L’hypothèse de la normalisation de l’urbanisation chinoise





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Où vont les villes chinoises ?

INTRODUCTION

S’approchant progressivement de la barre symbolique des 50 % de population urbaine, la Chine d’aujourd’hui est largement structurée par un formidable processus d’urbanisation qui valorise tout particulièrement les métropoles, ces villes millionnaires qui bénéficient tout à la fois d’un poids démographique important et d’une forte capacité à concentrer les richesses et les fonctions de commandement. Dans ces espaces, les réformes entreprises par le gouvernement chinois depuis 30 ans ne cessent de remodeler les structures économiques, politiques et social es dans un climat d’effervescence qui ne cesse de susciter l’intérêt dans le monde entier ; un intérêt qui s’explique tant par la rapidité et l’ampleur des changements que par le rapprochement des processus en cours avec des problématiques universelles. Comment comprendre les mutations en cours ? Quelles sont les principales forces qui tirent le changement ? Qu’est-ce qui est en train de s’inventer dans les villes chinoises ?
L’hypothèse de la normalisation de l’urbanisation chinoise
L’hypothèse de la normalisation de l’urbanisation chinoise repose d’une part sur l’idée que le processus d’urbanisation en Chine semble enfin suivre une trajectoire semblable à d’autres pays dans le monde et d’autre part sur l’impression d’une meilleure appréhension possible des phénomènes urbains rendue possible par une multiplication des travaux sur le sujet. En d’autres termes, l’urbanisation chinoise se normaliserait en ce sens où il y aurait une similitude entre ce qui se passe en Chine et ce qui se passe ailleurs dans le monde et en ce sens où la richesse accrue de la connaissance viendrait atténuer « l’exotisme » qui entoure les villes chinoises ; un constat sur lequel avait abouti Jean-Luc Domenach au sujet de la Chine en général dans un ouvrage paru en 2002 dont le titre, « Où va la Chine », a inspiré le titre du présent article.
Chercher à appréhender la « ville post-maoïste »
La Chine d’aujourd’hui est bouleversée par les réformes démarrées à la fin des années 1970. L’expression de « ville post-maoïste » nous vient de la littérature anglo-saxonne ; elle impose une mise en perspective des phénomènes actuels en rapport de distinction face à la ville qualifiée de « maoïste ». La ville maoïste est souvent facile à caricaturer tant les choix politiques de la période se sont ostensiblement construits face à la ville, au point que l’on ait pu voir une politique « anti-urbaine » chez Mao). En effet, au début des années 1980, les premières études urbaines sur la Chine ont largement participé à mettre en exergue les formes de contrôle sur la croissance urbaine mises en place par le régime maoïste pour des raisons essentiellement politiques. Il est apparu que le maoïsme a effectivement su limiter la croissance des villes d’un point de vue démographique, grâce au contrôle sur les mouvements de population à travers la mise en place du système du hukou) et d’un point de vue organisationnel en remodelant l’organisation socioéconomique des villes autour de structures de production, les unités de travail (danwei) et de contrôle, les comités de voisinage (jumin weiyuanhui)). Mao aurait jugulé la croissance urbaine, transformant la Chine en une exception en comparaison avec d’autres pays en voie de développement qui, dans la même période des années 1960 et 1970, subissaient les affres de ce qu’on a appelé « l’embolie urbaine », à savoir le développement incontrôlé des mégapoles.
Le point d’entrée de la métropolisation
Les processus à l’oeuvre dans le contexte des réformes participeraient à rapprocher les problématiques urbaines en Chine de problématiques similaires dans d’autres régions du monde. La « ville post-maoïste » serait en particulier façonnée par le processus de métropolisation qui apparaît dans le domaine des études urbaines comme le dernier avatar de l’évolution des villes, caractérisé par l’augmentation du poids démographique des unités urbaines et par l’accroissement sensible de l’influence des villes sur l’ensemble de la société et du territoire. Ce phénomène de métropolisation s’ancre dans la mondialisation, ce qui influence beaucoup les modalités exogènes d’urbanisation et qui explique, entre autres, l’intérêt accordé à l’impact des investissements étrangers dans la croissance urbaine chinoise. Concernant le cas chinois, les réformes, qui s’imposent à la ville à partir de 1984, auraient donc pour effet de rapprocher l’urbanisation chinoise des régularités identifiées par ailleurs. La Chine « post-maoïste » est en effet l’un des espaces dans le monde les plus marqués par la croissance urbaine. Depuis que le pays a entamé ses réformes à la fin des années 1970, l’urbanisation est devenue l’un des éléments concomitants de son développement économique et industriel. Le taux d’urbanisation en Chine à la fin des années 1970 n’était que de 20 % d’après les estimations des Nations unies alors qu’il avoisine les 50 % aujourd’hui. Avec un taux de croissance moyen annuel supérieur à 3 % depuis le début des années 1990, la Chine connaît une véritable révolution urbaine : c’est chaque année près de 30 millions d’individus qui viennent s’ajouter à la population des villes. Ce phénomène s’appuie en particulier sur le poids croissant des grandes villes, voire des très grandes villes : on dénombre près de 40 villes qui dépassent les deux millions d’habitants. Des projections récentes prévoient que la Chine comptera 221 villes millionnaires en 2025. Si l’ensemble des études urbaines sur la Chine part du constat que la métropolisation constitue un cadre nouveau, voire un nouveau paradigme, les points de vue diffèrent sur les forces dominantes et leurs impacts sur le plus ou moins long terme dans la qualification de la ville chinoise. Plusieurs approches possibles existent qui restent dans une grande mesure complémentaires.
Vers la métropole hypermoderne
Certaines analyses sur la Chine urbaine d’aujourd’hui mettent l’accent sur la rupture d’avec le maoïsme et sur l’influence des forces nouvelles dégagées par les réformes ; leur impact est particulièrement perceptible dans la moindre participation de l’État au modelage du développement urbain. La transition en cours reflèterait le passage naturel à un contexte de liberté accrue pour les forces du marché et les dynamiques d’émancipation individuelle. Les phénomènes qui émergent avec la métropolisation dans le contexte des réformes participeraient ainsi de l’intégration de la Chine dans une nouvelle modernité. La ville qui en ressort se rapprocherait de l’image de la ville hypermoderne, celle de la modernité avancée, que mettent au jour certains spécialistes européens des villes). Cette approche, teintée de libéralisme, fait largement écho au point de vue institutionnel chinois qui fait de l’avancée des réformes la condition de la modernisation du pays. Derrière cette approche, il y a l’idée que les changements en cours placent les villes chinoises sur une trajectoire linéaire associant progression et amélioration ; une étude récente de la Banque mondiale vante ainsi les vertus du développement urbain chinois qui a su dégager les investissements nécessaires pour assurer l’accès aux services urbains pour le plus grand nombre.

Certaines études s’attachent à montrer d’une part la façon dont les villes chinoises assurent leur compétitivité et d’autre part la façon dont les individus construisent leurs propres stratégies en rupture avec les structures collectives imposées par le maoïsme. La Chine « post-maoïste » se défait des carcans hérités du maoïsme : les villes chinoises, mieux dotées, deviennent plus compétitives dans les réseaux mondiaux ; les individus, libérés du joug des dispositifs de contrôle sociopolitiques, seraient devenus des acteurs à part entière de leur épanouissement et du développement des villes.
Compétitivité des villes
La compétitivité des villes chinoises est assurée par un meilleur accès au capital international et une meilleure insertion dans les réseaux mondiaux. Les réformes de 1984 sur l’économie urbaine et la décentralisation et surtout celles de 1992 sur le foncier ont permis la mise en place de mécanismes de développement urbain plus autonomes ; au fil du temps, les villes chinoises ont concentré des fonctions plus rares, dont la finance avec par exemple l’ouverture des places boursières de Shanghai et de Shenzhen et l’organisation de manifestations internationales comme les jeux Olympiques de Pékin en 2008. Depuis les réformes dites urbaines de 1984, les grandes villes portent la croissance économique ; elles tendent en effet à attirer non seulement les flux migratoires intérieurs mais également les investissements. Il s’agit de la revanche des métropoles sur les années de Mao qui avaient été marquées par un désinvestissement dans les services urbains. À l’instar de ce qui est constaté ailleurs dans le monde, on assiste en Chine à une métropolisation des activités économiques : les métropoles concentrent les investissements mais également de nombreux acteurs économiques (les sièges sociaux d’entreprises, les places boursières, les plateformes de transports, etc.). La concentration de la richesse dans les métropoles a d’abord correspondu au phénomène universel de littoralisation des activités économiques au moment où la Chine du début des années 1980 s’ouvrait au monde avec l’ouverture des premières zones économiques spéciales (ZES). Prenant le contre-pied de la politique maoïste en faveur des villes de l’intérieur, le régime denguiste s’est appuyé sur l’héritage urbain des grandes villes portuaires de la façade littorale pour soutenir une politique de croissance. La stratégie des zones franches a largement servi à ouvrir les villes de l’est aux investisseurs étrangers, en commençant par les taiwanais et hongkongais. À partir de 1992, l’instrument de la zone franche a été généralisé à une grande partie du réseau des grandes villes à travers les zones de développement économique et technologique (ZDET).

Jusqu’à aujourd’hui, ce sont les métropoles de l’est du pays qui produisent et concentrent l’essentiel des richesses dans une dynamique de consolidation : en effet, ces métropoles non seulement bénéficient d’investissements publics importants, de l’arrivée massive des flux d’investissements directs étrangers (IDE), d’une forte concentration en activités industrielles et commerciales mais encore elles ont vu apparaître depuis une dizaine d’années des services à forte valeur ajoutée, comme ceux relatifs à la finance ou à la recherche et développement (R&D).

Toutefois, une tendance notable apparaît qui tend à modifier à la marge ce constat : l’augmentation des loyers et des coûts de main-d’oeuvre dans les métropoles orientales rendent plus attractives pour certaines activités les grandes villes de l’intérieur du pays.

Le nouveau réseau urbain chinois met en lumière un nombre toujours plus grand de métropoles qui s’inscrivent pour certaines en haut des classements internationaux, comme celui des villes mondiales qui identifie les villes possédant une influence sur les affaires du monde. Comme d’autres métropoles internationales du même rang, elles vivent au rythme des échanges internationaux et des réseaux d’information et de communication. Les métropoles chinoises seraient en train de sortir de l’ombre. Déjà, la bourse de Shanghai, malgré les critiques qui pèsent encore sur la fiabilité des comptes de certaines grandes entreprises chinoises cotées, est devenue une place financière incontournable. Les métropoles chinoises continuent d’attirer les bureaux de représentations de grands groupes internationaux dont la rapidité d’expansion en Chine est souvent proportionnelle au nombre de consommateurs dans le marché intérieur chinois.

Autre critère : le poids accordé aux services à forte valeur ajoutée et aux nouvelles technologies ne cesse d’augmenter depuis que les métropoles chinoises constituent des espaces de concentration de main-d’oeuvre hautement qualifiée, de savoir-faire et d’équipement technologiques avancés. Plusieurs sociétés multinationales ont choisi d’ouvrir des centres de R&D en Chine, comme récemment Microsoft, à Pékin, ou PSA, à Shanghai.
Individualisation et marchandisation de l’espace urbain
Dans ces métropoles plus compétitives et plus ouvertes sur le monde, l’espace urbain devient un bien marchand et le lieu d’épanouissement de transactions économiques diverses et de nouvelles pratiques de consommation. Les individus apparaissent plus libres et plus enclins à développer leurs propres stratégies sur la base d’un nouveau contrat social et d’une nouvelle allocations des ressources) : le déclin des structures de contrôle maoïstes donne en effet lieu à des stratégies complexes, liées aux mobilités professionnelles et résidentielles. Aussi, les individus se distingueraient-ils en fonction de leurs capacités à choisir les solutions optimales dans une situation donnée. Pour les citadins de l’ère maoïste, l’unité de travail (danwei) était une référence essentielle : elle permettait l’accès non seulement à l’emploi mais également au logement, aux services du quotidien et aux loisirs. « Entité sociale totale »), l’unité de travail inscrivait les individus dans les espaces de la proximité sociale et spatiale. La réforme des entreprises publiques a fait disparaître les unités de travail progressivement sous l’impulsion du mouvement de « socialisation » (shehuihua) qui enjoignait les entreprises à délaisser la gestion de l’accès à certains services, comme le logement, pour se concentrer sur leur coeur d’activité.

Les individus ont dû faire progressivement l’apprentissage de l’autonomie afin de construire ce qu’on pourrait qualifier de « compétences métropolitaines », pour reprendre l’expression du sociologue français Alain Bourdin. Pour certains, c’est l’avènement d’une société de consommation qui structure aujourd’hui la société urbaine en Chine).

C’est parce que l’espace urbain est accessible par le truchement de l’argent que les individus ou les groupes sociaux commencent à se construire. Les stratégies individuelles, de couples ou collectives marquent aujourd’hui les dynamiques sociales en ville. Certaines études se sont particulièrement intéressées à la place occupée par le logement dans ses stratégies. La réforme du logement de 1992 qui a favorisé l’accession à la propriété a poussé les citadins chinois à investir dans l’achat de leur habitation mettant au jour des stratégies de mobilité résidentielle inédites dans lesquelles transparaissent, au-delà des considérations de coûts, des choix rationnels, comme la proximité d’une bonne école pour l’enfant, ou moins rationnels, comme l’image de marque de tel ou tel quartier. Le rapport à l’habitat est aujourd’hui marqué par des formes plus individualistes, loin de l’environnement chaleureux des quartiers d’habitation « traditionnels » faits de proximité sociale et spatiale. Au final, les modes de vie sont de moins en moins organisés autour du lieu de travail, l’unité de travail (danwei), comme dans la ville maoïste et de plus en plus autour du logement, véritable lieu de l’ancrage dans la Chine urbaine « post-maoïste ». Ce nouvel ancrage s’accompagne d’un plus grand éclatement des activités quotidiennes dans l’espace urbain, qu’il s’agisse de faire ses courses ou de rencontrer ses amis. L’accès à des outils mobiles, de l’automobile au téléphone portable, contribue à l’épanouissement de pratiques sociales et spatiales mieux maîtrisées).
Des perspectives sur le potentiel culturel et créatif des villes
Les approches de la métropole hypermoderne en train de se construire laisse entrevoir l’image d’une ville qui, bien que non aboutie, présente des perspectives de développement très prometteuses. Dans les études menées actuellement, on retiendra tout particulièrement les réflexions qui se concentrent sur les industries créatives et l’innovation en ville. Les grandes villes chinoises sont de plus en plus ancrées dans le monde et la modernité ; les mutations économiques et sociales les poussent à se positionner sur les thèmes de la création et de l’innovation. L’art, le multimédia, la publicité, le cinéma, le design, les nouvelles technologies, etc. contribuent à produire de nouvelles références esthétiques, culturelles, artistiques, voire scientifiques et technologiques. Au coeur de ce dispositif se trouvent les « classes créatives » chinoises qui impulsent de nouvelles dynamiques dans des villes qui, jusqu’à présent, ont mis en avant leurs avantages comparatifs en se spécialisant dans des activités de production à faible valeur ajoutée appuyées par des coûts de main-d’oeuvre très bas.

Certaines analyses essayent de comprendre comment ces « classes créatives » s’imprègnent d’influences variées venues du monde entier, comment elles s’approprient l’espace urbain et comment elles produisent de nouveaux lieux marquants. Déjà, certains lieux de la production créative et artistique chinoise sont connus comme l’usine 798 dans la banlieue nord-est de Pékin, également appelé Dashanzi, ou l’espace de Moganshanlu sur les abords de la rivière Suzhou dans le centre de Shanghai : anciennes usines et entrepôts, ces lieux ont d’abord été occupés de façon informelle avant de s’établir comme lieux de la production artistique et du marché de l’art. Soucieux de répondre à une demande de culture d’une frange de la population de plus en plus aisée et désireuse de tirer profit des activités liées à l’innovation et à la création, les autorités chinoises cherchent à passer du « made in China » au « created in China »). Partant, elles

soutiennent l’ouverture de parcs des industries créatives où peuvent se côtoyer artistes, start up et galeries d’art.
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