Des objets dotés de caractéristiques particulières





télécharger 119.49 Kb.
titreDes objets dotés de caractéristiques particulières
page1/5
date de publication12.12.2019
taille119.49 Kb.
typeDocumentos
d.20-bal.com > documents > Documentos
  1   2   3   4   5
Colloque « Objets et insignes du pouvoir »

Château de Versailles

1-3 décembre 2005
Les trois trésors sacrés et la symbolique impériale au Japon. Passé et présent

par

Eric Seizelet
Il existe au Japon un nombre de pratiques et d’emblèmes nationaux historiquement liés à l’institution impériale : la fleur de chrysanthème qui est non seulement le blason de la Famille impériale, mais aussi de l’Etat japonais et que l’on trouve affiché sur les passeports et les représentations diplomatiques à l’étranger, l’hymne national – le Kimigayo – qui célèbre la longévité du règne et l’éternité de la monarchie, le drapeau du Soleil Levant qui n’est certes pas lié originellement directement au trône, mais y a été très largement associé sous le Japon impérial. Certaines des principales fêtes nationales, celles du 11 février et l’anniversaire de l’empereur, sont également liées à l’institution impériale. Enfin, il y a au Japon un système particulier de computation du temps par ères impériales qui est largement utilisé dans la vie courante et sur les documents officiels. Aucun de ces emblèmes et pratiques, qui ont parfois suscité de nombreuses discussions, voire des polémiques, ne peut-être considéré comme un insigne du pouvoir. Cette qualité reviendrait plutôt aux « trois trésors sacrés » de la monarchie qui sont, d’après la tradition, l’Epée, kusanagi no tsurumi, le Miroir, yata no kagami, et le Joyau, yasakani no magatama. Mais s’agit-il véritablement du pouvoir politique que la plupart des monarques japonais n’ont pas réellement exercé ? Que nous apprennent-ils sur le rôle et la fonction du tennô ? De quelle signification sont-ils investis ? Sont-ils comparables à ce que l’on peut observer en Occident, où le pouvoir se montre, alors qu’il se dissimule au Japon?

Des objets dotés de caractéristiques particulières


Discuter de la symbolique impériale attachée aux trois trésors sacrés est une tâche ardue. Jusqu’à la défaite, tout ce qui se rapportait à l’institution impériale était affaire de croyance, de « loyauté » et de civisme. La divinisation du trône, le contrôle exercé par l’Etat sur l’ensemble du système éducatif constituaient des facteurs importants d’inhibition à l’esprit critique puisque l’école avait essentiellement pour but de former de « bons et loyaux sujets », et que l’orthodoxie idéologique du régime impérial assignait à la recherche académique des limites à ne pas franchir. A cette difficulté, politique, s’en ajoutaient deux autres : l’indétermination même de l’objet d’étude et la nature des sources qui l’évoquent. Si l’hypothèque politique a été levée depuis, mais pas totalement, les deux autres obstacles demeurent. Par leur origine mythologique, par les propriétés qui leur sont attachées, par le cadre étroitement circonscrit dans lequel ils s’inscrivent, les insignes de la monarchie japonaise sont loin d’avoir livré tous leurs secrets.


Une origine mythologique



Selon la tradition rapportée par les plus anciennes chroniques du Japon1, l’origine trois trésors sacrés remonterait aux temps mythologiques et serait plus particulièrement liée à deux épisodes de la théogonie nippone : celui de la Caverne et de la Descente du Ciel : la Déesse du Soleil Amaterasu-Ômi-Kami, irritée par le comportement violent de son frère Susanoo no Mikoto, s’était retirée dans une caverne céleste. Cette « éclipse » plongeant le monde dans l’obscurité, les dieux s’employèrent à l’en faire sortir par divers artifices dont la confection d’un miroir et d’un joyau qu’ils accrochèrent à un arbre devant la caverne et une danse sacrée. La déesse consentit alors à sortir, restituant ainsi la Lumière à la Création. Banni du Ciel pour ses forfaits, Susanoo, au cours de ses pérégrinations terrestres, parvint dans la province d’Izumo, qu’il délivra du Grand Serpent Yamata no Orochi dans la queue duquel il découvrit une Epée qu’il offrit à sa sœur en guise de résipiscence. C’est ainsi que les trois objets entrèrent en la possession de la déesse Amaterasu -Ômi -Kami qui passe pour être l’ancêtre de la Maison impériale. Par la suite, soucieuse d’apanager sa propre descendance, elle obtint du maître souverain d’Izumo, Ôkuninushi, qu’il lui cède les « Huit Grandes Îles » et ordonna à son petit-fils, Ninigi no Mikoto de descendre sur Terre sur le pic de Takachiho, dans le pays de Hyûga, avec pour mission de régner à jamais, lui et ses descendants, sur le Japon. Elle lui aurait remis à cette occasion les trois objets précités, les cinq céréales, et pour escorte des divinités qui passent pour être les ancêtres des principaux clans aristocratiques du pays, en y ajoutant, selon le Nihon shoki : « vous considérerez ce miroir sacré comme mon esprit et vous lui rendrez un culte comme à moi-même. Vous le garderez près de votre couche, dans le secret de votre propre maison ».
L’analyse de ces récits fondateurs avec leurs connotations métonymiques et allégoriques a suscité de longue date de nombreuses interprétations historiques, philologiques, religieuses et anthropologiques, tant au Japon qu’en dehors de l’archipel sur lesquels il est impossible de s’appesantir ici. Néanmoins, s’agissant de la problématique du pouvoir, plusieurs constats apparaissent : en premier lieu, les recherches archéologiques et historiques ont démontré que ce type d’objets, souvent d’ailleurs importés du continent, faisait partie intégrante du mobilier funéraire retrouvé dans les tombes et tertres de personnages importants, avant même l’unification de l’archipel autour de la Cour de Yamato, qu’il donnait lieu à tribut en signe de soumission et d’allégeance, et que, que sous influence chinoise, des cérémonies de transmission de ces objets furent progressivement organisées2. En second lieu, ils sont identifiés comme des shintai, littéralement des « corps divins », c’est-à-dire des réceptacles matériels, des supports théophaniques qui attirent, convoquent, rendent manifeste la présence de la divinité, mais de caractère aniconique, et dans le shintô ancien ce rôle n’est nullement leur apanage exclusif. En outre, si l’Epée, le Joyau et le Miroir apparaissent dans d’autres passages de la mythologie, ils sont rarement tous les trois associés, sauf dans ces deux épisodes clés qui sont des récits tout autant de passage que de renaissance, dont l’analogie fonctionnelle n’a pas échappé aux observateurs : la catabase de Ninigi no Mikoto, reproduit le « rappel » d’Amaterasu-Ômi-Kami et parmi les dieux qui accompagnent Ninigi figurent les divinités ancestrales des fabricants de miroirs et de joyaux qui jouèrent un rôle décisif dans l’épisode de la Caverne3. En troisième lieu, la « Descente du Ciel » introduit une nouvelle dimension polysémique :1) elle parachève tout d’abord les récits sur l’engendrement du Monde et le processus de Création ; 2) elle distingue parmi les shintai les trois objets précités en les associant à une injonction de gouvernement ; 3) elle marque la transition vers un nouveau cycle narratif dans lequel les récits s’inscrivent dans un espace et un territoire différencié en pleine expansion et qui est un enjeu de pouvoir, mais dont les dieux, bien que présents, ne sont plus les acteurs principaux : en remettant à son petit-fils ce qui deviendra plus tard les insignes de la souveraineté impériale, Amaterasu-Ômi-Kami, s’interdit désormais d’interférer directement dans le monde sensible. Le Kojiki et le Nihon shoki vont ainsi abonder de récits successifs de pacification décrivant le processus politique, militaire et religieux par lequel le clan dominant, celui de Yamato, dépositaire de la promesse faite par la déesse Amaterasu, va assurer sa prédominance sur les autres chefferies et soumettre leur propre mythologie à la sienne ; 4) Les récits comme la catabase de Ninigi no Mikoto sont représentatifs d’un processus de fixation des shintai selon un schéma ternaire : la « Descente du Ciel » du dieu est suivie d’une pérégrination, élément métaphorique d’une prise de possession, suivie de l’établissement définitif de la divinité dans un lieu déterminé, un topos exclusif, où un culte lui sera rendu. A l’issue de ce schéma, comme le laisse entendre l’injonction précitée, les « corps divins » ne sont plus les supports matériels de la « révélation » du dieu au monde sensible, mais des substituts ou des représentations symboliques d’une divinité « établie » qu’il convient de se concilier par des rituels appropriés. De ce fait, ils s’investissent à titre permanent d’une dimension sacrée – celle de la divinité qu’ils incarnent – qui n’existait jusque-là que par intermittence dans leur fonction d’intermédiation. On peut donc en déduire que les trois trésors sacrés avaient à l’origine une finalité religieuse et que le clan impérial s’en est assuré le monopole pour asseoir sa domination sur les autres clans.

  1   2   3   4   5

similaire:

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconOn appelle système, l’ensemble des objets soumis à l’étude. On entend...

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconRetrait des compteurs électriques Linky déjà posés Arrêt du déploiement...
«pilote» des futurs objets connectés. Si le prochain président élu ne met pas fin au déploiement de ce nouveau compteur jaune fluo,...

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconCahier des Clauses Techniques Particulières (cctp) cahier des clauses...
...

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconA utiliser lorsque le prix n'est pas un facteur de sélection
«Données particulières». Votre proposition pourra servir de base à de futures négociations, dans la perspective finale d’un contrat...

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconIl y a nécessité de réglementer la gestion des objets trouvés. C’est...

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconCahier des clauses particulieres

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconCahier des clauses particulières

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconCahier des clauses particulieres

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconCahier des clauses administratives particulieres

Des objets dotés de caractéristiques particulières iconCahier des clauses techniques particulieres






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com