«Les couventines» «Celui qui est maître de l’éducation peut changer la face du monde.» Leibnitz Introduction





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Les Vêtements


Christiane : « L'uniforme était bleu marine : une robe chasuble à plis « religieuses » agrémentée du chemisier blanc à manches longues le dimanche et bleu ciel les jours de semaine, d'un manteau marine et d'un chapeau « miss » à larges bords, du même ton avec des gants blancs et des chaussettes hautes, blanches le dimanche et grises en semaine. Pour aller en classe, nous portions une blouse noire et un col amidonné blanc. Interdiction de montrer ses jambes (le port des bas et des socquettes était totalement prohibé) et ses bras. La blouse noire était obligatoirement ceinturée d'un gros ruban dont la couleur variait selon la classe. Là, je ne suis pas sûre de ma mémoire : verte en quelle classe ? Violette en 6e, jaune en 5e, rouge en 4e etc. À cela s'ajoutait parfois un autre ruban qui décorait notre poitrine, partant de l'épaule gauche jusqu'à la hanche droite et qu'il fallait mériter chaque mois par l'ensemble des notes : le cordon d'honneur. À l'inverse, la ceinture noire, tant redoutée, ceinture de pénitence était le signe que nous avions gravement démérité. Elle était rarement distribuée et préfigurait le renvoi. »

Chaque pièce de notre linge, comme chacune de nos affaires personnelles devait être marquée d'un numéro : 124 pour Christiane, 6 pour moi. J'ai toujours l'impression que ce chiffre-matricule fait partie de ma vie et je remarque de façon quasi superstitieuse toutes les occasions, bonnes ou mauvaises, où je le rencontre.

La Scolarité


Christiane : « J'entrais en septième avec Mère Saint-François Xavier. Cette petite Mère me plût, active et franche. Annick était là; notre amitié se souda, même si j'étais plus sophistiquée et elle plus désespérée. »

Il est difficile d'évoquer à tant d'années de distance les quelques souvenirs scolaires qui nous restent. Je me souviens surtout de l'histoire que nous lisait chaque Jour, à la fin de la classe, une institutrice civile. Histoire à épisodes d'un aviateur, peut-être Saint-Exupéry. C'était une merveilleuse récompense après une journée studieuse. J'étais passionnée par ce récit, qui éclipsait le calcul, matière où je brillais malgré mes fautes dites « d'étourderie » et l'orthographe qui m'a valu invariablement zéro à chaque dictée jusqu'au B.E.P.C. Il y avait un mur infranchissable entre la grammaire que j'apprenais par cœur, très vite, juste avant le cours et son application. Les questions de dictée me sauvaient un peu, surtout si elles réclamaient la compréhension de mots recherchés, la lecture du dictionnaire étant mon passe-temps favori. Bien entendu, je retrouvais plus tard ces mêmes difficultés quant à l'application des règles de grammaires latine et anglaise.

Comme dans toutes les écoles, un cours comprenait la récitation du travail appris, la correction du devoir précédent, l'explication de la leçon suivante, et la distribution du travail à faire pour le prochain cours.

Les leçons étaient globales et les problèmes individuels n'étaient pas pris en compte. Ce qui signifie, pour ma part, que, d'un bout à l'autre de ma scolarité, j'ai buté régulièrement sur les mêmes difficultés opératoires. Tout échec était considéré uniquement d'un point de vue moral comme la preuve de paresse, d'une « mauvaise volonté » et donc sanctionné par des reproches, des mauvaises notes et, lorsqu'elles s'additionnaient, par une punition. Je ne pense pas que nos maîtresses remettaient jamais en question la qualité de leur enseignement.

Le travail personnel était très lourd, nous avions de nombreuses notes, les religieuses ne rechignaient pas à corriger les cahiers. Ces notes s'additionnaient et donnaient une moyenne résumée par une mention : très bien, bien, assez bien, médiocre, mal. À ces notes de travail s'ajoutaient les notes de conduite ordre, politesse, propreté, obéissance, silence, etc. Notes de travail et notes de conduite, bien que séparées en deux rubriques, pesaient du même poids dans l'appréciation de l'élève.

La Mère Préfète faisait en public la lecture des résultats du mois, elle y ajoutait des commentaires, avec toute la solennité requise. Les félicitations étaient succinctes (il est normal de bien travailler) par contre les reproches étaient cinglants et les humiliations publiques sévères. Cependant, peu à peu, nous construisions des défenses contre ces blessures narcissiques et nous nous installions dans une belle indifférence. Pour ma part je considérais comme une fatalité d'être à la fois sale, désordonnée, paresseuse, molle, nulle en grammaire et en orthographe...

Ma mère, dans le même contexte, n'a pas oublié le dommage fait par la Révérende Mère qui l'a présentée, un jour, au détour d'un couloir et après la révérence d'usage, à un imposant ecclésiastique en visite, par ces mots : « celle-là… tous les vices ! »

Elle était alors une petite fille espiègle mais franche et spontanée. Cette condamnation, car le mot « vice » était alors en usage dans son sens le plus strict, la cingla si fort qu'on entend encore dans le récit qu'elle en fait soixante ans plus tard l'écho de sa stupeur blessée.

Lorsque la mention bien sanctionnait travail et conduite pour tout le mois, l'élève avait droit au cordon d'honneur, ruban de la couleur de la classe qui barrait sa poitrine et la mettait au rang des bonnes élèves, celles qui étaient en accord avec leur conscience et leur entourage tant scolaire que familial. J'ai connu très peu de ces périodes de paix avec moi-même et les autres. Mon carnet scolaire, toujours insuffisant, entraînait à la fin du mois, à la maison, une grande colère de mon père qui comprenait mal que je gâche des études dont lui-même avait été privé et qui lui coûtaient fort cher. Je promettais, je jurais de m'appliquer, mais comment faire ? Je retombais toujours dans les mêmes erreurs et la même apathie fataliste. Mon attention ne pouvait se fixer sur les tâches scolaires. Mal séparée de ma mère, j'étais totalement désorientée dans le temps et dans l'espace. Mon pouce me permettait de m'évader vers ce nirvâna sans pensée, sans réflexion dans la béatitude du demi-sommeil. À l'étude, avec ce pouce dans la bouche et, ouvert devant moi, un livre dont je ne tournais jamais les pages, j'offrais à la surveillante l'image de la sagesse parfaite. Nul n'aurait pensé à m'interpeller pour me faire revenir à des préoccupations studieuses.

Ressurgissaient donc chaque mois les mêmes drames familiaux qui désolaient toute ma famille et moi-même sans que j'y puisse trouver de solution. Il y eut un temps où j'essayais, pour faire plaisir, de m'appliquer... en vain. Peu à peu, j'abandonnais la lutte et me résignais à être pour mon père tant chéri un objet de déception.

Jamais je n'ai envisagé à cette époque que je devais travailler pour moi, je subissais le travail scolaire comme une contrainte et je cherchais seulement à éviter de trop mécontenter.

Heureusement, certaines matières m'émerveillaient : la Récitation, premier contact avec la poésie. Je savourais le goût des mots et des phrases comme un bonbon et la Rédaction où mon imagination pouvait vagabonder librement même si les sujets me paraissaient ternes et la note finale totalement aléatoire.

Les sujets se répétaient d'une année à l'autre sans grands changements. Seules, au fil des ans, les copies s'allongeaient : « Racontez la Rentrée. » « C'est l'Automne ! Racontez ce que vous voyez. »

Christiane : « En cours d'année j'obtins un premier prix de rédaction avec l'honneur d'être lue devant tout le monde, recopiée « au propre » avec un dessin en couleur de Mère Saint François-Xavier représentant une belle chaumière, la ferme de ma grand-mère. Le sujet était : « Un Souvenir, au choix de chacune ».

Je racontais « ma » libération, « ma » fin de guerre pendant les vacances chez ma grand-mère. En échange de quelques menaces de bombardements aériens, de réveils inquiets sous le passage des bombardiers volants, il y avait la pluie de papiers métalliques (pour perturber les communications radio). C'était bien plus beau que des confettis.

Il y eut surtout mon amitié avec un soldat allemand. Je fis, peu de temps après, le même accueil aux Canadiens et Américains.

La cour de la ferme avec ses pommiers fleuris, abrita successivement dans le même mois ces trois nationalités. Petite fille, je m'intéressais autant à tous ces hommes en uniformes. Fascinant, non ? Quand on est une petite curieuse !

Le soldat qui s'attacha à moi pendant quelques jours vivait la débâcle et se cachait sous les arbres. Il était déjà quelque peu débraillé et manquait de certaines choses. Pour lui, j'ai volé des œufs dans le poulailler et j’ai vu gober un œuf pour la première fois : un petit trou dans la coquille et on aspire...

Cet homme avait besoin de parler et d'aimer et, par ma petite oreille, j'essayais de comprendre le drame d'un Alsacien, enrôlé de force pour se battre contre sa Patrie. Je n'étais pas sûre de sa franchise. Je dus lui donner mon adresse car, par la suite, je reçus une lettre si amicale me disant qu'il avait retrouvé les siens. Il m'appelait Charlotte, probablement parce que je n'avais indiqué que « CH » pour mon prénom. Je ne pense pas avoir mis tous les détails dans ma belle rédaction. Je n'ai sûrement pas raconté mes vols. Plus tard, j'ai ramassé d'autres œufs pour un Canadien à l'accent normand qui m'a donné des cigarettes dans des boites rondes en fer que j'échangeais contre mes premiers chewing-gums. »
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