Spinoza et l’amour intellectuel du prochain





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J.Lagrée Spinoza et l’amour intellectuel du prochain

spinoza et l’amour intellectuel du prochain


Ce titre résonne comme une provocation. Et c’en est une. On a beaucoup glosé sur la signification exacte de l’amor Dei intellectualis — que je préfère traduire l’amour de Dieu qui est intellectuel plutôt que l’amour intellectuel de Dieu — pour que je ne rajoute pas une difficulté supplémentaire et inventée de surcroît puisque, à ma connaissance, ne figure pas dans le corpus spinoziste1 l’expression amor proximi intellectualis ni d’ailleurs amor intellectualis proximi. Et pourtant je persiste et signe pour une raison de fond : je ne prétends pas seulement lire Spinoza en historienne de la philosophie soucieuse de restituer l’architectonique du système, d’élucider l’arrière plan historique, de dégager les effets induits dans la philosophie de l’âge classique : je l’ai fait à l’occasion et d’autres l’ont fait avant moi et mieux que moi.

Il se trouve qu’à côté de mes lectures sérieuses et disons professionnelles, il m’arrive de relire mes philosophes préférés pour le plaisir ou parce que je me pose une question de vie concrète, banale — du type c’est quoi, en fait, « aimer son prochain » ? — question impossible à reléguer aux oubliettes puisque, lorsque je me pose la question de l’amour de Dieu, je ne peux répondre qu’en disant, à mon tour, que le seul amour de Dieu qui nous soit accessible et qui ne soit pas hypocrite, c’est bien l’amour du prochain2. C’est ce que Spinoza aussi répond à Blyenbergh3 et qu’il répète dans le Traité théologico-politique, ch.XII § 104. Dans l’amour du prochain se résume toute l’obéissance due à Dieu, donc toute la Loi, et les dogmes pieux sont « ceux qui confirment l’âme dans l’amour du prochain »5. Mieux encore, la charité, inséparable de la justice, ou encore le culte de Dieu se résume dans l’amour du prochain6 (c’est le cinquième des points fondamentaux).

Reste à savoir qui est mon prochain. Là encore une vieille doctrine, un palaïos logos, me dit que mon prochain, ce n’est pas forcément celui ou celle qui partage mon toit, avec qui je travaille ou me divertis, mais c’est aussi bien le blessé rencontré sur la route de Jérusalem à Jéricho ou le voyageur croisé dans le TGV. Celui là que je secours sans pour autant m’apitoyer sur son sort ou avec qui je partage un instant de vie. Pour autant, je ne saurais dire que je l’aime ni que je me sente le moins du monde tenue de l’aimer ; il est fort probable même que je l’oublierai assez vite. Je n’ai pas de propension particulière à une affectivité tous azimuts. Il me semble plutôt que l’amour est par essence un processus éminemment sélectif, qui se construit lentement et sur la longue durée, « après avoir consommé ensemble un boisseau de sel », comme disait Aristote, bref qui n’a rien à voir avec ces effusions momentanées. C’est alors qu’il me souvient d’Ethique V, xxiv « Quo magis res singulares intelligimus, eo magis Deum intelligimus. Plus nous comprenons les choses singulières, plus nous comprenons Dieu ». Or chez Spinoza, à la différence de Pascal7, il n’y a pas loin de connaître Dieu à l’aimer, je dirais même que nous ne l’aimons que dans la mesure où nous le connaissons.

Pourrait-on transposer en tirant de ce qui précède la formule Quo magis res singulares amamus, eo magis Deum amamus. Sans doute mais je ne retrouve pas là mon intuition première. Ce ne sont pas les choses singulières en général qui m’intéressent ici mais ce type particulier de choses singulières que sont les autres hommes et je regroupe sous ce terme générique hommes et femmes, enfants et adultes, ignorants et sages. C’est en effet de la question du prochain que je suis partie et c’est là que je veux revenir. Un texte pourra peut-être me guider. Je l’emprunte au ch. XVIII §4, de la IIè partie du Court traité où Spinoza tire, comme il le fait souvent aussi dans d’autres œuvres, quelques conséquences sur l’utilité de la doctrine exposée auparavant sur Dieu (Iè partie) et sur l’homme (IIè partie).:

1/ Nous sommes esclaves de Dieu qui est le plus parfait et à ce titre nous contribuons à l’accomplissement d’œuvres qui dépendent de lui ;

2/ nous ne nous enorgueillissons pas de ce que nous avons fait d’excellent puisque nous attribuons à Dieu ce que nous faisons et que cela même nous permet de nous efforcer encore à progresser davantage.

« En troisième lieu, cette connaissance, outre l’amour véritable du prochain < de ware liefde des naasten> qu’elle fait pénétrer en nous, nous dispose de telle sorte que nous n’éprouvions envers lui ni haine ni colère mais au contraire nous soyons portés à le secourir et à améliorer sa situation ».

Si Spinoza peut écrire explicitement un véritable amour du prochain, c’est qu’il y en a de faux ou de mal venus, comme il y a une religion véritable et un vrai culte de Dieu (qui consiste précisément en ce véritable amour du prochain) et une religion ou un culte hypocrites et mensongers. Qu’en est-il alors de cet amour véritable ? En quoi consiste-t-il ? A quoi s’oppose-t-il ? A quoi nous conduit-il ?
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