Rapport du Congrès de Rome





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Selbstbewusstsein de son sens universel, et du même coup de sa particularité en la réduisant à sa forme générale.
Ces remarques définissent les limites dans lesquelles il est impossible à notre technique de méconnaître les moments structurants de la phénoménologie hégélienne : au premier chef « la dialectique du Maître et de l’Esclave »,

ou celle « de la belle âme et de la loi du cœur », et généralement tout ce qui nous permet de comprendre comment

la constitution de l’objet se subordonne à la réalisation du sujet.
Mais s’il restait quelque chose d’inaccompli dans la reconnaissance, où se mesure le génie de Hegel, de l’identité foncière du particulier et de l’universel, c’est bien la psychanalyse qui lui apporte son fondement concret chaque fois qu’elle ouvre la voie à travers ses obstacles vers le point où ils se confondent pour un sujet dès aujourd’hui.

Et si dans cette voie rien de proprement individuel et du même coup de collectif ne peut apparaître qui ne soit

de l’ordre du mirage, c’est ce qui ne peut plus être oublié, grâce à elle, sinon par les psychanalystes eux-mêmes

qui, dans les prétendues « nouvelles tendances » de leur technique, forgent une discipline renégate à son inspiration.
Que si HEGEL seul peut nous permettre d’assumer authentiquement la position de notre neutralité, ce n’est pas que nous n’ayons rien à apprendre de la maïeutique de SOCRATE, ni même de l’usage technique où PLATON

nous la présente, ne serait-ce que pour situer par rapport à l’idée ce que nous mettons en œuvre dans le sujet,

et qui en est aussi distinct et distant que La répétition analysée par KIERKEGAARD l’est de la réminiscence supposée par PLATON.
Mais il est aussi une différence historique qu’il n’est pas vain de mesurer de l’interlocuteur de SOCRATE au nôtre. Quand SOCRATE prend appui sur une raison artisane qu’il peut extraire aussi bien du discours de l’esclave,

c’est pour faire accéder des maîtres authentiques à la nécessité d’un ordre qui fasse justice de leur puissance

et vérité des maîtres-mots de la cité.
Mais nous avons affaire à des esclaves qui se croient être des maîtres et qui trouvent dans un langage de mission universelle le soutien de leur servitude avec les liens de son ambiguïté. Si bien qu’on pourrait dire avec humour

que notre but est de restituer en eux la liberté souveraine dont fait preuve HUMPTY DUMPTY23 quand il rappelle à Alice qu’après tout il est le maître du signifiant, s’il ne l’est pas du signifié où son être a pris sa forme.
Nous retrouvons donc toujours notre double référence à la parole et au langage.

Pour libérer la parole du sujet, nous l’introduisons au langage de son désir, c’est à dire au langage premier dans lequel, au delà de ce qu’il nous dit de lui, déjà il nous parle à son insu, et dans les symboles du symptôme tout d’abord.
C’est bien d’un langage qu’il s’agit, en effet, dans le symbolisme mis au jour dans l’analyse.

Ce langage, répondant au vœu ludique qu’on peut trouver dans un aphorisme de LICHTENBERG, a le caractère universel d’une langue qui se ferait entendre dans toutes les autres langues, mais en même temps, pour être le langage qui saisit le désir au point même où il s’humanise en se faisant reconnaître, il est absolument particulier au sujet.
Langage premier, disons-nous aussi, en quoi nous ne voulons pas dire langue primitive, puisque FREUD…

qu’on peut comparer à CHAMPOLLION pour le mérite d’en avoir fait la totale découverte

…l’a déchiffré tout entier dans les rêves de nos contemporains.
Aussi bien le champ essentiel en est-il défini avec quelque autorité par l’un des préparateurs associés le plus tôt à ce travail, et l’un des rares qui y ait apporté du neuf, j’ai nommé Ernest JONES, le dernier survivant de ceux à qui furent donnés les sept anneaux du maître et qui atteste par sa présence aux postes d’honneur d’une association internationale qu’ils ne sont pas seulement réservés aux porteurs de reliques [Cf. La Fontaine : L’âne portant des reliques].
Dans un article fondamental sur le symbolisme, le Dr JONES, vers la page quinze24, fait cette remarque que,

bien qu’il y ait des milliers de symboles au sens où l’entend l’analyse, tous se rapportent au corps propre,

aux relations de parenté, à la naissance, à la vie et à la mort. [The number of the symbols met within practice is extraordinary hight […]

All symbols represent ideas of the self and the immediate blood relatives, or of the phenomena of birth, love, and death.]
Cette vérité, ici reconnue de fait, nous permet de comprendre que, bien que le symbole psychanalytiquement parlant soit refoulé dans l’inconscient, il ne porte en lui-même nul indice de régression, voire d’immaturation. Il suffit donc, pour qu’il porte ses effets dans le sujet, qu’il se fasse entendre, car ces effets s’opèrent à son insu, comme nous l’admettons dans notre expérience quotidienne, en expliquant maintes réactions des sujets normaux autant que névrosés, par leur réponse au sens symbolique d’un acte, d’une relation ou d’un objet. Nul doute donc que l’analyste ne puisse jouer du pouvoir du symbole en l’évoquant d’une façon calculée dans les résonances sémantiques de ses propos.
Ce peut être là l’objet d’un retour à l’usage des effets symboliques, dans une technique renouvelée de l’interprétation.

Nous y pourrions prendre référence de ce que la tradition hindoue enseigne du dhvani 25,en ce qu’elle y distingue

cette propriété de la parole de faire entendre ce qu’elle ne dit pas. C’est ainsi qu’elle l’illustre d’une historiette dont la naïveté,

qui paraît de règle en ces exemples, montre assez d’humour pour nous induire à pénétrer la vérité qu’elle recèle.
Une jeune fille, dit-on, attend son amant sur le bord d’une rivière, quand elle voit un brahme y engager ses pas.

Elle va à lui et s’écrie du ton du plus aimable accueil :
« Quel bonheur aujourd’hui ! Le chien qui sur cette rive vous effrayait de ses aboiements n’y sera plus,

car il vient d’être dévoré par un lion qui fréquente les alentours… »
L’absence du lion peut donc avoir autant d’effets que le bond qu’à être présent, il ne fait qu’une fois, au dire du proverbe.

Le caractère premier des symboles les rapproche, en effet, de ces nombres dont tous les autres sont composés,

et s’ils sont donc sous-jacents à tous les sémantèmes de la langue, nous pourrons par une recherche discrète

de leurs interférences, au fil d’une métaphore dont le déplacement symbolique neutralisera les sens seconds

des termes qu’elle associe, restituer à la parole sa pleine valeur d’évocation.
Cette technique exigerait, pour s’enseigner comme pour s’apprendre, une assimilation profonde des ressources d’une langue, et spécialement de celles qui sont réalisées concrètement dans ses textes poétiques. On sait que c’était le cas de FREUD quant aux lettres allemandes, y étant inclus le théâtre de SHAKESPEARE par la vertu d’une traduction sans égale.
Toute son œuvre en témoigne, en même temps que du recours qu’il y trouve sans cesse, et non moins dans sa technique que dans sa découverte. Sans préjudice de l’appui

  • d’une connaissance classique des Anciens,

  • d’une initiation moderne au folklore,

  • et d’une participation intéressée aux conquêtes de l’humanisme contemporain dans le domaine ethnographique.

On pourrait demander au technicien de l’analyse de ne pas tenir pour vain tout essai de le suivre dans cette voie.

Mais il y a un courant à remonter. On peut le mesurer à l’attention condescendante qu’on porte,

comme à une nouveauté, au wording : la morphologie anglaise donne ici un support assez subtil à une notion

encore difficile à définir, pour qu’on en fasse cas.
Ce qu’elle recouvre n’est pourtant guère encourageant et l’émerveillement dont un auteur26 nous fait part du succès opposé qu’a rencontré auprès de son patient l’usage successif qu’il a fait sans préméditation, nous dit-il, des mots de need et de demand pour analyser la même résistance, laisse rêveur. Nous croyons ne faire preuve ni d’un grand besoin de purisme, ni d’une excessive exigence de rigueur, en y mesurant le degré de bafouillage que cet émerveillement démontre être courant dans la pratique. Car need et demand pour le sujet ont un sens diamétralement opposé, et tenir que leur emploi puisse même un instant être confondu revient à méconnaître radicalement l’intimation de la parole.
Car dans sa fonction symbolisante, elle ne va à rien de moins qu’à transformer le sujet à qui elle s’adresse

par le lien qu’elle établit avec celui qui l’émet, soit : par la vertu du don qu’elle constitue. C’est pourquoi il nous faut revenir, une fois encore, sur la structure de la communication interhumaine et dissiper définitivement le malentendu du langage-signe, source en ce domaine des confusions du discours comme des malfaçons de la parole.
Si la communication du langage est en effet conçue comme un signal par quoi l’émetteur informe le récepteur

de quelque chose par le moyen d’un certain code, il n’y a aucune raison pour que nous n’accordions pas autant de créance et plus encore à tout autre signe quand le « quelque chose » dont il s’agit est le sujet lui-même : il y a même toute raison pour que nous donnions la préférence à tout mode d’expression qui se rapproche du signe naturel.
C’est ainsi que le discrédit est venu chez nous sur la technique de la parole et qu’on nous voit en quête d’un geste, d’une grimace, d’une attitude, d’une mimique, d’un mouvement, d’un frémissement, que dis-je, d’un arrêt

du mouvement habituel, car nous sommes fins, et rien n’arrêtera plus dans ses foulées notre lancer de limiers.

Nous allons montrer l’insuffisance de la notion du langage-signe par la manifestation même qui l’illustre le mieux dans le règne animal, et dont il semble que, si elle n’y avait récemment fait l’objet d’une découverte authentique,

il aurait fallu l’inventer à cette fin.
Chacun admet maintenant que l’abeille revenue de son butinage à la ruche, transmet à ses compagnes par deux sortes de danses l’indication de l’existence d’un butin proche ou bien lointain. La seconde est la plus remarquable,

car le plan où elle décrit la courbe en huit qui lui a fait donner le nom de wagging dance et la fréquence des trajets que l’abeille y accomplit dans un temps donné, désigne exactement la direction déterminée en fonction de l’inclinaison solaire (où les abeilles peuvent se repérer par tous temps, grâce à leur sensibilité à la lumière polarisée) d’une part,

et d’autre part la distance jusqu’à plusieurs kilomètres où se trouve le butin. Et les autres abeilles répondent à ce message en se dirigeant immédiatement vers le lieu ainsi désigné. Une dizaine d’années d’observation patiente a suffi à Karl Von FRISCH pour décoder ce mode de message, car il s’agit bien d’un code, ou d’un système de signalisation que seul son caractère générique nous interdit de qualifier de conventionnel.
Est-ce pour autant un langage ?

Nous pouvons dire qu’il s’en distingue précisément par la corrélation fixe de ses signes à la réalité qu’ils signifient. Car dans un langage les signes prennent leur valeur de leur relation les uns aux autres, dans le partage lexical des sémantèmes autant que dans l’usage positionnel, voire flexionnel des morphèmes, contrastant avec la fixité du codage ici mis en jeu. Et la diversité des langues humaines prend, sous cet éclairage, sa pleine valeur.
En outre, si le message du mode ici décrit détermine l’action du socius, il n’est jamais retransmis par lui.

Et ceci veut dire qu’il reste fixé à sa fonction de relais de l’action, dont aucun sujet ne le détache en tant que symbole de la communication elle-même27.
La forme sous laquelle le langage s’exprime, définit par elle-même la subjectivité.

Il dit : « Tu iras par ici, et quand tu verras ceci, tu prendras par là ». Autrement dit, il se réfère au discours de l’autre.

Il est enveloppé comme tel dans la plus haute fonction de la parole, pour autant qu’elle engage son auteur

en investissant son destinataire d’une réalité nouvelle, par exemple quand l’homme dit : « Tu es ma femme »,

pour signifier son propre don. Telle est en effet la forme essentielle dont toute parole humaine dérive

plutôt qu’elle n’y arrive.

D’où le paradoxe dont un de nos auditeurs les plus aigus [Claude Lévi-Strauss] a cru pouvoir nous opposer la remarque, lorsque nous avons commencé à faire connaître nos vues sur l’analyse en tant que dialectique, et qu’il a formulé ainsi :
« Le langage humain constituerait donc une communication où l’émetteur reçoit du récepteur son propre message sous une forme inversée »,
Formule que nous n’avons eu qu’à reprendre de la bouche de l’objecteur pour y reconnaître la frappe de notre propre pensée, à savoir que la parole inclut toujours subjectivement sa réponse, que le « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé » ne fait qu’homologuer cette vérité, et que c’est la raison pourquoi dans le refus paranoïaque de la reconnaissance,

c’est sous la forme d’une verbalisation négative que l’inavouable sentiment vient à surgir dans l’« interprétation » persécutive.
Aussi bien quand vous vous applaudissez d’avoir rencontré quelqu’un qui parle le même langage que vous,

ne voulez-vous pas dire que vous vous rencontrez avec lui dans le discours de tous,

mais que vous lui êtes unis par une parole particulière.
On voit donc l’antinomie immanente aux relations de la parole et du langage. À mesure que le langage devient plus général, il est rendu impropre à la parole, et à nous devenir trop particulier il perd sa fonction de langage.

On sait l’usage qui est fait dans les traditions primitives, des noms secrets où le sujet identifie sa personne ou ses dieux jusqu’à ce point que les révéler, c’est se perdre ou les trahir, et les confidences de nos sujets, sinon nos propres souvenirs, nous apprennent qu’il n’est pas rare que l’enfant retrouve spontanément la vertu de cet usage.
Finalement c’est à l’intersubjectivité du « nous » qu’il assume, que se mesure en un langage sa valeur de parole.

Par une antinomie inverse, on observe que plus l’office du langage se neutralise en se rapprochant de l’information, plus il apparaît chargé de redondances. Cette notion de redondances a pris son départ de recherches d’autant plus précises qu’elles étaient plus intéressées, ayant reçu leur impulsion d’un problème d’économie portant sur les communications à longue distance et, notamment, sur la possibilité de faire voyager plusieurs conversations

sur un seul fil téléphonique ; on peut y constater qu’une part importante du médium du langage est superflue

pour que soit réalisée la communication effectivement cherchée. Ceci est pour nous hautement instructif28,

car ce qui est redondance pour l’information, c’est précisément ce qui, dans la parole, fait office de résonance.
Car la fonction du langage n’y est pas d’informer, mais d’évoquer.

Ce que je cherche dans la parole, c’est la réponse de l’autre.

Ce qui me constitue comme sujet, c’est ma question.

Pour me faire reconnaître de l’autre, je ne profère ce qui fut qu’en vue de ce qui sera.

Pour le trouver, je l’appelle d’un nom qu’il doit assumer ou refuser pour me répondre.

Je m’identifie dans le langage, mais non comme un objet.
Ce qui se réalise dans mon histoire,

  • n’est pas le passé défini de ce qui fut puisqu’il n’est plus,

  • ni même le parfait de ce qui a été dans ce que je suis,

  • mais le futur antérieur de ce que j’aurai été pour ce que je suis en train de devenir.


Si maintenant je me place en face de l’autre pour l’interroger, nul
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