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9e Congrès de l’Académie de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation

ENTREPRENEURIAT RESPONSABLE : PRATIQUES ET ENJEUX THEORIQUES

Nantes, France, 20-22 mai 2015
L’entrepreneur responsable face aux enjeux du développement durable : proposition d’un cadre conceptuel intégrateur
Auteur 1 : Bon Véronique

IAE – Université de Toulon – GRM (EA 4711)

70 avenue Roger Decouvoux – 83000 Toulon

vn.bon@wanadoo.fr

Auteur 2 : Van der Yeught Corinne

IAE – Université de Toulon – GRM (EA 4711)

70 avenue Roger Decouvoux – 83000 Toulon

corinne.van-der-yeught@univ-tln.fr

Résumé (Maximum une page)

Après avoir célébré la figure héroïque de l’entrepreneur et sa capacité à générer de l’innovation et de la croissance, les recherches en entrepreneuriat posent aujourd’hui la question du sens de l’action entrepreneuriale et de ses impacts sur les individus, les entreprises et la société. « [L’entrepreneur] crée sans répit, car il ne peut rien faire d’autre » écrivait Schumpeter (1926). Face aux enjeux d’un développement durable (DD) et aux attentes de la société civile en termes de responsabilité des entreprises, comment l’entrepreneur classique de Schumpeter évolue-t-il ? Le présent article réalise une synthèse de la littérature existante afin de préciser les dimensions caractéristiques de ce que pourrait être l’entrepreneur responsable confronté aux enjeux et aux défis du DD. Les travaux que nous avons explorés relèvent de trois grandes approches : 1) une approche éthique de l’entrepreneuriat trouvant ses sources dans la philosophie aristotélicienne et kantienne, et dans les travaux sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE) ; 2) une approche économique et stratégique de l’entrepreneuriat soutenable ; 3) une approche fondée sur l’entrepreneuriat social issue de deux courants non homogènes : le non-profit sector de culture anglo-saxonne et l’économie sociale et solidaire (ESS), en France et plus largement en Europe.

Les trois premières parties de l’article visent à mettre en évidence les complémentarités et les limites offertes par ces travaux pour caractériser l’entrepreneur responsable. Puis, en dernière partie, un cadre conceptuel intégrateur est proposé. L’entrepreneur responsable y est défini en référence aux quatre dimensions constitutives des principaux paradigmes de la recherche en entrepreneuriat distingués par Vestraete et Fayolle (2005) : la création de valeur, les opportunités d’affaires, l’innovation, la création d’organisation. Toutefois, les attendus spécifiques à un engagement responsable impliquent d’introduire une cinquième dimension relevant de l’éthique : les valeurs orientées DD et les capacités cognitives et réflexives de l’entrepreneur. Finalement, l’entrepreneur responsable est un entrepreneur dont les valeurs orientées DD et les capacités cognitives et réflexives concourent à la création d’une valeur sociétale renouvelée. Ces dispositions favorisent l’identification et l’exploitation d’opportunités d’affaires, l’innovation en faveur du DD et l’adoption d’un leadership responsable.
Mots clés (5 max.)

Capacités dynamiques, développement durable, entrepreneur responsable, éthique.


L’entrepreneur responsable face aux enjeux du développement durable : proposition d’un cadre conceptuel intégrateur
Introduction

Après avoir célébré la figure héroïque de l’entrepreneur et sa capacité à générer de l’innovation et de la croissance, les recherches en entrepreneuriat posent aujourd’hui la question du sens de l’action entrepreneuriale et de ses impacts sur les individus, les entreprises et la société. « [L’entrepreneur] crée sans répit, car il ne peut rien faire d’autre » écrivait Schumpeter (1926). Face aux enjeux d’un développement durable (DD par la suite) et aux attentes de la société civile en termes de responsabilité des entreprises, comment l’entrepreneur classique de Schumpeter évolue-t-il ? S’il existe à ce jour de nombreux travaux traitant de l’entrepreneuriat ou de l’entreprise responsable, peu se sont encore intéressés à poser les caractéristiques de ce que pourrait être un entrepreneur responsable. Fondé sur une revue de littérature, l’article présenté ici s’efforce de répondre aux questions suivantes : compte tenu des enjeux du DD dans le contexte socio-économique actuel, assiste-t-on à l’émergence d’une catégorie d’entrepreneurs que l’on pourrait qualifier de « responsables » ? Si oui, comment définir et caractériser ce type d’entrepreneurs ?

La recherche sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE), en particulier dans la littérature consacrée aux PME (RS-PME), présente à ce jour une forte homogénéité (Aka et Labelle, 2010 ; Kechiche et Soparnot, 2012 ; Bon et al., 2013), mais il n’en est pas de même pour les travaux traitant de l’entrepreneur responsable. La prise en compte des enjeux du DD dans le périmètre de la RSE, récemment consacrée par l’ISO 26000 (ISO 26000 : 2010), complexifie la définition de ce que pourrait être un entrepreneur responsable.

Notre revue de littérature montre que trois grandes approches du sujet peuvent être distinguées : 1) une approche éthique de l’entrepreneuriat trouvant ses sources dans la philosophie aristotélicienne et kantienne, et dans les travaux sur l’éthique et la responsabilité sociale des entreprises (Bowen, 1953 ; Moussé 1993, 2001 ; Mercier, 2000, 2004 ; Buchholz et Rosenthal, 2005 ; Acquier et Aggeri, 2007 ; Clarke et Holt, 2010) ; 2) une approche économique et stratégique de l’entrepreneuriat soutenable, principalement centrée sur l’entrepreneuriat « vert », dans laquelle l’entrepreneur s’efforce de saisir des opportunités stratégiques liées aux défaillances du marché (Dean et McMullen, 2007 ; Hockerts et Wüstenhagen, 2010 ; York et Venkataraman, 2010; Castiaux, 2012). Certains enseignements du management stratégique, en particulier les capacités dynamiques, sont ici éclairants pour préciser et structurer cette perspective (Teece et al., 1997 ; Teece, 2007a ; Castiaux, 2012)  ; 3) une approche fondée sur l’entrepreneuriat social issue de deux courants non homogènes : le non-profit sector de culture anglo-saxonne (Drucker, 1995 ; Zahra et al., 2009 ; Dacin et al., 2010), d’une part, et l’économie sociale et solidaire (ESS) en France et plus largement en Europe, d’autre part (Boncler et Hlady Rispal, 2004 ; Draperi, 2011 ; Van der Yeught et Bergery, 2012 ; Van der Yeught et Vaicbourdt, 2014). Le présent article propose de réaliser une synthèse de la littérature existante afin d’élaborer un cadre conceptuel intégrateur précisant les dimensions caractéristiques de ce que pourrait être l’entrepreneur responsable confronté aux enjeux et aux défis du DD.

Ce faisant, les complémentarités et les limites offertes par ces travaux pour caractériser l’entrepreneur responsable sont mises en évidence dans les trois premières parties. Puis, en dernière partie, un cadre conceptuel est proposé en guise de synthèse. Prenant appui sur la contribution de Verstraete et Fayolle (2005), ce cadre intègre et précise les attendus spécifiques à un engagement responsable. Ces auteurs relèvent, en effet, que la communauté scientifique en entrepreneuriat inscrit ses recherches dans quatre paradigmes : la création de valeur, les opportunités d’affaires, l’innovation et enfin, la création d’organisation. Dans la mesure où ces paradigmes traversent également la littérature que nous avons explorée, nous les retenons sous l’angle de notre problématique, puis nous les complétons pour parvenir à une modélisation distinguant cinq dimensions caractéristiques de l’entrepreneur responsable. Ce travail constitue une première étape de recherche qui devrait ouvrir sur la réalisation d’études empiriques ultérieures.
1. L’entrepreneur face à ses responsabilités éthiques et aux défis du développement durable

Après avoir rappelé comment s’articulent l’éthique, la RSE et le DD au plan historique et les incidences de leur prise en compte dans une perspective managériale (point 1.1.), cette section montre comment est présenté l’entrepreneur responsable dans la littérature abordant ces sujets (point 1.2.).
1.1. L’éthique, la RSE et le DD dans une perspective managériale

Le point de vue éthique de l’économie et du commerce remonte à l’analyse d’Aristote qui, dans La Politique, distingue l’économie « naturelle », répondant au besoin en approvisionnements de la cité, de la « chrématistique », évoquant la cupidité insatiable de commerçants avides d’accumuler des richesses vues comme des fins et non comme des moyens. Dans l’Éthique de Nicomaque, Aristote va jusqu’à exprimer un profond mépris pour l’homme d’affaires qu’il considère comme un « être hors nature » car « la richesse n’est pas le bien suprême que nous recherchons » écrit-il. Dans Éthique et économie, Amartya Sen (1993) s’interroge sur les raisons qui ont motivé l’économie moderne à s’écarter de l’éthique. Selon Sen (1993), la rupture s’effectue entre les deux publications principales d’Adam Smith : la Théorie des sentiments moraux, publiée en 1759, puis après un séjour en France auprès des physiocrates, les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, parues en 1776. Considéré comme un ouvrage fondateur de l’économie classique et une référence majeure du capitalisme, la seconde a eu pour effet d’affaiblir la place de l’éthique dans l’économie moderne, souvent présentée comme amorale. Il faut ensuite attendre le début du xxe siècle avec l’émergence de la grande entreprise à actionnariat dispersé et les interrogations qu’elle suscite sur ses responsabilités vis-à-vis de la société pour que s’amorce le débat qui donnera naissance au concept de Corporate Social Responsibility (Responsabilité Sociale des Entreprises) dans les Etats-Unis des années 1950 (Acquier et Aggeri, 2007). Face aux risques que les entreprises capitalistes font peser sur la société dans son ensemble, les églises protestantes américaines proposent, dès le début du xxe siècle, un cadre éthique régulateur. Elles financent ainsi les recherches de l’économiste Howard R. Bowen qui publie en 1953 l’ouvrage considéré comme fondateur des questions relatives à la RSE : Social Responsibility of the Businessman dans lequel la RSE est entendue comme l’ensemble des obligations de l’entreprise à l’égard de la société (Férone et al., 2001 ; Acquier et Aggeri, 2007). Les fondements de la RSE dans le contexte américain des années 1950, confèrent donc à la RSE des fondements inspirés d’une éthique religieuse « qui sied mal aux cultures européennes » (Acquier et Aggeri, 2007, p. 148), ce qui en ralentit la diffusion en Europe. C’est grâce à la popularisation du concept de DD, dans le sillage du Rapport Brundtland (CMED, 1987) et du Sommet de la Terre de Rio (en 1992), que la RSE se diffuse auprès des managers européens, conduisant à une forme d’hybridation entre les deux concepts dans les pratiques des dirigeants européens (Acquier et Aggeri, 2007). Défini comme « un développement permettant de satisfaire les besoins de générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures de répondre à leurs propres besoins » (CMED, 1987), le concept de DD, macroéconomique à l’origine, devient alors l’une des thématiques majeures de la RSE et les entreprises se trouvent investies de nouvelles responsabilités qui vont bien au-delà de la sphère économique pour englober leurs impacts sociaux et environnementaux (Pasquero, 2005). L’International Standard Organisation (ISO) a consacré la convergence entre RSE et DD en déterminant les lignes directrices relatives à la Responsabilité Sociétale des Organisations (RSO) avec la norme ISO 26000, entrée en vigueur en novembre 2010, à l’issue d’un long processus de négociations multipartites. La RSO y est définie comme : « la capacité d’une organisation à prendre en compte les impacts de ses décisions et de ses activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui : contribue au DD, à la santé et au bien-être de la société ; prend en compte les attentes des parties prenantes ; respecte les lois en vigueur ; est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations au sein de sa sphère d’influence » (AFNOR, 2010). Finalement, l’exercice de la responsabilité sociétale de l’entreprise est désormais adossé aux objectifs et enjeux du développement durable, ce qui complexifie son intégration au plan organisationnel. En effet, comme souligné par De Lange et al. (2012), une organisation visant la durabilité doit envisager sa performance de façon holiste et à long terme, intégrant les trois piliers du DD : l’économie, l’équité sociale et la préservation écologique, afin de satisfaire ses parties prenantes actuelles et futures. De même, Smith et Scharicz (2011, p. 73-74) et Smith (2012, p. 5) définissent la durabilité organisationnelle comme « le résultat des activités de l’organisation qui de façon volontaire ou en réponse à la loi, démontre son aptitude à maintenir viables ses opérations (y compris financières), tout en veillant à ne pas impacter négativement tout système social ou environnemental. » Cette prise en compte globale de l’éthique, de la RSE et du DD influence la vision des chercheurs sur ce que pourrait être l’entrepreneur responsable comme nous allons le voir au point suivant.
1.2. L’entrepreneur selon une perspective éthique, responsable et durable du management

Un pan important de la littérature évoquant l’entrepreneur responsable met l’accent sur ses relations à l’éthique, à la RSE et/ou au DD. Ces trois aspects sont ici abordés successivement.
L’entrepreneur et l’éthique

Appliquée à la personne de l’entrepreneur, l’éthique regroupe les valeurs, principes et croyances qui guident sa conduite (Mercier, 2000, 2004). Par opposition à la morale qui présente un caractère impératif, l’éthique se veut pratique et bien adaptée au monde des affaires qu’elle s’efforce de réguler grâce à une démarche réflexive individuelle indiquant quelle peut être la bonne ou la mauvaise façon d’agir dans un contexte donné. Les auteurs ayant écrit sur ce sujet soulignent l’importance du questionnement sous-jacent à la prise de décision. Ainsi, selon Moussé (1993, 2001), l’entreprise se présente comme un lieu éthique spécifique où chaque entrepreneur est libre d’exercer sa responsabilité selon ses convictions personnelles afin de contribuer à un monde meilleur. Se référant à Kant, Clarke et Holt (2009) considèrent que l’éthique de l’entrepreneur se situe dans sa capacité à développer un jugement réflexif quant aux différentes configurations de valeurs qu’il peut envisager. L’entrepreneur éthique, en recourant à sa raison et à son imagination, soumet son action aux normes éthiques qu’il a lui-même construites (« self legislating »). Finalement, l’entrepreneur a l’entière responsabilité de créer et de pérenniser les conditions qui permettent de générer de la valeur pour lui et pour les autres. Selon Pariente et al. (2010, p. 318), l’éthique des affaires n’est qu’une éthique appliquée parmi d’autres qui propose les contours normatifs d’un comportement acceptable en construisant une instance de jugement, positive à l’égard de certains comportements, négative pour d’autres. Poussant le raisonnement à l’extrême, certains auteurs remettent directement en cause l’approche normative de l’éthique (proche alors de la morale) qui se révèle peu adaptée au processus décisionnel et à la mission de l’entrepreneur. Ainsi, Buchholz et Rosenthal (2005) envisagent le processus de prise de décision éthique comme un processus créatif et expérientiel : l’entrepreneur responsable est alors celui qui développe sa sensibilité morale, autrement dit sa capacité à percevoir et à traiter les intérêts et les préoccupations d’autrui. Il est celui qui recourt à son imagination pour développer cette sensibilité et pour proposer des solutions aux dilemmes éthiques constitutifs de la diversité humaine. Les auteurs mettent l’accent sur la souplesse et l’autonomie nécessaires à la mise en œuvre de l’éthique ; cette approche écarte ainsi l’impératif éthique d’un respect de règles. Les règles rigidifient les processus de décision et ne permettent pas de répondre à tous les dilemmes éthiques. Nous retrouvons d’ailleurs l’importance accordée à l’autonomie décisionnelle et à l’imagination dans la thèse défendue par Clarke et Holt (2009) puisque selon ces auteurs, l’entrepreneur éthique est un acteur en capacité de développer un jugement réflexif à partir de son expérience concrète.

A fortiori, selon Brenkert (2009), l’entrepreneur peut être amené à transgresser ou contourner certaines règles morales si les décisions qu’il prend conduisent à une société plus florissante. L’entrepreneur est alors perçu comme un agent de changement dans un processus de création-destruction susceptible de faire évoluer non seulement l’économie mais aussi la morale. Défendant l’idée que la fin justifie parfois les moyens, l’auteur considère que l’audace inhérente au créateur-innovateur, peut inciter ce dernier à rompre avec les règles établies, y compris les règles morales en vigueur dans le contexte spatio-temporel où il évolue. Seul le temps pourra dire ensuite si cette transgression conduit effectivement au changement désiré et à la société florissante souhaitée, auquel cas elle sera justifiée ex post grâce aux résultats obtenus. Pour l’auteur, les vertus personnelles de l’entrepreneur sont une garantie éthique plus forte que les règles et principes moraux. Elles l’autorisent à entrer dans un processus de destruction créatrice qui le conduit non seulement à l’innovation, mais également à faire évoluer les règles morales. Enfin, en questionnant la dimension éthique de l’acte entrepreneurial, Anderson et Smith (2007) soulignent que ce dernier s’inscrit dans un contexte social si bien que les moyens et les fins associés à l’action d’entreprendre sont évalués et légitimés par la société à l’aune d’impératifs moraux situés culturellement et historiquement. Ainsi, l’entrepreneur « authentique », reconnu comme tel par la société, est celui qui agit en accord avec les valeurs de la société. Selon Harmeling et al. (2008), la réussite de l’acte entrepreneurial témoigne par elle-même de la capacité d’un entrepreneur à créer de la valeur pour lui et pour les autres et de sa capacité à porter une vision qui rencontre un assentiment sociétal. Cette réussite consacre l’alignement des valeurs individuelles de l’entrepreneur et les valeurs de la société. Comme l’analysent Dherment-Férère et Van der Yeught (2011), ces valeurs partagées peuvent à leur tour se révéler sources de valeur économique.

Finalement, confrontés au modèle de Verstraete et Fayolle (2005), les travaux portant sur l’entrepreneur éthique s’inscrivent à la fois dans le paradigme de l’innovation (et son pendant, l’imagination, précisément l’imagination morale) et dans celui de la création de valeur envisagée ici au sens économique et au sens sociétal.
L’entrepreneur face à la RSE et au DD

Par ailleurs, la popularité croissante de la RSE et du DD, et leur institutionnalisation (Postel et Rousseau, 2009), dessinent les impératifs d’une responsabilité de l’entrepreneur, que ces impératifs soient instruments de légitimation (Anderson et Smith, 2007) ou de sanction économique (Harmelin et al., 2008). Plusieurs définitions présentes dans la littérature examinée pour cet article se réfèrent, en effet, à la RSE ou au DD pour évoquer l’entrepreneur responsable.

Ainsi selon la Commission Européenne (CE, 2004) :

« L’entrepreneuriat responsable désigne un mode de gestion qui accroît la contribution positive de l’entreprise à la société tout en minimisant son impact négatif sur les citoyens et leur environnement. Un entrepreneur responsable :

- traite ses clients, ses partenaires commerciaux et ses concurrents en toute équité et honnêteté ;

- se préoccupe de la santé, de la sécurité et du bien-être général des salariés et des consommateurs ;

- motive son personnel en lui offrant des possibilités de formation et de développement ;

- agit comme un bon citoyen au sein de la communauté locale ;

- respecte les ressources naturelles et l’environnement. »

Cette définition adoptée par CE recoupe les prescriptions et recommandations adressées plus globalement aux organisations en matière de RSE. Nous y retrouvons l’énoncé des principaux enjeux de responsabilité mis en évidence, notamment par la norme internationale ISO 26 000. Elle diffère, néanmoins, en soulignant que le concept d’entrepreneur responsable (relativement à celui de RSE) est mieux adapté aux PME, dans la mesure où « il associe la volonté individuelle d’entreprendre et l’attitude indispensable à la création et l’exploitation d’une petite entreprise avec un sens élargi de responsabilité sociale. » (CE, 2004). Cette perspective exprime ainsi un impératif incombant à l’entrepreneur individuel.

Les travaux de recherche explorant essentiellement le terrain des PME mettent en évidence la façon dont l’engagement responsable se traduit et les motivations qui animent des dirigeants-propriétaires dont la plupart partagent les attributs de l’entrepreneur.1

Ainsi, Parrish (2010, p. 511) s’intéresse à l’entrepreneur soucieux de mettre en œuvre le DD. Il ressort de son étude que cet entrepreneur considère l’entreprise comme un moyen de perpétuer les ressources humaines et naturelles essentielles à son activité en pérennisant et en améliorant la qualité de leur fonctionnement. Les études de cas menées par cet auteur révèlent des logiques d’action en phase avec cette vision de l’entreprise. L’entrepreneur responsable balaye l’ensemble des avantages que ses décisions peuvent impliquer pour lui et ses parties prenantes et vise à dégager autant que possible des avantages mutuels en exploitant les synergies organisationnelles. L’évaluation des décisions au plan de leurs conséquences (pour lui et pour autrui) repose notamment sur la prise en compte de critères qualitatifs ; en privilégiant ce type de critères, l’entrepreneur est davantage en mesure de satisfaire aux objectifs multiples qu’implique un engagement en DD. Quand l’optimisation décisionnelle n’est pas possible, qu’aucun consensus ne peut se dégager, les entrepreneurs étudiés adoptent une stratégie de satisficing consistant à viser un niveau de satisfaction minimum pour chacun des objectifs retenus.

Le courant de recherche de la Responsabilité Sociétale en PME (la RS-PME selon Quairel, 2012) met également en évidence la réalité et les singularités d’un engagement responsable des dirigeants de PME. En synthèse, cette littérature identifie un engagement du dirigeant porté souvent par une motivation intrinsèque (Jenkins, 2006 ; Baden et al., 2009), laquelle peut être à la fois éthique (Murillo et Lozano, 2006 ; Spence, 2007 ; Vives, 2006 ; Jenkins, 2009), stratégique, ou plus largement instrumentale (Vives, 2006). Au plan des pratiques RSE, ces travaux relèvent des démarches souvent peu formalisées (Vives, 2006 ; Jenkins, 2009 ; Coppa et Srimaresh, 2013), des stratégies émergentes plutôt que délibérées (Jenkins, 2004 ; Berger-Douce, 2008 ; Coppa et Sriramesh, 2013). Les actions responsables s’inscrivent au cœur des relations que le dirigeant entretient avec ses partenaires (Paradas, 2008) et sont bien souvent développées dans le contexte de la constitution d’un capital social ou relationnel (Fuller et Tian, 2006).

Enfin, Choi et Gray (2008) délivrent une contribution qui complète ces approches. Leur étude qualitative interroge la façon dont des entrepreneurs (créateurs et managers d’entreprises de tailles diverses) parviennent à créer et surtout à gérer des entreprises prospères en développant des activités responsables. Ces entrepreneurs ont en commun un idéal, celui de poursuivre simultanément des objectifs financiers et non financiers ; l’entreprise est alors envisagée comme un moyen d’atteindre cet idéal en développant une activité économique qui fasse la différence au plan social ou environnemental. Les choix de l’entrepreneur sont en accord avec cette intention et cette vision. L’entrepreneur opte pour une stratégie de différenciation permettant le maintien d’une structure de coûts plus élevés. Grâce aux actions engagées (achats responsables, modes de production durables, soutien de causes citoyennes), il s’emploie à soutenir une image de marque différenciatrice dont il orchestre la visibilité. La politique de recrutement est certes centrée sur la sélection des compétences adéquates, mais également sur les valeurs portées par les candidats. Cette politique sert le développement d’une culture organisationnelle forte, cohérente avec l’image de marque. Les stratégies de croissance sont raisonnées de façon à maintenir la taille optimale, celle qui permet de satisfaire les objectifs portés dès la création de l’entreprise. L’ouverture de capital est conditionnée à la venue d’investisseurs porteurs des mêmes valeurs.

Au vu de ces travaux investiguant les pratiques de responsabilité des entrepreneurs, il apparaît que la dimension managériale prend le pas sur la dimension entrepreneuriale de l’engagement responsable. Ainsi, ce dernier n’est pas ici envisagé directement en lien avec les attributs typiques de l’entrepreneur (capacité à innover, à prendre des risques et à se saisir d’opportunités ou à les construire). Les paradigmes constitutifs de l’entrepreneuriat (au sens de Verstraete et Fayolle, 2005) ne sont pas au centre des approches évoquées. En revanche, un certain nombre de travaux, relevant d’une approche stratégique, intègrent plus largement ces paradigmes, comme nous le montrons ci-après.
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