Chapitre ier





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CHAPITRE II.


On sait que les tentatives de colonisation faites à Madagascar au dix-septième siècle aboutirent au massacre des colons en 1672. Louis XIV et Louis XV rendirent des édits pour réunir Madagascar au domaine de la couronne ; mais aucune expédition ne fut alors tentée pour en reprendre possession.

La perte de nos colonies, par le traité de Paris en 1763, fit souvenir des droits que la France avait sur Madagascar. Il était urgent de trouver des compensations aux pertes que nous avions subies. M. de Maudave était alors un des rares officiers qui eussent exploré une partie de la grande île africaine. En outre, « il avait étudié avec une scrupuleuse attention les causes de nos échecs antérieurs15. » Convaincu des immenses avantages que présenterait pour la France la conquête de Madagascar, il rêvait d’attacher son nom à cette grande entreprise.

La colonie de l’île de France le députa, à la fin de l’année 1766, pour aller demander des secours à Paris. Lorsqu’il y arriva, les dispositions du ministre de la marine étaient déjà prises. Mais le duc de Praslin, ancien ami de son père16, reçut Maudave avec de grandes protestations d’amitié. Celui-ci en profita pour exposer au ministre ses idées sur Madagascar et lui proposer d’y fonder un établissement. Le duc de Praslin lui accorda plusieurs audiences et l’invita à rédiger un rapport sur ce sujet. En voici les principaux extraits17 :

« … Je me flatte que Monseigneur est intimement persuadé de la nécessité de jeter les fondements d’un puissant établissement à Madagascar. Les îles de France et Bourbon, séparées de cet objet, ne sont qu’une occasion de dépense pour le gouvernement, sans utilité pour le commerce du royaume. Les frais que coûteront les troupes nécessaires pour les défendre, les fortifications qu’il faudra élever dans la première, etc., seront en pure perte, car en isolant ces deux îles il est impossible de les conserver… D’un autre côté, l’île de France est le rempart de Madagascar. Par conséquent le succès du projet demande que cette île soit mise en état de défense…18

« Jamais entreprise ne coûta moins à tenter et n’offrit plus d’avantages. Le pays est remarquablement fertile, surtout au point de vue de la culture des grains, qu’il produirait aussi avantageusement, et avec autant de variété dans les espèces, que telle autre terre que ce soit. La colonie pourvoirait elle-même à cette partie essentielle de sa subsistance. Elle serait de plus en état d’en exporter la quantité nécessaire à l’approvisionnement de l’île de France et de nos comptoirs des Indes. Nos vaisseaux trouveraient dans ses ports les farines et les biscuits dont ils auraient besoin.

« Les troupeaux de toute sorte se multiplient aisément, presque sans soins ; ils sont déjà très nombreux. Cette multiplication serait l’objet d’un très grand commerce.

« Les salaisons y réussissent très bien. La vente des cuirs et des suifs augmenterait encore le produit de ce négoce. La compagnie dont Flacourt était administrateur couvrait ses dépenses par le seul débit des cuirs.

« Le chanvre croît naturellement partout ; il est de la même qualité que celui de France. On pourrait donc fabriquer des corderies de toutes espèces et des toiles de toutes les façons, objets d’une consommation immense pour la seule fourniture de la marine des Indes, où les cordages et les toiles à voiles sont à un si haut prix.

« Les cannes à sucre, le coton, l’indigo, la soie, la cire, se trouvent en abondance dans le pays. Ces richesses sont perdues pour la plupart ; il ne tiendra qu’aux colons d’en faire usage.

« L’un des premiers travaux dont il faudra s’occuper, c’est la construction de quelques forges. Les frais en seraient moindres que partout ailleurs. Le fer se trouve ici dans la plus grande abondance et de la meilleure qualité. Un objet qui ne doit pas être négligé, c’est la pêche de la baleine et des autres poissons propres à donner de l’huile. Les côtes en fourmillent.

« Je ne connais pas assez le règne minéral de cette île pour entrer à ce sujet dans une longue énumération. On sait pourtant, à n’en pas douter, qu’il y a des mines d’or dans les environs du Fort-Dauphin. On m’a montré une montagne d’où les Portugais en ont autrefois tiré. Les gens du pays en ont une si grande quantité, qu’il faut bien que leurs montagnes leur en fournissent, car il n’est pas croyable qu’il soit le fruit de leur commerce avec les étrangers.

« La base de notre projet doit être de ne présenter l’esclavage sous aucune forme aux habitants du pays. Aussi l’usage où nous sommes de traiter des esclaves doit être aboli. Et il est à propos que je sois autorisé à empêcher les vaisseaux qui abordent dans l’île de continuer leur négoce19. Notre police interdit les mariages de sang mêlé20. Ce principe est bon dans une colonie où la population est divisée en deux classes, les maîtres et les esclaves. Mais le nouvel établissement est dans un cas tout différent. Il s’agit de policer un peuple libre et de nous l’incorporer en quelque sorte. La liberté indéfinie des mariages est un excellent moyen d’y parvenir. Qu’importe d’ailleurs à l’État que l’épouse d’un forgeron ou d’un charpentier, dans une île aussi éloignée de la France, soit blanche ou noire ?…

« Les femmes de Madagascar ont, comme par toute la terre, une suprême influence sur les esprits. Nous voyons, dans les anciennes relations, que les brigands envoyés dans cette île par M. le maréchal de la Meilleraye ne s’y soutinrent si longtemps, malgré leur cruelle rapacité, que par l’appui de quelques alliances semblables à celles que nous proposons.

« Les femmes de cette île sont capables de tendresse et d’attachement. On en trouve de toutes couleurs et même de blanches. La plupart des créoles de Bourbon ont une origine madécasse21.

« Ce qu’il y a de plus pressé sera de faire passer à Madagascar des ouvriers et des artisans de toute sorte. Il n’est pas nécessaire que le roi les prenne à son service, en leur procurant le passage sur les vaisseaux de la compagnie. Il s’en présentera en foule pour l’île de France, et, les ressources de travail et de fortune étant sans comparaison plus abondantes à Madagascar, ils s’y rendront volontiers.

« On pourra bientôt substituer aux matelots français des nègres de l’île, qui ont assez de penchant pour la navigation, et qui s’offriront en foule pour servir sur nos vaisseaux, quand ils auront l’assurance d’y être bien traités et de revenir dans leur pays.

« C’est par l’exemple et par les mœurs, c’est par l’influence de la religion et de la supériorité de notre police, que nous devons étendre nos progrès. La société est toute formée. Nous ne devons songer qu’à nous mettre à sa tête, et à la diriger suivant nos vues et nos intérêts. Le germe de tous les métiers et des arts les plus nécessaires existe parmi les Madécasses. Il ne faut que le développer.

« M. de Flacourt affirme dans ses relations que les Madécasses montraient une grande propension à embrasser le christianisme. C’est un grand attrait pour nous les concilier. Il serait donc à propos d’envoyer avec moi trois ou quatre ecclésiastiques jeunes, savants, modérés, qui eussent de l’esprit et de bonnes intentions, pour étendre par la puissance de la parole notre domination sur les Madécasses.

« On ne peut cesser de le répéter, ce qui donne une juste espérance de profiter de cette contrée, c’est la facilité qu’on trouvera à civiliser les peuples qui l’habitent.

« Les succès des Anglais dans les Indes ont influé sur leur situation en Europe ; peut-être que la dette nationale les aurait écrasés, sans les secours qu’ils ont tirés de Surate et du Bengale.

« Nous aurons des succès moins brillants, mais plus réels et plus solides. Je prédis qu’avant cinq ans l’établissement de Madagascar consommera dix cargaisons, ou huit mille tonneaux de marchandises du royaume, qu’il paiera de l’industrie des Madécasses.

« Jamais entreprise ne coûta moins à tenter. Il n’est besoin ni de moyens ni de fonds extraordinaires. Tout doit s’exécuter de l’île de France. Ce n’est qu’un léger déplacement. Il est absolument indifférent de payer deux ou trois mille hommes dans cette colonie ou à Madagascar.

« Je propose de partir par les premiers vaisseaux. Je serai à l’île de France en avril, et à Madagascar en juillet. Quand on recevra en France les premiers avis de mon arrivée, l’établissement sera formé, le Fort-Dauphin nettoyé et occupé, des maisons bâties.

« Il est important de prescrire à l’île de France un profond secret sur ce dessein. On le cachera sous le prétexte de faciliter les traites. L’établissement étendra ses racines dans l’intérieur avant qu’on ait pénétré le mystère22.

« J’ai ouï dire que feu M. le maréchal de Saxe avait eu cette idée pour lui-même. Je l’ai conçue pour ma patrie, et je demande que l’exécution m’en soit confiée, prêt à y employer mes soins, mon zèle, ma bonne volonté, et ma vie même, s’il le faut. Ceci n’est point une façon de parler : je m’engagerai volontiers à ne quitter l’île que lorsque l’établissement sera dans sa force et sa splendeur.

« Le succès de ce projet illustrera le ministère de M. le duc de Praslin jusqu’à la postérité la plus reculée. C’est le plus important service qu’il puisse rendre à l’État. Il va réparer toutes nos pertes en Asie et en Amérique, assurer du même coup notre commerce des Indes, et se mettre en situation de prendre un jour la revanche la plus terrible et la plus complète de nos ennemis. »

À ce mémoire était jointe la pièce suivante :

État de ce qui est nécessaire pour la formation d’un établissement à Madagascar.

« Les bâtiments qu’il faudra faire pour le roi consistent en une petite église, la maison du gouverneur, la salle d’armes, le magasin à poudre, deux magasins, un corps de caserne, deux pavillons pour loger les officiers et les employés, un hôpital et une prison. Je prie M. le duc de Praslin d’observer que, dans la forêt que j’ai fait défricher à l’île de France, j’ai fait avec mes seuls ouvriers noirs, sous la conduite d’un maître charpentier français, des ouvrages aussi nombreux et aussi grands que ceux que je propose ici. Les noirs du pays couperont les bois nécessaires et les apporteront au Fort-Dauphin. Il n’en coûtera qu’un léger présent au chef du pays et quelques barriques d’eau-de-vie aux noirs. Mais il serait à propos de joindre 25 ouvriers aux soldats que j’ai demandés.

« Troupes :

200 soldats ;

10 canonniers ;

16 sergents ;

4 capitaines ;

4 lieutenants ;

un major ;

un aide-major.

« Artillerie :

deux pièces de 24 ;

deux pièces de 8 ;

quatre pièces à minute ;

six petits mortiers de 6 pouces.

« Employés :

un commis du trésorier ;

un garde-magasin ;

en outre, un commis pour chacun d’eux.

« On estime leurs appointements à 3,600 fr.

« Hôpital :

un chirurgien-major ;

un aide ;

un infirmier ;

un apothicaire ;

un aide ;

un garçon.

« Leurs appointements sont évalués à 4,200 francs. »

Ces demandes de M. de Maudave étaient bien modérées. On verra pourtant, dans la suite, qu’on ne lui en accorda pas la moitié.

Le rapport dont nous venons de donner des extraits fit impression sur le duc de Praslin. Il eut plusieurs entretiens avec Maudave, et fut frappé de son intelligence et de la justesse de ses idées. Le jeune colonel avait d’ailleurs le don de la persuasion ; il ne tarda pas à faire approuver ses vues par le ministre. Il insista sur les avantages d’un établissement purement commercial. « Son système, a dit M. Lacaille23, renonçant à l’occupation militaire, était basé sur le travail libre, et avait pour but une colonie agricole dont le seul objet devait être le commerce. »

Maudave pensait avec raison que la force est un mauvais moyen de colonisation. C’est par la persuasion et la patience qu’on réussit le mieux à civiliser les peuples et à se les assimiler. – La politique actuelle des Russes en Asie en est la preuve.

Ces projets de conquête pacifique rentraient tout à fait dans les vues du ministère Choiseul. Les finances de l’État étaient embarrassées, et un officier se contentant d’un crédit de 60,000 francs, pour une expédition d’une pareille importance, devait être bien accueilli.

Au commencement de l’année 1768, Maudave fut autorisé à aller reprendre possession de Fort-Dauphin et reçut le titre de « commandant pour le roi dans l’île de Madagascar ».

Il partit pour l’île de France, dont les administrateurs devaient lui donner des troupes. Il était convenu que le duc de Praslin lui ferait expédier, aussitôt après son départ, une quantité considérable de marchandises de traite, puis des colons et de l’argent. On verra dans la suite comment ces promesses furent tenues.
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