantaisie, ceci ne suffirait point à reproduire parmi elles cette fabuleuse histoire, image de la nôtre, dont l’épopée ailée nous tint captifs en l’île des pingouins,

et il s’en faudrait de quelque chose pour faire un univers « hirundinisé ».
Ce « quelque chose » achève le symbole pour en faire le langage.

Pour que l’objet symbolique libéré de son usage devienne le mot libéré de l’hic et nunc, la différence n’est pas

de la qualité sonore, de sa matière, mais de son être évanouissant où le symbole trouve la permanence du concept.
Par le mot qui est déjà une présence faite d’absence, l’absence même vient à se nommer en un moment original

dont le génie de FREUD a saisi dans le jeu de l’enfant la recréation perpétuelle. Et de ce couple modulé de la présence et de l’absence, qu’aussi bien suffit à constituer la trace sur le sable du trait simple et du trait rompu

des koua mantiques de la Chine, naît l’univers de sens d’une langue où l’univers des choses viendra à se ranger.

Par ce qui ne prend corps que d’être la trace d’un néant et dont le support dès lors ne peut s’altérer, le concept, sauvant la durée de ce qui passe, engendre la chose.
Car ce n’est pas encore assez dire que de dire que le concept est la chose même

ce qu’un enfant peut démontrer contre l’école

c’est le monde des mots qui crée le monde des choses, d’abord confondues dans l’hic et nunc du tout en devenir,

en donnant son être concret à leur essence, et sa place partout à ce qui est de toujours : κτῆμα ἐς ἀεί16 [khtêma es aeí].
L’homme parle donc, mais c’est parce que le symbole l’a fait homme.

Si en effet des dons surabondants accueillent l’étranger qui s’est fait connaître, la vie des groupes naturels

qui constituent la communauté est soumise aux règles de l’alliance, ordonnant le sens dans lequel s’opère l’échange des femmes, et aux prestations réciproques que l’alliance détermine : comme le dit le proverbe Sironga :
« Un parent par alliance est une cuisse d’éléphant ». [Cf. Claude Lévi-Strauss : Les structures élémentaires de la parenté, p. XXX, Mouton 1967.]

À l’alliance préside un ordre préférentiel dont la loi impliquant les noms de parenté est pour le groupe - comme le langage - impérative en ses formes, mais inconsciente en sa structure.

Or dans cette structure dont l’harmonie ou les impasses règlent l’échange restreint ou généralisé qu’y discerne l’ethnologue, le théoricien étonné retrouve toute la logique des combinaisons :

ainsi les lois du nombre - c’est-à-dire du symbole le plus épuré - s’avèrent être immanentes au symbolisme originel.
Du moins est-ce la richesse des formes où se développent les structures qu’on dit élémentaires de la parenté,

qui les y rend lisibles. Et ceci donne à penser que c’est peut-être seulement notre inconscience de leur permanence, qui nous laisse croire à la liberté des choix dans les structures dites complexes de l’alliance sous la loi desquelles

nous vivons. Si la statistique déjà laisse entrevoir que cette liberté ne s’exerce pas au hasard,

c’est qu’une logique subjective l’orienterait en ses effets.
C’est bien en quoi le complexe d’Œdipe en tant que nous le reconnaissons toujours pour couvrir de sa signification

le champ entier de notre expérience, sera dit, dans notre propos, marquer les limites que notre discipline assigne

à la subjectivité : à savoir, ce que le sujet peut connaître de sa participation inconsciente au mouvement des structures complexes de l’alliance, en vérifiant les effets symboliques en son existence particulière du mouvement tangentiel vers l’inceste qui se manifeste depuis l’avènement d’une communauté universelle.
La Loi primordiale est donc celle qui en réglant l’alliance superpose le règne de la culture au règne de la nature livré à la loi de l’accouplement. L’interdit de l’inceste n’en est que le pivot subjectif, dénudé par la tendance moderne à réduire à la mère et à la sœur les objets interdits aux choix du sujet, toute licence au reste n’étant pas encore ouverte au delà.

Cette loi se fait donc suffisamment connaître comme identique à un ordre de langage.
Car nul pouvoir sans les nominations de la parenté n’est à portée d’instituer l’ordre des préférences et des tabous qui nouent

et tressent à travers les générations le fil des lignées. Et c’est bien la confusion des générations qui, dans la Bible comme dans toutes les lois traditionnelles, est maudite comme l’abomination du verbe et la désolation du pécheur.
Nous savons en effet quel ravage déjà allant jusqu’à la dissociation de la personnalité du sujet peut exercer une filiation falsifiée, quand la contrainte de l’entourage s’emploie à en soutenir le mensonge.

Ils peuvent n’être pas moindres quand un homme épousant la mère de la femme dont il a eu un fils, celui-ci aura pour frère un enfant frère de sa mère. Mais s’il est ensuite – et le cas n’est pas inventé – adopté par le ménage compatissant d’une fille d’un mariage antérieur du père, il se trouvera encore une fois demi-frère de sa nouvelle mère, et l’on peut imaginer les sentiments complexes dans lesquels il attendra la naissance d’un enfant qui sera à la fois

son frère et son neveu, dans cette situation répétée.
Aussi bien le simple décalage dans les générations qui se produit par un enfant tardif né d’un second mariage

et dont la mère jeune se trouve contemporaine d’un frère aîné, peut produire des effets qui s’en rapprochent,

et l’on sait que c’était là le cas de FREUD.
Cette même fonction de l’identification symbolique par où le primitif se croit réincarner l’ancêtre homonyme

et qui détermine même chez l’homme moderne une récurrence alternée des caractères, introduit donc chez les sujets soumis à ces discordances de la relation paternelle une dissociation de l’Œdipe où il faut voir le ressort constant

de ses effets pathogènes. Même en effet représentée par une seule personne, la fonction paternelle concentre en elle des relations imaginaires et réelles, toujours plus ou moins inadéquates à la relation symbolique qui la constitue essentiellement.
C’est dans le nom du père qu’il nous faut reconnaître le support de la fonction symbolique qui, depuis l’orée des temps historiques, identifie sa personne à la figure de la loi. Cette conception nous permet de distinguer clairement dans l’analyse d’un cas les effets inconscients de cette fonction d’avec les relations narcissiques, voire d’avec les relations réelles que le sujet soutient avec l’image et l’action de la personne qui l’incarne, et il en résulte un mode de compréhension qui va à retentir dans la conduite même des interventions.
La pratique nous en a confirmé la fécondité, à nous, comme aux élèves que nous avons induits à cette méthode.

Et nous avons eu souvent l’occasion dans des contrôles ou dans des cas communiqués de souligner les confusions nuisibles qu’engendre sa méconnaissance.
Ainsi c’est la vertu du verbe qui perpétue le mouvement de
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