Autour de Ramus. Le Combat, études réunies et présentées par Kees Meerhoff et Jean-Claude Moisan, avec la collaboration de Michel Magnien, Paris, Honoré Champion, 2005. Un vol de 492 p





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date de publication19.05.2017
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Revue d’Histoire littéraire de la France


Autour de Ramus. Le Combat, études réunies et présentées par Kees Meerhoff et Jean-Claude Moisan, avec la collaboration de Michel Magnien, Paris, Honoré Champion, 2005. Un vol. de 492 p.

Le philosophe Pierre de La Ramée (1515-1572) est l’objet depuis quelques années d’études approfondies. Le présent ouvrage, orchestré par le Hollandais Kees Meerhoff, le Canadien Jean-Claude Moisan et le Français Michel Magnien, résulte d’une collaboration véritablement internationale entre philosophes, philologues et littéraires. Centré sur les polémiques auxquelles Ramus a été mêlé, il se compose de deux parties : la première adopte le point de vue du penseur français pour analyser les combats qu’il a menés ; la seconde se place dans la perspective de ses adversaires et examine leurs réactions hostiles.

Guido Oldrini examine les stratégies de combat mises en œuvre par Ramus et ses disciples : il montre que chez Ramus, dispute polémique et discussion doctrinale sont indissociables et que le penchant pour la critique est contrebalancé par la capacité de proposition. La démarche polémique participe de la lutte de l’humanisme contre la scolastique, pour la libertas philosophandi. Ramus professe l’unicité de la méthode : logique, dialectique et rhétorique constituent un seul patrimoine intellectuel ; il récuse la distinction entre scientia et ars.

Dans un article important, Cesare Vasoli étudie la première polémique qu’en 1543, Ramus a lancée contre les aristotéliciens, dans les Dialecticæ Partitiones, les Dialecticæ Institutiones et les Aristotelicæ Animadversiones. L’analyse des griefs que formulent contre l’aristotélisme Leonardo Bruni, Lorenzo Valla, Rodolphe Agricola, Jean Sturm, Juan Luis Vives, Jean-François Pic de la Mirandole, permet de dégager la singularité de la position de Ramus : la dialectique doit se régler sur la nature ; elle peut être perfectionnée par l’acuité de l’invention et la sûreté du jugement. Or, Aristote n’a pas transmis à la postérité la vérité des Anciens, il l’a au contraire troublée et corrompue. Il a transformé la dialectique en un art de confondre l’adversaire, de lui tendre des pièges, de multiplier les distinctions et d’obscurcir le raisonnement. Ramus dénonce l’obéissance aveugle à l’auctoritas et prône une sagesse qui soit éloquente.

André Robinet s’attache à montrer que la critique par Ramus de la Physique et de la Métaphysique, et en particulier de la conception aristotélicienne du lieu, a trouvé un écho chez Descartes.

Peter Sharratt étudie la traduction et le commentaire par Ramus des Politiques d’Aristote, publiés en 1601. Le philosophe français attaque Aristote non seulement sur sa méthode confuse, mais sur sa conception du bonheur, qui implique la richesse. Le programme social qu’il lui oppose est le suivant : “ Que l’on donne donc sans contrepartie à ceux qui n’ont rien, que l’on instruise les ignorants, que l’on enseigne les savoir-faire honorables et utiles à la vie humaine, que l’on console les affligés et les désespérés, que l’on montre la vraie voie de la vertu, que l’on exhorte à la Justice, au Courage, à la Tempérance, à la Prudence. ” Comme le texte d’Aristote n’avait pas de place particulière dans l’enseignement, le commentaire de Ramus n’a pas une visée pédagogique et la réflexion est en général de haute tenue. En annexe est fourni un document précieux : les analyses, rédigées par Ramus en latin, des différentes parties des Politiques d’Aristote.

Christoph Strohm analyse l’influence que la logique ramiste a exercée sur la théologie de la Réforme en la reliant à l’“ esprit du temps ” (Zeigeist) : la dissolution des hiérarchies médiévales aurait fait naître, dans le dernier tiers du XVIe siècle, un désir d’ordre que la méthode de Ramus, fondée sur la définition et la division, aurait permis de satisfaire.

Riccardo Pozzo s’intéresse à l’attaque lancée par le philosophe Cornelius Martini contre Ramus, et la défense que lui ont opposée, indépendamment les uns des autres, quatre ramistes, Beurhaus, Buscher, Hoddäus et Nothold, dans les années 1594-1598.

La seconde partie du volume se concentre sur les opposants à Ramus. Kees Meerhoff se penche sur le cas de Pierre Galland, auquel une tradition qui mène de Waddington à Renan et à Lefranc a fait une mauvaise réputation de réactionnaire : ce serait en fait un humaniste chrétien qui combat, à l’aide d’arguments empruntés à la pensée de Melanchthon, la critique que Ramus adresse à la philosophie morale d’Aristote. Au fil d’une analyse minutieuse des œuvres de Galland, il met au jour tout un réseau de relations qui confirment cette thèse. Galland recourt notamment à la doctrine de la “ double vérité ”, qui distingue entre l’Évangile et la Loi. Séparées, la philosophie, relevant de la raison, et la théologie, dépendant de l’autorité, sont néanmoins conciliables : Aristote conduit à une connaissance plus parfaite de Dieu. La main de Dieu est reconnaissable jusque dans la philosophie antique. Galland s’oppose à l’union de l’éloquence et de la philosophie : l’une a pour domaine la vraisemblance, l’autre, la vérité. La philosophie est une science maîtresse, qui requiert une attention exclusive.

Marc van der Poel s’intéresse à la controverse entre Ramus et Turnèbe au sujet des discours de Cicéron Sur la Loi agraire. Ramus réduit la rhétorique à l’art de l’elocutio, et réserve la dispositio et l’inventio à la dialectique. Il considère que l’argumentation a toujours la forme de syllogismes. Appliquant cette théorie à l’analyse du second discours Sur la Loi agraire, il parvient à mettre en évidence la logique des arguments. Turnèbe lui reproche de réduire la philosophie à la dialectique et de ne pas expliquer pourquoi Cicéron convainc le public, qui était incapable de reconstituer le cheminement dialectique reconstitué par Ramus.

Judith Rice Henderson examine des travaux que Muret publie en exil, à partir de 1554, et montre qu’ils prolongent deux controverses parisiennes. Le commentaire les Catilinaires répond à la fois à Ramus et à Turnèbe, qui s’étaient opposés l’un à l’autre : contre l’un, il démontre l’importance de l’éthique dans l’éloquence et célèbre les vertus de Cicéron ; contre l’autre, il critique un cicéronianisme rigide. La lettre purioris ac politioris philosophiæ studiosis que Muret insère dans l’édition commentée de l’Éthique à Nicomaque publiée par Lambin en 1558 prolonge le débat ouvert par les critiques que D’Estrebay avait adressées à Périon, au sujet de sa traduction du traité aristotélicien. Muret défend l’idée que la rigueur philosophique est compatible avec l’élégance du style.

Jean-Eudes Girot édite et commente une copie d’une lettre manuscrite de 1566, par laquelle le P. Perpinien rejette habilement sur Ramus et ses partisans la responsabilité des troubles suscités par des discours qu’il a prononcés sur la nécessité de conserver l’ancienne religion.

Catherine Magnien se concentre sur l’étude de deux lettres à Ramus d’Étienne Pasquier, publiées dans l’édition de 1586. Elle montre que ces lettres permettent à Pasquier de faire le point sur les réformes orthographiques et de se prononcer en faveur de l’usage.

Partant du fait que la cour éprouve dans les années 1580 un engouement pour l’Éthique à Nicomaque, François Rigolot défend l’idée que Montaigne, dans les allongeails postérieurs à 1588, répondrait à la critique ramiste de la morale aristotélicienne.

Alfonso Martín Jiménez étudie la pénétration du ramisme en Espagne, à partir de la publication en 1543 des Dialecticæ institutiones, qui provoque la réponse du juriste portugais Antonio Gouveia. Ramus s’étant déclaré protestant vers 1562, l’Inquisition ordonne en 1568 la saisie de ses œuvres. Le dossier de l’enquête menée par les inquisiteurs à l’Université de Salamanque et celui des procès qui ont suivi fournissent de précieux instruments de mesure de l’influence de Ramus sur les professeurs.

Ce volume s’adresse à tout ceux qui s’intéressent à la grande figure intellectuelle de Pierre Ramus, mais aussi au ramisme dans les différents pays d’Europe, à l’aristotélisme, au genre polémique. Surtout, en proposant des débats de la Renaissance une lecture généreuse et nuancée, il rend justice à certains des opposants à Ramus, que la critique a parfois jusqu’ici négligés.

Bruno Méniel



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