1 Pourquoi croire est-il devenu difficile ?





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Conférence de Carême :

Est-il absurde de croire aujourd’hui ?

Chers amis,
Nous sommes entrés en Carême il y a de cela quelques jours. Le temps de Carême est un temps propice pour prendre du recul, pour se retrouver, retrouver Dieu et réorienter son cœur vers l’Evangile afin d’en vivre mieux.

Mais ce temps de Carême, nous le vivons cette année avec l’écho de l’Année de la foi voulue par le Pape Benoit XVI. Il souhaite que nous vivions cette année comme un renouvellement de notre foi, de notre attachement au Seigneur, afin que cette foi produise du fruit dans nos vies, fruit de témoignage - confesser notre foi - et fruit de charité, une foi qui se déploie dans la charité concrète à l’égard des hommes. C’est dans ce contexte que, comme l’an dernier, je vous propose cette conférence de Carême, ce temps de réflexion sur notre foi.
Le titre que je vous propose peut, dans un premier temps, sembler un peu provocateur : est-il absurde de croire ? Pourtant, quand on y réfléchit bien et si l’on fait le lien avec nos vies concrètes, je pense que nous avons tous cette expérience, parfois dans nos familles, autour d’une table, parfois auprès d’amis ou de connaissances, du fait que non pas « une réflexion sur la foi », mais tout simplement le « fait de croire », de « dire qu’on a la foi », peut faire de nous des sortes de bêtes curieuses, des personnes étranges qui semblent surgir du passé. Avoir la foi, la foi en un Dieu personnel, être chrétien, de surcroît catholique, semble faire de vous un être d’un autre monde … et l’on entendra même peut-être, à un bout de table, une personne un peu plus audacieuse lancer une formule d’une profondeur abyssale comme : « comment peut-on encore être croyant aujourd’hui ? », accompagnée d’un regard plein de compassion pour l’être égaré que vous êtes…

Je pense, en donnant ce petit descriptif, ne pas trop exagérer. En bref, la question est posée : sommes-nous les derniers représentants d’une réalité d’un autre âge ou bien serions-nous, comme le christianisme l’a été maintes fois, la pointe avancée d’un monde qui vient ? Est-il vraiment absurde de croire, au sens technique du mot absurde, de « absurdus » en latin qui signifie « dissonant », « décalé ».
Pour essayer d’esquisser une réflexion sur cette question, je souhaitais vous partager ma réflexion en 3 temps :

- D’abord nous interroger pour comprendre ce qui s’est passé pour que le monde où nous vivons et la foi semblent aujourd’hui si distants : que s’est-il passé pour que la foi semble absurde ?

- Ensuite j’aimerais montrer que le souci de la cohérence de la foi traverse toute l’histoire de l’Eglise comme un souci constant ; la foi catholique traque l’absurde.

- Enfin je terminerai en exposant les raisons de croire.


1 - Pourquoi croire est-il devenu difficile ?

Depuis des siècles, voire plus d’un millénaire, la foi faisait partie de l’air que l’on respirait en Occident. Or voilà que régulièrement, et ce depuis plus d’un siècle, la foi a été régulièrement remise en question, voire contestée, et ce de multiples manières. Elle est aujourd’hui l'un des grands sujets de dérision dans certains médias.

Il nous faut comprendre que cette contestation, réelle, souvent forte, ne provient pas d’une source unique et n'est pas seulement le fruit du siècle qui vient de s’écouler. Les racines de ce phénomène sont complexes et profondes : on peut au moins évoquer deux causes majeures : les chrétiens eux-mêmes et une gigantesque crise de la culture.
Des crises qui viennent de l’Eglise elle-même
On peut évoquer le fait - comme cela, ce sera dit une fois pour toutes – qu’une part de la critique contre la foi trouve sa source dans le contre-témoignage que les chrétiens eux-mêmes ont pu donner à travers l’histoire.

Comme le souligne le Concile Vatican II dans Gaudium et Spes N° 19, « les croyants eux-mêmes portent souvent à cet égard une certaine responsabilité… dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire d’eux qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent ».

Il est vrai que des présentations parfois réductrices de la foi, par les pasteurs ou par les croyants, ont pu éloigner de la foi. En particulier cette tendance constante au long de l’histoire de l’Eglise à réduire l’annonce de la Bonne Nouvelle à la seule dimension morale.
D’autres critiques, puissantes, sont portées à l’Eglise en raison de périodes complexes de son histoire ; il est vrai que, comme l’Eglise est la plus ancienne institution au monde, les chrétiens ont eu le temps de faire des erreurs : viennent alors souvent les mots de croisade, d’Inquisition, l’évocation des guerres de religion ou d’autres sujets lourds qui traversent le temps et disqualifient assez vite celui qui témoigne de sa foi. Il est vrai que nous traînons d’une certaine manière certains « boulets de l’histoire »  qui rendent le message de la foi inopérant et stérile aujourd’hui ; comment la foi peut-elle être crédible, aussi beau soit le message et la personne du Christ, si cette foi a produit autant de signes contradictoires dans l’histoire ? (même si cette critique historique est souvent peu argumentée et caricaturale.)
Les arguments du contre-témoignage des chrétiens, soit de l’histoire chrétienne, ont une certaine pertinence, il faut bien le reconnaître, mais ils servent souvent à l’athéisme de moyens de se dédouaner d ‘une recherche du Dieu authentique à peu de frais. Nous connaissons tous des personnes qui ont raté leurs vacances pour avoir subi une location estivale médiocre ou un hôtel indigne, cela ne les empêche pas de partir en vacances l’année suivante…


Une crise profonde de la culture
Mais il y a certainement un phénomène plus fondamental qui rend aujourd’hui la vie de foi plus difficile, c’est la transformation profonde de notre culture occidentale, je dirais même de la « matrice culturelle » de l’Occident. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Les paradigmes, les modèles de compréhension qui régissent la pensée, la façon de concevoir le rapport à l’homme, à Dieu et au cosmos, ont été totalement bouleversés depuis quatre siècles. Ainsi, de nombreux chrétiens ont du mal à trouver leurs repères, et semblent se trouver face à un « hiatus », un abîme entre leur vie chrétienne d’une part et les repères du monde contemporain d’autre part. Ces personnes tâtonnent pour chercher l’unité entre ces éléments de vie, voire elles s’interrogent, à l’aulne de leurs connaissances, sur la possibilité même d’une vie chrétienne.
Comme le souligne le Cardinal Paul Poupard qui a réalisé une analyse très poussée de ce mouvement qu’il nomme la « décroyance » : « L'Europe est moins confrontée à une crise de la foi qu’à une crise de la culture dans laquelle s’exprime et se transmet la foi »1. Il précise : « Longtemps unifié, le savoir humain peine à l’évidence depuis plusieurs siècles à retrouver une vue organique cohérente, satisfaisante pour l’esprit. L’émergence des sciences modernes, de la spécialisation croissante, comme aussi des difficultés de concilier les acquis progressifs du savoir et les affirmations traditionnelles de la foi, ont provoqué comme une sorte de schizophrénie dans l’intelligence, une dichotomie dans la culture et un éloignement progressif de deux visions du monde incapables d’intégrer des ordres différents de vérité dans une synthèse organique »2.
Bon nombre de personnes aujourd’hui - nous-mêmes peut-être par moments - désireuses de vivre une vie spirituelle, une vie chrétienne authentique, sont comme contraintes à des « contorsions intellectuelles » pour tenir ensemble leur vie de foi et leur vie au cœur du monde, leurs connaissances, parce que la foi, ce qu’elle invite à croire mais aussi à vivre, peut sembler de plus en plus en tension, en décalage, voire en contradiction avec le savoir ou avec les comportements personnels et sociaux majoritaires en Occident. Ces contradictions apparentes ou réelles peuvent alors conduire certains à une posture fidéiste, c'est-à-dire à croire sans se poser plus de questions ; ou bien encore conduire d’autres à quitter l’Eglise sur la pointe des pieds, voire à réduire la foi à une sorte de vague adhésion à des valeurs doublée d’un engagement social généreux. Mais nous sommes là assez loin de ce qu’est le cœur de la foi chrétienne.

Un bousculement des repères
Que nous est-il arrivé depuis quatre siècles pour que cette sorte de « schizophrénie » nous frappe et rende la vie de foi apparemment dérisoire ou désuète ?

Progressivement le système de pensée qui constituait la matrice culturelle, le milieu dans lequel la foi et la théologie, la vie chrétienne s’étaient construites, ce milieu a bougé ; le sol s’est dérobé sous les pas de l’Eglise. Ce mouvement, ce déplacement s’est opéré au moins dans trois domaines essentiels que je souhaite ici rapidement évoquer ; c’est là que les repères théologiques et spirituels vont être peu à peu déstabilisés.

Je voudrais donner ici quelques indications pour aider à la compréhension de ce phénomène. Le temps dont je dispose m’oblige bien entendu à des raccourcis dont j’espère qu’ils ne rendront pas trop caricatural mon propos.

Le premier bouleversement va affecter la cosmologie, notre compréhension du monde.

Avant les découvertes de Copernic puis de Galilée, nous vivions dans un monde créé, ordonné, dont Dieu était la source ; le centre de ce monde créé était l’homme, sommet de la création, objet de tout le soin de son créateur. A partir de la révolution copernicienne, puis galiléenne, l’homme devient l’habitant d’une terre qui tourne autour du soleil et qui n’est plus le cœur de l’univers et donc de la création. L’homme est comme expulsé du centre. S’il n’est plus au centre, est-il vraiment celui qui bénéficie encore de l’attention de Dieu ?

Cette transformation du rapport au cosmos va affecter la nature elle-même. Nous passons, à la Renaissance, d’un « monde à contempler » devant lequel l’homme s’émerveille ou s’effraye, à un « monde à consommer » dont seule la matérialité semble être évidente désormais. De plus, progressivement, l’exode urbain va conduire l’homme dans des espaces urbains artificiels où le contact avec la nature, avec le créé, fait perdre le goût et le sens du créateur. En outre, ce monde est de plus en plus « désenchanté » - pour ainsi dire - au fur et à mesure que la science progresse et que le mystère s’estompe au profit du problème, pour reprendre les mots de Gabriel Marcel. Alors comment penser désormais, dans un monde matériel analysé, étudié, transformé pour produire, comment penser encore un monde invisible, le miracle, l’ange Gabriel venant s’adresser à une Vierge de Palestine ? Comme l’aurait dit un célèbre exégète allemand du début du XX° siècle, dans une formule qui résumerait fort bien le trouble de la perception nouvelle du monde : « A l’époque de l ‘ampoule électrique, on ne peut plus croire aux anges ».

Dans un monde où règne de plus en plus la technique, la grâce, l’action de Dieu comme source du cosmos devient plus difficile à penser, à imaginer.
Un second bouleversement va affecter l’anthropologie, le regard sur l’homme lui-même.

A partir de la Renaissance, nous entrons dans cette période de l’histoire que l’on appelle la modernité. Elle se caractérise par une « émancipation de la raison », cette raison qui devient la mesure de l’agir de l’homme. La rationalité dès lors semble épuiser le réel (Hegel), et toute interrogation qui n’emprunte pas ce chemin de la rationalité devient littéralement dénuée de sens (pour Wittgenstein, le seul langage sensé est le langage scientifique). Ce regard et cette compréhension nouvelle de l’homme dévalorisent de fait la place de l’affectivité et de toute activité qui ne se démontre pas par la simple raison3.

Il faut aussi faire mention ici de l’influence très importante de la pensée de Jean-Jacques Rousseau concernant la nature humaine et qui va profondément modifier le rapport de l’homme à lui-même. Pour Rousseau - et c’est chez lui le fruit d’une expérience fulgurante -, l’homme est naturellement bon. Il n’est pas, comme dans la tradition de philosophie païenne ou chrétienne, un être appelé à progresser par un travail sur lui-même avec l’aide de maîtres ou d’institutions, de médiations constructives. Pour Rousseau, bien au contraire, ce sont les institutions qui corrompent l’homme. De ce fait, ce sont elles qui sont responsables des malheurs de l’homme. Cette perspective rend en partie caduque ou du moins dévalorise l’idée d’un progrès spirituel et relativise la place des médiations (l’Eglise par exemple).

Enfin une dernière influence va marquer le regard sur l’homme. L’apôtre saint Paul nous rend attentifs, dans ses écrits, à fortifier en nous « l’homme intérieur ». Il nous invite, comme tous les auteurs à travers les siècles, à creuser notre intériorité pour y découvrir peu à peu la présence d’un Autre qui se manifeste. Mais cette intériorité va être elle aussi remise en question par la découverte de l’inconscient et la psychanalyse. Que découvrons-nous en nous de plus que nous-mêmes ? Ce que nous pensons être l’action de Dieu en nous, n’est-ce pas tout simplement le fruit de notre psychisme ?
Un dernier bouleversement est théologique, c’est celui de notre rapport avec Dieu lui-même.

L’ensemble de ces données nouvelles va, bien entendu, conduire à de nombreuses nouvelles questions théologiques concernant le salut, mais va surtout transformer le rapport entre Dieu et l’homme.

En effet, à partir du moment où l’homme n’est plus au centre du créé et semble ne plus être l’objet de l’attention particulière de Dieu, à partir du moment où la question du salut ne semble plus résonner dans le cœur de l’homme par la persuasion qu’il a d’être pleinement accompli, peut-on encore penser un rapport providentiel entre Dieu et l’homme ? La mise en relief de « l’autonomie des choses créées », expression parfois mal comprise4, semble conduire l’homme à vivre au milieu de « l’enchevêtrement » des causes secondes sans que jamais la question de la cause première, la conduite par Dieu, ait besoin d’être posée. En d’autres termes, l’homme n’étant plus au centre du créé, Dieu semblant s’être retiré de ce créé, la nature se suffisant à elle-même et le surnaturel étant placé au rang des accessoires de l’histoire, y a-t-il encore la possibilité de penser l’homme dans une relation avec un Dieu personnel ? Quel sens peuvent avoir des termes comme tentation, péché, surnaturel, esprit du mal, voire relation à Dieu ?
On voit bien comment les trois glissements que je viens d’évoquer de manière brève vont laisser la foi comme sans appuis. Bien sûr, le discours chrétien a encore sa valeur en soi, sa cohérence en soi, mais il semble peu à peu ne plus rejoindre le monde dans lequel vivent les chrétiens. Un décalage s’est produit qui semble faire en sorte que des données de la foi ne soient presque plus croyables : que Dieu soit créateur, que Jésus soit ressuscité, que l’Esprit habite en nos cœurs semblent des formules à peine croyables dans un monde où le langage scientifique semble le seul crédible, où la psychanalyse jette le doute sur ce qui se vit dans notre intériorité…

La tentation pourrait alors sembler se trouver dans un discours radicalement en opposition avec le monde, voire s’appuyer sur l’absurdité de la foi. En plein II° siècle, Tertullien, avocat devenu chrétien, pouvait dire de la foi qu’elle était vraie justement parce qu’elle était incroyable ; plus c’est absurde, plus c’est vrai en quelque sorte. Or ce n’est pas le chemin que va suivre notre Eglise qui, constamment à travers les siècles, va défendre la dimension cohérente de la foi.

2 - L’Eglise et la conviction de devoir rendre raison de l’espérance.

Dès la mort et la Résurrection, dès la première annonce de la foi par la jeune communauté chrétienne, le souci de la cohérence de la foi, de sa crédibilité, va se poser.
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