Rapport du Congrès de Rome





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la Grande Dette dont RABELAIS [Tiers Livre],

en une métaphore célèbre, élargit jusqu’aux astres l’économie. Et nous ne serons pas surpris que le chapitre

où il nous présente, avec l’inversion macaronique des noms de parenté, une anticipation des découvertes ethnographiques, nous montre en lui la substantifique divination du mystère humain que nous tentons d’élucider ici.

Identifiée au hau sacré ou au mana omniprésent, la Dette inviolable est la garantie que le voyage où sont poussés femmes et biens ramène en un cycle sans manquement à leur point de départ d’autres femmes et d’autres biens, porteurs d’une entité identique : symbole zéro, dit LÉVI-STRAUSS, réduisant à la forme d’un signe algébrique le pouvoir de la parole.

Les symboles enveloppent en effet la vie de l’homme d’un réseau si total

  • qu’ils conjoignent avant qu’il vienne au monde ceux qui vont l’engendrer « par l’os et par la chair »,

  • qu’ils apportent à sa naissance avec les dons des astres, sinon avec les dons des fées, le dessin de sa destinée,

  • qu’ils donnent les mots qui le feront fidèle ou renégat, la loi des actes qui le suivront jusque-là même où il n’est pas encore et au delà de sa mort même,

  • et que par eux sa fin trouve son sens dans le jugement dernier où le verbe absout son être ou le condamne, sauf à atteindre à la réalisation subjective de l’être-pour-la-mort.


Servitude et grandeur où s’anéantirait le vivant, si le désir ne préservait sa part dans les interférences et les battements que font converger sur lui les cycles du langage, quand la confusion des langues s’en mêle et que les ordres se contrarient dans les déchirements de l’œuvre universelle. Mais ce désir lui-même, pour être satisfait dans l’homme,

exige d’être reconnu :

  • par l’accord de la parole ou par la lutte de prestige,

  • dans le symbole ou dans l’imaginaire.


L’enjeu d’une psychanalyse est l’avènement dans le sujet du peu de réalité que ce désir y soutient au regard

des conflits symboliques et des fixations imaginaires comme moyen de leur accord, et notre voie est l’expérience intersubjective où ce désir se fait reconnaître. Dès lors on voit que le problème est celui des rapports dans le sujet

de la parole et du langage. Trois paradoxes dans ces rapports se présentent dans notre domaine.


  • Dans la folie, quelle qu’en soit la nature, il nous faut reconnaître, d’une part, la liberté négative d’une parole qui a renoncé à se faire reconnaître, soit ce que nous appelons obstacle au transfert, et, d’autre part, la formation singulière d’un délire qui - fabulatoire, fantastique ou cosmologique - interprétatif, revendicateur ou idéaliste - objective le sujet dans un langage sans dialectique17. L’absence de la parole s’y manifeste par les stéréotypies d’un discours où le sujet, peut-on dire, est parlé plutôt qu’il ne parle : nous y reconnaissons les symboles de l’inconscient sous des formes pétrifiées qui, à côté des formes embaumées où se présentent les mythes en nos recueils, trouvent leur place dans une histoire naturelle de ces symboles. Mais c’est une erreur de dire que le sujet les assume : la résistance à leur reconnaissance n’étant pas moindre que dans les névroses, quand le sujet y est induit par une tentative de cure. Notons au passage qu’il vaudrait de repérer dans l’espace social les places que la culture a assignées à ces sujets, spécialement quant à leur affectation à des services sociaux afférents au langage, car il n’est pas invraisemblable que s’y démontre un des facteurs qui désignent ces sujets aux effets de rupture produite par les discordances symboliques, caractéristiques des structures complexes de la civilisation.




  • Le second cas est représenté par le champ privilégié de la découverte psychanalytique : à savoir les symptômes, l’inhibition et l’angoisse, dans l’économie constituante des différentes névroses. La parole est ici chassée du discours concret qui ordonne la conscience, mais elle trouve son support - ou bien dans les fonctions naturelles du sujet, pour peu qu’une épine organique y amorce cette béance de son être individuel à son essence, qui fait de la maladie l’introduction du vivant à l’existence du sujet18

- ou bien dans les images qui organisent à la limite de l’Umwelt et de l’Innenwelt leur structuration relationnelle.
Le symptôme est ici le signifiant d’un signifié refoulé de la conscience du sujet.

Symbole écrit sur le sable de la chair et sur le voile de Maia, il participe du langage par l’ambiguïté sémantique que nous avons déjà soulignée dans sa constitution. Mais c’est une parole de plein exercice, car elle inclut le discours de l’autre dans le secret de son chiffre. C’est en déchiffrant cette parole que FREUD a retrouvé la langue première des symboles19, vivante encore dans la souffrance de l’homme de la civilisation (Das Unbehagen in der Kultur).
Hiéroglyphes de l’hystérie, blasons de la phobie, labyrinthes de la Zwangsneurose, 

charmes de l’impuissance, énigmes de l’inhibition, oracles de l’angoisse, 

armes parlantes du caractère20, sceaux de l’autopunition, déguisements de la perversion, – tels sont

  • les hermétismes que notre exégèse résout,

  • les équivoques que notre invocation dissout,

  • les artifices que notre dialectique absout, dans une délivrance du sens emprisonné, qui va de la révélation du palimpseste au mot donné du mystère et au pardon de la parole.

  • Le troisième paradoxe de la relation du langage à la parole est celui du sujet qui perd son sens dans les objectivations du discours. Si métaphysique qu’en paraisse la définition, nous n’en pouvons méconnaître la présence au premier plan de notre expérience. Car c’est là l’aliénation la plus profonde du sujet de la civilisation scientifique et c’est elle que nous rencontrons d’abord quand le sujet commence à nous parler de lui : aussi bien, pour la résoudre entièrement, l’analyse devrait-elle être menée jusqu’au terme de la sagesse. Pour en donner une formulation exemplaire, nous ne saurions trouver terrain plus pertinent que l’usage

du discours courant en faisant remarquer que le « ce suis-je » du temps de VILLON s’est renversé

dans le « c’est moi » de l’homme moderne.
Le moi de l’homme moderne a pris sa forme - nous l’avons indiqué ailleurs - dans l’impasse dialectique de la belle âme qui ne reconnaît pas la raison même de son être dans le désordre qu’elle dénonce dans le monde.
Mais une issue s’offre au sujet pour la résolution de cette impasse où délire son discours. La communication peut s’établir pour lui valablement dans l’œuvre commune de la science et dans les emplois qu’elle commande

dans la civilisation universelle ; cette communication sera effective à l’intérieur de l’énorme objectivation constituée par cette science et elle lui permettra d’oublier sa subjectivité.
Il collaborera efficacement à l’œuvre commune dans son travail quotidien et meublera ses loisirs

de tous les agréments d’une culture profuse qui, du roman policier aux mémoires historiques, des conférences éducatives à l’orthopédie des relations de groupe, lui donnera matière à oublier son existence et sa mort,

en même temps qu’à méconnaître dans une fausse communication le sens particulier de sa vie.
Si le sujet ne retrouvait dans une régression - souvent poussée jusqu’au stade du miroir - l’enceinte d’un stade

où son moi contient ses exploits imaginaires, il n’y aurait guère de limites assignables à la crédulité

à laquelle il doit succomber dans cette situation.
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Et c’est ce qui fait notre responsabilité redoutable quand nous lui apportons,

avec les manipulations mythiques de notre doctrine, une occasion supplémentaire de s’aliéner,

dans la trinité décomposée de l’ego, du superego et de l’id, par exemple.
Ici c’est un mur de langage qui s’oppose à la parole, et les précautions contre le verbalisme,

qui sont un thème du discours de l’homme « normal » de notre culture, ne font qu’en renforcer l’épaisseur.
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Il ne serait pas vain de mesurer celle-ci à la somme statistiquement déterminée des kilogrammes de papier imprimé, des kilomètres de sillons discographiques, et des heures d’émission radiophonique, que la dite culture produit par tête d’habitant dans les zones A, B et C de son aire. Ce serait un bel objet de recherches pour nos organismes culturels,

et l’on y verrait que la question du langage ne tient pas toute dans l’aire des circonvolutions où son usage se réfléchit dans l’individu.
We are the hollow men

We are the stuffed men

Leaning together

Headpiece filled with straw. Alas !

et la suite. [T.S. Eliot - The Hollow Men]

 

La ressemblance de cette situation avec l’aliénation de la folie pour autant que la formule donnée plus haut

est authentique, à savoir que « le sujet y est parlé plutôt qu’il ne parle », ressortit évidemment à l’exigence,

supposée par la psychanalyse, d’une parole vraie.
Si cette conséquence, qui porte à leur limite les paradoxes constituants de notre actuel propos, devait être retournée contre le bon sens même de la perspective psychanalytique, nous accorderions à cette objection toute sa pertinence, mais pour nous en trouver confirmé : et ce par un retour dialectique où nous ne manquerions pas de parrains autorisés, à commencer par la dénonciation hégélienne de la « philosophie du crâne » [racisme « anthropométrique », volume du crâne…]

et à seulement nous arrêter à l’avertissement de PASCAL résonnant, de l’orée de l’ère historique du moi, en ces termes :
« Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie, de n’être pas fou ».
Ce n’est pas dire pourtant que notre culture se poursuive dans des ténèbres extérieures à la subjectivité créatrice. Celle-ci, au contraire, n’a pas cessé d’y militer pour renouveler la puissance jamais tarie des symboles

dans l’échange humain qui les met au jour.
Faire état du petit nombre de sujets qui supportent cette création serait céder à une perspective romantique

en confrontant ce qui n’est pas équivalent. Le fait est que cette subjectivité, dans quelque domaine qu’elle apparaisse, mathématique, politique, religieuse, voire publicitaire, continue d’animer dans son ensemble le mouvement humain.
Et une prise de vue non moins illusoire sans doute nous ferait accentuer ce trait opposé :

que son caractère symbolique n’a jamais été plus manifeste.

C’est l’ironie des révolutions, qu’elles engendrent un pouvoir d’autant plus absolu en son exercice, non pas, comme on le dit, de ce qu’il soit plus anonyme, mais de ce qu’il est plus réduit aux mots qui le signifient.

Et plus que jamais, d’autre part, la force des Églises réside dans le langage qu’elles ont su maintenir :

instance - il faut le dire - que FREUD a laissée dans l’ombre dans l’article où il nous dessine ce que nous appellerons

les subjectivités collectives de l’Église et de l’Armée.
La psychanalyse a joué un rôle dans la direction de la subjectivité moderne et elle ne saurait le soutenir

sans l’ordonner au mouvement qui dans la science l’élucide. C’est là le problème des fondements qui doivent assurer

à notre discipline sa place dans les sciences : problème de formalisation, à la vérité fort mal engagé. Car il semble que, ressaisis par un travers même de l’esprit médical à l’encontre duquel la psychanalyse a dû se constituer, ce soit à son exemple avec un retard d’un demi-siècle sur le mouvement des sciences que nous cherchions à nous y rattacher.
Objectivation abstraite de notre expérience sur des principes fictifs, voire simulés de la méthode expérimentale :

nous trouvons là l’effet de préjugés dont il faudrait nettoyer d’abord notre champ si nous voulons le cultiver

selon son authentique structure. Praticiens de la fonction symbolique, il est étonnant que nous nous détournions

de l’approfondir, au point de méconnaître que c’est elle qui nous situe au cœur du mouvement qui instaure

un nouvel ordre des sciences, avec l’avènement d’une anthropologie authentique.
Ce nouvel ordre ne signifie rien d’autre qu’un retour à une notion de la science véritable qui a déjà ses titres inscrits dans une tradition qui part du Théétète. Cette notion s’est dégradée, on le sait, dans le renversement positiviste qui,

en plaçant les sciences de l’homme au couronnement de l’édifice des sciences expérimentales, les y subordonne en réalité.
Cette notion provient d’une vue erronée de l’histoire de la science, fondée sur le prestige d’un développement spécialisé de l’expérience. Mais aujourd’hui les sciences de l’homme retrouvant la notion de la science de toujours,

nous obligent à réviser la classification des sciences que nous tenons du xixe siècle, dans un sens que les esprits

les plus lucides dénotent clairement. Il n’est que de suivre l’évolution concrète des disciplines pour s’en apercevoir.
La linguistique peut ici nous servir de guide, puisque c’est là le rôle qu’elle tient en flèche de l’anthropologie contemporaine, et nous ne saurions y rester indifférents.

La forme de mathématisation où s’inscrit la découverte du phonème comme fonction des couples d’opposition

formés par les plus petits éléments discriminatifs saisissables de la sémantique, nous mène aux fondements mêmes où la dernière doctrine de FREUD désigne, dans une connotation vocalique de la présence et de l’absence [ Fort ! - Da ! ],

les sources subjectives de la fonction symbolique.
Et la réduction de toute langue au groupe d’un tout petit nombre de ces oppositions phonémiques

amorçant une aussi rigoureuse formalisation de ses morphèmes les plus élevés, nous laisse entrevoir une voie d’abord tout à fait stricte des phénomènes du langage. Ce progrès se rapproche de notre portée au point de lui offrir

un accès immédiat, de la marche qu’opère à sa rencontre dans les lignes qu’il polarise, l’ethnographie,

avec une formalisation des mythes en mythèmes qui nous intéresse le plus directement.
Ajoutons que les recherches d’un Lévi-Strauss, en démontrant les relations structurales entre langage et lois sociales 21, n’apportent rien de moins que ses fondements objectifs à la théorie de l’inconscient.
Dès lors, il est impossible de ne pas axer sur une théorie générale du symbole une nouvelle classification de sciences où les sciences de l’homme reprennent leur place centrale en tant que sciences de la subjectivité. Nous ne pourrons bien entendu ici qu’en indiquer le principe, mais ses conséquences sont décisives quant au champ qu’il détermine.
La fonction symbolique se caractérise, en effet, par un double mouvement dans le sujet :

l’homme fait un objet de son action, mais pour lui rendre en temps voulu sa fonction fondatrice.

Dans cette équivoque, opérante à tout instant, gît tout le progrès d’une
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