Changement social, mobilité sociale, pauvreté et inégalités





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2) Les inégalités : tendances et facteurs


Accroche : Joseph Stiglitz (2012), Le prix de l’inégalité : « « Notre système politique fonctionne de plus en plus sur un mode qui accroît l’inégalité des résultats et réduit l’égalité des chances. »

a) De quelles inégalités parle-t-on ?


- au sens large, le thème des inégalités peut tout aussi bien concerner les inégalités économiques que les inégalités sociales,

- les premières relèvent davantage de l’analyse économique,

- les secondes de l’analyse sociologique : inégalités scolaires, inégalités sociales devant la mort, inégalités sociales dans l’accès à la culture…

- en ce qui concerne les inégalités économiques, on distingue :

- les inégalités de patrimoine, c'est-à-dire relatives à la possession du capital

- les inégalités de revenus (individuels) qui, elles-mêmes, peuvent s’appréhender :

- soit au niveau des ‘revenus marchands’, c'est-à-dire principalement les inégalités entre revenus du capital et revenus du travail (question du partage de la valeur ajoutée, de la répartition primaire),

- les revenus du travail étant, de plus, marqués par certaines inégalités (de salaires)

- soit au niveau du revenu disponible, c'est-à-dire une fois prise en compte la redistribution.

- les inégalités entre les pays, en particulier entre les pays ‘riches’ et les pays ‘pauvres’, mesurées par les différences de PIB/tête.

⇒ nécessité de préciser exactement (dans une dissertation) de quelles inégalités on parle

- exemple de la Chine et de l’Inde dans la période récente : c’est à la fois un exemple de rattrapage si l’on compare ces pays aux pays développés et un exemple qui montre que les phases de décollage s’accompagnent (sur le plan interne) d’un accroissement rapide des inégalités. (voir article)

- à noter, qu’à la frontière entre les inégalités économiques et les inégalités sociales, on peut aussi s’intéresser aux inégalités (entre pays) en termes de bien-être,

- les critères retenus seront alors notamment ceux du PNUD (IDH, IDHI, Indice des inégalités de genre)

- On s’intéresse par la suite aux inégalités économiques (salaires, revenus, patrimoines)

b) Les enjeux de la question


- Les enjeux qui touchent à l’étude des inégalités, semblables à celles qui touchent à la pauvreté :

1) la définition de ce qui est juste ou injuste ⇒ quelles sont les inégalités injustes ? (théories de la justice)

2) quelles sont les effets économiques des inégalités ⇒ quelles sont les inégalités inefficaces ?

- dans quelle mesure faut-il favoriser les inégalités de patrimoine pour favoriser l’accumulation du capital ?

- dans quelle mesure faut-il favoriser les inégalités de salaires (ex : question du salaire minimum) ou de revenu (ex : question du revenu minimum) pour accroître les incitations au travail ?

- au contraire, dans quelle mesure faut-il réduire les inégalités de revenus pour éviter les gaspillages de ressources qui découlent de l’exclusion.

3) Sur quelles inégalités faut-il agir ?

- inégalités des dotations initiales ?

- inégalités a posteriori des niveaux et conditions de vie ?

- ici, on s’intéresse aux évolutions des inégalités ainsi qu’aux facteurs expliquant ces évolutions.

- les débats sur cette question sont très marqués par l’opposition entre 2 visions :

- l’une optimiste, celle d’Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1845 pour le 1er tome et 1840 pour le 2e) : c’est celle de l’idéal démocratique, l’égalité des droits devant permettre la mobilité sociale et la moyennisation de la société de sorte que "tous les extrêmes s'adoucissent et s'émoussent".

- Raymond Aron, ‘Tocqueville retrouvé’ (1965)

- Raymond Boudon, Tocqueville aujourd’hui, 2005

- l’autre pessimiste, celle de Marx.

c) Effets de la croissance sur les inégalités selon les modèles de croissance


- cette question s’appréhende tant par rapport à salariés / détenteurs du capital que par rapport à pays pauvres / riches (avec question de la mobilité des facteurs).
Modèle de Solow et thèse du rattrapage

- le modèle de Solow conclut à un rattrapage des pays ‘en avance’ par les pays ‘en retard’

- le mécanisme est lié à la décroissance des rendements de facteurs :

- le pays ayant un stock de capital important croit moins vite que le pays ayant un stock de capital faible.

- à l’équilibre, les taux de croissance de tous les pays sont identiques : le PIB/tête croît au même rythme que la productivité du travail, supposée déterminée par un progrès technique totalement diffusé au niveau mondial.

- le même mécanisme peut permettre d’expliquer la dynamique des inégalités de revenus entre rémunération du travail et rémunération du capital,

- c’est ce qu’a démontré Stiglitz (1969)

- dans le cadre du modèle de Solow (avec n, m supposés constants).

- processus:

- qd k(l’intensité capitalistique est inférieure à son niveau d’équilibre), il y a substitution du K au L ce qui s’accompagne nécessairement d’une hausse de la rémunération du K et d’une baisse de la rémunération du L (rémunération à la productivité marginale),

- D’où accroissement des inégalités (les salaires augmentent moins vite que la rémunération du capital)

- Mais, comme la productivité marginale du K est décroissante, ces inégalités se résorbent progressivement  thèse du rattrapage

- A l'équilibre, la rémunération du K et la rémunération du L augmentent au même rythme.
Les modèles de croissance endogène et la possibilité d’une absence de convergence

1) Niveau international : lorsque le rendement d’un type de capital n’est pas décroissant, le rattrapage n’a pas lieu

- Lorsque les rendements d’échelle sont croissants, les inégalités s’accroissent : les pays mieux dotés au départ en K, connaissances, K humain, K public… voient leur avance s’accentuer.

- S’il y a mobilité internationale du capital, on peut expliquer

- une tendance à la migration du K vers les pays riches (où le K est mieux rémunéré)

- une tendance à la migration du L vers les pays riches (où le L est mieux rémunéré).

2) Niveau national : analyse similaire pour les inégalités de salaires entre travail qualifié (K humain) et travail non qualifié.

d) La baisse des inégalités de revenus sur le long terme

La courbe de Kuznets

- Kuznets (1955) « Economic Growth and Income Inequality », AER

- Kuznets a montré (empiriquement) que les inégalités tendent à augmenter dans les pays qui commencent à s’industrialiser mais que la distribution des revenus se rétrécit lors d’une phase ultérieure de la croissance.

- remarque : le travail de Stiglitz (1969) consiste à montrer que le modèle de Solow prédit une telle évolution des inégalités.

- autrement dit, la relation entre croissance et inégalités change au cours du temps :

- croissance ⇒ accroissement des inégalités dans un premier temps,

- croissance ⇒ réduction des inégalités dans un second temps.
La fin des rentiers (Piketty)

- on s’intéresse aux inégalités de revenu issues des inégalités dans la possession du capital (économique), celle que Marx considère comme fondamentale dans le mode de production capitaliste, et ne pouvant être résolue que par un changement de société.

- c’est pourtant cette inégalité qui a le plus diminué au XXe siècle.

- références centrales :

- Piketty et Saez (2003), « Income inequality in the United States, 1913-1998 », Quarterly Journal of Economics

- Piketty (2001), Les Hauts revenus en France au XXe siècle, Inégalités et redistribution, 1901-1998.

- Bien que la part du capital dans le revenu total soit restée stable sur un siècle, la concentration du capital a fortement diminué :

- comme l’a montré Thomas Piketty, Les Hauts revenus en France au XXe siècle, Inégalités et redistribution, 1901-1998, (2001), les 1% des successions les plus importantes représentaient 50% du patrimoine national au début du siècle contre 20% aujourd’hui.

- conséquence : « nous sommes passés d’une ‘société de rentiers’ à une ‘société de cadres’ » : très peu sont ceux qui vivent uniquement de leurs rentes aujourd’hui et les hauts revenus sont majoritairement tirés du travail.

- Du fait de cette baisse de la concentration du capital, les inégalités de revenus ont diminué :

- la part des 1% (le centile supérieur) des revenus les plus élevés est passée de 20% du revenu national à la veille de la 1GM à environ 7-8% à la fin des années 1990.

- la part des 10% (le décile supérieur) des revenus les plus élevés est passée, elle, de 45% du revenu national à 32-33%.

- Comme le souligne Piketty, cette baisse des inégalités :

- n’est ni l’aboutissement et irréversible de la démocratie, ni le fait d’une rationalisation économique (les managers remplacent les propriétaires)

- mais plutôt le fait de facteurs politiques (ce qui n’est donc pas irréversible) et en particulier de la mise en place d’un impôt progressif sur le revenu

- précisément, le patrimoine des plus riches s’est effondré entre 1914 et 1945 : destructions physiques du capital lors des guerres, faillites d’entreprises lors de la crise de 1929…

- et, la mise en place d’un impôt progressif sur le revenu à partir de 1914 (pas d’impôt sur le revenu avant) et la forte augmentation de l’impôt sur les successions (dans le cas des Etats-Unis, l’impôt sur les successions est mis en place en 1916, et supprimé en 2002) ont empêché une nouvelle concentration du capital.

- n’a pas débouché sur une période de croissance faible (mais plutôt sur une société à la fois plus juste et plus efficace)

e) La résurgence des inégalités de revenu depuis les années 1980


- Cependant, cette tendance de long terme tend à être remise en cause depuis les années 1980.

- le rapport de l’OCDE, Croissance et Inégalités (2008), montre que les inégalités de revenus se sont accentuées dans la plupart des pays de l’OCDE

- Accentuation des inégalités : pour l’ensemble de l’OCDE (24 pays) le coefficient de Gini passe de 0,293 à 0,313 (+7%). Il s’agit d’une augmentation « modérée mais significative au regard de la plupart des mesures de l’inégalité ».

- dans la plupart des cas, l’augmentation des inégalités s’est traduite par le fait :

- que les « classes moyennes » ont perdu du terrain.

- que les 1% les plus riches ont vu leur revenu augmenter considérablement.

- Concerne 2/3 des pays. Augmentations marquées : pays nordiques (mais à partir d’un bas niveau) ainsi que Etats-Unis et Italie (à partir d’un haut niveau de départ) Exceptions : France, Espagne notamment. Cas particuliers : Turquie, Mexique (forte augmentation puis diminution)

- Milieu des années 1980 à milieu des années 1990 : accentuation marquée des inégalités (graphique 1.2).

- Exceptions : France, Espagne…

- Milieu des années 1990 à milieu des années 2000 : accentuation moins marquée des inégalités avec atténuation des inégalités dans plusieurs pays.

- Quelles composantes du revenu expliquent cette accentuation modérée mais significative ? Le revenu marchand ou la fiscalité et les transferts sociaux ? Au sein du revenu marchand, les revenus du capital ou les revenus salariaux (augmentation des inégalités de salaires) ?

Réponse

- augmentation des inégalités en termes de revenu marchand entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 1990 (ralentissement de cette augmentation par la suite, avec reprise modérée à partir de 2000)

- la part des salaires dans la VA diminue depuis la fin des années 1970 (1983 en France) d’environ 10 points dans les principaux pays de l’OCDE (de près de 70% de la VA à moins de 60%). Ceci favorise les inégalités car « les revenus du capital sont généralement répartis de façon beaucoup + inégale que les revenus salariaux ».

- les revenus du patrimoine augmentent sensiblement depuis la deuxième moitié des années 1980 : hausse des taux d’intérêt dans les années 1980, hausse des dividendes par la suite. Ceci est un facteur d’augmentation des inégalités car ces revenus concernent les ménages en haut de l’échelle.

- Cela ne concerne que les très hauts revenus car la part des revenus du capital (et mixtes) est inférieure à 10% à C90 et inférieure à 25% pour C99 : cela a donc peu d’effet sur les inégalités globales (Piketty) bien que cela soit un facteur important de la forte augmentation des très hauts revenus.

- remarque : revenus mixtes = résultat d’exploitation des entreprises individuelles.

- la montée des inégalités de salaires (voir plus loin)

- la fiscalité et les revenus de transfert a été moins redistributive qu’auparavant entre le milieu des années 1990 et le milieu des années 2000

- du revenu disponible au revenu ajusté : l’importance des services publics

- cause : les services publics (éducation, santé, logement) sont plus également répartis que les revenus monétaires

- Au Danemark et en Suède, où les inégalités de revenu sont déjà faibles, les services publics contribuent à réduire les inégalités de 40% supplémentaires.

- Aux Pays-Bas, les inégalités de revenu sont relativement faibles mais les services publics contribuent moins que la moyenne à une réduction supplémentaire des inégalités.

f) Les inégalités de salaires

Les grandes tendances

Ensemble des pays développés

- Tendance globale à la stabilité des inégalités sur le XXe siècle mais fluctuations

- tendance à la baisse de la 2GM à la fin des années 1970

- forte augmentation des inégalités de salaire au cours des années 1980 (et ralentissement de la tendance depuis) dans le cas des E-U et RU notamment (et ensemble des pays anglo-saxons)

- aux E-U, depuis le début des années 1980,

- les salaires des 90% les moins bien rémunérés ont augmenté de 15%

- les salaires des 1% les mieux rémunérés ont augmenté de 150%

- les salaires des 0.1% les mieux rémunérés (dirigeants de grandes entreprises, traders…) ont augmenté de 300% (soit X par 4)

- cette hausse des inégalités de salaires :

- s’est traduite par une forte augmentation des inégalités de revenu disponible dans certains pays (USA, UK..),

- parce que 1) à la hausse des inégalités de salaires s’ajoute la hausse des inégalités de revenus due aux inégalités de revenus du capital ; 2) la redistribution est limitée.

- mais en partie contrecarrée dans d’autres par redistribution (Canada)

L’exception française

- fin années 60 : en termes de salaires, France parmi les plus inégalitaires

- D9/D1 augmente de 1950 à 1960, passant de 3.2 à 4.2

- depuis, baisse et stabilisation des inégalités :

- L’écart relatif entre les bas salaires d’une part et les salaires intermédiaires et élevés d’autre part tend à diminuer depuis les années 1970

- L’écart relatif entre les salaires intermédiaires et les salaires élevés est stable (le salaire médian représente toujours environ 50% du salaire plancher de D9)

- En conséquence, la position relative des salariés au milieu de l’échelle tend à se dégrader (ils ne bénéficient pas des revalorisations du smic).

- de plus, comme pour les revenus, ces tendances masquent l’augmentation des très hauts salaires.

- travaux de Camille Landais pour la France à partir de la fin des années 1990.

- cause selon Olivier Godechot : peu les rémunérations des PDG ou des stars du foot et autres mais envolée des rémunérations dans le domaine de la finance.
Les explications de la montée des inégalités entre salariés non qualifiés et salariés qualifiés dans plusieurs pays développés

Introduction

- on s’intéresse à la période d’augmentation des inégalités salariales débutant dans les années 1980 (Etats-Unis…)

- Acemoglu (1998) s’est notamment intéressé à l’énigme suivante :

- le ratio entre le salaire des individus ayant un diplôme universitaire et le salaire des individus diplômés du secondaire a substantiellement augmenté dans les pays comme les E-U ou le R-U entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990,

- alors que l’offre relative de travailleurs ayant un diplôme de premier cycle universitaire a également augmenté sur cette même période.

- les différentes explications en débat :

1) la libéralisation des échanges (mondialisation)

2) la désyndicalisation

3) le progrès technique (biaisé vers la qualification)

La libéralisation des échanges

- l’explication par la libéralisation des échanges n’est pas corroborée par les observations empiriques,

- plusieurs raisons :

1) comment la libération des échanges pourrait avoir un tel impact sur pays comme les Etats-Unis alors que ses échanges avec les pays qui n’appartiennent pas à l’OCDE ne représentent que 2% de son PIB ? (Krugman)

2) cette explication devrait conduire (dans les pays développés) à une baisse des prix des biens moins intensifs en travail qualifié

- (par rapport aux prix des biens plus intensifs en travail qualifiés)

- ce qu’on observe ni aux E-U ni en Europe dans les années 1980

3) cette explication devrait conduire à une réallocation du travail des pays développés :

- vers les industries des industries à faible qualification vers les industries à forte qualification,

- ou des secteurs les plus exposés à la concurrence internationale vers les autres secteurs.

- or, la tendance à la substitution des travailleurs manuels (cols bleus) par des travailleurs non manuels (cols blancs) est largement due à des changements intra-industries plutôt qu’à des changements inter-industries.

4) cette explication devrait conduire à une diminution du ratio des emplois qualifiés sur les emplois non qualifiés dans les industries (des pays développés) intensives en travail qualifié (théorie Heckscher-Ohlin),

- ce qui, là encore, est réfuté par les faits.

- une remarque néanmoins : le rôle de l’internationalisation des économies dans la montée des inégalités de salaires peut être plus important si on considère cette internationalisation de manière plus large (non réduite à la libéralisation commerciale) et au travers de son une influence sur les autres variables explicatives des inégalités :

1) le progrès technique peut être une réponse à la pression concurrentielle accrue issue de l’ouverture commerciale,

2) à l’internationalisation commerciale s’ajoutent l’internationale financière,

- notamment l’internationalisation des entreprises, et les effets des délocalisations (DIPP) sur les salaires,

3) la désyndicalisation peut être vue comme une conséquence de l’internationalisation.

La désyndicalisation

- la syndicalisation a tendance à limiter la dispersion des salaires :

- par ex, Freeman (1993) a montré que l’écart-type intra-firme des salaires aux E-U était 25% plus faible dans les firmes syndiquées que dans les firmes non syndiquées

- or, on observe une tendance à la désyndicalisation depuis le début des années 1980 (crise du syndicalisme),

- par ex, la part des travailleurs syndiqués de sexe masculin au R-U a chuté de 54% en 1980 à 38% en 1990,

- et, aux E-U, le taux de syndicalisation dans le secteur privé a chuté de 24% en 1980 à 12% en 1990 (Machin (1997))

- cependant, même si certains auteurs défendent l’explication de la hausse des inégalités salariales par la désyndicalisation (Card (1996), Fortin et Lémieux (1997)), cette explication se heurte à des considérations temporelles :

- au R-U, la hausse des inégalités salariales commencent au milieu des années 1970, alors que la part des travailleurs syndiqués a augmenté jusqu’au début des années 1980

- aux E-U, la désyndicalisation a commencé pendant les années 1950 (loi Taft-Hartley de 1947) alors que les inégalités de salaire étaient relativement stables.

Le progrès technique

- reste donc l’explication par le progrès technique (en particulier le développement des TIC) qui semble être la plus compatible avec les faits observés, notamment :

1) la tendance à l’augmentation de la part de travailleurs qualifiés (dotés d’un diplôme de premier cycle universitaire) dans tous les secteurs.

2) la tendance à l’augmentation plus importante de la productivité des travailleurs qualifiés par rapport à celle des travailleurs non qualifiés (Acemoglu (2002))

Conclusion : les limites des approches économétriques

- les trois explications précédentes sont celles qui ressortent des études économétriques,

- c'est-à-dire d’études qui cherchent à déterminer les variables économiques (et sociales) dont les évolutions sont susceptibles d’expliquer, au sens statistique du terme, les évolutions des inégalités.

- des approches plus qualitatives peuvent néanmoins faire émerger d’autres explications, centrées davantage sur les mutations institutionnelles à l’œuvre depuis le début des années 1980.

- Stiglitz (2012), Le prix de l’inégalité considère par exemple que la cause centrale de la montée des inégalités (de salaires mais plus généralement, des revenus et des patrimoines) se trouve dans les décisions politiques qui ont été prises depuis le début des années 1980 :

- baisse relative des salaires dans le secteur public, lutte contre l’influence des syndicats (Reagan, Thatcher), lois sur la gouvernance des entreprises, libéralisation totale des mouvements de capitaux, baisse des droits de douane…

- tous ces facteurs ont accru l’influence des détenteurs du capital et ont affaibli les pouvoirs de négociation des salariés,

- de même la politique fiscale a avantagé les hauts revenus par la baisse des taux marginaux d’imposition et celle des droits de succession.

- une telle approche qualitative se retrouve dans les travaux de l’Ecole de la régulation,

- bien que dans ce cas, les mutations institutionnelles ne sont pas réduites aux décisions politiques,

- la montée des inégalités seraient liées à la crise du mode de régulation fordiste et à l’émergence du capitalisme actionnarial (patrimonial) (globalisé)
Des inégalités statiques aux inégalités dynamiques : la mobilité salariale

- c’est la même problématique que la persistance de la pauvreté : les inégalités ne sont pas vécues de la même façon si elles concernent toujours les mêmes personnes ou si elles touchent des personnes différentes sur des périodes courtes.

- au sein d’une même génération, la mobilité salariale semble s’être ralentie depuis les années 1980 :

- cela peut être dû aux fortes hausses du SMIC en France, créant une ‘trappe à bas salaires’ (bas salaires = < à 2/3 salaire médian)

- cela peut-être dû à la nouvelle organisation de la production et du travail ⇒ emplois intermédiaires (contremaîtres, cadres moyens) aspirés vers le haut ou plus souvent déclassés vers le bas. Cf Beau et Pialoux, Retour sur la condition ouvrière (1999) : disparition des possibilités de promotion interne (fcts d’encadrement) pour les ouvriers les plus méritants (« On est plus en plus souvent smicard à vie » (Cohen)).

- Le rapport de l’OCDE suggère que l’augmentation des inégalités de revenu risque de se traduire également par une diminution de la mobilité salariale

- en effet, les pays les plus égalitaires en termes de revenus sont aussi ceux où les écarts de rémunérations entre pères et fils sont les plus marqués : Danemark, Finlande, Norvège.

- en revanche, les pays où les inégalités de revenu sont les plus fortes sont aussi ceux où la mobilité salariale (intergénérationnelle) est faible : Etats-Unis, Italie, Royaume-Uni.

- conclusion : « En combinant l’analyse de la persistance de la pauvreté monétaire et de la mobilité entre générations en termes de rémunérations, on est amené à penser que les pays les plus inégaux tendent à créer un ‘sous-prolétariat’ qui connaît la pauvreté pendant de longues périodes, de même qu’ensuite ses enfants ».
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