Essais sur la Chine de Simon leys l’ «ensauvagement»





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La nouvelle donne stratégique

et la nécessité d’un « troisième pied du tabouret »0

par le Général de division (2°s) E. de La Maisonneuve


Les évolutions qui affectent le monde contemporain sont telles qu’elles rendent obsolètes la plupart des schémas qui prévalaient il y a encore vingt ans. Ce qui est une évidence concernant l’économie est aussi vrai pour la sécurité. Le bouleversement y est moins visible car la collusion qui s’est opérée dans ce domaine entre les problèmes internes et les questions internationales est souvent escamotée ; il devrait néanmoins obliger à repenser la notion même de sécurité, son champ ainsi que l’ensemble des dispositions qui en découlent. Pour répondre efficacement à cette nouvelle problématique et aux besoins qui en découlent ici et là, on ne peut plus se satisfaire du seul cadre national et encore exclusivement militaire d’une « politique de défense » dont l’essentiel se traduit en termes techniques et financiers à travers des programmes d’armement destinés à mettre en œuvre des « modèles d’armées ». Sur un sujet aussi vital pour l’avenir de nos sociétés, il faut redessiner le cadre mondial dans lequel nous évoluons afin de tenter de comprendre et d’interpréter les redistributions de cartes en cours, en particulier de recenser l’identité, la qualité et l’importance des différents acteurs, nouveaux ou anciens, Etats aussi bien qu’ONG ou toutes autres entreprises d’envergure mondiale. Sous leur pression et par la combinaison de leurs jeux, ces acteurs sont en train de modifier la face et le cours de l’humanité avec tous les risques de conflits que favorisent les changements d’équilibre dans une période de transition. C’est bien dans ce monde en cours de reconfiguration qu’il faut tenter d’exister ; il faut donc s’y intéresser et tâcher d’en comprendre la complexité. Ce n’est qu’à partir d’une évaluation de la nature et de la portée de ces rééquilibrages qu’on pourra se faire une idée de la future carte du monde, de la répartition des fonctions entre les grands acteurs, et en déduire, pour un pays comme la France, la place qui pourrait être la sienne dans le monde de demain et du rôle qu’elle pourrait y jouer dans un ensemble européen repensé.

Cette question de positionnement est centrale pour notre pays : n’est-il plus qu’un parmi les vingt-cinq – et bientôt trente quatre – pays européens, un parmi les deux cents Etats du monde ; ou bien la France a-t-elle encore « quelque chose à dire » qui soit en phase avec le monde complexe, injuste et dangereux du XXI° siècle ? C’est la question à laquelle avait répondu en son temps le Général de Gaulle, lors d’un Conseil restreint à l’Elysée consacré à la situation en Algérie : « le problème de la France, ce n’est pas l’Algérie qui est du ressort des Algériens, ce n’est pas non plus la Russie qui regarde avant tout les Américains, le problème de la France c’est le monde... » Cette sentence, prononcée en 1959, s’avère prophétique alors que s’impose la mondialisation : sauf à se complaire dans ses difficultés internes et dans l’imbroglio européen, la France, plus que jamais, a vocation à s’intéresser au monde. Mais un tel jugement parait déplacé en 2006 où la France apparaît en perte de vitesse, sinon en déclin, dans les domaines essentiels qui mettent en oeuvre la modernité. Inaudible dans un concert européen noyauté par les Anglo-Saxons, en désaccord sur des sujets vitaux avec la puissance dominante, déstabilisée de l’intérieur par une politique tirée à hue et à dia depuis vingt-cinq ans, bloquée par des raideurs structurelles qui gaspillent son énergie et l’empêchent de se reconfigurer, la France semble ne plus être en mesure de « tenir son rang » dans le monde tel qu’il est. Sauf à sortir des chemins battus en renouvelant son analyse de la situation, en prenant le risque d’investir le monde en mouvement et donc, à sa manière, d’inventer le futur.

Appréciation de situation


Les deux clés de compréhension de la complexité du monde actuel sont liées essentiellement à la mondialisation en cours et à l’émergence de nouveaux acteurs majeurs de la vie internationale qu’elle suscite ; si elles ne sont pas comprises, accompagnées, régulées, elles seront, l’une et l’autre, sources de perturbations, de déséquilibres et, sans doute, de conflits ; si, en revanche, elles sont acceptées, canalisées, puis intégrées dans une nouvelle conception du monde, alors il est possible que celui-ci demeure viable encore quelque temps. Peu de pays ont la possibilité – et la légitimité – de procéder à cette analyse de situation et de la faire valoir. La France est encore, et malgré tout, de ceux-là, par son « exception » due autant à son héritage politique, intellectuel et historique qu’à sa position géographique au confluent des continents et des océans. S’agissant du premier facteur – la mondialisation -, il semble peu probable qu’on parvienne à une analyse commune tant elle est porteuse d’idéologie : celle d’une « vision du monde », uniformisation sur le système américain – libéralisme économique et démocratie politique – par ailleurs difficilement modélisable et extensible au reste de la planète. Outre ce constat qui réduit l’universalisme du phénomène, on ne peut escamoter un certain nombre de faits qui en limitent la portée et donc les bienfaits supposés ; d’abord, malgré des retombées positives, elle reste limitée, contrairement à son acception, à un cinquième de l’humanité et à certains secteurs d’activité ; ensuite elle encourage les excès (7,8 millions de personnes – sur 6,4 milliards, soit moins de 0,1% de la population - possèdent 25 % de la richesse mondiale) ; enfin elle a des effets pervers et déstabilisants pour un grand nombre de sociétés que rien n’a préparé à de tels bouleversements de leurs façons d’être et de vivre. On voit bien que le sujet de la mondialisation mériterait à lui seul une relecture attentive du monde et qu’il pourrait livrer des clés de compréhension, mais on sait aussi qu’il n’est pas convenable d’y porter la critique au risque de passer pour inculte et rétrograde. S’agissant du second facteur – l’émergence de nouveaux acteurs -, réalité visible, mesurable et quantifiable, on devrait parvenir sur ses effets à un certain consensus.

S’interroger sur les acteurs mondiaux, c’est poser la double question de l’évolution de la gouvernance et de la notion de puissance dans le monde : qui fait quoi aujourd’hui et qui pourra faire quoi demain ? L’idée encore la plus répandue sur ce sujet, c’est qu’un « club de puissances » continue, comme au XIX° siècle, d’imposer son hégémonie et d’assurer la direction du monde. Cette vision des choses ne résiste pas à l’examen ; elle s’est effondrée avec la fin de la guerre froide et la « banalisation » du continent européen ; elle est dépassée par la multipolarité d’un monde qui retrouve sa diversité. On assiste à cet égard à un double mouvement : en premier lieu la multiplication incessante du nombre des acteurs étatiques passés de 60 en 1938 à 120 en 1960 et à 200 aujourd’hui, fragmentation du monde qui est une des causes principales des conflits (l’ex-Yougoslavie s’est divisée en sept Etats après dix ans de guerre civile) et qui entraîne l’effritement de leur souveraineté et l’affaiblissement de leur autorité ; en second lieu la diversification de la nature des acteurs mondiaux, d’abord au profit des ONG, au premier rang desquelles l’ONU avec ses nombreuses et puissantes filiales (Banque mondiale et FMI, OMS et FAO, UNESCO…), ensuite au bénéfice des entreprises multinationales dont le poids est devenu décisif dans la conduite économique des affaires mondiales, enfin à l’avantage d’un certain nombre d’acteurs officieux ou souterrains qui exploitent toutes les failles de l’état du monde pour se développer, les mafias et la grande criminalité en particulier ; le chiffre d’affaires supposé de cette économie trouble serait de 2000 milliards de dollars, soit plus de 4 % du PIB mondial et l’équivalent du PIB français. Sur le plan géographique, cette situation tend à accentuer les clivages entre, d’une part les grands Etats (Etats-Unis, Chine, Inde, Russie, Brésil…) ou les ensembles régionaux cohérents (UE, Mercosur), d’autre part les « zones grises » où prolifèrent les poussières d’Etats (Caraïbes, Balkans, Caucase, etc.). Après les empires coloniaux, après le bipolarisme est-ouest et le tiers monde, après ces périodes d’ordre et de partage, aussi injustes fussent-ils, le monde paraît désarticulé.

Dans ces conditions, la gouvernance du monde, le concert des nations et la capacité des « grands acteurs » à établir des règles communes sont devenus improbables, en tout cas de plus en plus contestés. Cet éparpillement désordonné rend le monde en grande partie chaotique et imprévisible ; l’art de gouverner – qui est avant tout de prévoir – y devient impraticable. Mais ce chaos, qui n’est que le reflet de l’incapacité de la puissance américaine à établir son hégémonie sur la planète, n’est pas durable longtemps, soit qu’il dégénère en conflits de tous ordres (le terrorisme en est une des formes), soit qu’il appelle mécaniquement à une réorganisation du monde sous l’effet de nouvelles forces. Cette redistribution est en cours et s’effectue selon trois critères classiques principaux : la dimension, la démographie et l’économie. Ces trois effets sont liés, ils commandent la « taille » des Etats, devenue déterminante dans un monde émietté, aussi bien en termes de ressources naturelles que de marché.

Le premier des Etats selon tous les critères de la puissance, ce sont sans conteste les Etats-Unis, et ce pour longtemps encore. C’est aujourd’hui le seul pays disposant de tous les arguments de la « puissance » : la finance et l’industrie, la recherche et la technologie, la culture et les médias, l’armée et la diplomatie, etc. Cette puissance est dominante dans tous les secteurs et n’est pas près de s’effondrer : les premières décennies du XXI° siècle seront assurément américaines. Si les Etats-Unis ne représentent « plus que » 25 % du PIB mondial (contre 50 % en 1945), cela signifie d’abord qu’ils ont été des démultiplicateurs de richesse mais aussi qu’ils continuent d’en être les premiers bénéficiaires avec un PIB supérieur à 12 000 milliards de dollars dont la plus value de croissance annuelle, de 3 à 5 %, représente à elle seule le PIB du continent africain ! Pour fixer les idées, 150 millions d’Américains possèdent la moitié de la richesse boursière mondiale. Sur le plan géographique, il est manifeste que ce pays-continent dispose de la taille critique et donc de ressources naturelles considérables, notamment dans son grand Nord, en Alaska ; son insularité lui donne en outre un recul stratégique qui reste un atout majeur. Sur le plan démographique, qui sera sans doute un facteur surdéterminant dans les prochaines décennies, le dynamisme américain est intact ; la population des Etats-Unis - près de 300 millions d’habitants -, est en croissance rapide (naissances et immigration) et devrait augmenter de 50 % d’ici une trentaine d’années ; c’est un gage supplémentaire de dynamisme et de créativité. Sur le plan stratégique, est-il utile de rappeler la supériorité militaire d’un pays qui consacre 435 milliards de dollars à sa défense, soit la moitié du budget militaire mondial, dix fois plus que ses suivants japonais, britannique ou chinois ?

Cela dit, comme à toute apogée succède nécessairement un déclin, il est probable que les Etats-Unis ont dépassé le point culminant de leur suprématie. Outre les indicateurs économiques, plusieurs facteurs en sont annonciateurs. Le premier facteur, c’est le rejet mondial dont ils sont l’objet, stigmatisé par leurs échecs diplomatico-militaires répétés depuis le Vietnam et dont l’aventure afghano-irakienne est emblématique. L’hégémonie dont ils bénéficiaient depuis 1945 était largement méritée et acceptée par la plupart des nations. C’était encore vrai en 1990 où ils continuaient d’être considérés comme les champions de la liberté. Mais l’effondrement de leurs ennemis les a révélés tels qu’en eux-mêmes : une puissance implacable, soucieuse de ses propres intérêts et du maintien de sa suprématie par tous les moyens. A tort ou à raison, la séduction américaine n’est plus ce qu’elle était et l’idylle des Etats-Unis avec le monde semble achevée ; on ne « gouverne » plus contre une partie du monde et on ne peut plus imposer la brutalité du rapport de forces avec les méthodes et les moyens du siècle dernier, même mâtiné de soft power. Le deuxième facteur, qui en est la conséquence, c’est l’isolement croissant dans lequel se trouvent les Etats-Unis à la suite de la dissolution naturelle du camp occidental qu’a déclenchée la fin de la guerre froide. Le concept d’Occident n’a d’ailleurs plus grand sens aujourd’hui, soit qu’il ait perdu son adversaire « oriental » antilibéral, communiste et totalitaire, dissous dans un monde multipolaire, soit qu’il ne corresponde plus à ce qu’était la civilisation occidentale dans sa tradition gréco-romaine et européenne ; on peut à la rigueur le « décliner » comme on le fait de l’Orient entre Proche, Moyen et Extrême-Orient, l’Amérique constituant alors un Extrême-Occident et l’Europe retrouvant sa position médiane. Les Etats-Unis ont dû établir, à trois reprises au XX° siècle, un lien transatlantique fort avec une Europe incapable de régler ses propres problèmes puis d’assurer sa sécurité ; ces temps sont révolus car l’Europe apaisée n’est plus la matrice de la conflictualité mondiale, et la sujétion stratégique dans laquelle étaient tenus les Européens est devenue inutile et contestable. Bref, les Etats-Unis, situés à mi-distance de l’Europe et de l’Asie, sont appelés à retrouver leur insularité avec les conséquences qu’elle entraîne sur leur « vision » du monde, nécessairement et géographiquement différente des pays du vaste continent eurasiatique, en particulier celle des Européens. Le troisième facteur des difficultés américaines est lié à la référence universelle du dollar ; monnaie mondiale, elle permet aux Américains d’abuser de leur position dominante en termes de balances alors qu’ils devraient être les garants des équilibres monétaires ; les déficits de leur commerce extérieur et de leur budget ont atteint des sommets que le reste du monde doit financer et qu’il ne continuera pas de faire sans contreparties. La vulnérabilité américaine n’est pas une fiction, les attentats du 11 septembre 2001 l’ont prouvé ainsi que les événements qui ont suivi. Il y a des failles importantes dans le système de puissance américain ; et ces failles se révèlent alors que de nouveaux facteurs de déstabilisation s’attaquent à l’ordre mondial.

Le principal d’entre eux est dû à l’émergence de la Chine sur la scène économique et politique mondiale. Selon les critères de « taille » évoqués pour caractériser la puissance des Etats (superficie, démographie, économie), la Chine est incontestablement aujourd’hui le second acteur mondial et le concurrent naturel des Etats-Unis. Pays sous-développé il y a vingt ans encore, elle est en voie de rattrapage rapide : deuxième ou quatrième économie du monde selon que l’on utilise le yuan ou le dollar comme monnaie de référence, la Chine est sur une courbe de croissance que rien ne semble devoir infléchir et qui devrait, sauf accident, la mettre à parité de puissance avec les Etats-Unis d’ici une vingtaine d’années. Depuis 1979, année où Deng Xiaoping lança la « politique de réforme et d’ouverture », caractérisée d’une part par le « socialisme de marché » et d’autre part par l’ouverture au monde, la Chine est passée de 1 à près de 5 % du PIB mondial ; dans 25 ans au plus, compte tenu d’une croissance annuelle d’environ 10 %, elle devrait atteindre ou dépasser les 20 % de la production mondiale. Pour « pacifique » qu’elle se veuille, cette émergence galopante et massive n’est pas sans modifier sensiblement les équilibres économiques auxquels les grands acteurs mondiaux étaient parvenus : d’abord par une ponction considérable sur les ressources énergétiques comme sur les matières premières dont les prix ont explosé depuis deux ans, ensuite par l’inondation de produits finis à bas prix « made in China » qui déstabilisent les lieux et les circuits de production, au Nord comme au Sud.
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