Propos préliminaire d’Alban perrin





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LA VISION DU MONDE NAZIE

Par Johann CHAPOUTOT

Propos préliminaire d’Alban PERRIN

Importance de la préparation historique avant d'entrer à Auschwitz.

1,3 millions de personnes ont été déportées à Auschwitz. : 1,1 millions étaient des Juifs dont 960000 sont morts à Auschwitz (865 000 ont été immédiatement tués).

Auschwitz est un musée depuis 1947 : le musée a été mis en place par le pouvoir polonais en voie de stalinisation, en mémoire de l'héroïsme du peuple polonais.

Conférence

Cette conférence s’appuie sur l’ouvrage : "La loi du sang", HDR rédigée en2013 par Johann Chapoutot.

Le sens des actes des nazis est à remettre dans le contexte de l’univers mental nazi. Les mots structurent une vision du monde : il est important de comprendre la langue nazie pour comprendre leur politique
Proposition de trois thèmes pour entrer dans la vision du monde par les nazis. Ces trois thèmes servent aussi de lien entre passé et présent en écho aux événements de Charlie Hebdo du 11 janvier 2015.

  1. Une contre révolution

  2. Une vision complotiste du monde

  3. Une volonté de sortie de l’histoire




  1. Le nazisme, une contre-révolution

Le nazisme est une contre-révolution assumée, critique de la Révolution Française, de l'universalité, de l'humanisme, critique de l'individualité comme fondateur du groupe humain.

Dans le contrat social donne conception au groupe, ce qui allait à l’encontre de la période pré révolutionnaire avec la paroisse, le royaume, la confrérie, les guildes.

Jean Jacques Rousseau dit que le droit naît avec l’individu, en rupture avec la vision médiévale de l’individu et du groupe. La conception de Rousseau est critiquée dès la fin du XVIIIème siècle par la contre révolution qui y voit une absurdité : l’individu était créé par une transcendance divine qui s’impose et qui en détermine l’identité.

Au cours du XIXème siècle se développe l’idée de transcendance naturelle. La science est utilisée par les contre-révolutionnaires pour montrer que c’est le sang qui fait les qualités de l’individu. Les progrès scientifiques nourrissent alors les mouvements politiques (science de la race, darwinisme social).

Dans les années 1920, les Nazis sont les héritiers de l’ensemble de ces mouvements. Pour eux, le groupe humain est une communauté déterminée par la nature donc par la race, par le sang, la chair. Il est impossible d’échapper à la détermination naturelle. A leurs yeux, le policier / le politique sont les médecins de ce groupe humain, chargés d'empêcher les déviances du groupe donc chargés de "soigner" les déviants (communistes, objecteurs de conscience, francs maçons, Juifs…). Les nazis verrouillent tous les débats et estiment qu’il n’y a jamais ni discussion, ni débat possible. Par cette pratique, ils veulent mette fin à "150 ans d'erreurs" (expression d’Alfred Rosenberg) remontant à la révolution française. La cité, la société allemande est une communauté biologique, devant être traitée comme un organisme biologique, chaque partie ne décidant pas d'y appartenir.

Cette conception critique l'universalisme formulée par la Révolution française. Pour les Nazis, il n'y a pas d'unité du genre humain.

Depuis les XVIII et XIXème siècles, les sciences naturelles répertorient et classent animaux, minéraux. Ces sciences typologisantes du XIXème s'étendent aux humains. Les nazis défendent l’idée que l’humanité n’est pas monogénique mais polygénique (plusieurs races humaines qui ne peuvent se mélanger entre elles) tout comme le monde animal, avec des différences profondes aves les espèces ne pouvant communiquer entre elles.

Cette vision de la science a nourri la contre-révolution et les idées nazies. L’universalisme est vu comme une erreur car néfaste. La circulation  des individus sur la planète abouti à des mélanges et donc à la dégénérescence. Les Nazis pensent que les personnes défendant l'humanisme veulent du mal à la race germanique et la détruire.
Parallèle avec l’actualité : remise en cause de la République par certains, remise en cause des idéaux de la Révolution française.


  1. Une vision complotiste de l'histoire.

Point commun avec notre actualité : vision du monde marquée par le combat.

L’histoire est présentée par les Nazis comme 6000 ans de guerre raciale. Ce cours est donné aux SA, SS, jeunesses hitlériennes. Les héritages remontent à l’obsession de la guerre née avec la guerre de 30 ans au XVIIème siècle qui a failli faire disparaitre la race germanique.

La conception de la société est issue des théories darwinistes transposées à la culture (ex. sélection naturelle, survie du meilleur,...). Le monde humain serait dominé par les mêmes lois que le monde naturel, ce qui permet de justifier les inégalités sociales du monde capitaliste. L’idée d’une lutte naturelle comme le colonialisme est liée à une conception des races.

La Grande Guerre avec la mort de 20 millions de personnes (soldats + famine et épidémies) amène une vision belliciste de l’histoire où des races se battent pour s’assurer la domination du territoire. Le Lebensraum (espace vital) est lié à cette conception de l’histoire pour s’assurer des biotopes et survivre en tirant des subsistances, d'où des guerres entre les races pour le contrôle de l'espace. Ceci amène à une relecture de l'histoire : les guerres de l’Antiquité sont des guerres de races ouvertes et franches. Par exemple, la lutte entre Juifs (Perses/Carthaginois) et Aryens (Grecs et Romains) . Hannibal est qualifié de rabbin. La race germanique est toujours présentée en victime qui cherche à vivre tranquillement, ils sont attaqués alors qu’ils respectent les règles naturelles : procréation, création de culture, civilisation. C’est une race bonne et aimable, créative, suivant les lois naturelles. La race germanique a un génie particulier, elle invente tout de Platon aux Pyramides d’Egypte. Cette race est victime des haines d'autres groupes humains qui veulent sa mort, ils sont donc agressés par les autres races, en particulier par les Juifs.

Une psychologie raciale est utilisée pour expliquer les comportements : les Juifs sont malades car mélangés, c’est une "contre-race" formée d'un conglomérat d'influences raciales, un cloaque pour les scientifiques de l’époque, un mélange de divers origines raciales (négroïde, arabique,...). Ce sont des schizophrènes, des fous agressifs voulant détruire ce qu'il y a de plus sain ou de plus harmonieux à savoir les Germaniques.

Ce combat ouvert dans l’Antiquité est devenu caché (idée de complot). Les Juifs ne créent rien, ils ont passé des siècles à se faire battre par les Germaniques. Les Juifs essaient alors d’attaquer l’édifice par le bas, se sont des taupes qui rognent les fondations. C’est ainsi qu’ils expliquent l’effondrement de l’empire romain :Les chrétiens sont des Juifs masqués dans les catacombes, dans l’ombre, la nuit. Pour Hitler, le Christianisme est un Judaïsme qui avance caché. Saul devient Paul. Le Christianisme amène l’universalité du genre humain.

Ces idées prennent de fond les idées de l’empire romain qui vit selon les conceptions de la nature (les patriciens ne se mélangent pas aux plébéiens). Le Christianisme annonce l’universalisme et est une doctrine de l’insurrection et c’est cela qui menace le Reich. La conception de l’histoire est complètement anachroniste. (Ex : le "Christo bolchévisme", "Socrate est un social-démocrate athénien").

Le but est de créer un sens rassurant et explicatif.

Le Juif a crée le Christianisme, suscité l’Humanisme, les Lumières, la Révolution Française, la révolution  russe de 1917, ... pour détruire le Germanique. L’imaginaire du complot permet d'expliquer facilement et sans beaucoup de questions des évènements rapides, traumatisants et complexes comme la révolution française ou russe. L’histoire est le lieu de souffrance de la race germanique avec des pogroms d'aryens perpétrés depuis l'Antiquité par des Juifs haineux. Les nazis sont chargés de délivrer l'Allemagne de cette souffrance car ils ont compris l'histoire et les lois de la nature. (Discours de Himmler).
Parallèle avec aujourd’hui : l’attractivité de certains discours politiques. Le religieux est vu dans le sens du lien entre vivants et entre vivants et morts.


  1. Une volonté de sortie de l’histoire.

Religion vient de religere : créer un lien concret.

Les Nazis se lancent dans un processus de déchristianisation. Beaucoup de textes nazis, discours reviennent sur la dissolution du lien entre vivants et morts. Ils reprennent des lieux communs de la sociologie de l’époque de la Révolution industrielle avec étiolement des liens traditionnels et montée de l’individualisme.

Les conséquences de la Révolution industrielle, de l’urbanisation sont la déshérence sociale, psychique et culturelle avec la dissolution des communautés. Les Nazis déplorent ceci mais en profitent en faisant une proposition religieuse liée au sang, à la biologie. C’est une conception raciale de la communauté, il n’y a pas de salut individuel mais collectif avec la communauté. Ceci permet de dire que les morts de la première guerre mondiale ne sont pas morts pour rien, ils perpétuent la race, cela donne du sens à la vie de chaque individu.

Ce discours religieux est millénariste au sens où le Reich de 1000 ans est un projet avec une action politique et militaire, avec, pour protéger la race germanique, la colonisation des terres peuplées par des slaves, qui sont considérés comme des sous-hommes, des animaux. L’Est de l'Europe doit permettre à la race de faire fructifier la terre (avec des esclaves slaves) et de la repeupler. C’est l’espace de la fin de l'histoire, un espace où le peuple germanique libéré de ses ennemis pourra cultiver, faire des enfants. Les confins ne sont pas très clairs mais la sécurité de l’empire serait assurée par des marches peuplées de colons-soldats, vétérans protégeant le cœur de l'espace germanique.

Ce message très efficace promet la fin de l'histoire et fait du lien, il permet d'expliquer l'adhésion de millions de gens. L’attraction des théories nazies se fait par un biais (antisémitisme, Millénarisme, modernisation,...) et  permet de mettre fin à une perte de sens lié à la modernité, il propose un sens et un projet et il redonne une dignité et une communauté à l'individu.
Parallèle à l’idéologie contemporaine : proposition de nouveaux projets où l’individu revêt une dignité car participe à une communauté.
Questions :

Peut-on dire que l’histoire bégaie ?

J.C. : Non, c’est le rôle de l’histoire pour comprendre les éléments actuels. L’histoire ne se répète pas, les contextes ont changé, il y a certes des parallèles mais pas de bégaiement.
Quelle est la place du contenu de Mein Kampf au niveau de l’idéologie nazie ? Quelle est la place d’Hitler ?

J.C. : Rôle minimum d’Hitler au niveau de l’idéologie. Il est le porte voix du parti. Le nazisme ne se réduit pas à Hitler, il ne formule pas une vision du monde. Le système pyramidal fait que l’on se réfère au Führer mais l’élaboration date de théoriciens du XIXème siècle.

Quelle est la définition des Juifs pour les Nazis ?

J.C. : C’est un problème pour les Nazis au niveau anthropologique, physique. En dépit des postulats naturels, ils se basent sur des critères naturels, de la religion mosaïque des parents et grands parents. De plus, l’antisémitisme est banal à l’époque.
Pourquoi autant de reconstruction de l’histoire au XIXème siècle ?

J.C. : L’histoire devient discipline et science avec beaucoup de questions. Le lien avec le complotisme est fortement présent. Dès qu’il y a un événement massif, on voit arriver le complotisme pour essayer de l’expliquer.

Il faut montrer l’absurdité de ces théories aux élèves. Exemple : la grande peste de 1348 est expliquée avec l’empoisonnement des puits par les lépreux. On croyait à l’époque que le lépreux était une créature pécheresse, le stigmate de l’exclusion par Dieu. Ils voudraient se venger de cette punition en contaminant les puits. C’est cela la pédagogie historienne, les élèves ne sont pas des lecteurs pouvant mettre en perspective et développant un esprit critique. Ce sont des éponges qui ont besoin de l’apport du professeur pour développer leur sens critique.


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