Surpris par ce retour alors que cela faisait bien quinze ans que tout observateur un peu attentif pouvait observer un recours croissant aux explications





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En Avril 2007, juste avant les élections présidentielles, l'éternel débat « inné/acquis » fit un retour en force. Nombre de commentateurs se sont déclarés surpris par ce retour alors que cela faisait bien quinze ans que tout observateur un peu attentif pouvait observer un recours croissant aux explications « innéistes » pour traiter de divers problèmes - psychologiques, politiques ou sociaux.

Ayant eu à l'époque l'opportunité de faire un travail en direction des enseignants1, j'ai complété celui-ci, durant l'année 2001-2002, par un Travail Dirigé fait avec des élèves de première ES en complément de leur cours de SVT2. C'est ce dossier que je présente ici

Vue l'ancienneté du dossier, les textes référencés sont antérieurs à 2000, beaucoup de textes et de livres ont paru depuis, mais ceux ci restent toujours utilisables.

La première partie du dossier intitulée « les applications de la génétique » oblige les élèves à mobiliser leurs connaissances issues du cours de SVT. Cette partie suppose que l'enseignant en Sciences économiques et sociales connaisse les données minimum en matière de génétique : ce peut être l'occasion d'échanger des connaissances avec les collègues de SVT ; il lui est également possible d'avoir recours aux très nombreux ouvrages de vulgarisation3 ou de consulter la première partie de mon article cité précédemment. Les parties II à VI traitent d'applications précises : Procréation médicalement assistée, médecine « prédictive », OGM, clonage. Les textes de ces parties donnent les idées essentielles mais il convient de les réactualiser.

Enfin les parties VII et VIII (documents 21 à 31) sont celles qui nous intéressent le plus puisqu'elles traitent deux thèmes : la présentation des progrès de la génétique par les médias (ce qui nous renvoie aux thèmes liés à l'information et à l'opinion publique qu'on peut aborder en première) ; enfin, le deuxième thème est celui qui porte sur le débat « inné /acquis » ; il convient de rappeler cependant que ce débat est loin d'être simple et que si, d'une part, il porte sur des prénotions de sens commun sur la prédétermination supposée des individus, il existe, d'autre part, un champ de recherche important qu'on peut nommer « génétique du comportement » dans lequel on peut trouver de tout, du « bon grain » et de l'ivraie4. Ce thème constituant le cœur de mon article « une société entière dans ses gènes », j'invite les collègues à s'y référer pour préparer ce TD.
I Les applications de la génétique

(Documents n° 1 à 11)

Document n°1

Il ne se passe plus une semaine sans qu'un hebdomadaire, et pas seulement spécialisé, fasse sa couverture sur les avancées génétiques. Il est vrai que les domaines concernés sont nombreux : dépistage des maladies génétiques et thérapie génique, organismes génétiquement modifiés, brevetage de l'ADN, identifications à partir de l'ADN dans les domaines les plus divers (recherche de paternité, recherche de criminels, détermination de l'existence d'un personnage historique...), clonage, suivi des migrations humaines dans le cadre de la «génétique des populations ». Et, bien entendu, il ne se passe pas une semaine sans qu'un chercheur, ou un journal, déclare qu'on a, ou aurait, mis en évidence un gène lié à un comportement ou à une pathologie : schizophrénie, sociabilité, homosexualité...

(T. Rogel : « Une société entière dans ses gènes » - DEES n° 122 - Décembre 2000)

Document n°2

La science génétique progresse toujours plus dans l'explication du vivant. Au début des années 60, on comprend comment les gènes contrôlent la fabrication des protéines, molécules essentielles des cellules. Pourtant, les bouleversements qui s'annoncent ne viendront pas d'une nouvelle révolution conceptuelle, ni même d'un nouveau développement des connaissances, mais juste d'un ensemble de techniques, de méthodes et de pratiques. « C'est l'avènement du génie génétique, qui surgit entre 1972 et 1974, explique Axel Kahn, directeur de recherche à l'Inserm et membre du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Ce n'est pas un changement dans le savoir, mais clans le savoir-faire. Désormais, les biologistes sont capables de reconnaître un gène particulier, de l'isoler, de le couper, de le cloner; de le transférer dans un autre organisme. Le gène, qui était jusque-là une notion un peu abstraite, insaisissable, devient une molécule comme les autres, que l'on peut manier comme les autres. »

« Le génie générique, poursuit le chercheur, c'est en résumé toutes les techniques permettant de faire réaliser par un être vivant tout ou partie du programme génétique d'un autre être vivant.

Si l'on met un gène d'homme dans une bactérie, celle-ci se met à fabriquer une protéine humaine. »

(Le Monde dossiers et documents n° 281 « Clonage, OGM : le marché du vivant » - Novembre 1999)

Document n°3

Le diagnostic des maladies

Le principal avantage des tests diagnostiques basés sur la détection des polymorphismes de l'ADN, c'est qu'ils permettent un accès direct et plus facile au génotype des individus. Les méthodes morphologiques ou biochimiques ne donnant accès qu'au phénotype, des études familiales complètes sont alors nécessaires pour accéder au génotype. Le diagnostic génétique est donc particulièrement précieux pour étudier des maladies récessives ducs à la mutation d'un seul gène, mais il s'applique en principe également à toutes les autres pathologies qui dépendent peu ou prou de la présence dans le génome d'allèles particuliers d'un ou de plusieurs gènes. Les différents types de tests diagnostiques mettent en œuvre des principes techniques variés.

(Charles Auffray : « Le génome humain" – Flammarion »- Dominos - 1996)

Document n°4

Autorisé depuis mars 1998, déjà mis en œuvre en Belgique, en Grande-Bretagne et en Espagne, le diagnostic préimplantation (DPI) est un examen génétique pratiqué sur un embryon de huit cellules, conçu par fécondation in vitro, avant son implantation dans l'utérus maternel. Cet examen, réalisé à partir d'une seule cellule, permet de s'assurer que l'embryon n'est atteint d'aucune anomalie du caryotype et de vérifier, lorsque le gène impliqué dans une maladie héréditaire est connu, si ce gène est « sain » ou non.

Son usage, qui évite le recours au diagnostic in utero et à un éventuel avortement thérapeutique, est actuellement limité à de très rares indications (mucoviscidose, myopathies, anomalies chromosomiques). Mais les dérives qu'autorise ce « tri » des embryons sont toujours possibles, pour ne pas dire probables. A mes sure qu'on découvrira la fonction de nouveaux gènes, davantage de tests seront proposés – ne serait-ce que pour assurer des bénéfices aux industries pharmaceutiques. Et la technique pourrait s'étendre à diverses affections génétiques de moindre gravité (telle l'hémophilie), voire à des composants héréditaires : aspect physique, comportement.

(Le Monde dossiers et documents n° 281 « Clonage, OGM : le marché du vivant » - Novembre 1999)

Document n°5

"La tâche reste entière pour interpréter ces séquences1 et mieux connaître ces gènes dont les scientifiques ignorent, pour environ 40% d'entre eux, la fonction exacte.

L'enjeu est de taille. Les médicaments de la pharmacopée actuelle visent moins de 500 cibles biologiques. La dernière édition du "Grand livre de la vie"2 laisse espérer environ 5000 cibles potentielles pour trouver les médicaments du futur."

1. Séquences A.D.N.

2. L'auteur fait référence au séquençage du génome humain.

(V. Lorelle - Le Monde - 13/02/01)

Document n°6 L'identification de l'individu

Les tests génétiques peuvent donc être assimilés à de véritables empreintes, analogues aux empreintes digitales largement utilisées à des fins d'identification. De fait les services de police en usent de plus en plus souvent dans le but d'identifier le coupable dans le cadre d'une enquête criminelle, en comparant les empreintes génétiques des suspects avec celles obtenues à partir de prélèvements biologiques (sang, sperme, cheveux par exemple).

Les tribunaux ont régulièrement à statuer sur des requêtes en reconnaissance de paternité et ont recours aux empreintes génétiques. Les services d'immigration sont saisis de demandes de regroupement familial et, en l'absence de documents d'état civil fiables, font appel à ces empreintes pour déceler les tentatives de fraude ou s'assurer de la véracité des liens de parenté affirmés par les requérants. Par ailleurs, les tests génétiques sont utilisés par les armées afin d'identifier les soldats morts sur le champ de bataille ou en mission commandée. C'est grâce aux tests génétiques qu'il a été possible de certifier, plus de soixante dix ans plus tard, que l'on avait bien retrouvé les restes de la famille impériale russe exécutée par les révolutionnaires.

(Charles Auffray « Le génome humain » - Flammarion — Dominos — 1996)

Document n°7

Que s'agit-il d'interdire exactement ? « Clonage humain » est une expression encore trop floue. Une importante distinction, souvent laissée dans le vague, est à faire entre clonage reproductif et clonage de cellules.

Le clonage humain reproductif est une technique permettant de créer un enfant génétiquement identique à un individu déjà né, que celui-ci soit adulte ou enfant. Associé à la technique de scission d'embryon, ce clonage reproductif pourrait conduire à une multiplication d'enfants génétiquement identiques – identiques entre eux et identiques à l'individu cloné. Dans ces techniques, il faut d'abord produire en laboratoire un ou plusieurs embryons viables, puis les implanter dans un ou plusieurs utérus de « mères porteuses » jusqu'à ce qu'une grossesse menée à terme leur permette de voir le jour. La perspective de ce clonage humain reproductif soulève des questions inouïes, qui touchent de manière fondamentale aux conceptions que nous avons de la nature humaine dans toutes ses dimensions. Ce sujet doit être soigneusement distingué du clonage humain non reproductif, où il ne s'agit pas de reproduire un individu, mais seulement des cellules génétiquement identiques, qui ne sont pas destinées à être implantées dans un utérus et qui n'aboutiront donc pas à la naissance d'un enfant.

(Atlan, Augé, Delmas-Marty, Droit, Fresco « Le clonage humain » - Seuil (1999)

Document n°8

• Qu'est-ce qu'un OGM ?

Un organisme génétiquement modifié (OGM) est un organisme vivant dont on a modifié le patrimoine génétique en y insérant un ou plusieurs gènes issus d'un autre organisme vivant. Ce processus, appelé transgenèse, permet de transférer des gènes d'une espèce à une autre, par exemple, d'une bactérie à une plante ou d'un humain à un animal.

• Quels sont les gènes transférés ? En laboratoire, l'éventail est très large, et concerne aussi bien la médecine (par exemple la production d'anticorps humains par des souris) que l'agriculture.

Dans celle-ci, les premiers produits commercialisés contiennent des gènes de résistance à des herbicides ou à des insecticides. Afin de vérifier la présence du gène désiré dans la plante, on introduit aussi des gènes « marqueurs », qui sont souvent des gènes de résistance à certains antibiotiques.

(Le Monde dossiers et documents n° 281 « Clonage, OGM : le marché du vivant » - Novembre 1999)
Document n°9

Les premières plantes transgéniques mises sur le marché, dès 1995 aux États-Unis, présentent surtout un intérêt pour les agriculteurs : elles sont susceptibles de réduire la quantité de produits phytosanitaires utilisés pour protéger les cultures. La promesse d'une nouvelle révolution verte donne des ailes aux grands groupes agrochimiques, tels les américains Monsanto, Dupont et Dow, le suisse Novartis, l'allemand Agrevo (groupe Hoechst), le britannique Zeneca ou le français Rhône-Poulenc agro.

Les produits vedettes sont des sojas et maïs obtenus par une modification génétique qui leur permet de supporter, sans inconvénient, un herbicide couramment utilisé en agriculture. En présence de ce produit, toutes les mauvaises herbes périssent, laissant la plante cultivée se développer de façon optimale. L'autre innovation biotechnologique est constituée de plantes résistant aux agressions des insectes, comme le maïs capable de se protéger contre des chenilles de lépidoptères. Aux États-Unis, ces nouveaux outils, parce qu'ils améliorent le rendement des cultures et permettent d'éliminer plusieurs étapes polluantes, ont connu un engouement record.

(Le Monde dossiers et documents n° 281 « Clonage, OGM : le marché du vivant » - Novembre 1999)

Document n°10
Document n°11 La génétique des populations

Le Projet génome humain s'intéresse en premier lieu à la description d'un premier génome prototype, qui n'est pas celui d'un individu particulier. L'étude du polymorphisme humain a donné naissance à la génétique des populations, qui a pour objet de déterminer la fréquence des allèles dans différents groupes humains et ses variations en fonction de paramètres historiques, géographiques ou culturels.

Une masse importante de résultats assez disparates a été accumulée au long du XXe siècle en faisant appel à toutes les techniques disponibles. Avec l'apparition des tests génétiques, il est devenu envisageable de réaliser ce type d'études de manière plus systématique et standardisée. Par exemple, des travaux utilisant des polymorphismes de l'ADN mitochondrial ou de gènes nucléaires ont apporté des arguments en faveur de l'origine africaine de l'homme, ou permis de ;suivre des migrations de populations en Afrique ou dans le Pacifique de manière plus précise qu'avec les groupes sanguins.

(Charles Auffray : « Le génome humain" – Flammarion »- Dominos - 1996)
Il Procréation médicalement assistée : conséquences culturelles et sociales.

(Documents n° 12 à 15)

Document n°12

Vers le tout-biologique

L'icsi1 s'impose donc peu à peu. Les familles paraissent bien accepter cette technique et même la préférer à d'autres solutions. La raison en est peut-être dans une évolution étonnante de notre société : il y a seulement quelques années, la filiation humaine était perçue comme procédant certes d'une filiation biologique avec ses caractéristiques génétiques, mais enrichie de tout un édifice socioculturel, bâti pour chaque homme en dehors de son génome. En réalité, dans l'enfant à naître, l'héritage socioculturel sera immense par rapport aux gènes, pensait-on. La partie non animale de la filiation, à savoir le désir que chaque homme avait d'un enfant, l'amour qu'il allait lui apporter, les valeurs qu'il voulait lui transmettre, la manière dont il l'élèverait, formaient un ensemble très grand et très digne, à vrai dire très beau comparé à une filiation qui ne serait que biologique sans son supplément d'humanité. (...)

Léguer son amour à défaut de ses gènes ne semblait pas aux gens de ma génération si médiocre que cela !

Mais nos sociétés ont évolué vers une fantastique exigence de filiation biologique. À croire que l'homme n'est plus qu'un animal, qui ne peut pas avoir d'enfant s'il ne transmet pas ses gènes ! Le reste, la filiation socioculturelle et affective, n'apparaît plus aussi important. (...)

Nous ne sommes pas nombreux à penser de la sorte et cela me surprend. Il semble que beaucoup de biologistes ne réfléchissent pas à ces questions. Ils agissent bien techniquement, mais ils ont une capacité d'analyse très limitée de la signification de ce qu'ils font. Ou plutôt une faible expérience de l'évaluation philosophique, éthique et sociale de leur travail.

Une autre explication, concernant cette fois l'ensemble de la population, tient à l'influence croissante d'un certain fondamentalisme religieux. Tout un courant de pensée, qui n'est pas spécifique d'une religion donnée puisqu'on y retrouve aussi bien des catholiques que des juifs et des musulmans, privilégie le retour à un ordre naturel, considéré comme d'essence divine, et se déclare très attaché à la biologisation de la filiation.

Il s'agit là d'un renversement singulier et significatif, car il touche de près l'évolution des valeurs familiales. Le lien filial dans le passé, surtout dans la bourgeoisie et la noblesse, avant le XIXe siècle, avait un poids assez faible. Les femmes avaient des enfants, elles les confiaient rapidement à des nourrices, elles les voyaient de temps en temps, et le fait qu'il s'agisse ou non de leur enfant jouait probablement un rôle peu important. Aujourd'hui, il est de plus en plus difficile de faire adopter des enfants. Pourtant, dans ce geste de l'adoption s'expriment probablement beaucoup de valeurs le plus spécifiquement humaines. (...)

Tout cela procède peut-être de la conjonction de deux phénomènes antagonistes, qui se rencontrent bizarrement : le fondamentalisme religieux, dont j'ai parlé, et un certain matérialisme économique, une manière simple et carrée de voir les choses. Un dollar est un dollar, un gène est un gène, un spermatozoïde est un spermatozoïde. Mon enfant est fait avec mes spermatozoïdes, pas avec ceux du voisin !

(A. Kahn : « La médecine du 21ème siècle » - Bayard e 1996)

1. ICSI : technique de procréation médicalement assistée.)

Document n°13

Aux États-Unis, un homme et une femme, mariés, tous deux stériles, désiraient néanmoins un enfant, ce qui semble d'une parfaite légitimité. Et alors, que croyez-vous qu'il arriva ?

Tout esprit sensé et rationnel aurait proposé une solution banale par son évidence même: II existe, malheureusement, de par le monde, des enfants déjà nés qui ont le malheur de n'avoir point de foyer, point de parents. (...)

Mais je ne sais si cette éventualité a même effleuré l'esprit de notre couple qui a trouvé beaucoup plus simple de piocher dans le sac à malices des techniques dérivées de « l'assistance médicale à la procréation ». Puisque, à défaut de matrice et d'ovules féminins, et de spermatozoïdes masculins, ce couple avait des dollars, Ils ont acheté, sur le .marché, des gamètes féminins et masculins et ont demandé à un biologiste de la reproduction de réaliser une fécondation in vitro.

Il fallait encore placer cet embryon là où il devait être pour se développer : dans le ventre d'une femme. Qu'à cela ne tienne, une mère porteuse fut embauchée, qui mena la grossesse à son terme. L'enfant, une petite fille, naquit donc. Elle a maintenant deux ans. Manque de chance pour elle, le couple – il est un peu difficile de parler des parents – se sépara peu après la naissance, et le père refusa de reconnaître cet enfant qui n'avait vraiment rien de lui, et même de verser une pension alimentaire pour ce rejeton venu on ne sait d'où !

Restait une solution à la mère, que la justice ne reconnait pas comme telle, puisqu'elle n'est pas la mère biologique et qu'elle n'a pas accouché de cet enfant : l'adopter après en avoir commande la fabrication. Mais alors, ce serait une décision qui lui reviendrait, et elle perdrait ainsi tout droit à la revendication d'une pension alimentaire versée par son ex-époux, ce à quoi elle se refuse.

Ainsi, cette petite fille, commandée par quelqu'un, fabriquée grâce à la coopération de tierces personnes, n'est-elle l'enfant de personne.

Cette histoire saugrenue, naturellement exceptionnelle, est néanmoins symbolique d'une évolution des critères définissant la qualité de parents dans certaines couches de nos sociétés.

(Axel Kahn : « La triste histoire de l'enfant de personne » - Le Monde du 16/09/97)

Document n°14 L’enfant zéro défaut

De plus en plus de généticiens sont confrontés à une demande : celle du «zéro défaut génétique» garanti par le pouvoir médical. « Ce fantasme de l'enfant parfait ne prend pas naissance avec la génétique. Il est normal que toute femme rêve d'un bébé idéal. Le problème, c'est de parvenir à renoncer à ce bébé idéal pour accepter le bébé réel », estime Lisa Résaré, psychanalyste. Mais voilà, l'offre du diagnostic anténatal ne cessant de s'élargir, la demande de l'enfant parfait ne fait qu'augmenter. Une tentation d'autant plus grande que, la baisse de la natalité aidant, l'enfant se fait rare. Dès lors, le moindre handicap annoncé, même s’il est bénin et peut être gommé par la chirurgie, comme des doigts supplémentaires ou palmés, un pied bot devient insupportable à beaucoup. « Il ne s'agit plus seulement pour nos contemporains de fixer la dimension de leur famille, mais, dans la mesure au possible, d'éliminer le risque, de plus en plus mal ressenti, des accidents de procréation, constate Marie-Louise Briard. Une telle attitude s'accompagne parfois d'un véritable rejet des handicapés sont des familles. Les abandons d'enfants handicapés sont loin d'être exceptionnels, et leur prise en charge par l'État est réclamée avec vigueur. »

Non seulement on réclame un enfant sans handicap, mais si, par malchance, la médecine ne livre pas le produit attendu, on lui intente un procès pour malfaçon. Exemple : débutant une grossesse non désirée à l'âge « limite » de quarante-deux ans, une Perpignanaise fait, comme le recommande la médecine d'aujourd'hui, réaliser par le Centre de transfusion sanguine (CTS) de Montpellier une amniocentèse. But : s'assurer que l'enfant qu'elle porte n'est pas atteint de trisomie 21, dont le risque augmente, on le sait, avec l'âge de la mère. Le test conclue à la normalité du fœtus. Las ! La petite Gaëlle qui vient au monde en 1984, est bel et bien atteinte de cette anomalie chromosomique redoutée. En décembre 1989, le Tribunal de Grande instance de Montpellier a condamné le CTS pour cette erreur de diagnostic.

« La mère, le couple, veulent un enfant, non pas parfait, mais libre d'entraves, libre de handicap, et qui les laissera libres, eux-aussi, de toute accusation de ne pas avoir fait le maximum pour donner à cet enfant toutes ses chances. [...] Le foisonnement des techniques élève la barre de la liberté, puisque l'on est renvoyé à l'exercice du libre arbitre », plaide le gynécologue René Frydman (propos, rapportés par Laurence Gavarini dans Le Magasin des enfants), l'un des « pères » d'Amandine, le premier « bébé éprouvette » né en France. « Ce qui se profile à l'horizon de ces droits sanitaires, c'est un droit à la qualité, un droit à la normalité que Frydman, par antiphrase, invoque pudiquement en terme de droit d'être "libre de handicap" », estime Laurence Gavarini. Elle reprend, « C'est en fait une conception consumériste des droits de la liberté qui voit le jour dans le secteur de la santé, assimilant le fœtus à un patient et à un consommateur au nom duquel se manifesteront des défenseurs distincts de sa mère... ».

(H Ponchelet : "L'avenir n'est pas héréditaire" - Belin - 1997)
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