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Elne, le 21 octobre 2016
Marc Ledoux commente les textes de Freud sur le masochisme.

Transcription : Laurence Fanjoux-Cohen

Public : Marc, fais-nous le masochisme sans lire ce que tu as préparé !

Marc : oooh, …., non. Non, non, non. On continue sur la pulsion et on est à la fin de sa trilogie sur les pulsions, et on va introduire la pulsion de mort. Le problème économique du masochisme, je vous avais promis ça et c’est terriblement difficile. Demain, on parlera du vecteur sexuel que Szondi a travaillé avec le masochisme et que Freud a touché sans approfondir le lien entre le sexuel et le masochisme originaire et le paroxysme… donc la criminalité. Freud en a touché un mot et je vais essayer d’y revenir.

On commence.
Je vais le faire en trois parties :

-d’abord la scène masochiste qui s’inscrit dans la psychiatrie classique, dans le langage courant en allemand et dans la littérature et qui s’élargit dans le fantasme masochiste

-ensuite la morphologie masochiste, la mise en forme du masochisme érogène, du masochisme moral et du masochisme féminin

- et enfin les enjeux du masochisme et c’est là où Freud arrive avec toute cette dialectique de la pulsion de mort et l’intrication pulsionnelle

La scène masochiste :

Elle se constitue dans un dialogue avec Kraft-Ebing qui a écrit la psychopathie sexualiste où il impose, contre le terme courant algolachnie (la volupté dans la souffrance), la référence à un nom d’auteur, Leopold von Sacher-Masoch. Ainsi, ce Leopold Masoch voit son nom affecté d’un isme dans le chapitre 9 du manuel de psychopathie sexualiste : masochisme.

L’élève de Kraft-Ebing, Mole, remarque que le masochisme a existé de tout temps et retrouve la première description littéraire dans un souvenir d’enfance de Jean Jacques Rousseau que vous retrouvez dans son livre Confessions1. Rousseau dit qu’il se souvient qu’à 3-4 ans, il trouvait un certain plaisir à recevoir des fessées de sa gouvernante. Et si vous trouvez ça trop lourd le masochisme, vous pouvez toujours vous reposer en lisant les Confessions de Jean Jacques Rousseau. C’est souvent repris quand on étudie le masochisme. Ce passage a été redécouvert par les psychiatres allemands, comme Mobius qui inscrit le masochisme dans le langage courant. « Il est maso celui-là pour supporter ça ! ». On le dit en français ! ou alors une façon d’être comme trouver son bien être dans la souffrance. Et c’est intéressant de voir à travers la lecture que Freud fait de Mobius, comment il va transformer la description que fait Kraft-Ebing. (Vous retrouvez d’ailleurs pleins de petits passages de son manuel dans plein de traductions de poche…)
Kraft Ebing dit que le masochisme est la direction de l’instinct sexuel vers le cercle de la représentation de la soumission à une autre personne et des mauvais traitements infligés par cette même personne. Chez Freud aussi, il sera toujours question d’une autre personne. Dans les trois essais, la dénomination masochiste comprend toutes les attitudes passives (s- chez Szondi) par rapport à la vie sexuelle et l’objet sexuel dont la plus extrême apparaît comme la liaison de la satisfaction à l’endurance d’une douleur physique ou psychique de l’objet sexuel. On appelle masochistes, ceux dont le plaisir unique est d’endurer de leur objet aimé toutes les humiliations et tourments sous une forme symbolique ou réelle.
Freud ne s’arrête pas à l’inventaire des perversions. Il découvre dans cette perversion bizarre, une énigme. Ferenczi parle d’un « maudit masochisme ». Lacan parle lui d’un « os ». Freud remonte jusqu’au cœur de l’énigme de la vie pulsionnelle dans Le problème économique du masochisme.

Un peu avant, en 1918, il avait découvert dans les coulisses de la scène masochiste la mise en scène du sujet en position d’objet humilié, fouetté, attaché, battu, maltraité, forcé à obéir, abaissé. Toute cette mise en scène théâtrale avec le sujet en position d’objet. Et ça, pour Lacan, c’était extraordinaire « ah, le sujet qui se fait objet ! ». C’est pour ça que je vous avais conseillé pour ce soir de lire ce texte extraordinaire Un enfant est battu. C’est là où on voit comment il arrive à construire la mise en forme d’un fantasme. Comment il arrive à nous faire participer à cette construction. Derrière le fantasme, il découvre la mise en place du destin pulsionnel au-delà du principe du plaisir : c’est la pulsion de mort.

C’est pour ça que j’aime bien cette thématique-là, c’est l’accent qu’il met sur toute la vie pulsionnelle. C’est vraiment au carrefour de toutes ces transformations.
Le fantasme masochiste : cette question vient chez Freud au moment où il se demande comment arrive la transformation du sadisme en masochisme. Quel est le moteur de cette transformation ? au début, il disait qu’il y a le sadisme, puis après le masochisme, ensuite il a complètement renversé les choses en disant qu’au départ il y a le masochisme, puis secondairement le sadisme. Jusque-là, le masochisme c’était le besoin d’être soi-même l’objet maltraité, c’est à dire le retournement du sadisme contre la personne propre, donc la régression de l’objet au moi. C’était tout simplement ça. A ce moment-là, le masochisme chez Freud n’est donc pas une expression pulsionnelle primaire. Chez Szondi, sa théorie est une théorie pulsionnelle. Ses schémas sont des schémas pulsionnels. Jusque-là, la passivité n’est pas encore le tout, (quand on a un s- qui s’accentue, s- !!, on est complètement dans la passivité) il y a encore le caractère de déplaisir dans une réalisation pulsionnelle, ce caractère de déplaisir qui est si étonnant pour Freud.
Donc, le moteur de la transformation du sadisme en masochisme se passe sous l’influence de la conscience de culpabilité qui participe à l’acte de refoulement et qui nous fait comprendre le fantasme masochiste. Ouuuuiiiiii ! (Rires) l’emblème en est l’identification du masochiste au petit enfant coupable. Freud reste toute sa vie au mythe de l’enfant. Szondi, c’est le mythe ancestral, Freud, c’est le mythe de l’enfance. Tout le temps, et là aussi. Quand il essaye de construire le fantasme masochiste, il va prendre le modèle de l’enfant méchant. Le petit enfant méchant, le petit enfant coupable, en position d’acteur. Avec deux conséquences : d’une part un fantasme mis en jeu à travers ce héros qui est le moi et d’autre part, il y a un trait masochiste déterminant dans le fantasme lui-même. Et ça, c’est extraordinaire. Dans le fantasme, il y a une dimension masochiste. Sinon, il n’y a pas de fantasme. Et Szondi dit « si le fantasme masochiste est paradigmatique, c’est qu’il révèle le fond masochiste du fantasme en tant que tel ». C’est dans la deuxième et la troisième position que cela va se faire, là où il y a une élaboration du fantasme possible. Dans la perversion agie, dans la névrose élaborée. Freud le trouve dans le rêve, dans le symptôme et dans le fantasme.
Dans le rêve, il donne des exemples de ce fond masochiste du fantasme dans Le délire et les rêves dans le roman Gradiva.
Dans le symptôme c’est dans l’homme aux loups. Lacan va revenir souvent à l’homme aux loups, car celui-ci va élaborer une doctrine théologique et pour Lacan c’est très important : le masochiste défie le désir de l’autre pour le transformer en angoisse de l’autre. -… alors, Dieu! ça te fait quelque chose mes supplices ?...- L’homme aux loups traduit l’élaboration d’une théologie pulsionnelle d’inspiration masochiste fondée sur un rapport de soumission au père, séquelle de la scène originaire. Chez le petit, demeure dominante l’attitude passive précoce. Ainsi, se transforme-t-il en enfant méchant envers le papa à qui il adresse des intentions masochistes. Il voulait, dit Freud, par l’exécution de sa méchanceté extorquer des punitions et des coups.

Ce serait bien quand on s’occupe des petits qu’on se souvienne de ça, quand même ! que l’enfant provoque pour satisfaire cette dimension masochiste. Il y a un appel, dit Freud, du côté de l’enfant méchant. A l’origine de la stratégie masochiste, on trouve une véritable tentative de séduction du père. Ainsi l’enfant devient méchant pour extorquer au père la satisfaction désirée. Comment ? par des cris ? par des cris agressifs ! aaaaaah ! aaaaaah !

Public : rires

Marc : Ces accès de cris étaient précisément des tentatives de séduction pour déclencher la punition. L’abandon… c’est programmé maintenant…. Laisse-le pleurer, hein !... La punition accomplie la satisfaction de son sentiment de culpabilité, son sentiment d’être en faute. Un détail le confirme dans l’homme aux loups. Celui-ci conservait le souvenir de comment il renforçait ses cris dès que son père venait à lui. Le cri confirme donc bien sa fonction d’appel, dit Freud. Mais, il n’est pas qu’appel ou dépendance. Ce cri apparaît comme une stratégie agressive tendant à déclencher la réplique violente de l’autre. Allez !... un valium… dose bébé… hop !... en l’occurrence le père ne cédant pas à la provocation, ne le frappe pas, mais cherche à l’apaiser en jouant avec lui à la balle avec les coussins du petit lit. Je ne sais pas si vous connaissez ce passage. Freud, là il ne peut pas s’empêcher de … mais c’est pour plaire à sa fille, hein ! Anna Freud et son texte de cette petite fille… dont le père disait qu’il souffrait de ses cris d’agressivité… c’est le premier grand texte d’Anna Freud pour approfondir ce passage de l’Homme aux loups. Et Freud, à ce moment-là… va savoir la relation qu’il a avec sa fille…, il va donner des conseils éducatifs : l’enfant qui se comporte de façon si sauvage fait un aveu et veut provoquer la punition. Il cherche en même temps l’allègement de sa conscience de culpabilité et la satisfaction de sa tendance sexuelle masochiste. Cela ne veut pas dire qu’à chaque fois qu’un enfant crie, on est là-dedans, mais quand même… on oublie souvent ce que dit Freud. Souvent les parents sont surpris qu’on ouvre cette piste de la culpabilité.
Donc, la scène masochiste dans le rêve, dans la scène masochiste de l’homme aux loups et dans ce superbe texte de Freud, Un enfant est battu. Dans une lettre de Ernst Jones à Freud, datée du 31 décembre 1913, (le 31 décembre… je l’imagine travaillant le matin, non ?) Jones demande d’où viennent les fantasmes de algolachnie, de la volupté de souffrir. D’où vient le plaisir qui vient rencontrer le trauma désagréable ? d’où vient le plaisir qui est lié à la peur de la castration ? la réponse arrive en 1919, soit 6 ans plus tard avec le texte Un enfant est battu. C’est bien dans le travail du fantasme que le noyau masochiste trouve sa pleine activité notamment dans sa seconde phase dont le contenu est « être battu par le père ». Le centre du fantasme reconstruit par l’analyse, par un démontage en amont, est appelé par Freud : l’amour du père à l’épreuve de la conscience de culpabilité. Non ! … il ne t’aime pas car il te frappe. Le fantasme est devenu masochiste. Mais Freud dit : la conscience de culpabilité n’occupe pas seule le champ. La notion d’amour doit y avoir aussi sa part. le fait d’être frappé par le père est la rencontre de la conscience de culpabilité et érotique. Le masochisme prend sa portée sous l’effet la régression sadique anale où être battu = être aimé. Dimension d’un amour violent qui ouvre du même coup la dimension du féminin. Et c’est ce qui éclaire, dit-il, le jeu complexe entre demande d’amour et soumission dans la structure du fantasme. D’une part, il bat l’autre enfant, donc il m’aime, d’autre part, la preuve qu’il m’aime, c’est qu’il me bat. C’est que je suis son préféré.

Donc, il lie la culpabilité avec la demande d’amour. Voilà.
La mise en forme des dimensions masochistes :

C’est là où on glisse directement vers Le problème économique… pour moi, c’est émouvant, je dis ça entre nous, en même temps, c’est quelque chose qu’on discutait souvent avec mon papa Oury. Il aimait beaucoup ce texte Le problème économique… et le masochisme comme noyau de la pulsion de mort. Il m’a demandé de lui traduire le texte allemand en français. Ce que j’ai fait. Et donc, c’est émouvant dimanche dernier quand je l’ai préparé et je l’ai fait avec beaucoup de plaisir en même temps.
Il a trois formes phénoménales, phénomène dans le sens de qui apparaît. Phénoménon. D’abord, le masochisme apparaît comme condition d’une excitation sexuelle. Par le plaisir de la douleur. Freud appelle ça le masochisme érogène.

Deuxième forme qui apparaît : le masochisme comme l’expression de l’essence féminine, ce qu’il appelle le masochisme féminin.

Et la troisième forme comme norme de comportement de vie ce qu’il appelle le masochisme moral.

Ce n’est pas seulement un inventaire, mais une sorte de symétrie qualitative : la condition, l’expression et la norme.
Le masochisme érogène, c’est le plus visible, c’est la perversion sexuelle, la perversion masochiste avec le sexuel comme moteur. C’est cette dimension là qu’il a développé dans Les trois essais avec le sujet en position d’objet ou l’autre dans la position extérieure.

Le masochisme féminin, l’expression de l’essence féminine, c’est le masochisme le plus fondamental car il vise la différence sexuelle autour de la castration.

Et le masochisme le plus important car il a à voir avec la norme, le comportement dans la vie, c’est le masochisme moral. Le drame moral lié au moteur de la culpabilité. Il reprend ce qu’il avait déjà trouvé dans la transformation du sadisme en masochisme sous la conscience de culpabilité, il le reprend pour condenser dans le masochisme moral.
Et Freud propose dans Le problème économique du masochisme une lecture généalogique de ces trois dimensions qualitatives. Il dit : partons de la forme la plus éloignée du masochisme pervers, partons du masochisme moral, ce comportement de la plupart d’entre nous dans la vie quotidienne. Partons de là. Ce masochisme moral nous ramène à la question du masculin et du féminin et cela nous permet de dégager les enjeux de la perversion masochiste et de mesurer les hypothèses du masochisme originaire. Il propose cette lecture comme un processus. Et c’est surtout ça que Szondi a accentué dans le s- s+ pris dans le h+-, pris dans la demande d’amour, dans l’érotisme.
Donc, le masochisme moral. Les masos dans le langage populaire. Des sujets qui aiment souffrir au point de se nuire. Il se questionne : il doit y avoir un sens à ce comportement. Qu’est-ce qu’on peut dire de ça ? tandis que le sujet dont la culpabilité se soumet au surmoi cruel et le ressent comme tel, le moi du masochiste moral active sa soumission. Il ne se soumet pas seulement. Il active sa soumission. Ce qui témoigne de ce masochisme moral, ce sont les effets dans la vie quotidienne. Comment la culpabilité peut-elle devenir une norme de comportement de vie au point que les sujets éveillent par leur comportement, dans la cure comme dans la vie, l’impression qu’ils seraient sous la domination d’une conscience particulièrement sensible, de sorte que rien de cette surmorale ne leur soit consciente. Ils ont l’impression qu’il n’y a jamais rien qui marche. Ils ne l’éprouvent pas autrement que par les épreuves.

C’est très intéressant cette découverte de Freud du masochisme moral. C’est un coup de génie ! encore un ! pourquoi ? c’est le seul moyen qu’il a eu pour enfin, couper le masochisme de l’objet aimé. Il rompt par la découverte de ce masochisme moral les liens visibles avec la problématique sexuelle, il rompt les liens avec la référence à l’objet aimé. Et quand on parle de masochisme et de sadisme, on est tout le temps avec ce préjugé de l’objet aimé, à une référence sexuelle. Non ! le masochiste moral recrute les agents de ses échecs dans le monde sans préjuger. Il se place sous les coups du destin. Il s’offre à Dieu. Le texte par excellence, c’est Job, c’est l’exemple absolu. Il s’offre âme et corps au service de la moira.

Tandis que le masochiste pervers joue la culpabilité cartes sur table, le masochiste moral pratique sa culpabilité inconsciente en toute innocence. Plus il se comporte comme coupable, plus il plaide non coupable. Ce qui vaut pour la vie, cela se révèle dans la cure analytique comme réaction thérapeutique négative, c’est à dire, je cite :
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Transcription : Laurence Fanjoux-Cohen icon8. Transcription de l’entretien p. 17 à 19

Transcription : Laurence Fanjoux-Cohen icon8. Transcription de l’entretien p. 18 à 20

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