Chapitre ier





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CHAPITRE IV.


M. de Maudave débarqua à Fort-Dauphin le 5 septembre 1768, avec cinquante hommes seulement et quelques amis, le comte de la Marche, MM. de Poilly, de Mareuil, de Valgny, de la Coulonnerie, de Linetot, etc. Bernardin de Saint-Pierre devait d’abord l’y rejoindre, mais une circonstance puérile les brouilla30.

Fort-Dauphin est situé au sud-est de Madagascar, à l’extrémité d’une petite presqu’île (par 25 degrés de latitude sud).

Les côtes présentent alternativement des plages sablonneuses et d’énormes rochers que les navigateurs comparent dans leurs récits à des ruines monumentales. Une épaisse forêt31 s’avance jusqu’au bord de la rade de Fort-Dauphin, où les vaisseaux trouvent un assez bon mouillage32. La brise de mer, généralement assez forte, tempère l’ardeur du soleil et refoule dans l’intérieur de l’île les émanations des marécages, d’ailleurs assez éloignés. Aussi Fort-Dauphin est l’un des points de la côte les moins malsains. Le climat y est fort agréable : la température oscille entre 15 et 29 degrés centigrades. Une source fournit une eau excellente. La mer est agitée le jour et calme la nuit. Un violent courant du nord au sud gênait beaucoup les navigateurs avant l’invention de la vapeur.

Cette partie de l’île est d’une grande fertilité et la végétation des tropiques s’y développe dans toute sa splendeur. L’aspect du pays est grandiose : au nord et à l’est, d’immenses forêts vierges ; à l’ouest, de vastes étangs, où les troupeaux de bœufs viennent se désaltérer ; et à une lieue et demie de la mer, une chaîne de montagnes escarpées qui se détachent pittoresquement sur le ciel.

Fort-Dauphin est l’un des points que la commission d’enquête de la chambre des députés a proposé dernièrement d’occuper. Les Antanosses, qui peuplent encore aujourd’hui cette partie de l’île, détestent les Hovas ; toutes leurs sympathies sont pour la France, à laquelle ils se souviennent fort bien que leurs ancêtres obéissaient. Ils parlent quelquefois le français, et presque toujours le patois créole. Beaucoup d’entre eux vont se placer chez les planteurs des îles de France et Bourbon. Ils sont doux, paisibles, et susceptibles d’attachement envers leurs maîtres. On pourrait lever dans leur province des compagnies d’auxiliaires commandés par des officiers et des sous-officiers français. Ils ont déclaré dernièrement qu’ils marcheraient avec nous contre les Hovas, si nous leur promettions d’occuper le Fort-Dauphin d’une manière durable et d’y laisser un vaisseau pour les protéger contre la vengeance de leurs ennemis33. Mais, dans l’état actuel de notre politique, ils ne veulent pas se mettre en campagne, pour s’exposer à être ensuite abandonnés aux représailles des Hovas. Ce raisonnement semble prouver que ces nègres ne sont pas aussi dénués d’intelligence qu’on se l’imagine. Nous ignorons quelles sont à leur égard les intentions du gouvernement français.

Lorsque M. de Maudave débarqua à Fort-Dauphin, les Malgaches, d’abord assez étonnés, ne firent aucune démonstration hostile. Le nouveau gouverneur offrit de petits présents aux souverains du voisinage et leur déclara que le roi Louis XV l’envoyait commander à tous les Français attirés à Madagascar par le commerce. « Sa Majesté, leur dit-il, offre sa protection aux chefs qui voudront vivre en bonne intelligence avec les Français. Nous ne voulons rien acquérir à vos dépens, mais seulement nous entendre avec vous et commercer librement. »

Ces sages paroles satisfirent complètement les princes malgaches. Maudave les invita à venir le voir au fort.

Ne rencontrant aucune opposition, il recula tout de suite les anciennes limites des possessions françaises jusqu’à la rivière Itapère au nord, et la rivière Fanshere à l’ouest.

« Ce territoire, écrivit-il au duc de Praslin, coûte au roi un habit rouge galonné en argent faux, un grand chapeau brodé et le reste de l’accoutrement, dont le chef du pays a été gratifié. La cession a été faite avec beaucoup de solennité. »

Maudave fut bientôt décidé à conserver le Fort-Dauphin comme principal établissement. Voici les raisons qu’il en donnait :

« 1° Le Fort-Dauphin peut être un poste de guerre inexpugnable.

« 2° L’air y est fort sain, et la terre d’une grande fertilité.

« 3° Le pays est très peuplé : il y a plus de quatre-vingts villages à dix ou douze lieues à la ronde.

« 4° Les gens du pays paraissent désirer que nous nous fixions parmi eux.

« 5° Leurs chefs obéiront à celui d’entre eux auquel nous donnerons notre confiance, de sorte que nous n’aurons affaire qu’à un seul, ce qui abrège beaucoup les difficultés.

« 6° Dans l’espace de terrain qu’on nous a cédé, et qui peut être facilement augmenté selon nos désirs, on peut élever un troupeau immense de gros bétail.

« Il y a en outre, sur nos terres, plusieurs grands horracs qui doivent fournir une quantité considérable de riz. On appelle horracs, des morceaux de terre fermés de petits murs qui retiennent les eaux pour former une espèce de marécage ; on y fait entrer un troupeau de bœufs lorsque les terres sont détrempées. On fait marcher ces animaux dans tous les sens, et les traces de leurs pieds sont la seule sorte de labour que l’on donne à ces champs.

« Ces horracs sont tout faits. Les eaux y sont distribuées dans les divers compartiments ; il ne reste qu’à les planter. Les autres parties de ce terroir sont propres à la culture du blé.

« J’ai remarqué dans nos environs des revers de coteaux où la vigne réussira à merveille. Ajoutez à cela de vastes pâturages, de grands étangs pleins de poissons, et vous verrez que notre établissement sera bientôt à sa perfection.

« Les montagnes sont couvertes de bois ; ainsi nulle difficulté à se loger… Il y a sur notre territoire un grand village palissade. La montagne d’où M. de Flacourt assure que les Portugais tirèrent autrefois de l’or est à quatre lieues d’ici. Elle paraît pelée et aride. Elle borne nos possessions, et nous pouvons la regarder comme faisant partie de notre territoire. Je la ferai examiner soigneusement…

« Ce premier projet ne doit pas faire renoncer à l’établissement à faire dans le nord. Avec des hommes, des armes et de l’eau-de-vie, je ferai ce que je voudrai dans ce pays sans jamais employer la violence…

« Je vais faire un voyage d’exploration en commençant par le sud. Je reviendrai par la vallée d’Amboule et Itapère, de manière que j’aurai parcouru plus de soixante lieues à cheval. À mon retour je vous enverrai, Monsieur le duc, une notice exacte des pays que j’aurai traversés. Cette course servira de plus à me faire reconnaître et respecter des chefs madécasses. La plupart sont déjà venus au fort ; ils m’attendent chez eux, et j’en serai certainement bien reçu.

« Les princes de ce pays sont tous de petits tyrans avides et cruels, qui égorgent et dépouillent leurs sujets pour le plus léger intérêt. Les Madécasses préféreront sans doute une domination plus humaine où ils trouveront leur sécurité et leur avantage.

« Ceux de ces princes qui auront plus de sens et de lumières nous offriront d’entrer dans notre alliance, comme ils firent en 1653 avec M. de Flacourt. Le premier qui en donnera l’exemple en entraînera beaucoup d’autres.

« Je compte déterminer le grand de Fanshere, qui réside à trois lieues d’ici, à embrasser un parti si salutaire pour lui et pour nous. Il se nomme Maimbou ; il sait assez bien le français, il trouve l’eau-de-vie la plus délicieuse boisson du monde…

« Comme M. de Saint-Pierre est assez versatile, peut-être que l’envie de venir à Madagascar lui aura pris ou lui prendra. Dans l’un ou l’autre cas, je vous prie instamment de ne pas me l’envoyer34. La vie que je mène et le genre d’affaires dont je me suis chargé exigent qu’on ne me donne personne qui ne me convienne, et que je sois maître de me débarrasser de tous ceux dont j’aurai sujet d’être mécontent.

« Je me décide à faire venir Mme de Maudave près de moi, car ce voyage lui coûtera moins qu’une longue absence. En outre, les chefs du pays, me voyant un air d’établissement, me respecteront et me rechercheront davantage. »

Mme de Maudave ne tarda pas, en effet, à venir rejoindre son mari, sans se laisser effrayer par les dangers et les maladies. Elle emmena avec elle ses enfants35 ; elle était aussi accompagnée de sa mère, Mme Porcher de Soulches, femme énergique et intrépide. – Lally prétend même36 que c’est Mme de Soulches, et non son mari, qui commandait la garnison de Karikal pendant la guerre de l’Inde.

Maudave prit l’habitude, aussitôt après son arrivée à Fort-Dauphin, de consigner chaque soir dans un journal les faits principaux de la journée, avec les réflexions que lui suggéraient les événements. La partie la plus considérable de ce journal (qui devait avoir cinq ou six volumes) a disparu. Le commencement37 se trouve dans les archives du ministère de la marine. Commerson en donne de très nombreux extraits dans son manuscrit sur l’histoire naturelle et politique de Madagascar38 ; mais il s’arrête au 31 décembre 1768.

La note suivante est en marge de la partie du journal qui a été conservée dans les archives ; est-elle de la main du duc de Praslin ? nous l’ignorons.

« Pour tout ce qui est de l’historique du sol, des productions, du caractère et des mœurs des habitants de Madagascar, M. de Maudave mérite d’autant plus de confiance, qu’il est toujours d’accord avec Flacourt, Rennefort, et toutes les personnes qui ont voyagé dans cette île, et auprès desquelles j’ai cherché des instructions. »

On trouvera dans les extraits suivants le récit des faits qui suivirent la prise de possession de Fort-Dauphin.
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