De la conference episcopale du tchad





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MESSAGE DE NOËL 2006
DE LA CONFERENCE EPISCOPALE DU TCHAD

Jean-Claude BOUCHARD, évêque de Pala, président de la CET

Mathias NGARTERI, archevêque de N’Djaména

Michel RUSSO, évêque de Doba

Edmond DJITANGAR, évêque de Sarh

Miguel SEBASTIAN, évêque de Laï

Rosario Pio RAMOLO, évêque de Goré

Joachim KOURALEYO, évêque de Moundou

Henri COUDRAY, préfet apostolique de Mongo


Incontournable dialogue






Frères et sœurs chrétiens,

Hommes et femmes de bonne volonté,

Vous tous que Dieu aime !
« Comme il est beau de voir courir sur les montagnes le messager qui annonce la paix, le messager de la Bonne Nouvelle, qui annonce le salut… » (Is 52, 7).
Messagers de la paix.
1. La célébration de la naissance de Jésus, le Prince de la Paix, est un appel qui nous est adressé en tant que pasteurs : elle nous invite à prendre la parole pour dire l’Evangile dans la situation que vit notre cher pays en ce moment crucial de son histoire. Comme les anges dans la nuit de Noël, nous voulons exercer notre ministère de messagers de la paix : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.» (Lc 2, 14).
2. En tout premier lieu, nous exprimons notre compassion et notre solidarité aux réfugiés et déplacés du fait de la guerre à l’Est de notre pays, ainsi qu’à ceux du Darfour soudanais et de la Centrafrique. Nous partageons la douleur des familles endeuillées par ces guerres

interminables. Nous voulons enfin assurer nos frères et sœurs affligés de notre prière de tous les jours.

Une histoire marquée par la guerre.
3. Le Tchad est un pays brisé par la guerre. Toute son histoire comme pays indépendant, dès le commencement, est semée de conflits armés. Ces conflits, loin de résoudre les questions du développement et de la concorde nationale, ont plongé le pays dans l’horreur et la terreur.
Tous les Tchadiens appartiennent à l’humanité que Dieu aime. Mais on les a conduits dans un état catastrophique qui ne peut laisser personne indifférent. Fidèle à sa foi, l’Eglise rejette la guerre, même sous le prétexte de résoudre les problèmes de l’injustice et de la mauvaise gouvernance. C’est le sens de notre déclaration du mois d’avril 2006. On se souvient que nous avions alors préconisé le dialogue comme préalable à tout processus électoral et seul moyen de prévenir une radicalisation des positions qui ne pouvait que conduire à la généralisation de la guerre. Nous constatons aujourd’hui que le rejet de cette proposition nous a encore plongés davantage dans la logique des affrontements armés.

Choisir la paix 
4. Un regard lucide et courageux sur notre pays, animé d’un amour et d’un patriotisme sincères et authentiques, doit nous aider à réaliser que la guerre ne résout rien. Il faut faire le choix exclusif de la paix.
Mais l’appel à la paix que nous lance l’Evangile doit être bien compris. Il s’agit de bien distinguer la paix évangélique d’une paix idéaliste. La paix idéaliste se complaît dans un discours abstrait, coupé de l’attention aux situations concrètes, souvent faites de violences, d’injustices et de misères. La paix évangélique, elle, est un appel à notre responsabilité d’hommes et de citoyens. Elle exige de regarder la réalité en face et de chercher avec courage les moyens les plus aptes à mettre fin à la violence et à sauver des vies humaines.
5. Combien de Tchadiens ont-ils été tués par la guerre et réduits à des conditions inhumaines depuis les révoltes de Mangalmé et les luttes armées qui s’en sont suivies, animées par différents mouvements rebelles et attisées par la répression ! La guerre nous a pris trop de compatriotes, a fait trop de veuves et d’orphelins et brisé l’espoir de trop de jeunes. Il est temps qu’elle laisse la place à la paix. Forts de notre conviction et de notre adhésion à cette paix, nous osons dire haut et fort à la face de nos compatriotes et de la communauté internationale qu’il est temps de faire taire les armes et d’arrêter le massacre des hommes que Dieu aime.
6. En lançant cet appel, nous sommes conscients qu’il ne produira pas d’effet magique. La paix se construit. Nous savons qu’elle n’obéit pas aux incantations religieuses auxquelles nous invitent trop souvent les responsables politiques. Oui, nous croyons que la paix est un don de Dieu. Mais son accueil et sa construction dépendent de la liberté responsable des hommes. Dieu ne nous impose rien malgré et sans nous, pas même notre salut. C’est pourquoi la proclamation de la paix a été, est et sera toujours un appel à la responsabilité des hommes résolus à la construire. Cet appel s’adresse à tous, à l’exclusion de personne.

Œuvrer ensemble pour la paix
7. La communauté internationale, à travers la charte de l’ONU, préconise le principe du règlement pacifique des conflits. Dans sa déclaration du 24 octobre 1970, elle affirme que « tous les Etats doivent régler leurs différends par des moyens pacifiques, de telle sorte que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger ». Ce principe – quelles que soient les faiblesses de l’ONU pour le faire appliquer – est devenu comme une norme de vie pour l’humanité. C’est là que la norme morale mondiale rejoint l’appel de l’Evangile. Aussi nous adressons-nous à tous sans exception, chacun étant responsable, à son niveau, de la construction de la paix.
Nous nous adressons d’abord à ceux qui ont un plus grand pouvoir dans la réalisation du destin de notre pays.
8. En premier lieu, aux grandes puissances qui peuvent influencer notre vie dans le bien comme dans le mal. Nous reconnaissons l’effort qu’elles font pour notre développement, dans le cadre des organisations internationales comme dans celui de leurs politiques nationales. Mais nous regrettons que la générosité de cet engagement soit trop souvent entachée gravement d’intérêts divergents qui n’ont

rien à faire avec l’intérêt de notre peuple. Il est grand temps que cesse cette course à l’Afrique, comme si c’était une terre abandonnée à toutes les convoitises. Les Tchadiens sont las de s’entredéchirer. En tant que responsables religieux, nous suivons avec grande attention la lutte acharnée actuellement en cours pour le contrôle des ressources énergétiques de la planète. Nous sommes conscients que bien des tragédies sont le produit de cette lutte sans merci. A-t-on le droit de mettre en danger la vie de millions de personnes pour asseoir sa propre suprématie sur notre continent ? Nous vous demandons de ne pas instrumentaliser le développement et la démocratie au gré de vos intérêts économiques et politiques. Cela crie vengeance vers le ciel et devant l’humanité toute entière. Cessez de souffler sur nos divisions.
9. Au Gouvernement, nous réitérons notre demande de laisser toute autre considération que celle de rétablir le plus rapidement possible les conditions de la paix. Que soient mises en place des structures efficaces de dialogue social et politique, sans exclure personne. Que tout soit fait également en vue d’un partage équitable des biens de la terre et du sous-sol de notre pays, qui sont trop souvent objet de convoitise et obstacle à la paix.
10. A l’opposition armée. Comme tous les Tchadiens, nous avons assisté ces dernières années à la détérioration des relations à l’intérieur de l’administration du pays et à la généralisation de la mauvaise gouvernance. Pour rendre possible l’alternance que des élections libres et transparentes auraient dû tout naturellement produire, vous avez choisi de prendre les armes. Certes, vous évitez d’impliquer les populations civiles dans les conflits qui vous opposent à l’Etat. Mais nous ne pouvons pas adhérer au choix de la guerre. La leçon de notre brève période d’indépendance en effet nous enseigne que les armes n’ouvrent aucun avenir, alors qu’elles engendrent sans fin haine et vengeance, larmes et souffrances.
11. Aux partis politiques et organisations de la société civile. Ne baissez pas les bras. Continuez dans la mission qui vous incombe de poser les bases d’une véritable démocratie. Persévérez dans la mobilisation des citoyens pour un développement social concerté, dans le respect des légitimes intérêts de chaque catégorie, avec un véritable esprit civique. Privilégiez la recherche du bien commun, la culture de la paix et le sens du service de la société.
12. Aux responsables religieux, nous faisons part de notre entière disponibilité à unir nos énergies et notre esprit de foi dans la recherche du consensus moral sans lequel il n’y aura pas de dialogue. Des hommes et des femmes dépendent de nos responsabilités spirituelles respectives. Qu’ils apprennent de nous que Dieu ne bénit jamais la violence mais approuve l’effort de paix de tous les hommes de bonne volonté. Nous nous unissons à vous tous dans la prière et invitons nos propres fidèles à en faire autant, dans toutes nos villes et nos villages, pour un grand rendez-vous d’invocation et d’initiatives pour la paix.
13. A vous, frères et sœurs chrétiens, nous ne pouvons que rappeler les paroles du Seigneur : « Aimez vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,12-13). Rappelons-nous que chaque personne humaine est pour nous un reflet de la présence de Dieu qui nous demande de l’aimer. Chaque homme pour nous est un frère. C’est notre tâche d’être témoins de cette vérité dans la vie de tous les jours. Nous devons redoubler d’efforts pour faire de nos communautés des lieux de réconciliation et de paix qui appellent à leur tour à la réconciliation et à la paix. En ce temps d’inquiétude, cet engagement devient encore plus exigeant. Unissons-

nous aussi dans la prière pour que l’Esprit d’amour et de paix brise la carapace des cœurs endurcis par la haine. Agissons en conséquence là où la Providence nous a placés pour collaborer avec Dieu à la construction d’un Tchad nouveau. Faisons nôtre la prière de François d’Assise : « Fais de moi, Seigneur, un instrument de ta Paix. Là où il y a la haine, que je mette l’amour… »

L’incontournable dialogue.
14. Evoquer le dialogue en temps de crise aiguë irrite. Nous en sommes conscients. Surtout si l’on invite à un dialogue global incluant les parties en rébellion. Mais lorsque nous parlons du dialogue, nous évêques, c’est de l’Evangile que nous nous inspirons. Celui dont nous célébrons la naissance est Celui-là même qui a donné le plus grand commandement, celui de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Et tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 37-39). L’Apôtre Paul reprend ce commandement et dit : « L’accomplissement de la loi, c’est l’amour » (Rm 13,10).
15. Avant d’être un principe moral, l’amour est un nom de Dieu : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour ». (1 Jn 4, 7-8).
Ce temps de Noël est le temps favorable pour entendre l’appel que Dieu nous adresse : « Je te propose aujourd’hui la vie ou la mort, la bénédiction ou la

malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez » (Dt 30, 19).

16. Dans sa première lettre adressée à tous les chrétiens, le Pape Benoît XVI revient sur cette vérité fondamentale que « Dieu est Amour ». C’est dire l’importance de cette réalité dans notre vie personnelle, religieuse et sociale. Or, le dialogue est une forme sociopolitique de l’amour, puisqu’il réalise l’ouverture universelle à autrui. Aussi le Pape a-t-il déclaré à l’ambassadeur du Tchad près le Saint-Siège, en recevant ses lettres de créances, le 18 mai dernier : « Le dialogue et la concertation entre toutes les parties concernées sont essentiels. Ils favorisent le bien commun de la nation, en évitant le recours aux armes pour surmonter les différends, que la violence ne peut régler. Le dialogue est un acte de confiance en tout homme, qui porte en lui la capacité de dépasser les divisions, et c’est lorsque le dialogue n’existe pas que la paix est menacée ».
La voix de la raison s’ajoute à celle de notre conscience pour lancer ce cri : « IL N’EST JAMAIS TROP TARD POUR COMMENCER LE DIALOGUE ! ».

Puisse Celui qui a pris notre humanité vous emplir de son esprit de dialogue !


Bon Noël à vous tous, dans la joie et dans la paix.
Bonne année nouvelle.





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