Rapport du Congrès de Rome





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fonction où se confondent action et connaissance.
Exemples empruntés l’un aux bancs de l’école, l’autre au plus vif de notre époque :


  • le premier mathématique : premier temps, l’homme objective en deux nombres cardinaux deux collections qu’il a comptées - deuxième temps, il réalise avec ces nombres l’acte de les additionner (cf. l’exemple cité par KANT dans l’Introduction à l’esthétique transcendantale, § IV dans la 2e édition de la Critique de la raison pure;




  • le second historique : premier temps, l’homme qui travaille à la production dans notre société, se compte au rang des prolétaires - deuxième temps, au nom de cette appartenance, il fait la grève générale.


Ce n’est pas par hasard que nous avons choisi ces deux domaines, ni que nos exemples se situent aux deux extrêmes de l’histoire concrète. Car les effets de ces domaines ne sont pas minces et nous viennent de loin,

mais ils s’entrecroisent dans le temps de façon singulière, la science la plus subjective ayant créé une réalité nouvelle, la réalité la plus opaque devenant un symbole agissant.
Certes le rapprochement surprend d’abord, de la science qui passe pour la plus exacte avec celle qui s’avère pour la plus conjecturale, mais ce contraste n’est pas contradictoire. Car l’exactitude se distingue de la vérité, et la conjecture n’exclut pas la rigueur. Et si la science expérimentale tient des mathématiques son exactitude, son rapport à la nature n’en reste pas moins problématique. Si notre lien à la nature, en effet, nous incite à nous demander poétiquement

si ce n’est pas son propre mouvement que nous retrouvons dans notre science, en
cette [auguste] Voix

Qui se connaît quand elle sonne

N’être plus la voix de personne

Tant que des ondes et des bois ! [ Paul Valéry, Charmes, La Pythie ]
il est clair que notre physique n’est qu’une fabrication mentale, dont le symbole mathématique est l’instrument.

Car la science expérimentale n’est pas tant définie par la quantité qui la domine en effet, que par la mesure.

Comme il se voit pour le temps qui la définit et dont l’instrument de précision sans lequel elle serait impossible, l’horloge, n’est que l’organisme réalisé de l’hypothèse de GALILÉE sur l’équi-gravité des corps, autrement dit

sur l’accélération uniforme de leur chute. Et ceci est tellement vrai que l’instrument a été achevé dans son montage

avant que l’hypothèse ait pu être vérifiée par l’observation, qu’il a d’ailleurs rendue inutile22.
Mais la mathématique peut symboliser un autre temps, notamment le temps intersubjectif qui structure l’action humaine, dont la théorie des jeux, dite encore stratégie, qu’il vaudrait mieux appeler stochastique, commence à nous livrer les formules.
L’auteur de ces lignes a tenté de démontrer en la logique d’un sophisme les ressorts de temps par où l’action humaine, en tant qu’elle s’ordonne à l’action de l’autre, trouve dans la scansion de ses hésitations l’avènement

de sa certitude, et dans la décision qui la conclut donne à l’action de l’autre qu’elle inclut désormais,

avec sa sanction quant au passé, son sens à venir.

On y démontre que c’est la certitude anticipée par le sujet dans le temps pour comprendre qui, par la hâte précipitant

le moment de conclure, détermine chez l’autre la décision qui fait du propre mouvement du sujet erreur ou vérité.

On voit par cet exemple comment l’axiomatisation mathématique qui a inspiré la logique de BOOLE, voire la théorie des ensembles, peut apporter à la science de l’action humaine cette formalisation du temps intersubjectif,

dont la conjecture psychanalytique a besoin pour s’assurer dans sa rigueur.
Si d’autre part, l’histoire de la technique historienne montre que son progrès se définit dans l’idéal d’une identification de la subjectivité de l’historien à la subjectivité constituante de l’historisation primaire où s’humanise l’événement, il est clair que la psychanalyse y trouve sa portée exacte : soit dans la connaissance, comme réalisant

cet idéal, et dans l’efficacité, comme y trouvant sa raison. L’exemple de l’histoire dissipe aussi comme un mirage

ce recours à la réaction vécue qui obsède notre technique comme notre théorie, car l’historicité fondamentale de l’événement que nous retenons suffit pour concevoir la possibilité d’une reproduction subjective du passé dans le présent.
Plus encore, cet exemple nous fait saisir comment la régression psychanalytique implique cette dimension progressive de l’histoire du sujet dont FREUD nous souligne qu’il fait défaut au concept jungien de la régression névrotique,

et nous comprenons comment l’expérience elle-même renouvelle cette progression en assurant sa relève.
La référence enfin à la linguistique nous introduira à cette méthode qui, en distinguant les structurations synchroniques des structurations diachroniques dans le langage, peut nous permettre de mieux comprendre la valeur différente que prend notre langage dans l’interprétation des résistances et du transfert, ou encore de différencier

les effets propres du refoulement et la structure du mythe individuel dans la névrose obsessionnelle.
On sait la liste des disciplines que FREUD désignait comme devant constituer les sciences annexes

d’une idéale Faculté de psychanalyse. On y trouve auprès de la psychiatrie et de la sexologie :
« l’histoire de la civilisation, la mythologie, la psychologie des religions, l’histoire et la critique littéraires ».
L’ensemble de ces matières déterminant le cursus d’un enseignement technique, s’inscrit normalement dans

le triangle épistémologique que nous avons décrit et qui donnerait sa méthode à un haut enseignement de sa théorie et de sa technique. Nous y ajouterons volontiers, quant à nous : la rhétorique, la dialectique au sens technique que prend ce terme dans les Topiques d’ARISTOTE, la grammaire, et, pointe suprême de l’esthétique du langage : la poétique,

qui inclurait la technique, laissée dans l’ombre, du mot d’esprit. Et si ces rubriques évoquaient pour certains

des résonances un peu désuètes, nous ne répugnerions pas à les endosser comme d’un retour à nos sources.
Car la psychanalyse dans son premier développement, lié à la découverte et à l’étude des symboles, allait à participer de la structure de ce qu’au moyen âge on appelait « arts libéraux ». Privée comme eux d’une formalisation véritable, elle s’organisait comme eux en un corps de problèmes privilégiés, chacun promu de quelque heureuse relation de l’homme à sa propre mesure, et prenant de cette particularité un charme et une humanité, qui peuvent compenser

à nos yeux l’aspect un peu récréatif de leur présentation. Ne dédaignons pas cet aspect dans les premiers développements de la psychanalyse, il n’exprime rien de moins, en effet, que la recréation du sens humain aux temps arides du scientisme.
Dédaignons-les d’autant moins que la psychanalyse n’a pas haussé son niveau en s’engageant dans les fausses voies d’une théorisation contraire à sa structure dialectique. Elle ne donnera des fondements scientifiques à sa théorie comme à sa technique qu’en formalisant de façon adéquate ces dimensions essentielles de son expérience qui sont, avec la théorie historique du symbole : la logique intersubjective et la temporalité du sujet.

 

 

III LES RÉSONANCES DE L’INTERPRÉTATION ET LE TEMPS DU SUJET DANS LA TECHNIQUE PSYCHANALYTIQUE

 

Entre l’homme et l’amour,

Il y a la femme.

Entre l’homme et la femme,

Il y a un monde.

Entre l’homme et le monde,

Il y a un mur.
(Antoine Tudal, in Paris en l’an 2000).
Nam Sibyllam quidem Cumis ego ipse oculis meis vidi in ampulla pendere,

et cum illi pueri dicerent : Σίβυλλα τί θέλεις, respondebat illa : ἀποθανεῖν θέλω.
(Satyricon, xlviii).

 

Ramener l’expérience psychanalytique à la parole et au langage comme à ses fondements, ne saurait aller sans retentir sur sa technique. À en restaurer les principes dans leur fondement, le chemin parcouru se découvre

et le sens unique où l’interprétation analytique s’est déplacée pour s’en éloigner toujours plus.

On est dès lors fondé à soupçonner que cette évolution de la pratique motive les nouveaux buts dont la théorie se pare.
À y regarder de plus près, les problèmes de l’interprétation symbolique ont commencé par intimider notre petit monde avant d’y devenir embarrassants. Les succès obtenus par FREUD y étonnent maintenant par le sans-gêne

de l’endoctrination dont ils paraissent procéder, et l’étalage qui s’en remarque dans les cas

…ne va pas pour nous sans scandale. Il est vrai que nos habiles ne reculent pas à mettre en doute

que ce fût là une bonne technique.
Cette désaffection relève en vérité, dans le mouvement psychanalytique, d’une confusion des langues dont,

dans un propos familier d’une époque récente, la personnalité la plus représentative de son actuelle hiérarchie

ne faisait pas mystère avec nous. Il est assez remarquable que cette confusion s’accroisse avec la prétention

où chacun se croit délégué de découvrir dans notre expérience les conditions d’une objectivation achevée,

et avec la ferveur qui semble accueillir ces essais théoriques à mesure même qu’ils s’avèrent plus déréels.

Il est certain que les principes, tout bien fondés qu’ils soient, de l’analyse des résistances,

ont été dans la pratique l’occasion d’une méconnaissance toujours plus grande du sujet,

faute d’être compris dans leur relation à l’intersubjectivité de la parole.
À suivre, en effet, le procès des sept premières séances qui nous sont intégralement rapportées du cas de L’homme aux rats, il paraît peu probable que FREUD n’ait pas reconnu les résistances en leur lieu…

soit là-même où nos modernes techniciens nous font leçon qu’il en ait laissé passer l’occurrence

…puisque c’est son texte même qui leur permet de les pointer - manifestant une fois de plus cette exhaustion du sujet qui, dans les textes freudiens, nous émerveille sans qu’aucune interprétation en ait encore épuisé les ressources.
Nous voulons dire qu’il ne s’est pas seulement laissé prendre à encourager son sujet à passer outre à ses premières réticences, mais qu’il a parfaitement compris la portée séductrice de ce jeu dans l’imaginaire. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter à la description qu’il nous donne de l’expression de son patient pendant le pénible récit

du supplice imaginaire qui constitue le thème de son obsession, celui du rat forcé dans l’anus du supplicié :
« Son visage, nous dit-il, reflétait l’horreur d’une jouissance ignorée ».
La signification actuelle de la répétition de ce récit ne lui a donc pas échappé, non plus que l’identification

du psychanalyste au « capitaine cruel » qui a fait entrer de force ce récit dans la mémoire du sujet, et non plus donc

la portée des éclaircissements théoriques dont le sujet requiert le gage pour poursuivre son discours. Loin pourtant d’interpréter ici la résistance, FREUD nous étonne en accédant à sa requête, et si loin qu’il paraît entrer dans le jeu du sujet.
Mais le caractère extrêmement approximatif, au point de nous paraître vulgaire, des explications dont il le gratifie, nous instruit suffisamment : il ne s’agit point tant ici de doctrine, ni même d’endoctrination, que d’un don symbolique

de la parole, gros d’un pacte secret, dans le contexte de la participation imaginaire qui l’inclut, et dont la portée se révélera plus tard à l’équivalence symbolique que le sujet institue dans sa pensée des rats et des florins dont il rétribue l’analyste.

Nous voyons donc que FREUD loin de méconnaître la résistance, en use comme d’une disposition propice à la mise

en branle des résonances de la parole, et il se conforme, autant qu’il se peut, à la définition première qu’il a donnée

de la résistance, en s’en servant pour impliquer le sujet dans son message. Aussi bien rompra-t-il brusquement

les chiens, dès qu’il verra qu’à être ménagée, la résistance tourne à maintenir le dialogue au niveau

d’une conversation où le sujet dès lors perpétuerait sa séduction avec sa dérobade.
Mais nous apprenons que l’analyse consiste à jouer sur les multiples portées de la partition que la parole constitue dans les registres du langage : dont relève la surdétermination de l’ordre qu’intéresse l’analyse.

Et nous tenons du même coup le ressort du succès de FREUD. Pour que le message de l’analyste réponde

à l’interrogation profonde du sujet, il faut en effet que le sujet l’entende comme la réponse qui lui est particulière,

et le privilège qu’avaient les patients de FREUD d’en recevoir la bonne parole de la bouche même de celui

qui en était l’annonciateur, satisfaisait en eux cette exigence.
Notons au passage qu’ici le sujet en avait eu un avant-goût à entrouvrir la « Psychopathologie de la vie quotidienne », ouvrage alors dans la fraîcheur de sa parution. Ce n’est pas dire que ce livre soit beaucoup plus connu maintenant même des analystes, mais la vulgarisation des notions freudiennes dans la conscience commune,

leur rentrée dans ce que nous appelons le mur du langage, amortirait l’effet de notre parole,

si nous lui donnions le style des propos tenus par FREUD à L’homme aux rats.
Mais il n’est pas question ici de l’imiter. Pour retrouver l’effet de la parole de FREUD,

ce n’est pas à ses termes que nous recourrons mais aux principes qui la gouvernent.
Ces principes ne sont rien d’autre que la dialectique de la conscience de soi, telle qu’elle se réalise de Socrate à Hegel,

à partir de la supposition ironique que « tout ce qui est rationnel est réel » pour se précipiter dans le jugement scientifique que « tout ce qui est réel est rationnel ». Mais la découverte freudienne a été de démontrer que ce procès vérifiant n’atteint authentiquement le sujet, que décentré de la conscience de soi, dans l’axe de laquelle la maintenait la reconstruction hégélienne de la Phénoménologie de l’esprit : c’est dire qu’elle rend encore plus caduque toute attribution d’efficacité

à la « prise de conscience » qui, de se réduire à l’objectivation d’un phénomène psychologique, fait déchoir

la
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