Jean-Hérold Paul, Espace et temps transcendantaux. Critique kantienne de la cosmologie newtonienne





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TEMPORALITES


Table des matières

Introduction par Michèle Riot Sarcey


  1. Temporalités subies et discordantes


Introduction : Temps et subjectivation : assujettissements/désassujettissements

par Laurence Gavarini 
Aurélie Maurin, Les temporalités adolescentes dans l’espace institutionnel
Ilaria Pirone, Temporalité adolescente. Les ados et le temps, le temps des ados
Ursula Del Aguila, Le corps maternel entre éternité des sexes et temporalité féconde de l’être à venir
Bertrand Lahutte, Temporalités et surprises de la coupure analytique
Adolfo Fernando Vera Peñaloza, La temporalité de la ruine dans l'œuvre de l'artiste chilien Claudio Bertoni
Patrick Gaiaudo, Dialectique de l’image et du mouvement dans l’expérience d’improvisation en danse
Introduction partielle, Champs du politique, le temps divisé
Christian Duteil, Le temps du reporter d’idées

Dominique Charpenel, Temporalité de la cure analytique
2 .TEMPORALITES PRODUITES (OU : TEMPORALITES : CONSTRUCTIONS/ PRATIQUES/ CONSTRUCTIONS)


Jean-Hérold Paul, Espace et temps transcendantaux. Critique kantienne de la cosmologie newtonienne



Marcelo Velarde Cañazares, L’anxiété d’être et la finitude d’exister dans Temporalidad, de Carlos Astrada
Akomo-Zoghe Cyriaque, Notion et expérience du temps chez les Esclaves marrons dans les palenques colombiens au XVIIe siècle
Caroline Fayolle, L’éducation révolutionnaire, un instrument pour maîtriser le temps ? Les conceptions du temps à l’œuvre dans les pratiques et théories éducatives pendant la Révolution française
Nathalie Bittinger, Débris du temps, afflux des temps au cinéma
Catarina VAZ WARROT, Une chronologie atypique : jeux du temps et de l’espace dans l’œuvre d’António Lobo Antunes

Avant-propos

Penser le temps.

Le temps exige d’autant plus d’être pensé que l’idée même de s’en saisir se dérobe à quiconque cherche à le circonscrire ou à s’en échapper.

La journée consacrée à décliner le temps dans l’interdisciplinarité était pour les doctorants de Paris 8 un défi que chacun d’eux a su affronter avec le souci d’en cerner aussi bien l’indétermination que son implacable accomplissement. Au lecteur attentif à suivre les contours du temps, curieux de les découvrir selon différents points de vue, dans une diversité d’espaces temporels, à l’aide d’une pluralité conceptuelle toujours pertinemment utilisée, les textes des communications parlent d’eux-mêmes. Leur introduction devient, en quelque sorte, un surplus pour tenter de dépasser la vision univoque de l’idée de temporalité dont les auteurs nous ont amplement démontré la vanité.

À distance de la journée d’études, l’historienne que je suis a lu les textes, ici présentés, avec le plaisir que seule procure la quête d’un savoir désintéressé.

Il y a déjà plusieurs années, j’avais proposé à mes collègues dix-neuvièmistes de réfléchir sur le temps de l’histoire et nous avions ensemble découvert les multiples pistes de recherche qu’une telle question esquissait bien au-delà des régimes d’historicité. La diversité des regards ici présentés élargit considérablement l’horizon d’attente de la découverte historique par l’approche théorique qui ouvre la réflexion disciplinaire vers une dimension épistémologique. Penser le temps, c’est aussi penser l’histoire à laquelle ni les mots ni les choses, dont usent les individus, ne peuvent échapper.

La question est posée au fil du temps au cours duquel se perpétue l’interrogation. Comme si depuis Augustin le temps se délitait au fur et à mesure de l’expérience de penser dont il fait l’objet. Aujourd’hui, l’actualité des Confessions d’Augustin semble accéder à une forme de vérité, après avoir traversé l’histoire en mouvement, elle s’engouffre, en se resserrant, dans un présent à la fois surreprésenté et insaisissable. La jonction du passé avec le futur n’aurait plus lieu d’être dans une actualité de fin de l’histoire. Comme si la décomposition du temps, pressentie par Augustin, parvenait à ses fins. « Le passé n’est plus et l’avenir n’est pas encore, écrivait-il dans le Livre 11. « Voilà donc ce temps présent, le seul, à qui nous trouvions des titres à être appelé long, réduit à l’espace d’un seul jour à peine. Mais cette unique journée, examinons-là elle n’est pas tout entière présente […] Chaque heure intermédiaire a devant elle des heures passées et des heures futures […]. Cette heure unique s’écoule elle-même par fragments fugitifs ». Cette anticipation du temps qui passe, au rythme de sa perception, fut effacée par le temps historique auquel longtemps l’épopée des grands hommes a donné sens. Les grands récits sont venus ensuite combler les temps modernes, soucieux de se situer dans un présent, pris entre deux temporalités ; l’une constamment remodelée l’autre à la fois espérée et inaccessible. Après les catastrophes du XXe siècle, le cours du temps a dû quitter la route du progrès, jusqu’au rejet des visions téléologiques du devenir de l’humanité. La fin des grands récits a, de ce fait, sonné le glas de la dimension scolastique de l’histoire qui, peu à peu, se contracte dans un présent fragmenté en multiples éclats. Délaissée par la quête archéologique, à force d’être émiettée dans un amalgame de représentations virtuelles, l’Histoire semble s’essouffler et ne plus faire sens.

Tandis que l’heure d’Augustin, aussi sectionnée soit-elle, pouvait figurer l’infini du temps, le fragment actuel se diffracte et ne fait plus sens. La perte de sens est d’autant plus sensible au regard du fragment temporel et spatial de l’avant-garde artistique des années 1910. Celles-ci avait su le concevoir comme écart absolu, si bien mis en couleur par Paul Klee qui, « intégrant la qualité processuelle de la Gestatung, [fait] de chaque œuvre un microcosme enchâssé dans un grand tout vers lequel il pointe »1. Ce même fragment — entre fini et infini —, a été pensé dans sa partie du tout, au temps de la découverte de la finitude de l’homme. C’est ainsi qu’observe Pierre Boulez à l’écoute des Moments musicaux de Schubert : « Le propre du romantisme, c’est non point d’inventer le fragment, mais de lui donner toute sa raison d’être »2 comme partie du tout.

Le temps pouvait être alors façonné sous la forme d’un kaléidoscope : tournoyant autour des imaginaires, oscillant entre rêve et réalité ; inventé, reconstruit, mémorisé, oublié ; saisi dans son accélération et subi passivement tant écrasante était son éternité. Remonter le temps était alors possible quand l’humanité découvrait précisément sa finitude, à l’époque des Lumières. Interrogeant la réponse de Kant , à la question posée : Qu’est-ce que les Lumières, Foucault découvre ce que cherche Kant : « Il ne cherche pas à comprendre le présent à partir d’une totalité ou d’un achèvement futur, il cherche une différence : quelle différence introduit-il par rapport à hier ?3 ». Aussi la question qui semble apparaître pour la première fois selon Foucault dans ce texte, est la question du présent, la question de l’actualité : qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? Qu’est-ce qui se passe maintenant ? »4.

En ce début de la modernité, le détour par le passé n’est plus la quête de soi par l’esprit d’un Augustin illuminé par Dieu, mais il s’impose aux contemporains comme un objet de penser, à la fois dans sa globalité et dans son mouvement. Le temps s’était, semble-t-il accéléré et sa rétention, comme son contrôle, s’inscrivait désormais dans le destin de l’humanité

Très vite, cependant, la constellation entrevue, à la lumière d’un présent diversifié, fragmenté dans une multiplicité de possibles, fut enfouie sous les fastes du temps historique. Un temps daté et confisqué par l’écriture d’une histoire cumulative linéaire et continue. Un temps parcellaire, composé d’événements advenus et interprétés pour faire sens après avoir gommé toutes les aspérités par le rejet des enjeux et des conflits qui étaient l’expression d’un tout désormais rendu inaccessible.

Mais ce temps de l’histoire triomphante n’est plus. Car la recherche historique aujourd’hui reconnaît la nécessité d’une réflexion transdisciplinaire, laquelle est bien plus que l’expression de l’interdisciplinarité — restée jusqu’alors une juxtaposition des disciplines. Travailler dans la transdisciplinarité, comme l’esquisse la journée doctorale, c’est aussi redonner, à la littérature, par exemple, la place qui fut sienne, quand l’écriture de fiction pouvait afficher son ambition de dire l’histoire du présent à travers la perception singulière du passé. L’expérience individuelle et collective reprend son rang dans la quête de vérité, à la manière d’un Balzac qui veut « rendre tout probable même le vrai ». De même la philosophie s’installe avec ses exigences et donne sens à la pensée de l’histoire selon le bon usage des concepts qui précisément servent aussi à penser le temps. À la manière d’un Deleuze qui éclaire considérablement la discipline historique en affirmant ce paradoxe apparent pour tout historien : « Ce que l’Histoire saisit de l’événement, c’est son effectuation dans des états de choses ou dans le vécu, mais l’événement dans son devenir, dans sa consistance propre, dans son autoposition comme concept échappe à l’histoire »5. Nous quittons alors l’écriture de l’histoire, et donc le récit, pour accéder à l’historicité et à ses temporalités mouvantes.

Il nous est alors possible de ressaisir le temps historique : non pas dans le fait accompli mais dans ce perpétuel inachèvement, mis en perspective par Walter Benjamin : « Le temps historique est infini dans toutes les directions et non rempli à chaque instant. Ce qui veut dire qu’il n’est aucun événement empirique pensable qui ait un rapport nécessaire au moment déterminé où il se produit. Le temps, pour ce qui arrive empiriquement, n’est qu’une forme mais, et c’est plus important, une forme en tant que telle non remplie. L’événement remplit la nature formelle du temps dans laquelle il ne se situe pas. »6

Dans cette attention toute particulière à l’historicité, se place désormais l’enjeu de la recherche historique. À condition de rompre avec les visions non seulement téléologiques du devenir temporel des hommes, mais aussi avec toute forme de continuité toujours reconstruite et qui ne peut échapper à l ‘a priori historique que fonde le sens de son évolution.

Mais cela suppose de dépasser le positivisme ordinaire des historiens. En intégrant, à la manière de Michel Foucault, l’histoire de la pensée, vue comme une rupture avec l’histoire des idées. Se poser, par exemple, la question des effets dans l’histoire de la pensée et des événements qui lui sont propres : « Comment les expériences individuelles ou collectives relèvent-elles des formes singulières de la pensée, c’est-à-dire de ce qui constitue le sujet dans ses rapports au vrai, à la règle et à soi-même ? »7

Le travail de l’historicité est à mon sens la seule réponse aux apories des temps contemporains, transis par le temps qui passe au point de vouloir le fixer au présent des hommes, lesquels ont tendance à vouloir ignorer le passé tant ils veulent s’en libérer. Ce nouveau chemin de la liberté passe, hélas, par une série de dénégations. Il ne s’agit plus de retrouver les enjeux passés mais d’en effacer les traces en valorisant, par exemple, un mythe identitaire ou en substituant le concept à l’objet d’études, comme le pratiquent certains adeptes du postmodernisme en étant assujettis à la pensée marchande. Loin de figurer le tout, le fragment n’est plus alors que l’expression du délitement des illusions d’un passé qui a été délesté de la multiplicité de ses possibles et autres utopies.

Et pourtant comme l’écrivait Baudelaire dans l’Horloge :

« Souviens-toi que le temps est un joueur avide

Qui gagne sans tricher à tout coup ! C’est la loi »

C’est pourquoi s’impose l’idée de retrouver le sens pluriel des formes de l’expérience, en reconnaissant les instances temporelles à partir desquelles se réalisent les devenirs rêvés et effectifs. L’historicité 8 ne peut être pensée que dans ces temporalités où se révèlent les enjeux du passé. Mais cela suppose de se défaire de l’empire d’un signifiant univoque afin d’accéder aux significations singulières et aux compréhensions perdues. Lesquelles toujours resurgissent, différentes, dans une actualité devenue aujourd’hui inintelligible en l’absence de quête de vérité du passé qui jamais ne passe comme Balzac l’a si bien.

Michèle Riot-Sarcey

TEMPORALITES SUBIES ET DISCORDANCES

Temps et subjectivation : assujettissements/désassujettissements

Laurence Gavarini 
« Kaïros. C'est une divinité très fine, un adolescent qui passe, qui appuie un tout petit peu sur le plateau de la balance et tout change. C'est la moindre des choses qui est là. Seulement il faut que la balance existe… La définition de Kaïros, c'est le moment opportun ; ce qui correspond à ce que dit Lacan dans la logique assertive, son article sur: « Instant de voir, temps pour comprendre et moment de conclure ». Kaïros, c'est le déclic ».

Jean Oury se référant au philosophe Henri Maldiney 9 va nous permettre de tisser quelques liens entre les quatre textes rassemblés dans ce chapitre dont pourtant la proximité ne va pas de soi au plan de leurs objets, comme de leurs approches ou de leurs références théoriques, de la philosophie à la psychanalyse en passant par les études de Genre et écrits féministes.

Kaïros, l’adolescent s’impose immédiatement, même s’il apparaît sous des figures assez différentes, dans deux des contributions. Chez Aurélie Maurin, l’adolescent habite le temps et l’espace à sa manière spécifique. Il investit les lieux non quadrillés des institutions, ces hétérotopies, au sens foucaldien, lui fournissant des opportunités pour construire sa subjectivité et son expérience adolescente. L’autre figure d’adolescent, figure de l’Autre peut-être même, apparaît sous la plume d’Ilaria Pirone sous les traits des adolescents contemporains dits « en difficulté », ce qui se manifeste par un « envahissement par le temps présent », par l’immédiateté comme horizon et comme représentation de soi. Les premiers ne sont visibles qu’aux observateurs allant en quelque sorte les déloger de ces espaces-temps informels où ils se tiennent. Les seconds, rendus hyper-visibles par les médias en tant que face obscure de la jeunesse sucessfull occidentale, auraient suspendu pour eux-mêmes le temps comme contrainte jusque dans la langue qu’ils pratiquent d’où ils ont oblitéré les temps grammaticaux du passé et du futur, comme la syntaxe. Quoi qu’il en soit, ces jeunes relèvent tous d’une même segmentation des âges de la vie qui s’opère dans la société, organisatrice d’identifications générationnelles mais aussi de désignations fréquemment stigmatisantes.

Il est une autre idée qui ne saute pas aux yeux à leur lecture et qui pourrait, au-delà de leur spécificité, faire résonner ces textes et faire lien entre eux : l’assujettissement à Chronos, au temps historique, à la fois acte d’assujettir et état de dépendance. Les individus sont frappés par la marque de l’institution du temps, que ce soit le temps scolaire des adolescents, le temps et l’espace d’une séance d’analyse dont traite Bertrand Lahutte, ou le temps de la procréation pour une femme tel que l’évoque Ursula Del Aguila. Le langage et le corps sont des vecteurs et des instruments de ce marquage, de cette frappe institutionnelle et symbolique. Ainsi, l’assujettissement des femmes au travail de reproduction est passé culturellement par une contrainte par corps qui les a longtemps soustraites aux tâches et responsabilités de la Cité, les a arraisonnées selon les termes de Nicole-Claude Mathieu. Le temps institué, rythmé, socialement défini, règle et scande l’activité quotidienne. Nul n’y échapperait. Même les « décrocheurs », ainsi nommés par l’école, qui semblent se dérober à la contrainte temporelle et spatiale, n’en sont pas moins marqués.

Les auteurs nous entraînent ici sur une arrête tranchante où l’on doit penser simultanément la nécessité anthropologique de cet assujettissement au temps et le non moins nécessaire dépassement de ses dimensions aliénantes, un surgissement de l’intempestif, de l’inattendu, de la création. Là se retrouve l’opportun et le déclic mentionnés par Oury. La question du temps ne peut se penser en dehors d’une temporalité subjective et de ce processus de subjectivation qui résulte d’un mouvement dialectique se jouant pour tout sujet sur la scène sociale et intra-psychique, à la fois comme imposition et comme disposition.

Au temps institué, nul n’est intégralement assujetti, sauf sans doute dans les institutions « totales » de Goffman, lieux de réclusion durable voire définitive qui privent de liberté de mouvement, d’autonomie et de libre usage de soi. Il existe pratiquement toujours des interstices, des espaces et temps de créativité qui limitent activement l’emprise de la société de contrôle sur ses ressortissants, telle qu’identifiée par Deleuze. Les sujets sont Sujets pour être entrés dans les coordonnées sociales et civilisatrices de la temporalité et sans doute ne pas y avoir été subjectivement totalement aliénés. Ces textes, chacun à sa manière, nous font penser ce mouvement dialectique.

Le non-assujettissement, ou la négation de sa part d’assujettissement, peut se faire aliénation comme l’analyse Ilaria Pirone, pour les individus qui paraissent les plus affranchis de l’institué et de la contrainte de ses règles, par exemple chez les adolescents qui en décousent avec la langue au point de ne pas pouvoir faire récit lorsque l’exercice scolaire le requiert ou lorsqu’une chercheuse leur demande de se raconter, de parler d’eux-mêmes. La capacité à construire, tisser une identité narrative au sens de Ricoeur, semble leur faire défaut et les décrocheurs scolaires souffrent de défaire le sens du langage pour eux-mêmes et pour le monde des adultes auquel ils s’adressent. Cependant, l’aliénation peut, un temps, se suspendre et surprendre ces jeunes tout comme leur observatrice, lorsqu’elle les accompagne dans un atelier de slam où manifestement la prosodie, la contrainte scripturale de la versification, la césure et le rythme, viennent lever le symptôme massif de dysglosie ou des dyspraxies langagières.

Bertrand Lahutte nous entraine également, à la suite de Lacan, sur cette voie de la surprise à propos de la temporalité  des séances de la cure analytique. La scansion/coupure, l’acte de ponctuation qui « marque une intervention active de l’analyste, dans la succession de ce qui se dit » fait sens pour l’analysant, plus que le temps social de la durée, de l’heure du rendez-vous. Ici la marque de l’arrêt, autrement dit la levée de la séance, relève non pas d’un cadre temporel pré-établi et ritualisé mais du choix de l’analyste de laisser en suspens le sens, de donner une valeur interprétative à cet arrêt du temps. Les textes de Bertrand Lahutte et d’Aurélie Maurin rappellent que le temps dans la vie psychique, ce que nous pouvons dire de la temporalité psychique, selon les logiques de l’inconscient, ne sauraient se réduire à un ordre linéaire et diachronique. Ajoutons l’importance chez Freud et ses successeurs de notions comme la répétition ou l’après-coup qui donnent la mesure de la complexité du rapport du Sujet au temps et à la question de son désir.

Du désir, il est aussi question lorsque Ursula Del Aguila propose de dépasser la « ritournelle  » (qu’elle reprend à Geneviève Fraisse) de l’éternel féminin qui a figé durablement la différence des sexes « dans un discours-écran » et de « poser prudemment les contours d’une nouvelle nature féminine », en rupture avec l’essentialisme de Rousseau et l’assignation maternelle des femmes. Ces contours, elle les pose à la suite d’une auteur, Luce Irigaray, fort discutée en son temps, et contre la position féministe réductrice de Simone de Beauvoir, en reconnaissant une « puissance » au corps féminin qui engendre. Elle file la métaphore de la gestation d’un autre corps, dans un corps qui lui sert « d’enveloppe », évoque les corps-maisons dans l’oeuvre de Louise Bourgeois, pour évoquer l’expérience « primordiale » de la temporalité que constitue l’enfantement qu’elle met sous le signe de Derrida « La différance est un différer perpétuel donnant à voir quelque chose qui n’est pas encore comme l’enfant à venir dans le corps qui enfante ».


En parcourant les contributions rassemblées ici, s’ouvre une forme d’éventail des conditions de possibilité, des espaces potentiels par lesquels un Sujet peut advenir à la parole, au sens et à son corps propre. La question du temps social et psychique y est abordé comme un opérateur symbolique aux dimensions contraignantes mais aussi structurantes. Le lecteur pourra aussi trouver dans les plis de ces textes, comme un palimpseste, révélant bien d’autres dimensions comme celle de l’altérité et de l’Autre en tant que figure donnant forme et légitimité au temps.
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