Changement social, mobilité sociale, pauvreté et inégalités





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3) Effets des inégalités (et de la redistribution) sur la croissance


- un problème de causalité : si la croissance s’accompagne sur le long terme d’une réduction des inégalités,

- est-ce parce que les mécanismes économiques de la croissance amènent à une réduction des inégalités ?

- ou parce que les mutations institutionnelles accompagnant le développement (notamment le développement des politiques redistributives) ont permis une réduction des inégalités qui, elle-même, a favorisé l’efficacité économique ?

a) L’épargne et le dilemme égalité-efficacité

Les inégalités favorisant l’épargne (donc la croissance)

- les inégalités peuvent être considérées comme indispensables pour qu’une épargne puise se constituer et alimenter l’accumulation du capital,

- cet argument peut s’appuyer sur les modèles de croissance ‘néo-ricardiens’, tels que Kaldor (1960) :

- l’épargne est favorable à la croissance,

- or, le taux d’épargne des salariés est plus faible que celui des détenteurs du capital.

- l’épargne (privilège des ‘riches’) peut notamment sembler essentielle au cours de la phase de décollage des pays,

- remarque : cet argument qui peut être considéré comme relevant d’une logique (néo-)classique, se retrouve également, d’une certaine manière, dans la notion d’accumulation primitive du capital chez Marx.
Inégalités, redistribution et effets (dés)incitatifs

- le dilemme égalité-efficacité est l’argument général en faveur de l’idée d’une relation négative entre inégalités et croissance. Il peut être résumé ainsi :

« Redécouper un gâteau de façon plus égalitaire rétrécit le gâteau » (Bourguignon (2012), La mondialisation de l’inégalité p.69)

- Les arguments en faveur du dilemme sont des arguments classiques :

- les inégalités sont synonymes d’opportunités,

- donc l’égalité parfaite est synonyme d’absence totale d’opportunités

- pas d’inégalités = pas d’incitation à offrir (du travail, du capital…)

- si on y ajoute l’idée selon laquelle les effets incitatifs des inégalités sont à l’origine d’une croissance plus forte qui bénéficie, en fin de compte, à tous (c’est la thèse dite du ‘ruissellement’),

- alors les inégalités apparaissent non seulement comme une source de croissance économique mais aussi d’efficacité au sens de Pareto : la situation de tous s’améliore (et c’est plus essentiel que de constater que la part du gâteau des plus riches augmente davantage que la part du gâteau des plus pauvres)

- dès lors, la redistribution (des ‘riches’ vers les ‘pauvres’) apparaît comme néfaste pour la croissance, car elle crée des effets désincitatifs à la fois :

- pour les riches, dont on prélève une partie de leurs revenus (ou de leur patrimoine)

- pour les pauvres (les bénéficiaires des prestations sociales), qui perçoivent des revenus sans contreparties.

- c’est sur la base de tels arguments, par exemple, qu’Anderson et Hill (1980), The Birth of a Transfert Society, aboutissent à une conclusion pessimiste quant à l’évolution des économies développées,

- en partant de l’ex des EU, ils distinguent un premier temps où l’Etat s’attache à spécifier des droits de propriété favorisant ainsi une société productive,

- et un deuxième temps où, progressivement à partir de la fin du XIXème, l’Etat va favoriser l’émergence d’une « société de transferts », société renforcée pendant le New Deal, avec au total un « résultat net négatif pour la société ».

- une remarque cependant : l’argumentation libérale ci-dessus suppose que le laisser-faire est synonyme d’efficacité économique (au sens d’optimum de Pareto),

- or, si l’on admet l’existence d’imperfections de marché,

- des politiques économiques s’accompagnant d’effets redistributifs peuvent simultanément accroître l’efficacité économique et réduire les inégalités.

- c’est notamment l’idée que défend François Bourguignon (La mondialisation de l’inégalité p.70) : « Dans ces conditions, mieux vaut simplement se demander si, à partir d’une situation initiale (le plus souvent inefficace du fait de l’imperfection des marchés), il existe une autre situation, réalisable sur une intervention de l’Etat, qui améliorerait le sort de tous en serait en même temps plus égalitaire. »
L’exemple de la taxation de l’héritage

- Accroche : programme du candidat Sarkozy en 2007 : « Je veux que 95 % des Français soient exonérés des droits de succession. Quand on a travaillé toute sa vie et qu’on a créé un patrimoine, on doit pouvoir le laisser en franchise d’impôt à ses enfants »

- Héritage = une des institutions souvent considérée comme des plus injustes :

- outil clé de la reproduction sociale

- la transmission du patrimoine se combine souvent avec l’héritage d’autres capitaux (social, culturel) pour constituer un facteur majeur d’inégalité des chances.

- au contraire, agir sur les ‘dotations initiales’ pour, ensuite, laisser-faire le marché est souvent vu comme un moyen de concilier équité et efficacité.

- Mais, taxer l’héritage peut être source d’inefficacité

- Lorsque l’altruisme envers les enfants est fort (comme dans le modèle de Becker (1991)), taxer l’héritage diminue le bien-être de la population et peut créer des effets désincitatifs sur l’accumulation du capital.

- Favoriser les transferts en faveur des plus jeunes, c’est favoriser un transfert de ressources vers les classes d’âge les plus productives. Il est clair qu’ici, ce sont plutôt les donations (avant la mort) qui jouent un rôle favorable que l’héritage.

- En France, par exemple, selon les travaux de Luc Arrondel et Michel Masson, alors que la probabilité de reprendre ou de créer un entreprise pour les personnes âgées de 20 à 50 ans n’est que de 6.9% chez les non bénéficiaires de donations, cette probabilité monte à 9.3% pour les donataires.

- Mesures prises en France : donations Sarkozy en 2004, réforme du Code Civil en 2006, loi TEPA (pour le travail, l’emploi, et le pouvoir d’achat) en 2007 (abattement sur les droits de succession concernant les enfants passant de 50000€ à 150000€, exonération totale pour le conjoint survivant…)

b) Des inégalités inefficaces


- Les arguments en faveur d’une relation négative entre inégalités et croissance :

1) La concentration des richesses entre quelques mains empêche les institutions favorables à la croissance de se développer,

- notamment parce que les ‘riches’ parviennent à entretenir leurs rentes grâce à leur influence sur les autorités publiques, et cela d’autant mieux qu’ils sont plus riches (Rodriguez (1999))

- on a ici à la fois une cause et une conséquence des inégalités :

- les puissants, en faussant les lois du marché concurrentiel (lobbying, think tanks, pressions, corruption, thèse de la capture) parviennent à s’enrichir d’avantage,

- et contribuent à l’inefficacité économique.

- dans Le prix de l’inégalité, Stiglitz (2012) donne comme exemples le secteur financier, le secteur pharmaceutique, les prestataires de l’armée, l’agriculture.

- les sociétés polarisées font obstacle aux réformes institutionnelles susceptibles d’amener l’économie sur un sentier de croissance forte (Alesina et Drazen (1993), Fernandez et Rodrik (1993))

2) L’inefficacité des inégalités en présence d’imperfections de marché, en particulier dans le domaine du crédit.

- En supposant que le rendement du capital (productivité marginale) est décroissant :

- Si le marché du crédit est pleinement efficace, ceux (individus, pays…) qui ont beaucoup de capital (donc un rendement faible) peuvent prêter à ceux qui en ont moins,

- en revanche, si ce n’est pas le cas (il existe des contraintes de crédit), c’est la réduction des inégalités de richesses qui permet à ceux qui avaient peu de capital d’investir, ce qui favorise la croissance.

- + généralement, toute contrainte de crédit liée à des inégalités (de richesse) les plus pauvres ayant des projets d’investissement rentables de réaliser ces projets : l’allocation du capital est inefficace.

- l’entrepreneur talentueux, ayant une idée brillante mais sans patrimoine (ni relations) devra laisser place (faute de financement) aux médiocres ayant du patrimoine et des relations.

3) Les inégalités limitent l’investissement en capital humain (Perotti (1996))

- l’hypothèse retenue ici est que la part du revenu consacrée à l'investissement en capital humain est plus élevée au sein des familles pauvres qu’au sein des familles riches,

- donc que, contrairement à l’hypothèse habituelle reposant sur la seule distinction entre le capital physique et le travail, les salariés ont un taux d’épargne (définit de manière large, c'est-à-dire en incluant le financement des dépenses en capital humain) plus élevé que les détenteurs du capital physique.

- remarque : l'investissement en capital humain concerne l’éducation mais aussi la santé (laquelle étant particulièrement corrélée à la productivité du travail dans les pays pauvres).

- de plus, comme dans le cas de l’accès au crédit, certains élèves doués mais issues de familles défavorisées devront renoncer aux études,

- et laisser place aux médiocres issus des familles favorisées.

- on peut ajouter que, lorsqu’elles conduisent à l’exclusion, les inégalités (et la pauvreté) entraînent une destruction de capital humain.

4) Les inégalités peuvent nuire à la cohésion sociale, créer des dysfonctionnements institutionnels et sociaux. Notamment, elles peuvent :

- favoriser les conflits et l’instabilité sociale (Alesina et Perotti (1996), Benhabib et Rustichini (1996))

⇒ contexte d’incertitude défavorable à l'investissement.

- favoriser le développement d’ « activités extra-légales d’appropriation » (Grossman (1992)) : vols, agressions, rapts, drogue, règlements de compte...

- on touche ici aux institutions de base de l'économie de marché (droits de propriété), considérées par de nombreux auteurs (North) comme étant un facteur essentiel de la croissance.

- exs : certains jeunes des favelas brésiliennes ou des poblaciones colombiennes.

- Alesina et Rodrik (1994) et Persson et Tabellini (1994) développent une argumentation originale :

- si les inégalités sont fortes, l’électeur médian aura de fortes chances d’avoir un revenu (primaire) faible par rapport au revenu moyen

⇒ les politiques mises en place (en supposant que le modèle de l’électeur médian soit une bonne description de la décision politique, et que ce soit lui qui emporte la décision d’un vote démocratique) seront des politiques redistributives,

- lesquelles amèneront à des prélèvements plus importants (notamment sur le capital) dont les effets sont supposés néfastes sur la croissance

⇒ ici : les inégalités sont néfastes car elles amènent à la redistribution qui elle-même est néfaste,

- l’argumentation peut sembler contradictoire (contre les inégalités et, aussi, contre la redistribution),

- mais elle justifie, en fait, des mutations de la société allant vers davantage d’égalité des chances (ou des capabilités, dans une approche à la Sen).
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