Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l'information et de la communication





télécharger 393.57 Kb.
titreCompte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l'information et de la communication
page8/13
date de publication19.12.2019
taille393.57 Kb.
typeDocumentos
d.20-bal.com > économie > Documentos
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   13

Jean-Jérôme BERTOLUS : Francis Lorentz, vous parlez souvent de la préhistoire du commerce électronique. Sommes-nous réellement en pleine préhistoire ou devons-nous avoir un oeil sur ces croissances exponentielles ?

Francis LORENTZ, président de la mission commerce électronique - François Dufaux vient de nous montrer la voie de la transition. Nous sortons du premier âge de l'Internet, où nous avons travaillé avec des outils extraordinairement frustres. Un de mes amis dit que le PC a été inventé par un dyslexique sadique ! Je le crois assez volontiers. Il s'agit d'un outil encore extrêmement lent, coûteux, difficile d'accès, et régulièrement en panne. Ce n'est pas avec cet outil que nous convertirons l'ensemble de nos concitoyens à l'Internet.

Mais tout cela est en train de changer. Il y a une diversification extrêmement rapide des terminaux d'accès, et surtout une simplification de ces terminaux d'accès. Le téléphone cellulaire équipe à présent 40 % des Français. Tout le monde sait s'en servir, et demain nous nous en servirons pour accéder à Internet. Mais d'autres terminaux font leur apparition, dont les conséquences, en termes à la fois sociétal et économique, peuvent être considérables. Je pense aux consoles de jeux et notamment à Sony qui a annoncé la sortie de sa nouvelle console. Ce qui est intéressant, dans cette nouvelle console, outre ses performances, c'est qu'elle sera connectée sur Internet ; les gamins de 6 ans auront donc accès à Internet et apprendront déjà à vivre dans ce nouvel univers.

Bien évidemment, les commerçants - puisque l'on parlait de commerce - s'intéresseront très tôt à cette population. Et cela vaudra pour le téléviseur, pour bien des terminaux d'accès, y compris dans nos cuisines, comme on le sait. Dans le même temps, l'amélioration de la qualité des télécommunications, ce que l'on appelle le haut débit, permettra de diffuser de manière rapide et largement répartie l'image. Et là encore, notre rapport avec Internet sera complètement changé.

Tout cela pour dire que nous allons passer d'un univers réservé à une fraction de la population, à un univers infiniment plus convivial où Internet sera présent partout, pour tous, à tout moment, et à des coûts qui vont continuer à décroître très rapidement, qu'il s'agisse des communications ou des terminaux d'accès. Et ce d'une façon durable, les technologies que l'on maîtrise actuellement assurant la poursuite de ce rythme d'évolution au moins sur les dix années à venir.

Nous allons donc voir s'accélérer l'entrée de la net-économie, c'est-à-dire une économie profondément transformée dans tous ses aspects par ces technologies. Je voudrais insister sur quelques-uns des points de transformation. François Dufaux l'a mentionné, ce qui est en cause, c'est non pas simplement le commerce de l'Etat, mais l'ensemble du fonctionnement des entreprises ; et même si les chiffres aujourd'hui sont très modestes, on évoquait 0,2 % des ventes de détail en France, il ne faut pas s'y tromper.

On considère que cette année, aux Etats-Unis, seules 5% des voitures vendues sur le marché américain seront directement achetées sur Internet. Mais avant tout acte d'achat, 65 % des acheteurs de voitures auront été surfer sur Internet pour comparer les prix, les offres et donc, d'une manière ou d'une autre, organiser la concurrence à leur profit. Il s'agit là d'une première transformation radicale, d'un transfert de pouvoir en direction des acheteurs et des consommateurs. Pour la première fois, peut-être, le slogan "Le consommateur est roi" va devenir une pleine réalité : le consommateur va faire jouer les fournisseurs entre eux et il y sera aidé par de nouvelles catégories d'intermédiaires, intermédiaires logiciels - des agents intelligents qui vous permettent de comparer instantanément les prix -, ou intermédiaires d'entreprises qui vont, par exemple, grouper les achats des consommateurs pour leur permettre d'obtenir de meilleurs prix, pour organiser des enchères inversées, etc. L'imagination n'a pas de limite.

Ce premier point signifie un durcissement considérable de la concurrence pour les entreprises, d'autant plus que la concurrence s'organise désormais à l'échelle mondiale. Ce sont des millions de fournisseurs qui sont instantanément confrontés par les acheteurs. Cela conduit bien évidemment à passer ou à accélérer le passage du produit au service. Ce que l'on vend aujourd'hui, c'est non pas un produit, mais un service. Lorsque j'achète sur Amazon, j'achète non pas un livre, mais la facilité de trouver l'ouvrage que je cherche même si je ne connais qu'une partie de son titre, et cela instantanément.

J'achète la possibilité de me promener dans un gigantesque magasin dont le catalogue est absolument illimité. J'achète une livraison sous 48 heures. J'achète l'accès à tous les ouvrages du monde entier et j'achète également l'obtention de revues de presse périodiques sur tous les sujets qui m'intéressent ou qui me passionnent. Et bien d'autres services encore. Et ce qui est vrai pour les livres, parce qu'ils ont été pionniers, sera vrai pour l'ensemble de l'économie.

Troisième point : ce client roi va susciter bien sûr un regain d'innovation et d'imagination de la part des fournisseurs. Or comme se concurrencer par les prix est rapidement suicidaire, il faut trouver d'autres moyens d'attirer le client et le fidéliser ; c'est ce que l'on a appelé la personnalisation des relations avec les client, c'est-à-dire l'établissement d'un lien direct, interactif, immédiat, prenant en compte la personnalité de chacun des clients. Cela ne pouvait être permis que par Internet. Et ça va déjà très loin puisque désormais l'essentiel de cette concurrence, ou plus exactement l'un des moyens d'organiser cette concurrence, consistera à cumuler un maximum de données sur chacun d'entre nous.

Vous voyez l'ambivalence de cette évolution. Positive parce que l'on va nous offrir des services qui prendront en compte nos habitudes de consommation, nos goûts, notre famille, que sais-je... Négative parce qu'il y a des risques de violation de notre vie privée et d'usage regrettable des données ainsi accumulées.

J'aimerais formuler une quatrième remarque à propos de cette nouvelle économie : ce sera une économie de l'attention. Nous sommes désormais sur une place de marché totalement intégrée à l'échelle mondiale où des millions de fournisseurs, des milliers de sites se battront pour exister, pour se faire connaître. La première phase d'Internet a été l'irruption brutale de nouveaux acteurs, très vite connus, les Yahoo ou autres. Mais désormais, ce sera beaucoup plus difficile. Attirer, éveiller l'attention au milieu de ce bruit de fond, et surtout, ensuite, la retenir sera un exercice extrêmement difficile. Et dans ces nouveaux marchés, cette économie de l'attention, les marques, tous les éléments qui peuvent, d'une manière ou d'une autre, servir d'indication, de référence, d'éléments de sécurisation pour le client, joueront un rôle absolument décisif.

Pour éveiller également l'attention - là encore François Dufaux le mentionnait - le contenu va jouer un rôle croissant. Pour attirer les clients sur un site, il faudra le rendre plus attractif que celui de ses concurrents, et on le fera par du contenu de caractère plus ou moins ludique, qu'il s'agisse de films, de jeux ou autres. Dans tous les cas, le contenu du site sera un élément discriminant extrêmement important, d'où l'enjeu des industries du contenu tel qu'on le voit apparaître aujourd’hui.

Je mentionnerai encore une caractéristique, celle de la rapidité. Sur Internet, toute idée, tout concept, toute démarche nouvelle se diffuse instantanément à la vitesse de la lumière dans le monde entier. Ceux qui gagneront sont ceux qui réussiront à diffuser le plus vite leur concept, parce qu'ensuite c'est très difficile à rattraper. Quand une marque, une idée nouvelle est connue dans le monde entier, il est très difficile de s'y opposer. C'est ce qui a fait le succès de ces pionniers de l'Internet, les Yahoo, les Amazon et autres.

Par rapport à ce paysage, où en sommes-nous en France et en Europe ? Nous sommes partis avec du retard, chacun le sait, mais nous décollons, aussi bien en Europe qu'en France, depuis dix-huit mois, voire deux ans. C'est indiscutable. Cela se mesure à la fois à travers les volumes du commerce électronique et à travers les créations d'entreprises. Si l'on observe un déclin des sociétés traditionnelles, on note, dans le secteur de la net-économie, une multiplication, une explosion des créations d'entreprises. L'an dernier, le nombre de dossiers de créations d'entreprises arrivés dans les bureaux des investisseurs en capitaux à haut risque a été multiplié par sept par rapport à l'année précédente. Par ailleurs, les financements ont triplé l'an dernier sur ces sujets. Nous avons donc bien décollé.

Cela étant dit, nous sommes loin des Etats-Unis et nous avons à surmonter des handicaps indiscutables. D'abord, la taille du marché. Les Etats-Unis ont un marché intégré qui représente six ou sept fois le marché français. Le marché européen, lui, n'est pas encore intégré, loin de là, et les handicaps résultant des barrières culturelles, linguistiques et autres, ne sont pas prêts de disparaître.

Cela vaut aussi pour les marchés financiers. L'un des atouts majeurs des acteurs économiques américains, c'est le levier financier. On le mesure tous les jours. Et même s'il y a des épisodes en "yo-yo" sur la bourse américaine, la tendance reste quand même très positive. Après tous les pseudo-krachs dont on a parlé ces jours-ci, le niveau du Nasdaq reste celui du 1er janvier. Le levier financier qui est ainsi donné à des entreprises, et dont on peut penser qu'il est tout à fait excessif, leur permet de redistribuer les cartes à l'échelle mondiale à leur profit, de racheter des entreprises de l'économie traditionnelle européenne ou américaine. Le rachat de Time Warner par AOL est une illustration de ce propos.

De ce point de vue, les Européens ne disposent pas de la même force de frappe. Enfin, dernier atout, la puissance d'attraction des centres d'innovation américains ; qu'il s'agisse de la Silicon Valley, de la Silicon Alley à New York, ou des dizaines de lieux de ce genre qui existent aux Etats-Unis et qui ont un pouvoir d'attraction sur les meilleurs cerveaux à travers le monde, et donc un pouvoir de créativité absolument formidable. Le tout, bien sûr, soutenu par ces puissances financières que j'évoquais tout à l'heure.

Alors, faut-il partir battu ? Pas du tout. Nous avons également des atouts considérables et ils vont s'amplifier. Le deuxième âge de l'Internet, tel que je le mentionnais, est en soi un atout. Le premier âge, c'était celui du PC : technologie américaine, totalement maîtrisée par eux. Le deuxième âge, c'est largement celui du téléphone cellulaire où l'Europe a une longueur d'avance, d'abord parce que nous avons un standard commun à l'échelle européenne, nous parlons la même langue, alors que dans ce domaine les Américains parlent cinq langues différentes. Ils ont en effet cinq standards qui ne communiquent pas. Ensuite, parce que nous avons des acteurs puissants dans ce domaine et tout un savoir-faire de services qui s'adaptera très bien à cette nouvelle approche de l'Internet.

Par ailleurs, il faut le rappeler, même si c'est banal, le 1er janvier 2002, Mme Dupont et Mme Schmidt liront les prix sur leur écran, quel qu'il soit, dans la même monnaie à l'échelle de l'Europe. Ce mécanisme formidable de croissance du marché que constituera la comparaison concurrentielle des différents fournisseurs jouera donc à plein.

Enfin, dans cet espace nouveau, l'Europe a la chance de pouvoir constituer pour le consommateur un lieu, un espace, qui lui inspirera peut-être plus confiance que le marché nord-américain ou le marché mondial. Car nous avons des règles du jeu, en Europe, en matière de protection des consommateurs, et notamment en France - la protection des données individuelles, par exemple -, qui sont et seront de plus en plus appréciées par les consommateurs mondiaux. Dans ce domaine, les habitudes américaines, réputées plus dynamiques il y a encore quelques mois, montrent à présent leurs limites, à savoir que les infractions, notamment à la vie privée, se multiplient.

Les conditions pour réussir et pour exploiter ces atouts sont, pour les entreprises, de savoir qu'elles sont toutes concernées et dans tous les aspects de leur fonctionnement. Toute l'entreprise est à reconstruire autour du client. C'est un univers où seuls, comme le disait Andy Grove le patron d'Intel, les paranoïaques survivent. A chaque instant, une nouvelle menace, un nouveau concept peut apparaître d'un concurrent que l'on ignorait jusque-là. C'est un monde dans lequel les plus rapides l'emportent sur les plus lents, et pas les plus gros sur les plus petits.

C'est un monde dans lequel il faut accepter d'expérimenter. Personne ne sait de quoi sera fait demain. Il faut donc expérimenter et risquer. Et pour les pouvoirs publics cela implique d'accompagner ce mouvement et ces entreprises en contribuant à la fois à créer le cadre de confiance que j'évoquais - notamment en matière de sécurité - et à lever l'un des obstacles majeurs des trois prochaines années qui est celui des hommes. En effet, l'une des fragilités de cette économie sera la pénurie en hommes qualifiés pour soutenir et réussir tous les projets qui seront lancés. Enfin, les pouvoirs publics devront également soutenir la prise de risques.

M. Jean-Jérôme BERTOLUS - François-Henri Pinault, vous êtes "à cheval" sur l'économie traditionnelle, réseaux de distribution traditionnels, et les sites de commerce électronique. Pouvez-vous nous donner votre sentiment sur l'impact que va avoir le commerce électronique sur l'emploi ?

M. François-Henri PINAULT, président de la FNAC - Il serait hasardeux de vouloir tirer d'ores et déjà des leçons de ce que sera le commerce électronique. Je vais me cantonner à des remarques et diviser mon propos en trois points. Premièrement, les réseaux de distribution traditionnels de produits physiques ; il est important, dans le domaine de l'Internet, de séparer les services des produits physiques. Deuxièmement, j'aborderai très rapidement les services, puisque le groupe PPR est surtout impliqué dans la distribution de produits physiques. Enfin, je parlerai des phénomènes nouveaux liés à Internet, et notamment des phénomènes de dématérialisation qui auront des impacts relativement importants.

Vous le savez peut-être, le groupe PPR part d'un principe et d'une hypothèse de travail très forte : il n'y aura pas, d'un côté, des consommateurs sur Internet et, de l'autre, des consommateurs de réseaux physiques traditionnels. Il y aura un seul et même consommateur qui, selon le contexte, selon ses attitudes, choisira tel format plutôt que tel autre, mais utilisera de toute façon les deux formats.

Les entreprises ont alors tout intérêt à positionner leur format en ligne et leur format hors ligne, de façon la plus complémentaire possible. Il s'agit là d'un point de départ très fort dans notre stratégie de convergence de nos formats, et plus que la convergence, nous visons à l'enrichissement mutuel des réseaux virtuels sur Internet et des réseaux de distribution traditionnels. Pour le consommateur, et je reprends ce que disait M. Lorentz, il est vrai que le modèle économique est en train de s'inverser. D'une économie poussée par les producteurs, relayée par les distributeurs, nous arrivons à une économie tirée par les consommateurs avec des revendications extrêmement fortes quant à la liberté de choisir, quant à la liberté d'avoir le plus grand choix possible et de pouvoir, en toute indépendance, choisir ses sources d'approvisionnement. Ces revendications deviendront extrêmement fortes et vous ne pourrez pas faire de commerce sans y répondre.

En revanche, dans un monde de totale liberté et de choix extrêmement large, la nécessité de points de repère va devenir encore plus importante qu'aujourd’hui. On retrouve là le rôle et la valeur ajoutée d'intermédiaires - réseaux de distribution ou autres - qui, de par leur marque, constitueront des points de repère, des points de convergence en termes de trafic sur Internet. Mais cela ne suffit pas. Les marques doivent d'ores et déjà véhiculer des valeurs compatibles avec Internet. Il serait faux de croire que, parce que vous avez une marque dans le monde traditionnel, elle sera suffisante pour attirer les consommateurs sur Internet. Si votre marque n'est pas compatible avec ce que les consommateurs exigent d'Internet, les problèmes restent les mêmes.

Prenons l'exemple de la Fnac. La Fnac a démarré très vite, en 1996, sur Internet, non pas par une vision très claire de ce que pouvait être Internet, mais tout simplement par une communauté de valeurs. Cette entreprise est née, en 1954, sur des valeurs consuméristes très fortes, sur des notions d'alliance avec le consommateur, d'indépendance à l'égard des fournisseurs. Ce sont des valeurs qui, à l'heure d'Internet, reprennent une dimension extrêmement importante, et qui ont amené cette entreprise, de façon relativement naturelle, dès 1996, à explorer ce nouveau format de vente qu'est Internet.

Internet est bien sûr un changement considérable, mais la première nécessité, pour les entreprises traditionnelles, est de considérer leurs deux formats d'un point de vue complémentaire. Il est évident que les formats traditionnels, contraignants pour le consommateur en termes d'accessibilité - d'accessibilité physique, géographique ou d'accessibilité en termes de choix -, dont l'ambiance, les valeurs humaines en termes d'expertise humaine ne sont pas primordiales, auront des problèmes ou ont déjà des problèmes.

En revanche, les formats de magasins qui se positionnent sur une ambiance ou une atmosphère, sur l'expertise humaine, sur l'accessibilité physique aux produits - la possibilité de toucher, de tester les produits -, sont des formats qui ne pourront jamais être remplacés par Internet. Et c'est bien dans cette complémentarité que les réseaux de distribution traditionnels doivent travailler.

Les réseaux de vente traditionnelle de produits physiques ont - élément primordial - une chaîne logistique. Il est clair, qu'il s'agisse d'Internet ou de vente en réseaux traditionnels, que la livraison physique du produit au consommateur est un élément clé de succès. Et cet élément devient encore plus important à l'heure d'Internet où il s'agit d'aller livrer les produits chez le consommateur. Et là, que vous soyez uniquement sur Internet ou uniquement dans le monde traditionnel, vous n'échapperez pas à la nécessité de travailler en entrepôts, de gérer des stocks, des chaînes de colisage et de triage, et des fonctions de livraison à domicile. Or dans ce domaine-là, les commerçants traditionnels ont des atouts considérables par rapport aux acteurs nés de l'Internet qui ont à construire entièrement cette chaîne logistique.

Enfin, il est important d'analyser Internet, métier par métier, et d'éviter des remarques transversales dans la mesure où chaque métier a une problématique tout à fait particulière. Les biens culturels, par exemple, ont très naturellement été concernés par Internet dès 1995-1996, l'arrivée d'Amazon ayant été un élément important.

Peu de gens se posent la question de savoir pourquoi le livre se vend mieux aujourd'hui sur Internet que le disque, alors que l'on sait que les internautes - qui représentent une population de 25 à 35 ans plutôt masculine, disposant de revenus aisés - sont des gens qui, dans leur consommation traditionnelle, sont sur-consommateurs de musique et plutôt sous-consommateurs de livres. C'est parce que la nature des produits intervient de façon importante. Internet a réellement apporté une valeur ajoutée au monde du livre dans la mesure où, auparavant, il était quasiment impossible d'avoir accès à la production éditoriale globale dans une langue donnée - 350 000 ouvrages en France, par exemple -, aucune librairie n'ayant la possibilité de présenter une telle offre ; la plus grande librairie française est la Fnac Forum avec 180 000 ouvrages.

Par ailleurs, il y avait un problème d'accessibilité. Il fallait passer des heures la tête penchée pour essayer de retrouver, malgré toute la bonne volonté des libraires, les ouvrages que l'on cherchait. Le moteur de recherche sur Internet, au travers d'un mot clé, d'un auteur, d'un éditeur, permet de retrouver parmi des bases extrêmement larges le produit que l'on cherche. Or le livre est un achat beaucoup plus raisonné que le disque. Le moteur de recherche est une innovation très importante qui a permis à ce monde du livre de trouver une nouvelle dynamique sur Internet.

Il est important de noter qu'aux Etats-Unis, les tendances naturelles du marché du livre en termes de croissance n'ont pas changé. Les librairies traditionnelles ont des rythmes de croissance sur les dix dernières années d'environ 2 % par an. Sur les deux ou trois dernières années, globalement, le marché a augmenté de 5 %. Les trois points supplémentaires ont été apportés par le commerce électronique, mais il n'y a pas eu de transfert massif d'un format vers un autre. On le voit aujourd'hui dans les consommations de livres, en France comme aux Etats-Unis : les produits concernés par Internet sont beaucoup plus des produits de fond de catalogue, des produits difficilement accessibles dans les librairies traditionnelles. Les grandes nouveautés, les best-sellers restent les produits les plus vendus dans les librairies traditionnelles. On se sert d'Internet pour consommer des choses légèrement différentes.

La musique, en revanche, est un achat d'impulsion par définition. Plus de 80 % des volumes de ventes en musique ou en vidéo se font par impulsion. Or il est vrai qu'Internet est un format, pour ce type d'achat, très peu performant. Il s'agit tout de même d'une vente à distance, d'une vente différée et la jouissance du produit n'est pas immédiate. Je parlerais tout à l'heure de la dématérialisation qui pallie une partie du problème, mais aujourd'hui la musique se vend moins bien sur Internet, du fait de la nature du produit et de la consommation qui est faite de ce produit musique, en termes d'impulsivité.

Je terminerai sur les impacts pour les commerçants traditionnels - notamment pour parler de l'emploi -, en disant qu'il est faux de croire que les coûts d'exploitation sur Internet sont plus faibles que dans le monde réel. On le voit par les masses de pertes faites par les acteurs purement Internet qui financent la création d'outils logistiques complets et le recrutement de leur clientèle par une baisse des prix de vente. Internet ne permet pas, dans une large palette de métiers, de vendre moins cher, ce n'est pas vrai. Aujourd'hui, la structure des coûts est extrêmement différente d'un format à un autre, mais il est faux de croire qu'Internet permet de baisser les prix, en tout cas pour les produits physiques, de façon considérable et suffisamment importante pour faire migrer massivement les consommations d'un format vers un autre.

Ce qui veut dire qu'en termes d'emplois, par exemple, si je prends des ratios de type chiffre d'affaires par personne, ces ratios sont très semblables pour une activité Internet et pour une activité traditionnelle. Nous avons créé en moins de deux ans, sur le seul site de la Fnac, près de 200 emplois pour un chiffre d'affaires qui devrait atteindre cette année 150 à 200 millions de francs. Ce sont des ratios légèrement moins bons que dans le commerce traditionnel, mais nous sommes bien évidemment en train de nous doter de compétences techniques - car là nous partons, comme tout le monde, de zéro.
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   13

similaire:

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\Résumé L'application des Nouvelles Technologies de l'Information...

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\Des nouvelles technologies d’information, de communication et des moyens informatiques

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\Bpr (Business Process Reengeneering). Ce qui se traduit par un écrasement...
«les technologies de l’information et de la communication». (que l’on qualifie volontiers de «nouvelles»)

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\Ia-ipr evs académie de Grenoble
«La formation scolaire comprend un enseignement progressif et une pratique raisonnée des outils d’information et de communication...

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\Rapport annexé à la loi du 8 juillet 2013, p65. Les contenus epi...
«La formation scolaire comprend un enseignement progressif et une pratique raisonnée des outils d’information et de communication...

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\Charte d’usage des technologies d’information et de la communication (tic) dans l’ecole

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\A. cda: nouvelles technologies a et handicaps physiques et sensoriels
«Nouvelles Technologies et Handicaps Physiques et Sensoriels». Ce diplôme à forte composante scientifique et technique devrait ouvrir...

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\Note d’information aah allocation aux adultes handicapés La gratification...
«indemnités de stages de formation professionnelle» prises en compte pour le calcul de l’aah ?

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\Compte rendu municipal Séance du 23/10/2012 
«les Griottes» : les travaux sont terminés et donnent entière satisfaction aux usagers et au personnel

Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l\Problématique : Comment les successeurs du président de Gaulle poursuivent...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
d.20-bal.com