La langue des signes sera proposée comme «première langue»





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POURQUOI LE CHOIX D’UNE EDUCATION BILINGUE

Préambule :

Plutôt que de traiter du « comment » il me semble indispensable de poser le « pourquoi » d’une éducation bilingue, de la situer dans l’histoire de l’éducation des sourds et d’en présenter les idées forces, par conviction, et pour deux raisons contextuelles :

  • Nous assistons à l’heure actuelle à une volonté très affichée de « réhabilitation de la surdité » grâce aux technologies nouvelles, aux progrès scientifiques… De quelle réhabilitation s’agit-il ?

  • Ce numéro spécial sur « les sourds » interpelle des rédacteurs dont la majorité se réfèrent à la « déficience auditive » (D.A.) et par ailleurs réitère le déni fait aux sourds depuis près de deux siècles…. de n’être pas invité à dire sur ce qui les concerne directement !



Ce que nous appelons « Education Bilingue  pour enfants sourds » est une proposition d’éducation alternative et radicalement opposée à la perspective « rééducative et thérapeutique » que la société entretient depuis près de deux siècles à l’encontre des enfants sourds. (Nous proposons les perspectives que suggérait Bébian au début du 19ème siècle !…).

Nous plaçons notre regard sur l’enfant sourd et sur l’adulte sourd dans une approche « sociolinguistique » où la problématique du langage et des langues est le premier support à ce nouveau rapport.

La langue des signes sera proposée comme « première langue » car opérationnelle comme langue dès la petite enfance. Elle correspond aux contraintes  perceptives et cognitives  des bébés sourds et des enfants sourds .

L’histoire singulière faite à cette langue donne incontournablement une dimension « politique » à notre projet qu’il conviendrait de développer dans un article complémentaire.

A cette première approche  linguistique,  nous superposons une revendication de scolarisation dans les dispositifs publics pour les enfants, les adolescents, et les jeunes étudiants sourds comme lieux d’apprentissage de la citoyenneté.

Il n’est pas simple, ni pour les familles (majoritairement entendantes), ni pour l’école (construite sur une perspective unilingue) d’accorder une place prioritaire à une langue si minoritaire, engageant le corps et non la voix, ne possédant pas d’écrit, bousculant les théories linguistiques.
En ce qui nous concerne, le projet est né fin des années 70, conséquent d’une sensibilisation offerte par des voyages d’études permettant de questionner les pratiques alors en cours, par les travaux de B.Mottez proposant de façon très pertinente une approche sociologique de la surdité et hélas, une sensibilisation exacerbée par une déception très profonde des propositions « rééducatives » proposées à cette période et de leurs résultats.
En 1980, complémentairement aux projets d’IVT, et de l’Académie de la langue des signes a été créée l’Association « Deux Langues pour une Education » 2LPE.

Cette association nationale a très vite développé de nombreuses antennes et actions dans plusieurs régions de France. Face à de très nombreuses (et parfois virulentes) oppositions institutionnelles (milieu médical, milieu socio-éducatif/rééducatif, grandes associations de sourds, de parents…), elle a organisé le rapprochement de professionnels, de parents et de sourds dans des stages de réflexion et de formation centrés sur une perspective sociolinguistique. Ces stages (St Laurent en Royans 1980/81 – Marseille 1982 – Poitiers 1983/84/85 – Chambéry 1986 – Toulouse 1987 – Lyon 1988…) ont généré de nombreux projets dont celui de l’éducation bilingue.

En 1984,  nous inaugurions à Poitiers, au sein de l’école maternelle publique P.Fort, cette perspective d’éducation. Une convention entre l’école et l’association, un engagement très cohérent des parents (permettant, par le reversement collectif des A.E.S, le fonctionnement économique de ce dispositif), une aide très précieuse de la municipalité ont permis d’ouvrir l’école publique à des enfants sourds, dans cette perspective bilingue… et ceci, dans une ville possédant deux très grands établissements spécialisés pour jeunes sourds…

C’était donc, après « l’instruction  aux sourds-muets » proposée par l’Abbé de l’Epée (ouvrant une perspective d’instruction collective après le préceptorat des siècles précédents), confisquée peu à peu par la perspective de rééducation de la parole, l’ouverture de l’école publique à l’enfant sourd, dans sa mission d’instruction et non de réparation.

Depuis les fondements de la république de nombreuses tentatives pour l’instruction publique des sourds ont été vaines face à « l’appropriation » de cette population par le milieu confessionnel puis par le « secteur privé » du médico-social. (Je développe le thème de cette histoire des enjeux manqués pour l’instruction publique des sourds dans un article paru dans la revue « Communautés Educatives » n°117 – Décembre 2001- ANCE).


Il faudra attendre 1991 pour qu’un texte de loi accorde ce choix d’éducation aux parents. La circulaire d’application (Mars 1993) co-signée du Ministère des Affaires Sociales et de l’Intégration et du Ministère de l’Education Nationale et de la Culture précise que « les autorités responsables coordonneront leurs actions pour que les décisions d’extension ou de création d’établissements ou services accueillant des jeunes sourds concourent à la mise en place d’un dispositif régional cohérent de façon que l’exercice du libre choix d’une option éducative par les jeunes sourds et leur famille puisse s’exercer conformément à la loi ».
Le contexte a beaucoup évolué ces toutes dernières années sur le thème de « l’intégration des élèves handicapés ».

La notion « d’élève handicapé » telle qu’elle est développée en France, stigmatisant la personne plutôt que questionnant le rapport entre celui qui vit une altérité (une déficience) et le milieu environnant (personnes et structures), alimentant par là les concepts « d’intégration » et « de norme » ne facilite pas une compréhension fine du projet tel que nous le proposons. Nous revendiquons une « scolarisation » pour des «élèves sourds ». Ceux-ci ont des compétences, des besoins spécifiques que les concepts génériques de « handicapé » et « d’intégration » occultent (il doit en être de même pour d’autres types de déficiences et de différences).

Nous poursuivons donc notre projet, les premiers élèves deviennent des étudiants…

A l’heure actuelle notre association « accompagne » par son Service d’Education Bilingue (structure de type SSEFIS) la scolarité de 24 jeunes élèves et par son Service d’accompagnement aux jeunes étudiants, 7 lycéens sourds. C’est un effectif très important au regard de notre situation géographique (le département de la Vienne compte à peine 400 000 habitants dont 4 000 naissances annuelles) et de la présence de grands instituts traditionnels sur le même secteur.

Les élèves sourds sont accueillis dans des écoles, collèges ou lycées « partenaires » de ce projet d’éducation bilingue (d’autres écoles, collèges ou lycées accueillent les projets proposés par les autres structures) ;

Par cette «complémentarité imposée », nous proposons aux familles la possibilité de choix que la loi de 1991 leur a octroyé . Cette disposition correspond aux recommandations de la circulaire de 1993 et permet semble-t-il une assez bonne lisibilité sur la différence des perspectives offertes. (Cela ne me semble pas, hélas, le cas général des situations françaises).

De la maternelle au lycée, les élèves sourds sont inscrits comme tout élève, soumis aux mêmes règlements, aux mêmes rythmes, aux mêmes exigences…. Ils sont scolarisés dans les classes correspondantes à leur âge ou leur niveau scolaire, les progressions dans le cursus étant sous la responsabilité de l’école, et des Conseils de classe.

Nous proposons, à l’heure actuelle, hors quelques situations de regroupements liés à la langue des signes et à son apprentissage, une « confrontation » de l’élève sourd à la situation de classe ordinaire pour éviter un système « de filière » permettant l’intégration à l’Ed.Nationale mais entraînant la marginalisation et la stigmatisation au sein des structures d’accueil.
La langue des signes reconnue comme sa langue naturelle, son altérité acceptée comme une différence et non stigmatisée comme un handicap, l’enfant sourd puis l’adolescent sourd construit son identité, son positionnement social sur ses caractéristiques intrinsèques  mais en confrontation aux caractéristiques du milieu social environnant donc entendant.

Pour les familles sourdes ou entendantes qui inscrivent un enfant dans cette perspective bilingue, à l’école ordinaire, dans « la confrontation » des différences, il y va d’une démarche plus profonde que la seule perspective des apprentissages scolaires : c’est la volonté d’une « citoyenneté » pour leur enfant, construite sur l’acceptation et le respect de leur différence sans que celle-ci soit niée ni perpétuellement réparée, ni qu’elle serve d’unique lien identitaire.

Nous ne pouvons nier qu’une histoire singulière souvent faite de déni a été proposée aux jeunes puis adultes sourds dans notre société. Ainsi le concept de culture comme « appartenance a un groupe doté d’un passé historique ou mythique spécifique qui peut-être projeté dans une destinée comme possible ou logique » ne peut-être refuté lorsque la « communauté sourde » le propose.
Pour autant, les enfants sourds n’ont pas à être « otages » de cette histoire et de sa réparation : une perspective bilingue (plurilingue) et bi-culturelle est possible pour un épanouissement tenant compte à la fois de la spécificité et de l’appartenance à un groupe social. Plutôt envisager, comme le propose l’école laïque et publique une inter-culturalité qu’une « confrontation  communautariste » alimentée par le déni des particularités.

C’est une part délicate mais importante du projet que nous conduisons, parallèlement aux apprentissages scolaires garants eux aussi par les connaissances acquises d’une meilleure participation à la société.
CONCLUSION :
La perspective d’éducation bilingue portée par la volonté associative (professionnels, parents, sourds…), légalisée en 1991, appuyée par les recherches linguistiques, sociologiques ou en sciences de l’éducation, par les propositions de J.Lang, par la mise à disposition d’un référentiel pour la langue des signes, par la volonté affichée du CNEFEI, etc… se trouve confrontée aux systèmes de prise en charge « traditionnels » à leur histoire et aux représentations qu’ils ont construits (anormalité, invalidité, inadaptation, handicap…) dans la société et à leur volonté de pérennisation…

Le rapport de l’IGEN et IGAS (1999) est « accablant » sur la situation actuelle, il sollicite de nombreuses innovations.. dont « un changement de mentalité » profond.

Le concept « d’handicapé » et les formes de réponses qui lui sont attachées, entretenues par la société et les personnes concernées « marque » les projets de scolarisation dans un espace trop stigmatisant  « intégration de l’élève handicapé » ne permettant pas autant que nous le souhaitons une « reconsidération fondamentale » « des personnes différentes » et une liberté d’innovation pédagogique dans une école non préparée à les recevoir.

Pour l’éducation des enfants sourds, des partenaires nouveaux sont à trouver dans le domaine des sciences de l’éducation, des sciences cognitives, des spécialistes du plurilinguisme, de « l’éveil au langage »  etc… pour rompre avec les attitudes « réparatrices » ayant la normalité comme ligne de mire… hypothéquant sur une « réhabilitation »…et proposant les avancées scientifiques du champ médical comme seules références.

Si « adaptation » est nécessaire c’est du groupe social et de l’école qu’il faut l’attendre pour qu’elle accueille, dans le respect des différences, les enfants sourds si créatifs lorsque on leur donne à voir une langue qui donne du sens à tout ce qui les entoure dès leur premier âge, et qui leur permet très vite un rapport au monde spécifique car essentiellement, voire exclusivement visuel , mais géré par le langage, ce a quoi tout être humain aspire et a droit.


Michel LAMOTHE

Directeur du Service d’Education Bilingue pour Enfants Sourds - POITIERS






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