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Avant-propos



Représentations et réalités de la réussite et de l’ascension sociale à l’IUT

Sophie Kennel



Chargée de mission « Réussite et ascenseur social »,

IUT Robert Schuman de l’Université de Strasbourg

Pour la cinquième édition du colloque Thémat’IC, l’IUT Robert Schuman a souhaité s’éloigner quelque peu de ses réflexions au cœur de l’Information-Communication pour embrasser une problématique tout aussi centrale de nos préoccupations qui est celle de la réussite et de l’ascension sociale des étudiants. A cela deux raisons : la première, très conjoncturelle, lie le choix de notre thématique présente à la mise en place nouvelle à l’IUT d’une charge de mission « Réussite et Ascenseur social ». L’autre, évidemment corrélée et initiatrice de la première, est la volonté marquée de notre direction de réengager une dynamique et une analyse sur ces questions.

Car au-delà des représentations et au regard de l’actualité, deux questionnements majeurs nous interpellent. Quel rôle joue encore la formation professionnelle en IUT dans la mobilité sociale ? Nos bons résultats en matière de réussite au diplôme nous affranchissent-ils de toute implication dans l’aide aux étudiants en difficulté ?

Notre première démarche a donc été de tenter un portrait actualisé de la population des étudiants de l’IUT Robert Schuman et de leur relation à la réussite et à la mobilité sociale. De cette analyse et du contexte général des IUT, nous nous sommes fixés des objectifs d’action pour l’avenir.


Contexte général



La spécificité des IUT, de leur réputation et de leur réalité ancienne peut nous interroger sur la pertinence d’une action pour la réussite dans ce contexte. Parmi ces caractéristiques, le faible nombre d’abandons et d’échec aux diplômes, de même que la bonne insertion en poursuite d’étude ou en emploi, fixent l’image d’une situation privilégiée dans le paysage universitaire, même si des disparités entre filières et espaces géographiques peuvent être relevées. Les raisons avancées de cela sont la forte sélectivité et donc la nécessité pour le candidat de suivre ou mener un vrai parcours d’orientation en amont (candidature, dossiers, voire lettres de motivation et entretien). Non seulement les étudiants admis ont des profils académiques favorisants (entre 66 et 77% des étudiants de notre IUT ont eu une mention au baccalauréat), mais en plus leur démarche limite tout de même les erreurs d’orientation. Les modalités de formation concourent également au succès du « système IUT » : un bon taux d’encadrement (des modules en petits groupes), l’alternance entre enseignement théorique et enseignement appliqué, la professionnalisation par les stages et les projets tutorés. Nous assistons même régulièrement à des stratégies d’intégration de nos cursus liées non pas à nos domaines d’expertise mais à notre cadre de formation.
Il reste encore quelques idées reçues sur la mobilité sociale et les IUT, dont témoigne largement la presse. C’est la réputation des filières courtes après le baccalauréat (surtout technologique et professionnel) de favoriser l’accueil d’étudiants de milieux sociaux moins favorisés. Les facteurs d’attractivité de ces populations seraient avant tout la professionnalisation, l’insertion rapide dans l’emploi, la compétence privilégiée par rapport à la connaissance, la technicité du parcours.
Pourtant, si les représentations n’ont pas encore réellement évolué, des constats sont nécessaires. L’échec et l’abandon sont aussi une réalité des DUT et des licences professionnelles, plus ou moins réelle selon les filières, les années, les modes de sélection, etc. Les IUT ne peuvent se désolidariser du décrochage, de l’échec et de l’abandon à l’université : ils accueillent parfois ces étudiants en difficulté, ils renvoient en partie vers l’université les candidats qu’ils n’intègrent pas. L’engouement pour les formations en IUT (quelles qu’en soient les raisons : contournement des 1ères années d’université, recherche d’encadrement, assurance de la professionnalisation, recherche d’une filière courte), accroît tellement fortement la sélectivité que la réalité des IUT facteur d’ascension sociale est à vérifier aujourd’hui. Quoiqu’il en soit, entre réussite et mobilité sociale, nous devons aussi nous intéresser à l’optimisation des parcours. Réussir n’est pas seulement ne pas échouer. Il faut susciter et accompagner l’ambition, permettre des progressions d’envergure à des étudiants dont le niveau scolaire et de culture à l’entrée est encore faible.

Réalité locale
A l’IUT Robert Schuman, pour parler de ce que nous connaissons, nous abordons certes la question de la réussite et de la mobilité au travers du prisme « formations IUT », parfois loin de ce qui est vécu dans d’autres composantes de l’université, mais aussi avec la complexité de la pluridisciplinarité de nos filières et des disparités entre nos cursus : à la fois dans l’approche qu’ont les départements de la difficulté et de l’ascension sociale mais aussi dans les types de problématiques qui se posent : profil des publics candidats et étudiants, difficultés liées aux contenus disciplinaires.
Nous avons tenté en 2010, avec les étudiants de 1ère année DUT Gestion de l’information et du document dans les organisations (GIDO), d’interroger ces représentations, ces réalités au sein de notre IUT. 844 questionnaires ont été remplis en présence des enquêteurs, par les promotions de 1ère et 2e année de DUT de nos cinq départements (Chimie, Génie civil, Information-Communication, Informatique, Techniques de commercialisation). Sans aucune prétention scientifique, il est intéressant d’en tirer quelques indicateurs :
La réussite

Les chiffres de la réussite au diplôme, entre 65 et 85-90% pour l’ensemble de la composante, restent stables et engageants. On note des résultats inégaux selon les spécialités de DUT, certains montrant des taux d’échec importants allant jusqu’à 45 ou 50%. Les raisons de ces chiffres : la confrontation de la réalité à une représentation idéale de la formation, des matières d’enseignement fondamentales discriminantes par leur exigence, par exemple. Parmi les difficultés exprimées arrive en tête la mauvaise organisation du travail, puis viennent la difficulté à trouver un stage, la méthodologie pour les révisions, l’attention en cours et très loin derrière, l’expression française.

Quant aux besoins déclarés en matière d’aide, ils sont assez divers : des rencontres avec des anciens, des professionnels, du suivi individuel, la gestion du stress, du soutien disciplinaire pour la préparation aux examens.
Il est intéressant de relever dans notre étude le fait que 24,5% de nos étudiants ont effectué un cursus universitaire antérieur, dont 14,5% qui n’ont pas validé de semestre. La réorientation vers l’IUT est donc un élément non négligeable de leur réussite.
La mobilité sociale

Les 844 questionnaires renseignés et l’analyse des chiffres de scolarité pour les promotions de DUT donnent la photographie suivante des profils sociologiques de nos étudiants.

Parmi les chiffres significatifs, notons que 24,1% des étudiants sondés ont un père cadre, et 20,3% employé. 35,2% des mères sont employées, et 22% d’entre elles sont des cadres intermédiaires. La catégorie « agriculteurs exploitants » est quant à elle très sous-représentée (0,8%). Rien de remarquable donc dans ces résultats qui dressent un portrait assez lisse des niveaux sociaux des familles par rapport à l’intégration de leurs enfants à l’IUT. Il reste que 29,4% de nos étudiants de DUT sont boursiers. Les étudiants du département Chimie et ceux du département Informatique sont les plus nombreux à bénéficier d’une bourse, respectivement 40,7% et 35,8%.

Si l’alternance se développe à partir de la licence, permettant aux étudiants d’être autonomes financièrement, au moins en partie, 78% des étudiants de DUT ne travaillent pas en dehors de leurs études. Le rythme de la scolarité, à plein temps, rend difficilement compatible la formation et l’emploi. Cela oblige donc les familles des enfants non boursiers à prendre en charge l’étudiant pendant les deux ans de DUT.
Si l’on s’intéresse au niveau d’études des parents, on constate que 20% des pères ont un CAP ou un BEP, 11,7% un bac+2 (DUT, BTS, DEUG). 16,3% des mères ont un CAP ou un BEP, 15,3% le baccalauréat, 14,10% un DUT, un BTS, ou un DEUG. Ce qui laisse environ 21% des parents ayant fait trois ans d’études ou plus. Ces résultats restent cependant peu exploitables car près de 30% des étudiants sondés ne connaissent pas le niveau d’études de leurs parents. La mise en regard des parcours universitaires des parents et de nos étudiants n’est par ailleurs guère pertinente à ce stade puisque près de 80% de nos étudiants poursuivent aujourd’hui leurs études et n’ont donc pas achevé leur parcours universitaire.
L’enquête menée dans le même temps (mars 2010) sur le parcours professionnel des anciens étudiants de l'IUT Robert Schuman, via les différents réseaux sociaux (tels que « copain d'avant », « viadeo » ou encore « facebook »), et les listes fournies par les différents départements de l'IUT a permis d’obtenir 530 réponses à partir de 2400 questionnaires. Elle pointe que 3% des mères d’étudiants diplômés sont cadres et 16% des pères. Parmi ces mêmes étudiants, 30% s’annoncent cadre et 50% ont le sentiment d’une mobilité sociale. Néanmoins les disparités entre spécialités sont importantes. Ils sont 68% en génie civil à s’estimer d’une catégorie sociale supérieure à celle de leurs parents quant ils ne sont que 40% en Information-Communication. Cette ascension se caractérise avant tout pour eux par un salaire supérieur ou un niveau d’études supérieur. Badradine témoigne par exemple : « mon père était ouvrier pendant 40 ans, moi je suis cadre supérieur. Je gagne quatre fois son salaire et suis deux fois plus jeune ! Alors oui, j’estime avoir eu une ascension sociale financière, culturelle, intellectuelle et territoriale ».

Agir pour la réussite et l’ascension sociale
Forts de ces résultats mais aussi simplement de la détermination d’aller plus loin dans notre dynamique pour la réussite et surtout la mobilité sociale, nous avons mis en œuvre des stratégies d’action.
Notre première volonté est d’agir réellement en amont des choix ou non choix d’études. Il s’agit d’informer et sensibiliser les élèves dès le collège, quand le champ des possibles est plus nettement ouvert, pour donner aux jeunes les moyens de leur projet personnel et professionnel. Dans ce dessein, nous ambitionnons la représentativité des cibles en visant les établissements ruraux ou de zones sensibles. La labellisation de l’IUT Robert Schuman comme tête d’une cordée de la réussite à partir de 2011 est un pas important vers cet objectif.
Plus largement, mais plus finement qu’une simple information sur l’offre de formation, nous voulons développer un accompagnement à la construction du parcours du jeune. L’information existe et est grandement mise à disposition, certes, mais l’appropriation par le jeune en quête d’orientation et de projection reste difficile. La connaissance des filières, de leurs attendus, de la culture disciplinaire et « d’école », des possibilités d’aide sociale et médicale reste trop parcellaire.
Une démarche positive en faveur de tous les étudiants mais aussi des jeunes issus de contextes défavorisants doit ainsi nous amener à mieux individualiser les accompagnements en amont et en cours de formation (tutorats par les pairs, suivi individualisé par les enseignants, aide à la candidature, aide à l’insertion). Nous sommes bien conscients de notre rôle à jouer pour l’ascension sociale par l’insertion professionnelle, plus difficile pour nos étudiants ne bénéficiant pas de réseaux personnels. Paradoxalement, alors que la mission première des IUT reste cette insertion professionnelle immédiate, qu’il faut garantir à tous en effet, le DUT se révèle de plus en plus souvent un passage assuré et rassurant dans un parcours d’études longues. A l’ère du schéma LMD (licence, master, doctorat), la progression permise par l’acquisition d’un bac+2 professionnalisant, puis d’une licence en un an (souvent professionnelle), voire d’un master, séduit les jeunes. On ne peut d’ailleurs pas affirmer à leur entrée en formation que l’ascension sociale motive leur projet d’études. C’est bien plus souvent la réussite, l’accompagnement au projet personnel au cours du DUT, et il faut le dire les difficultés d’emploi, qui déterminent les prises de décision sur la poursuite d’études.
Les technologies de l’information et de la communication, en particulier les dispositifs numériques de formation et de suivi doivent être exploités comme outils complémentaires d’aide à la réussite : tutorat à distance, e-portfolios, etc.

Enfin, même si nous en connaissons toutes les limites, nous poursuivons avec persévérance les actions en cours menées pour aider les étudiants en difficulté : ateliers de méthodologie du travail, de connaissance de soi, d’expression-communication, soutien disciplinaire, groupes spécifiques, tutorat, accompagnement individualisé, etc.
Notre projet de Diplôme Universitaire Tremplin Réussite, qui nous permet d’accueillir de février à juin les étudiants en difficulté ou en souhait de réorientation de toutes les composantes de l’Université de Strasbourg est presque un symbole de notre engagement et de notre spécificité. Notre objectif est de former ces jeunes en décrochage à la méthodologie de travail, de développer leur culture générale et disciplinaire, de les accompagner dans leur projet personnel en développant un axe fort sur la professionnalisation.


Notre posture, pour ce colloque 2010 de Thémat’IC était donc particulière. Nous souhaitions inviter la recherche à apporter un éclairage sur notre mission d’action et désirions pour ce faire confronter aussi les expériences et expérimentations, afin que ces travaux deviennent source d’inspiration et de comparaison, et surtout un terreau qui viendrait nourrir notre réflexion. C’était là aussi tout l’intérêt pour nous d’articuler mobilité sociale et réussite, enjeux locaux et regard global.

La question qui se pose est clairement celle de l’efficacité de l’enseignement supérieur, sa capacité à intégrer et accompagner les étudiants jusqu’à leur réussite. Nous sommes conscients, malgré la richesse des actions et des expérimentations menées ici et ailleurs, des limites de ces dispositifs compensatoires d’une pédagogie universitaire et d’une éducation à l’orientation qui doit être repensée.

Mais en dehors des idéologies, au dessus des politiques de prestige ou de légitimation, au-delà des contraintes et des freins, il nous faut garder une volonté d’action, peut-être idéale, certainement idéaliste, mais convaincue et, somme toute, jusque là trop modestement convaincante.

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