Cours 4 Exercices





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Cours 4 - Exercices

Exercice 5


 Prenez connaissance du dossier ci-joint traitant de la violence à l'école.
 Repérez le ou les document(s) très secondaire(s), voire parasite(s) par rapport au sujet (en tout ou en partie).
 Repérez le texte de base.
 A partir de ce texte, en y associant les autres textes, trouvez la problématique permettant de rendre compte logiquement de l'ensemble du dossier.
 Relevez et sélectionnez les idées importantes.
 Faites le plan détaillé de la note de synthèse.


Documents joints :
Document 1 : Mort pour avoir dit non, Robert Marmoz, Le Nouvel Observateur, mars 1998.
Document 2 : Les miraculés de la classe poubelle, Anne Fohr, Le Nouvel Observateur, 26/02/98.
Document 3 : Violence à l'école : la faute à qui ?, Agnès Baumier et Marie-Laure de Léotard, L'Express, 19/02/98.
Document 4 : Violence scolaire : la cote d'alerte, Anne Fohr, Le Nouvel Observateur, 14/01/1999.
Document 5 : De la violence à la télévision, Paul Guth.
Document 6 : Thérapeutique théâtrale, Agnès Baumier, L'Express, 19/02/98.
Document 7 : Briser la loi du silence, Agnès Baumier, L'Express, 19/02/98.
Document 8 : La haine à l'école, interview d'Eric Debarbieux, par Anne Fohr, le Nouvel Observateur, 14/01/1999.
Document 9 : La violence : stop ou encore ? Dominique Serra, La Voix du Nord, 22/04/1999.
Document 10 : Harcèlement : l’identité blessée, Valérie Di Chiappari, Journal MGEN, mai 1999.

Document 1
Mort pour avoir dit non
Jean-Marc, lycéen de 17 ans, a refusé d'être la victime d'un racket.

Un coup de pied l'a tué. A Saint-Priest, des jeunes et des adultes disent leur dégoût de la violence ordinaire.



Recouvert de bouquets de fleurs, le banc public ressemble à un cercueil. Il y a quelques jours, la tête de Jean-Marc a violemment heurté ce bloc de béton coffré de bois. Le garçon n'avait guère de chances de s'en sortir. Il ne s'en est pas sorti. Il est mort après trois jours de coma. Il avait 17 ans, il était lycéen, pratiquait le judo. Il n'a pas voulu se laisser racketter. Un coup de pied au visage l'a projeté en arrière.
Son agresseur avait le même âge, mesurait plus de 2 mètres et fréquentait, plus ou moins, un institut médico-professionnel. Quand on l'a interpellé, le grand n'a presque rien dit aux éducateurs, encore moins à son avocat. Au juge, il a expliqué : « Il avait insulté ma mère » C'était faux, ses complices l'ont avoué. Jean-Marc avait seulement dit non, ce dimanche 30 novembre à la sortie du métro, lorsque trois jeunes des Minguettes ont exigé son argent et sa chaîne.
Dès l'annonce de sa mort, jeudi dernier, le lycée Condorcet à Saint-Priest s'est figé. Les élèves de la terminale dans laquelle Jean-Marc préparait un bac de génie industriel se sont regroupés, incapables de travailler. Au troisième étage, une prof de philo a ouvert sa classe. Très vite des photos, des cierges et des textes se sont accumulés. Surtout des textes. Comme un besoin de dire le dégoût d'une violence quotidienne, de ne plus cacher sa peur.

La mort de Jean-Marc a levé le non-dit. C'est David qui confie : « Le bus ou le métro, on ne peut jamais les prendre seuls. Trois fois je me suis battu, on voulait me prendre mon blouson. » C'est Stéphane et Abdel qui poursuivent : « Et encore le lycée, c'est calme, il n'y a pas trop de violence. Mais il faut voir les bagarres à l'extérieur avec quelques jeunes des cités d'à côté. » Ce sont aussi les professeurs qui leur rappellent que la violence est latente, que le lycée n'est pas épargné : « L'an dernier, lorsque la prof de français s'est fait agresser dans sa classe par quelqu'un de l'extérieur, vous saviez qui c'était. Personne n'a voulu parler. » Et le proviseur, Florent Sibue, de corriger : « Or il y a eu un élève qui a dit tout haut que tout le monde savait d'où venait l'agression. Il a été le seul : c'était Jean-Marc. »
Florent Sibue est un proviseur qui fait l'unanimité tant chez les professeurs que parmi les élèves. Son lycée est même devenu zone pilote pour la formation des enseignants. Il ne cache pas sa colère : « Le problème, c'est le sentiment d'impunité des jeunes qui exercent une toute-puissance chez eux, où tout se dérègle, puis au collège et enfin au lycée, où personne n'ose plus les affronter. Il faut leur rappeler qu'il y a des limites, qu'une ligne jaune ou un feu rouge sont faits pour ne pas être franchis. » Il s'emporte : « J'en veux aux habitants des beaux quartiers qui viennent, dégoulinants de générosité, nous dire comment il faut faire de la prévention, puis retournent tranquillement chez eux. Moi j'habite sur place et je vois l'incompréhension et la colère des victimes quand elles croisent dans la rue ceux qui les ont agressés la veille. »
Pas plus que Florent Sibue, René Prager n'est un partisan du tout-répressif. Professeur d'allemand et secrétaire du snes du lycée Condorcet, il reconnaît que, dans l'évolution de la crise sociale génératrice de la violence, les discours généreux n'apportent plus de bonnes réponses : « Aujourd'hui plus personne n'est en mesure de défendre les lycées ouverts comme celui-ci sur l'extérieur. Et plus personne ne peut hurler quand on évoque la possibilité d'installer des caméras de surveillance. Les réponses de fond, telles qu'on les a données jusqu'à présent, ne peuvent convaincre un prof ou un élève de ne plus avoir peur. On répond donc sécurité, en essayant d'éviter la glissade vers le sécuritaire. »
Ce qui a encore plus exacerbé les passions à Saint-Priest et à Vénissieux, c'est que le racketteur était connu des services de police. Des violences et des rackets, il en avait déjà commis. Mais, mineur, il n'avait pas été mis en détention ni éloigné des Minguettes, où il sévissait. Ce qui fait dire à Stéphane Noël, juge d'instruction à Lyon : « Il faut en finir avec l'angélisme des ordonnances de 1945 sur la délinquance des mineurs. En cinquante ans, les enfants ont changé, pas les lois. »
Robert Marmoz,

Le Nouvel Observateur,

mars 1998

Document 2

Les miraculés de la « classe poubelle »

L'école n'en voulait plus, un prof les a récupérés. Il leur a appris à apprendre, à comprendre, à s'exprimer et à passer le bac ! Comme tous les philosophes, les romanciers et les scientifiques qui les ont rencontrés, Anne Fohr en est revenue stupéfaite. Elle raconte.



C'est mercredi soir, la nuit est tombée et le collège est désert depuis longtemps. La concierge vient montrer le bout de son nez à la porte de la seule classe encore éclairée. Il reste une dizaine de fidèles, groupés autour de Jean-Luc, leur professeur. Il fait bon ici. La salle de classe appartient à un ensemble de trois petites pièces en enfilade, perdues au fond du deuxième étage du bâtiment. Quand les cinquante élèves sont présents, c'est bourré. Mais c'est chez eux. Ils ont récupéré deux vieilles bibliothèques et affiché aux murs photos et affiches : le tournage de leur film à Marrakech, la visite de Philippe Douste-Blazy alors ministre de la Culture, la couverture du prochain livre qu'ils vont éditer.
Quelle folle journée aujourd'hui ! Des solitaires ont bouquiné des heures durant : Jankélévitch, Pagnol, Sollers ou les Mémoires de Géronimo. A côté, d'autres faisaient des devoirs, seuls ou avec l'aide d'un aîné. Un groupe s'est volatilisé dans l'après-midi avec Ludwig – « notre réalisateur » – pour « dérusher » le film tourné à Dole avant Noël. C'est une fiction sur les histoires d'amour qui ne finissent pas mal. Le même Ludwig a aussi donné une leçon de romani à l'équipe qui partira tourner le film sur les Tsiganes en Roumanie.
Mais il s'est quand même tenu des cours à peu près « normaux ». Un cours de sciences, très technique. Un autre de littérature, très savant, pour les cinq terminales littéraires. Avec Chrétien de Troyes, a expliqué le prof, on était « dans le hors-temps, dans un récit biblique à l'envers ». Lancelot entrait « dans la logique du conte » et la fée, c'était « l'adjuvant dont parle Roland Barthes ». Les ouailles ont tenu le coup, et l'un d'eux a conclu qu'ils avaient « le nœud de l'histoire dès le premier mot » et qu'il fallait « dégager ce qui est lié à l'époque ». Une petite élève de seconde, restée dans la classe pour faire son travail, a tout écouté et a fini par demander si Bettelheim n'avait pas expliqué tout ça dans sa Psychanalyse des contes de fées !
Enfin, il y a une heure de philo pour les cinquante élèves réunis : il paraît que la philo, on en fait beaucoup ici. « Quand on a une discussion foireuse, raconte Azad, Jean-Luc nous dit : "Allez, philo pour tout le monde !" Une fois, ça a duré l'après-midi et on a poursuivi au troquet. Jean-Luc, il nous fait aussi le français, l'histoire, la géographie, l'anglais et l'espagnol, mais c'est la philo qu'il préfère. Ce qui est bien avec lui, c'est qu'il se promène parmi les matières, il les relie entre elles. Au début, c'est difficile, on a déjà du mal à cerner une idée, mais on finit par y voir un peu plus clair. »
Sommes-nous dans une classe expérimentale ? Dans une école privée pour enfants précoces ? Pas du tout. Nous sommes à Reims, dans une classe d'exclus, de retardataires, de fâchés avec l'école. Cette classe est logée au collège Robert-Schuman, et pilotée par un professeur certifié en lettres. Jean-Luc Muracciole a 44 ans, et seize ans de métier derrière lui. Le nom de la classe : un cippa, soit « cycle d'insertion professionnelle par alternance ».
Le sigle est triste, la réalité souvent encore plus. Les cippa vivent le plus souvent cachés. Ils font partie de ces dispositifs que le système éducatif a mis en place pour récupérer les élèves de plus de 16 ans dès qu'il les a mis dehors. Une classe cippa, on la planque le plus souvent dans un bout de collège ou de lycée professionnel, avec parfois un grillage de séparation et une porte de sortie discrète. Les élèves ne font qu'y passer : neuf mois au plus. Ils ont un prof-animateur qui leur donne des cours de remise à niveau en français et en maths, et leur recherche des stages, quand il y en a. En attendant une éventuelle réinsertion dans le cycle scolaire ou en contrat de qualification. « Une classe-poubelle », balancent les jeunes du dehors et du dedans…
Rien de tout cela à Reims, mis à part le passé souvent lourd des élèves : pépins de santé, redoublements multiples, divorce des parents qui a « vraiment foiré », défonces et délires de toute sorte. Ils avouent tranquillement qu'ils étaient des rebelles et des marginaux quand ils sont arrivés ici. Ils avaient parfois « fait voler les corbeilles à papier », agressé un prof, traîné d'un bahut à un autre, mais également entendu des « ton BEP, tu ne l'auras jamais ! » ou "Dégage, sauvage, l'ANPE t'attend". Pour eux, « l'école conventionnelle », c'est au mieux « une vie de petit fonctionnaire derrière une table », au pis « un système barbare »
Aujourd'hui, ils ne font plus rien de « conventionnel », mais pas davantage ce qui est prévu pour leur « cas » ! Ils ont entre 16 et 22 ans, on les a pris tels qu'ils étaient, et gardés souvent deux à trois ans. Au début, cela n'a pas été très difficile, personne ne regarde de près les paperasses d'un cippa ! Les profs ici ne « jouent pas aux profs ». On ne juge pas les élèves, on les aide. Ils ont peu de cours véritables : vu leur hétérogénéité scolaire, combien leur faudrait-il d'enseignants pour les faire avancer ? Dans un lycée, ces 50 jeunes seraient répartis dans 15 classes différentes… Or il y a ici, pour faire tourner cette section unique, trois profs seulement, dont deux à temps partiel, un réalisateur et une « emploi-jeune ».
« Ça ne fait rien, dit Sindie, une élève. Une heure ici, en petits groupes, ça en vaut bien trois ailleurs. » Et puis chacun étant inscrit aux cours par correspondance du cned (Centre National d'Enseignement à Distance), il leur faut rendre une bonne cinquantaine de devoirs par an. « Cela permet d'avoir un regard extérieur, explique Jean-Luc Muracciole. Et surtout de pouvoir les inscrire aux examens. » Depuis qu'il a présenté ses troupes au brevet et au bac, il est rassuré : les trois quarts des élèves de troisième réussissent le brevet, et il a même eu une année 100% de réussite au bac.
Combien d'heures travaillent-ils ? Rarement moins de quarante heures, parfois plus, surtout quand ils ont « un projet » sur le feu. Leurs fameux projets… Ils ne parlent que de cela. Au début, on sourit : que font-ils avec tous leurs « invités », à commencer par les « Jacques » (Henric), les « Pierre » (Guyotat), les Guy Scarpetta, « Monsieur Dagognet », Philippe Sollers, qui « imite si bien les voix d'Artaud et Malraux », Abdelwahab Meddeb, « de la revue Dédale », et Selim Nassib, « un journaliste de Courrier international » ? On se croirait à France-Culture ! On a vite un peu honte. De ces rencontres en série sortent des merveilles : émissions de radio, débats publics dans les plus belles brasseries de la ville, livres impeccables avec tirages de tête sur papier chiffon, un coffret cassette-livre sur le musée municipal.
Un projet n'est jamais gratuit, il fait partie d'un thème étudié en cours et il fait souvent boule de neige. L'édition d'un ouvrage permet de participer au Salon du Livre. Un petit essai pour la Direction des Musées de France amène une commande de 32 clips de deux à cinq minutes pour les bornes d'animation. Ils finissent les sujets du « Rodin » et du « Picasso ». Jean-Paul Dollé leur a proposé d'écrire avec eux un bouquin sur l'enseignement.
Muracciole veut du profes-sionnel. « De ce que vous faites, dit-il à ses équipes, il faut qu'on ne puisse jamais penser : pour des lycéens, ce n'est pas mal ! » Il leur trouve les spécialistes qui leur apprennent les rudiments de tous les métiers : prise de son, éclairage, recherche documentaire ou marketing. Sans oublier la chasse aux sponsors. Leur classe ne dispose que de 15 000 francs par an – ratiboisés d'un tiers cette année –, dont l'essentiel sert à payer les cours du cned. Les années passant et leur charme aidant, ils ont tissé un réseau de partenaires fidèles – ambassades de France, direction régionale de la culture, fonds d'action sociale –, et surtout d'amis, y compris dans une grande maison de champagne et dans la société de cars de Reims.
Le 23 janvier, ils ont invité les trois chanteurs du groupe polyphonique corse I Muvrini. A cette occasion, ils ont organisé un débat chez leur copain Walter, patron de l'Apostrophe, la brasserie la plus courue du centre-ville, avec plus de 600 participants, suivi d'un dîner de 242 couverts, corse bien évidemment, mijoté par le chef et ses troupes. « On s'est quittés à 4 heures du matin, raconte le chanteur du groupe Jean-François Bernardini, ancien conseiller d'éducation de l'Education nationale, en se faisant des caresses sur la joue et des bises. Cette rencontre a été pour nous une école. Rien n'a cloché, tout était impeccable. Ils sont naïfs et lucides, leurs yeux sont immenses, ils ont inventé le système qui peut réussir là où l'autre a perdu. » François Dagognet, lui, n'a « jamais vu ça » de sa vie. « Leur cippa, dit-il, est une enclave, une île dans le monde, c'est de l'extra-territorialité » Quant à Jean-Michel Belorgey, conseiller d'Etat, qui a travaillé avec eux pour un film sur l'oralité au Maroc, il est « béat d'admiration ». « Ils ne sont pas toc pour un sou, dit-il. Ils ont de l'épaisseur. »
On comprend, après tout cela, qu'il soit très difficile de tirer des élèves la moindre critique sur leur cippa ! Il n'y aurait que « des broutilles » dans l'air : « Ça claque parfois entre nous, admet l'un d'eux, mais cela ne dépasse pas le quart d'heure de prise de gueule. » Ne travaillent-ils pas trop ? « On ne peut pas se permettre de rêver, au cippa, répond Azad. Je suis arrivé au BEP où l'on m'avait encrassé le cerveau. Il faut que je rattrape. J'ai lu l'an dernier au moins un livre de chacun de nos trente invités. Je ne peux pas définir ce que j'ai appris mais je ne suis plus le même. » Et chacun de dire à sa façon sa métamorphose. Céline, en terminale scientifique : « Jean-Luc nous sort de la merde. Sans le cippa, je repartais dans mes délires. » Vincent : « Avant, j'étais l'errant qui stagnait depuis son adolescence. J'ai parfois encore envie de tout foutre en l'air, mais il y a ici quelque chose de moi qui se canalise et qui se transforme en énergie, au milieu de cette tension qui pèse sur notre société. »
Peut-on vraiment lui trouver des défauts à ce Jean-Luc Muracciole, cet apôtre dont ils disent : « Il a mis quatorze ans de sa vie dans cette classe. Se tenir contre le système n'est pas facile » ? Des défauts ? Il en a plein ! Il parle comme Socrate et croit que tout le monde va le comprendre. « Il surveille de près les élèves, dit en rigolant sa copine Catherine Millet. Il est autoritaire, et parfois un peu raide. » Directrice de la revue Art Press, Catherine va aider sa classe à produire un CD-Rom sur l'histoire de cette publication.
Muracciole a un côté voyou casse-cou, toute son histoire le dit : prof débutant, il restait au collège toute la journée et le soir filait en prison pour réaliser un magazine culturel avec des détenus. Le groupe a commencé dans une cellule et terminé quatre ans après dans une grande salle, en fumant des cigares pendant que des photocopieuses prêtées pour démonstration tournaient à plein régime. Et bien sûr Guy Scarpetta et Jean-Pierre Léaud, parmi bien d'autres, furent interviewés sur place… Un été, le prof a proposé à la maison de la culture de Reims de tourner avec son ami Ludwig un film sur Pasolini. Ils n'avaient pas le moindre contact en Italie. Ils en ont ramené des entretiens avec Antonioni, Bertolucci, Scola et bien d'autres. Leur film, La Langue du désir, long de 270 minutes, est resté à l'affiche d'un cinéma du quartier Latin pendant un an.
Ensuite, Muracciole a pris en main sa première classe cippa et fonctionné tout seul pendant des années. Il avait la charge d'une quarantaine de gamins, dont un ou deux punks. Il a commencé par leur donner à lire des petits bouts d'Héraclite, puis les a entraînés sur le terrain de la philosophie, ce qui a fini par vider l'atelier Mobylette d'un collègue. Pendant ces années-là, Jean-Luc a fait des découvertes : « Le nombre d'élèves n'est pas une entrave à la pédagogie. Plus il y a d'élèves à problèmes, plus ça s'équilibre. Le tutorat marche très bien, surtout quand on manque de collègues. Et enfin, ce n'est pas parce que des jeunes n'arrivent pas à s'exprimer qu'ils ne pensent pas ! » Il est aussi très antisyndical sans le savoir.
Enfin, il s'énerve souvent. De quoi ? Des mots « miracle » et « apôtre » : il n'est « ni une mère ni un éducateur, mais un passeur de savoirs ». Mais surtout des problèmes du cippa. Histoires de mammouth, pourrait-on dire. Combien de fois n'a-t-on pas dit à Muracciole qu'il ne « respectait pas les textes » ! Il a dû se bagarrer pour ne pas mettre dehors les élèves dès la mi-mai, comme l'administration l'exigeait – soi-disant pour cause de préparation de rentrée –, et pour en récupérer dès septembre (et pas en novembre). Il a bataillé pour les inscrire aux examens. Et pour les reprendre l'année suivante.
Le jour où on lui a dit qu'il ne devrait plus réinscrire le moindre élève, il a acquiescé en demandant à son interlocuteur de venir l'annoncer lui-même ! On l'a laissé tranquille. Chaque année, il se demande aussi s'il sera encore là l'an prochain : un cippa, ça déménage ou ça ferme vite. Enfin, il a dû constamment se battre pour obtenir que ses collègues vacataires soient payés : à la mi-février, ces derniers n'avaient toujours pas touché un centime pour les huit heures officielles de cours hebdomadaires qu'ils donnent depuis le début de l'année. Et comme tous en font en pratique près de vingt-cinq, leur salaire réel tourne autour de 3 500 francs par mois… L'argent vient tout juste d'être débloqué, mais cela n'a pas été sans mal.
Muracciole rêve d'un cippa stable, ouvert jusqu'à 23 heures, comme l'école Pythagore à Pise… « Jean-Luc, dit un de ses copains, ne peut tenir que parce qu'il est un délinquant et qu'il ne se fait pas prendre. » Ce n'est plus tout à fait vrai. Le délinquant est désormais identifié, et connu localement. Ce qui excite parfois la jalousie de ses collègues. Voilà deux ans que M. le Recteur a découvert stupéfait, à l'occasion du lancement d'une cassette vidéo que venaient honorer une brochette de célébrités culturelles parisiennes, l'existence et le travail de son cippa d'exception. « Laissez-moi trois mois et je vais vous aider », lui a-t-il annoncé. Il a tenu parole : Muracciole, seul jusque là avec 39 élèves, a reçu assez vite du renfort ainsi qu'une délégation d'évaluateurs, qui ont rendu un rapport aussi élogieux que la langue administrative le permet. Jusqu'à quand durera la tolérance ?
Quel beau casse-tête en tout cas que l'avenir de ce cippa qui n'en est plus un ! Doit-on le ramener dans le rang ? C'est le tuer. Le laisser voler de ses propres ailes ? C'est peut-être l'asphyxier. Les deman-des d'inscription augmentent, quelques-unes viennent désormais de très bonnes familles ! Doit-on le cloner ? Formidable, mais où trouver des Muracciole ? Il a beau jurer qu'avec une équipe solide ce serait simple, on peut en douter. Il reste toujours une solution de dernier recours : transformer les lycées de France en cippa.
Anne FOHR,

Le Nouvel Observateur, 26/02/1998

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