Chapitre ier





télécharger 356.45 Kb.
titreChapitre ier
page1/14
date de publication08.02.2017
taille356.45 Kb.
typeDocumentos
d.20-bal.com > documents > Documentos
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   14




H. Pouget de St André

La colonisation de Madagascar sous Louis XV

d’après la correspondance inédite du comte de Maudave




CHAPITRE Ier.


Des événements récents ont appelé l’attention publique sur Madagascar. Un nombre considérable d’ouvrages ont déjà paru en faveur de la colonisation de la grande île africaine. Nous pensons néanmoins que l’on accueillera avec intérêt des documents inédits sur ce sujet.

Personne n’a encore donné de détails sur l’établissement fondé en 1768 à Fort-Dauphin par le comte de Maudave. C’est pourtant une période intéressante de l’histoire de Madagascar. Il est curieux d’étudier les résultats obtenus par cet officier, avec cinquante hommes seulement, sans argent et sans secours d’aucune sorte.

Si le ministère Choiseul, trompé par de faux rapports, n’avait pas rappelé M. de Maudave, il est très probable que l’île de Madagascar tout entière serait alors devenue française. « Par l’exécution de son plan, nous serions établis d’une manière immuable à Madagascar1. » Les rapports et les mémoires de Maudave occupent une place considérable dans les archives du ministère de la marine2. Des papiers de famille nous ont permis de compléter ces documents. Indépendamment de l’intérêt historique que présente cette correspondance, on y trouvera une foule de renseignements utiles. Malgré les modifications survenues en Europe et en Afrique depuis un siècle, le plus grand nombre des observations de Maudave ont encore de l’actualité.

Avant d’entrer dans le récit des événements, il est nécessaire de donner quelques détails sur le personnage qui y joue le principal rôle.

Louis-Laurent de Féderbe, comte de Maudave, naquit en 1725 au château du Fayet (près Grenoble), d’une ancienne famille alliée aux Polignac, aux d’Harcourt, etc.3 Remarquablement intelligent, Maudave avait un caractère remuant et aventureux : dès l’âge de quinze ans, il prit la carrière des armes et fit presque toutes les campagnes de 1740 à 1756. Aide de camp du prince de Conti, blessé plusieurs fois, il fut décoré de l’ordre de Saint-Louis pour sa brillante conduite au siège de Mahon. Des aventures romanesques lui firent quitter la France pendant quelques mois, et accompagner le prince de Wurtemberg en qualité de chambellan dans plusieurs cours d’Europe.

En 1756, il partit pour l’Inde avec Lally. On se souvient que la petite armée française accomplit des prodiges de valeur, rendus inutiles par l’incapacité de Lally4. Pour ne citer qu’un fait, le marquis de Bussy, avec 800 Français et 3,000 cipayes, traversa cent lieues de pays ennemi, et battit trois armées d’environ 100,000 hommes chacune5. Il n’est que juste de rappeler à l’admiration publique les noms des principaux auteurs de ces faits d’armes, MM. de Crillon, de Landivisiau, d’Estaing, de Soupire, de Breteuil, de Maudave, etc. Nommé colonel peu après son arrivée, Maudave se distingua à la prise du fort Saint-David, et s’empara de la ville de Sadras6. Entre deux batailles, il trouva le temps d’épouser Mlle Porcher de Soulches, fille du gouverneur de Karikal (1758). Ce mariage, qui lui donna une fortune très considérable, mit fin à une jeunesse orageuse.

Rappelé en France l’année suivante, le jeune colonel n’assista pas à la prise de nos colonies indiennes par les Anglais. Les propriétés de M. Porcher de Soulches furent alors brûlées et pillées, et Maudave se trouva de nouveau dans une position de fortune modeste. Il demanda aussitôt à être renvoyé dans l’Inde. Il reçut, au lieu d’un régiment, qui lui aurait été plus utile, le pouvoir suivant : « M. de Maudave est autorisé à susciter aux Anglais le plus d’ennemis et d’embarras qu’il lui sera possible…7 Il est en droit d’exiger de tous les sujets du roi propres à la guerre de se joindre à lui pour recommencer les hostilités contre les ennemis du roi… Les gens de guerre de tout grade devront exécuter ce qui leur sera ordonné par M. de Maudave… »

Mais aucune somme d’argent n’était jointe à cette commission. « Outre les difficultés qui naissaient du fond de l’entreprise, j’avais, dit-il dans ses rapports, à lutter contre la mauvaise volonté de la plupart de mes compatriotes. » Maudave réussit pourtant, à force de diplomatie, à armer contre l’Angleterre le roi de Maduré et d’autres princes indiens. Il mit ainsi nos ennemis dans un terrible embarras8. Le général Law­rence, qui les commandait, osa déclarer que les Français pris les armes à la main seraient pendus. Mais cette menace ne lui réussit pas : après avoir investi la ville de Maduré, il fut obligé de lever le siège et de battre en retraite. Ce succès de Maudave releva dans l’Inde le prestige de la France.

Mais la fin de la guerre de Sept ans rendit inutile la mission du jeune colonel. Il partit pour l’île de France, où, avec les débris de sa fortune, il acheta des propriétés. De là il fit un voyage d’exploration à Madagascar. Frappé des richesses prodigieuses de ce beau pays, il conçut le projet d’entreprendre la conquête de la grande île africaine.

On verra, dans le chapitre suivant, comment il fut chargé par le duc de Praslin d’aller reprendre possession du Fort-Dauphin.

Deux ans plus tard, la jalousie et les faux rapports du gouverneur de l’île de France devaient faire abandonner la nouvelle colonie. À son retour, Maudave trouva ses propriétés de l’île de France incendiées. C’était la seconde fois qu’il perdait sa fortune. De plus, il avait espéré attacher son nom à la conquête de Madagascar, et il voyait toutes ses espérances déçues. Il semblait, ainsi qu’il l’a fait remarquer plusieurs fois, qu’une mauvaise étoile se fût obstinée à contrarier toutes ses entreprises.

Un autre se serait laissé aller au découragement, ou se serait reposé après cinquante années si bien remplies. Mais Maudave n’était pas homme à rester dans l’inaction. Dès qu’il a perdu tout espoir de recommencer une expédition à Madagascar, il conçoit un dessein d’une audace incroyable : il va demander à l’empereur mogol le commandement d’une armée, pour chasser les Anglais de l’Inde. Accompagné de deux ou trois amis et de quelques serviteurs, il traverse plusieurs centaines de lieues, au milieu de populations souvent hostiles. La fortune paraît d’abord lui sourire. L’empereur, qui l’avait connu autrefois, l’accueille avec bienveillance et lui promet une armée. Maudave profite de ces bonnes dispositions pour lui faire signer une lettre où l’empereur demande à Louis XVI l’alliance et le protectorat de la France.

Mais tout à coup la mauvaise étoile de Maudave reparaît. Le Grand Mogol meurt subitement. Son successeur ne tient aucune de ses promesses ; suivant le conseil de ses courtisans, il donne à Maudave un commandement sans importance. Celui-ci, placé sous les ordres de Madec, aventurier français parvenu au grade de général en chef des armées mogoles, est soigneusement tenu à l’écart et ne reçoit rien des appointements considérables qui lui étaient dus9. Au bout de six mois, Madec lui offre en paiement la propriété de deux mille cipayes. Maudave accepte, pour ne plus dépendre de personne, et, se souvenant des exploits du marquis de Bussy, il se met à combiner des plans de campagne. Alors Madec se ravise, craignant de le voir remporter trop de succès ; il déclare que l’empereur s’oppose à l’arrangement convenu et ne veut se dessaisir d’aucune fraction de ses troupes. Profondément découragé, Maudave quitte l’armée mogole et va mourir de la fièvre à Mazulipatam (1778).

Il laissait trois filles, dont l’une épousa le colonel Pouget de Saint-André, la seconde l’amiral Morard de Galles, la troisième M. de Lamartellière.

Maudave était fort instruit et écrivait remarquablement bien. Ce qui reste de sa correspondance remplirait aisément quinze volumes. Il est l’auteur d’un Journal de Madagascar dont nous parlerons dans la suite, d’un Voyage aux Indes orientales, d’un Voyage à la cour du Grand Mogol10, d’un volume sur l’Inde11 et de très nombreux mémoires12.

On a également de lui une traduction13 de l’Histoire de Philippe V, écrite en espagnol par le marquis de Saint-Philippe.

Son style est facile et élégant. Maudave avait de l’esprit et beaucoup d’imagination. Si l’on songe qu’il est entré au service à l’âge de quinze ans, on s’étonne que son éducation ait pu être si soignée.

« Personne n’était plus aimable, écrit l’un de ses contemporains14, et plus généralement aimé. Sa conversation avait toujours, pour les hommes dignes de l’entendre, les charmes de la nouveauté. Il avait parcouru toute l’Europe ; il avait vu avec fruit ; il avait connu tous les hommes célèbres de son temps ; il était inépuisable à raconter et encore plus intéressant à écouter. »

Travailleur infatigable, aussi habile administrateur que bon officier, d’une rare délicatesse de sentiments, Maudave a consacré sa vie au service de son pays. Il ne lui a manqué qu’un peu de chance pour arriver à la gloire.
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   14

similaire:

Chapitre ier iconChapitre ier : Des plans départementaux d’action pour le logement des personnes défavorisées

Chapitre ier iconProjet d’ordonnance n° 2015- du
«Chapitre Ier : Dispositions générales relatives à la prévention, à la surveillance et à la lutte contre les dangers sanitaires concernant...

Chapitre ier iconChapitre Ier : Création d'un dispositif d'interdiction de sortie du territoire
Art. L. 224 Tout Français peut faire l'objet d'une interdiction de sortie du territoire lorsqu'il existe des raisons sérieuses de...

Chapitre ier iconTitre ier : favoriser l'accès de tous à un logement digne et abordable
Art. L. 200 Sans préjudice des autres formes juridiques prévues par la loi, les sociétés d'habitat participatif peuvent se constituer...

Chapitre ier iconComité Technique Ministériel du Travail du 15 décembre 2016 sur le...
«Travail» (codifié L8124-1 du code du travail) «Le titre II du livre Ier de la huitième partie du même code est complété par un chapitre...

Chapitre ier iconArticle 5 I. Avant l'article 372 du code civil, IL est inséré une...
«Art. 286. Les conséquences du divorce pour les enfants sont réglées selon les dispositions du chapitre Ier du titre IX du présent...

Chapitre ier iconTitre ier champ d'application et principes fondamentaux

Chapitre ier iconTitre Ier. Des associations sans but lucratif

Chapitre ier iconTitre Ier : Création et organisation de la nouvelle profession d’avocat

Chapitre ier iconTitre ier : Les orientations de la politique de sécurité et la programmation...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com