Discours de Monsieur Jacques Chirac lors de la journée d’Hommage du 25 septembre 2001





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Journée nationale d’hommage aux Harkis et aux membres des autres formations supplétives

le 25 septembre 2013


Contacts :

Patrick de KERSABIEC

Directeur du Service départemental de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre de la Charente-Maritime

Cité administrative Duperré, 5 place des Cordeliers 17024 La Rochelle Cedex 1

05.46.41.74.44 ; e.mail : patrick.dekersabiec@onacvg.fr




TABLE DES MATIÈRES

Introduction

Page 3



Quelques données sur les harkis

Pages 4 à 8



Discours de Monsieur Jacques Chirac lors de la journée d’Hommage du 25 septembre 2001

Pages 9 à 11




La reconnaissance officielle de la Guerre d’Algérie

Page 12



Loi de février 2005 portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés :

Page 13




Hommage aux harkis et

aux membres des autres formations supplétives.

Le mercredi 25 septembre sera célébrée, la journée nationale d’hommage aux harkis et aux membres des autres formations supplétives en reconnaissance des sacrifices qu’ils ont consentis du fait de leur engagement au service de la France lors de la guerre d’Algérie de 1954 à 1962.

Cet hommage national rendu pour la première fois par le Président de la République le 25 septembre 2001, pérennisé par le décret du 31 mars 2003 fait suite à la loi du 11 juin 1994 dont la première phrase « La République française témoigne de sa reconnaissance envers les rapatriés anciens membres de formations supplétives et assimilées ou victimes de la captivité en Algérie pour les sacrifices qu’ils ont consentis » est depuis 2001 inscrite sur la pierre des Invalides ainsi que dans 27 autres lieux de notre territoire que les harkis ont marqué de leur présence et de leur souvenir.

Cet hommage, la nation le leur doit. En effet, à cause de leur fidélité à la France, nombreux sont ceux qui ont souffert de l’arrachement à leur terre natale et d’une installation sur notre sol dans des conditions souvent très précaires. L’État, par l’institution d’une journée nationale d’hommage aux Harkis et par l’adoption le 23 février 2005 de la loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés, continue à marquer de façon concrète après les lois de 1987 et 1994 la gratitude de la Nation à leur égard. Cette cérémonie permet également de sensibiliser l’ensemble de la population à cette page importante de notre Histoire nationale.

A La Rochelle, cette cérémonie d’hommage se déroulera à 11 heures au Monument aux Morts Allées du Mail, en présence des autorités civiles et militaires du département et des représentants de la communauté harkie et de leurs familles.

QUELQUES DONNÉES CONCERNANT LES HARKIS

ET LES MEMBRES DES AUTRES FORMATIONS SUPPLÉTIVES.
Qui sont les harkis ?
Le terme harki est une appellation recouvrant une réalité complexe et hétérogène :

l’ensemble des Français de Souche Nord-Africaine (FSNA), qu’ils soient armés ou civils, restés fidèles à la France pendant la guerre d’Algérie.

Les Harkis ne sont en réalité qu’une partie des supplétifs, qui ne sont eux-mêmes qu’une partie des FSNA mais c’est le terme « Harki » qui est devenu générique et englobe des catégories de personnes bien distinctes.
Les formations supplétives sont composées :


  • des Harkis proprement dits : membres des Harkas

Mise en place dès le début de la guerre d’Algérie, la première harka est constituée dans les Aurès en novembre 1954. Les harkas sont des formations très mobiles (harka signifie mouvement) d’abord employés localement pour défendre les familles et les villages, puis constituées en commando offensif sous la responsabilité d’un officier. Les Harkis sont recrutés par contrat d’un mois renouvelable et bien qu’affectés à des tâches militaires, ils ont un statut civil. Les Harkis et autres supplétifs obtiendront le statut d’ancien combattant au regard du droit français par une loi du 9 décembre 1974. Les Harkis et anciens harkis représentent environ 70000 personnes à la fin de la guerre d’Algérie.



  • Les Moghazni : rattachés aux SAS dont ils assurent la protection.

Les Sections Administratives Spécialisées exercent, sous la responsabilité de leur chef, lieutenant ou capitaine, outre des attributions militaires classiques, des fonctions administratives multiples : sociale, médicale et scolaire, à l’égard des populations. Il y eut environ 800 SAS en Algérie. Les moghazni représentent environ 20000 personnes à la fin de la guerre d’Algérie.



  • Les Groupes Mobiles de Sécurité (GMS)

Recrutés localement, essentiellement parmi les anciens combattants, ils sont constitués en formations autonomes, sous l’autorité de fonctionnaires de police dont la mission est de protéger les populations dans une zone territorialement définie. Ils représentent environ 10000 personnes à la fin de la guerre.



  • Les Groupes d’autodéfense (GAD)

Constitués de volontaires non rétribués, englobant plusieurs villages auxquels l’armée distribue des armes. Ils ont pour mission d’assurer la défense rapprochée de leur douar (agglomération de tentes), leurs familles et leurs biens. Ils représentent environ 60000 personnes à la fin de la guerre.
Les Officiers, les militaires d’active, les appelés
Ils représentent 65000 personnes à la fin de la guerre d’Algérie
soit un total de 225000 hommes en armes à la veille du cessez-le-feu du 19 mars 1962.
Les civils, agents de l’état ou anciens combattants
· Les élus locaux, fonctionnaires, les notables (caïds, agas, bachagas), les élites francisées (hauts fonctionnaires, intellectuels de culture française) demeurés engagés auprès de la France payèrent un lourd tribut pour cette fidélité, le FLN leur enjoignant sous peine de mort de démissionner ou de se démettre de leur mandat. Beaucoup furent égorgés pour ne pas avoir obtempéré.
· Les anciens combattants, anciens militaires engagés (tirailleurs algériens, spahis, zouaves) et les mobilisés pendant les guerres de 1914-1918 et 1939-1945 sont une cible privilégiée pour le FLN qui leur interdit sous peine de mort de porter leur médaille et de percevoir leur pension de guerre. Nombre d’entre eux furent brûlés vifs dans le drapeau français.

Ces civils représentent environ 50000 personnes à la fin de la guerre d’Algérie.
Ce sont donc près de 280000 personnes qui sont directement menacées de mort et donc plus d’un million de personnes si l’on ajoute leurs familles. Du fait du refus du gouvernement français de prendre les mesures nécessaires pour le protéger, de 100000 à 150000 selon les sources seront assassinées dans des conditions abominables, après le 19 mars 1962, date officielle du cessez-le-feu. Le vrai nombre de victimes n’est pas connu, et quel qu’il soit il n’enlèvera rien à l’horreur de leur sort.
Les raisons de l’engagement sont diverses :
Si différentes raisons ont pu inciter ces groupes de population -dont tous n’étaient pas hostiles à l’évolution du statut de l’Algérie, voire à son indépendance- à s’engager ou à rester engagés auprès de la France, l’une est commune à tous :

le rejet des méthodes employés par le FLN dans le cadre d’une guerre où la population est un enjeu voire un otage et qui n’hésite pas à recourir aux menaces, mutilations, exécutions sommaires et exactions diverses envers les civils, FSNA et européens.
Au delà du rejet des méthodes terroristes, différentes raisons d’engagement se conjuguent entre elles pour expliquer celui-ci :


  • La nécessité de se défendre :

Face au terrorisme, surtout pour les populations de l’intérieur qui y sont directement confrontées, la nécessité de défendre sa famille, son village suscite le ralliement non seulement d’individus mais aussi de populations entières.

  • L’attachement à l’armée française :

Les officiers, les militaires, les anciens combattants, restés fidèles à la France, les supplétifs également, sont les héritiers d’une longue tradition militaire. Leurs ancêtres, eux-mêmes pour les plus âgés, se sont battus sur la plupart des champs de bataille où la France est présente depuis plus d’un siècle, au sein de l’Armée d’Afrique où le nombre de soldats dans les régiments de tirailleurs, de zouaves, spahis, atteint 40 à 50% des effectifs, dont le tiers d’engagés volontaires. Pendant la première guerre mondiale, les soldats originaires d’Afrique du Nord venus d’Algérie sont plus de 173000 à s’être engagés, 36000 tomberont au champ d’honneur sur tous les fronts, en France, aux Dardanelles, dans les Balkans, et aussi en Palestine aux côtés des Britanniques lors de la prise de Naplouse. Ce sont les grands-pères des Harkis. En 1944, entre 120000 et 150000 algériens vont lutter et participer avec un courage qui force l’admiration des Alliés à la campagne d’Italie, au débarquement de Provence et à la libération de la France. Ce sont les pères des Harkis.


  • La tradition familiale ou culturelle :

Nombre de fonctionnaires, nombre d’élus locaux et nationaux, qui choisirent de continuer à assurer leurs fonctions malgré les menaces et les exécutions, le firent souvent parce que leurs familles ou leur clan, avant eux occupaient déjà des fonctions administratives ou électives au sein de l’État français. Leur fidélité s’inscrivait donc tout naturellement dans une tradition familiale ancienne. De même, pour les officiers ou pour les intellectuels diplômés des universités françaises, continuer avec la France, peut s’analyser comme le choix de la fidélité à une culture qu’ils avaient intégrée. Pour les uns comme pour les autres rester auprès de la France relevait d’une continuité.


  • Les raisons liées aux circonstances :

● La recherche de la protection de l’armée française

Dans une guerre où le moindre comportement, fumer, se rendre dans une administration, voter, parler à un militaire ou à un européen, peut être regardé comme suspect, car c’est une transgression d’un interdit du FLN pouvant bien souvent entraîner la mort. Ainsi, le FSNA pour échapper à la menace qui pèse sur lui s’enrôle dans l’armée française. Laquelle de son côté, pensant que la France resterait durablement en Algérie exerce de fortes pressions pour favoriser l’embauche de supplétifs. Deux versions s’opposent à ce sujet celle du général Challe qui jugeait indispensable d’intensifier le recrutement des harkis pour engager davantage la population nord-africaine et pour maintenir le niveau de ses effectifs, menacé par la prochaine arrivée des « classes creuses » de 1939-1945. « L’utilisation des FSNA (Français de souche nord africaine) est d’abord un impératif moral. Nous ne pacifierons pas l’Algérie sans les Algériens. C’est ensuite une garantie d’efficacité. Le meilleur chasseur de fellagha est le FSNA. C’est ensuite une nécessité pour limiter la chute des effectifs ».1 Il affirmait avoir obtenu du général de Gaulle la garantie du maintien et l’autorisation d’augmenter le nombre de harkis. Au Contraire, son chef de cabinet, le colonel Alain de Boissieu, gendre du général de Gaulle, affirme que son beau-père avait recommandé aux officiers « de ne prendre aucun engagement envers les Algériens, demandé de ne plus employer les « Harkis » en opération contre leurs frères de race et donné des instructions pour limiter leur nombre. »


● Les rivalités de clans ou de villages

Dans une société organisée autour de groupes (familles, clans, villages) et fondée sur la solidarité entre les membres d’un même groupe, les engagements collectifs avec l’armée française ou avec les FLN, peuvent être la conséquence de l’exécution d’un membre du groupe par les rebelles ou à l’inverse par les militaires français. De même, les rivalités entre groupes expliquent les engagements dans un camp dès lors que le clan rival est engagé auprès du camp adverse.
● Le ralliement de rebelles

Pour certains d’entre eux enrôlés de force dans l’ALN (Armée de Libération Nationale), ou révoltés par ses excès tant à l’égard des populations civiles qu’à l’égard des autres mouvements indépendantistes tels que le MNA (Mouvement Nationaliste Algérien) de Messali Hadj, ou par les règlements de compte pratiqués dans ses propres rangs, rejoindre l’armée française constitue alors la seule alternative. L’exemple le plus représentatif est celui du commando Georges : constitué pour l’essentiel d’anciens rebelles sous le commandement de Georges Grillot, il fut après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 presque entièrement exterminé, après le refus du gouvernement français d’organiser son rapatriement. Les membres du commando Georges furent massacrés dans d’horribles conditions.
● Les motivations économiques

La situation économique difficile, les menaces du FLN envers les FSNA acceptant de travailler chez les Européens, la misère, le chômage, ont pu conduire certains à devenir supplétifs pour survivre. Si cette motivation est indéniable, elle n’est pas déterminante. Il faut rappeler que la première harka créée par l’ethnologue Jean Servier était constituée de bénévoles. De plus, de nombreux FSNA étaient prêts à devenir harkis bénévolement car ils désiraient avant tout avoir une arme pour défendre leur vie et celle de leur famille.

En revanche, la conjoncture économique extrêmement défavorable pour les FSNA a pu être un élément supplémentaire parmi ceux qui ont conduit nombre d’entre eux à travailler dans les SAS ou à devenir harkis ».
Le sort des Harkis après le cessez-le-feu du 19 mars 1962
Les accords signés à Evian le 19 mars 1962 tenaient compte des « Français de Souche Nord-Africaine », mais sans les nommer explicitement. L’accord de cessez-le-feu, signé par les deux parties, les engageait à « interdire tout recours aux actes de violence collective ou individuelle ». Les « déclarations gouvernementales relatives à l’Algérie » (censées devenir la loi de l’Algérie indépendante après leur ratification par le référendum d’autodétermination) stipulaient : « Nul ne pourra faire l’objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d’une discrimination quelconque en raison :

  • d’opinions émises à l’occasion d’évènements survenus en Algérie avant le jour du scrutin d’autodétermination ;

  • d’actes commis à l’occasion des mêmes évènements avant le jour de la proclamation du cessez-le feu. »

De plus, « aucun Algérien ne pourra être contraint de quitter le territoire algérien ni empêché d’en sortir. »


Du côté français :

La signature des accords d’Evian accéléra le regroupement et l’évacuation des forces armées. Les militaires de carrière eurent le choix entre le maintien dans l’armée française et la démobilisation avec prime. Les formations supplétives furent dissoutes et désarmées plus ou moins rapidement. Leurs membres se virent offrir une prime de reconversion égale à un mois et demi de solde par année de service, des aides matérielles diverses, la possibilité de s’engager dans l’armée française (réservée aux célibataires), dans la gendarmerie (dans la limite des places disponibles), ou dans la « force locale »de 40000 hommes à la disposition de l’Exécutif provisoire franco-algérien. Ils pouvaient même demander à s’installer en France en bénéficiant de la loi Boulin, à condition de constituer un dossier, ce qui dépassait les capacités de la plupart d’entre eux.
Plusieurs de leurs officiers, en dépit des instructions contraires de leurs supérieurs (Une note du colonel Buis à l’inspecteur général du service des affaires algériennes dont dépendait les SAS, datée du 12 mai 1962 prescrivait de « s’abstenir de toute initiative isolée » et de se borner à instruire les demandes destinées au secrétariat d’État aux rapatriés, le « transfert en métropole des FSNA effectivement menacés » devant s’effectuer sous la « forme d’une opération préparée et planifiée ». Peu après, un télégramme du ministre d’État chargé des Affaires algériennes, Louis Joxe, demandait à Christian Fouchet de faire rechercher « tant dans l’armée que dans l’administration, les promoteurs et les complices » des « rapatriements prématurés », de « faire prendre les sanctions appropriées », et lui annonçait sa décision de renvoyer en Algérie les « supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement ») ont tenté de secourir envers et contre tout, leurs hommes menacés de mort.
Du côté algérien, le respect du cessez-le feu fut très inégal.

A partir du 1er juillet, la fin de la souveraineté française et l’absence d’un gouvernement algérien à l’autorité incontestée aggravèrent la situation de tous les Algériens compromis avec la France. Tôt ou tard, suivant les situations locales, une vague d’arrestations suivie de sévices ou de supplices les frappa. La formation du gouvernement d’Ahmed Ben Bella, après trois mois de luttes pour le pouvoir le 29 septembre 1962, ne mit pas fin aux massacres qui se prolongèrent jusqu’après le 1er novembre. Les accords d’Evian ont bel et bien été violés car le FLN n’a pas tenu parole et la France n’a pas suffisamment exigé le respect de ce traité.

Bibliographie sommaire :

AGERON, Charles-Robert (présentation par). L’Algérie des Français. Editions du Seuil, Paris, 1993, p.303-320.

ANDOQUE, Nicolas (d’). Guerre et Paix en Algérie. L’épopée silencieuse des SAS. Société de production littéraire, Paris, 1977.

HAMOUMOU, Mohand. Et ils sont devenus harkis. Editions Fayard, Paris, 1993.

ROTTMAN, Patrick. L’ennemi intime. Seuil, Paris, 2001.

Site internet : www.chez.com/justiceharkis/histoiredesharkis.html?

DISCOURS DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC

PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

À L'OCCASION DE LA JOURNÉE D'HOMMAGE NATIONAL

AUX HARKIS

MARDI 25 SEPTEMBRE 2001
« Mesdames et Messieurs les Présidents d'associations, Mesdames et Messieurs, mes chers compatriotes,

Permettez-moi de vous dire tout le plaisir et toute la fierté que j'éprouve à vous accueillir dans cette maison, qui est aussi la vôtre et celle de tous les Français.

Pour vous, pour moi, pour tous ceux qui ont connu les années tragiques au cours desquelles la France et l'Algérie se sont séparées, la cérémonie d'aujourd'hui est empreinte d'une grande émotion. C'est un rendez-vous avec l'honneur, avec la fierté d'hommes qui se sont battus pour la France et pour les idéaux qu'elle représente.

C'est aussi un rendez-vous avec notre histoire. Une histoire mal connue, une histoire douloureuse et souvent déformée. Une histoire qu'il importe aujourd'hui de rappeler aux Français, parce qu'elle exprime la souffrance d'hommes qui ont aimé notre patrie.

C'est enfin et surtout un rendez-vous avec la République. Avec son unité, qui ne saurait s'accommoder d'aucune forme d'exclusion. Avec la continuité de son histoire, qui ne peut accepter aucune forme d'oubli.

C'est au nom de cette idée de la République que nous rendons aujourd'hui un hommage solennel aux anciens des forces supplétives, ceux que l'on a pris l'habitude d'appeler les Harkis, et que nous affirmons le devoir moral de la Nation envers eux.
"La République française témoigne de sa reconnaissance envers les rapatriés anciens membres des formations supplétives et assimilés ou victimes de la captivité en Algérie pour les sacrifices qu'ils ont consentis". Ainsi s'ouvre la loi du 11 juin 1994, adoptée à l'unanimité par le Parlement. Ces mots figureront désormais sur la pierre des Invalides, mémoire vivante de la France, ainsi que dans vingt-sept autres lieux de notre territoire, que les Harkis ont marqués de leur présence et de leur souvenir.

Depuis la fin des affrontements qui se sont déroulés en Algérie, le temps a commencé son oeuvre. Sans effacer les moments héroïques, il nous permet aujourd'hui de porter un regard de vérité sur les déchirements et les horreurs qui ont accompagné ce conflit comme sur les drames terribles qui l'ont suivi.

Le travail de deuil, indispensable, ne doit en aucun cas être synonyme d'oubli.

Nous devons hommage et fidélité aux combattants qui ont lutté, et parfois donné leur vie pour la France. Harkis, Moghaznis, tirailleurs, spahis, membres des forces régulières ou des forces supplétives, des groupes mobiles de sécurité, des groupes d'autodéfense et des sections administratives spécialisées : ils sont plus de 200 000 à avoir pris les armes pour la République et pour la France, pour défendre leurs terres et pour protéger leurs familles.

Pour beaucoup de ces soldats, parfois très jeunes, la guerre a été le premier des déchirements de la vie. Tous méritent aujourd'hui de prendre leur place dans notre mémoire militaire, au sein des armées qui ont illustré notre drapeau.

En passant ce matin en revue les régiments héritiers des glorieuses unités de l'armée d'Afrique, je pensais également à l'ensemble des Français musulmans qui ont combattu pour leur pays, aux soldats qui ont sauvé l'honneur du drapeau français dans les heures les plus tragiques de notre histoire et aux nombreux contingents qui, pendant plus d'un siècle, se sont distingués sur tous les continents. Les Harkis ont perpétué leur mémoire, dans l'honneur et le dévouement.

Notre hommage s'adresse aussi aux personnels civils, aux responsables administratifs et politiques, aux nombreux musulmans qui ont tant sacrifié à leur engagement au service de la République, au point d'y avoir parfois trouvé la mort.

Notre souvenir va enfin à l'ensemble des hommes, des femmes, et hélas aussi des enfants qui ont péri en Algérie, victimes de la guerre et de la haine. De ces années tragiques, rien ne peut s'effacer.

Pour les populations civiles, le 19 mars 1962 a marqué la fin des hostilités militaires, mais pas la fin des souffrances. D'autres épreuves, d'autres massacres sont venus s'ajouter aux peines endurées pendant plus de sept ans. Qu'elles soient tombées avant ou après le cessez-le-feu, nous devons à toutes les victimes l'hommage du souvenir. Oublier une partie d'entre elles, ce serait les trahir toutes.

Aux combattants, à ces hommes, à ces femmes, j'exprime la reconnaissance de la Nation.

C'est pour la France une question de dignité et de fidélité. La République ne laissera pas l'injure raviver les douleurs du passé. Elle ne laissera pas l'abandon s'ajouter au sacrifice. Elle ne laissera pas l'oubli recouvrir la mort et la souffrance. Puisse ce 25 septembre témoigner de la gratitude indéfectible de la France envers ses enfants meurtris par l'histoire !

En même temps qu'un hommage, cette journée est l'occasion d'exprimer le devoir moral que notre pays conserve à l'égard de ceux qui l'ont servi.

Ce devoir de vérité et de reconnaissance est pour le Président de la République et pour le chef des armées une obligation impérieuse, une dette d'honneur. Engagé comme vous dans le conflit algérien, je sais l'aide que vous avez apportée à la France. Je comprends le sentiment d'abandon et d'injustice que vous avez pu éprouver. Et je partage votre amertume devant certaines attitudes et certains propos. Sachez que je les condamne fermement.

Notre premier devoir, c'est la vérité. Les anciens des forces supplétives, les Harkis et leurs familles, ont été les victimes d'une terrible tragédie. Les massacres commis en 1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront pour toujours l'empreinte irréparable de la barbarie. Ils doivent être reconnus.

La France, en quittant le sol algérien, n'a pas su les empêcher. Elle n'a pas su sauver ses enfants.

Les Harkis ne sauraient demeurer les oubliés d'une histoire enfouie. Ils doivent désormais prendre toute leur place dans notre mémoire.

La mission des historiens doit se poursuivre. Elle doit être menée avec conscience et impartialité. La connaissance du passé, parce qu'elle permet de rendre justice aux victimes de l'histoire ne peut que servir l'approfondissement de notre concorde nationale.

Ce devoir de vérité trouve son prolongement naturel dans un devoir de reconnaissance.

Malgré l'intervention de l'État, des collectivités locales et l'action généreuse de nombreuses associations, les difficultés de l'accueil initial, marqué par le confinement dans des camps ou le regroupement dans des quartiers isolés, ont conduit à des situations de précarité et parfois d'extrême détresse. Les conséquences en sont encore visibles aujourd'hui.

Sans doute une France profondément marquée et divisée par le conflit algérien n'était-elle pas préparée à l'accueil des rapatriés. Mais il faut aujourd'hui réparer les erreurs qui ont été commises. Alors que tout dans notre tradition républicaine refuse le système des communautés, on a fait à l'époque, dans l'urgence, le choix de la séparation et de l'isolement.

Les jeunes ont également souffert, victimes de l'installation trop précaire de leurs parents. Leur scolarité, leur formation se sont déroulées dans des conditions particulièrement difficiles, qui sont encore à l'origine de handicaps importants.

Pour eux comme pour la France, tout cela représente une perte de chances intolérable. Nous devons y remédier, par fidélité à notre tradition d'accueil et par respect pour ce que les Français musulmans rapatriés apportent à notre pays, à son équilibre social, à sa culture et à son ouverture sur le reste du monde.

La communauté nationale a commencé à prendre en compte cette situation, notamment à travers les lois de 1987 et de 1994. En réparant une partie du préjudice subi. En aidant les veuves des anciens combattants. En créant un véritable statut pour les captifs. En favorisant aussi l'accès à la propriété, afin que les Harkis s'enracinent dans la patrie qu'ils ont contribuée à défendre.

Ces mesures n'ont pas répondu à toutes les difficultés, tant le retard accumulé était important. Mais elles ont permis d'améliorer la situation des rapatriés. Elles doivent être poursuivies et prolongées.

Au-delà de l'approfondissement des actions déjà entreprises, cela nécessite de lutter plus efficacement contre toutes les discriminations, quels que soient le lieu où elles s'expriment et la forme qu'elles revêtent. Cela veut dire aussi encourager la formation et favoriser l'accès à l'emploi des plus jeunes générations, qui restent encore indûment pénalisées dans leur recherche de travail.

Comme je l'ai toujours fait, je veillerai à ce que les Harkis et leurs enfants aient toute leur place dans notre communauté nationale.

C'est un devoir républicain. La force d'une Nation tient d'abord à son unité, à une histoire partagée, à la solidarité qui l'anime, à la fierté que chacun retire de son appartenance à une collectivité humaine vivante et fraternelle. Nous avons le devoir d'agir pour que tous les Français, d'où qu'ils viennent, puissent se retrouver dans la République.

Les anciens des forces supplétives ont fait, il y a quarante ans, le choix de la France. Ils ont quitté leur terre natale et leurs proches pour reconstruire leur vie en France et continuer à participer à l'histoire de notre pays. Ce choix, ils le renouvellent, eux et leurs enfants, tous les jours. Il est juste qu'ils trouvent partout les moyens d'exercer leurs droits de citoyens et d'exprimer leur fierté d'être français.
Mesdames et Messieurs,

La France se veut avant tout une communauté de destin. L'appartenance à la Nation ne vient pas seulement chez nous du sol, ni de la naissance, mais aussi et surtout de l'adhésion aux valeurs de la République et de la volonté de vivre ensemble.

Cela crée des obligations particulières envers ceux pour qui la citoyenneté française a été un choix et, plus encore qu'un choix, un combat. Ce combat, celui de vos pères, le vôtre, est aussi celui de tous les Français.

Je me réjouis que l'ensemble de nos concitoyens se montre de plus en plus sensible à l'histoire des Harkis, aux tragédies qui ont marqué leur destin, aux difficultés qu'ils rencontrent. Chacun s'accorde aujourd'hui à reconnaître leur engagement, l'aide qu'ils ont apportée à la France et le devoir que la République garde envers eux.

Au nom de l'ensemble de nos concitoyens, je suis heureux d'adresser aux Harkis et à leur famille ce message solennel de respect, d'amitié et de reconnaissance, en leur faisant part de toute la gratitude de la France pour les sacrifices qu'ils ont consentis.

Je vous remercie. »
Reproduction d’après le site internet www.elysee.fr

LA RECONNAISSANCE OFFICIELLE DE LA GUERRE D’ALGÉRIE

Officiellement la Guerre d’Algérie n’existait pas. L’État ne connaissait que les opérations de maintien de l’ordre. Le 10 juin 1999, l’Assemblée nationale française adoptait une loi permettant de substituer à l’expression d’« opérations de maintien de l’ordre » celle, plus conforme à la réalité, de « guerre d’Algérie et combats en Tunisie et au Maroc ».
Le député socialiste Jacques FLOCH est à l’origine du texte (il sera secrétaire d’état à la Défense chargé des Anciens Combattants sous le gouvernement de Lionel Jospin, du 3 septembre 2001 au 5 mai 2002). Reconnaître l’état de « Guerre » en Algérie était une revendication ancienne des associations d’anciens combattants. Jean-Pierre MASSERET, secrétaire d’état chargé des anciens combattants à plébiscité le vote de ce texte. En effet, le 21 septembre 1997, il avait été le premier dans sa fonction à bousculer la fiction. « Permettez-moi d’utiliser l’expression « guerre d’Algérie », je sais bien que c’est une guerre, tout simplement » avait-il lancé en inaugurant un mémorial. Trente-sept ans après les accords d’Evian, le gouvernement a estimé qu’il était temps de mettre un point final à cette affaire. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?
En termes de mémoire, il y a toujours cette ombre portée des autres guerre qualifiées de mondiales, perçues comme autrement plus importantes que ce qui se passait en Algérie (département français). En réservant le terme « guerre » aux conflits mondiaux, on évitait de donner aux combattants d’Algérie le même statut et les mêmes avantages qu’à leurs aînés. Ainsi, la loi du 18 octobre 1999 faisant suite à celle du 10 juin 1999 en modifiant le code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre, extrait de l’article L.1er bis : « La République française reconnaît, dans des conditions de stricte égalité avec les combattants des conflits antérieurs, les services rendus par les personnes qui ont participé sous son autorité à la guerre d’Algérie ou aux combats en Tunisie et au Maroc entre le 1er janvier 1952 et le 2 juillet 1962. Elle leur accorde vocation à la qualité de combattant et au bénéfice des dispositions du présent code. »

Texte tiré de la plaquette réalisée par le Service départemental de l’Office National des Anciens Combattants du Puy-de-Dôme Le camp de Harkis de Bourg-Lastic 24 juin 1962 – 25 septembre 1962, CRDP d’Auvergne, juin 2006.

LOI PORTANT RECONNAISSANCE DE LA NATION ET CONTRIBUTION NATIONALE EN FAVEUR DES FRANÇAIS RAPATRIÉS.
Loi n°2005.158 du 23 février 2005 parue au JO n°46 du 24 février 2005
Objet du texte :

L’indépendance de l’Algérie en 1962 a entraîné l’arrivée sur le territoire métropolitain, dans des conditions souvent dramatiques, d’environ un million de rapatriés, dont quelques dizaines de milliers de harkis. Quarante-deux ans plus tard, le gouvernement présente au parlement une loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés.

Ce texte poursuit deux objectifs :

  • l’objectif moral de témoigner aux rapatriés la reconnaissance de la Nation pour l’œuvre accomplie dans les anciennes possessions françaises d’outre-mer ;

  • l’objectif financier de corriger des situations inéquitables nées de la succession des différentes lois d’indemnisation en faveur des rapatriés et de prolonger l’effort de solidarité envers les harkis.

La mesure la plus importante destinée aux harkis consiste en la revalorisation de l’allocation de reconnaissance dont ils bénéficient depuis le 1er janvier 2003. Cette allocation s’est substituée à la rente viagère, instaurée par le gouvernement précédent, qui était versée sous condition de ressources et ne concernait, pour cette raison, que la moitié de la population harkie. Répondant à une revendication ancienne, le gouvernement propose, en outre, que les titulaires de l’allocation de reconnaissance puissent opter pour le versement d’un capital, en lieu et place de la poursuite du versement trimestriel de l’allocation. Le choix du versement d’un capital pourrait être privilégié par les harkis qui souhaitent réaliser un investissement ou engager une dépense importante.

La mesure la plus significative, proposée au profit des rapatriés d’origine européenne, réside dans la restitution des sommes prélevées sur les indemnisations versées dans les années 1970 au titre du remboursement des prêts de réinstallation. Ces prêts avaient été accordés par l’état aux rapatriés qui souhaitaient démarrer une activité non salariée après leur arrivée sur le territoire métropolitain. Or, si certains rapatriés ont bénéficié de mesures d’effacement de dettes après 1982, d’autres ont entièrement remboursés leurs emprunts par récupération sur le montant de leurs indemnités. Cette inégalité de traitement a été, à juste titre, mal ressentie et le présent projet de loi vise a y porter remède.

Au total, l’enveloppe budgétaire prévue pour financer les mesures contenues dans ce projet de loi est de l’ordre d’un milliards d’Euros. Cet effort financier significatif consenti dans une période difficile sur le plan économique, traduit bien la volonté du gouvernement de parachever l’œuvre d’indemnisation et d’aider nos concitoyens harkis, qui connaissent, pour la grande majorité d’entre eux, des conditions de vie très modestes.


1 Cité par Claude Paillat, la liquidation, Paris Robert Laffont, 1972, p.500. Lu dans L’Algérie des Français Présentation de Charles-Robert Ageron, collection Point Histoire, Editions de Seuil, 1993, p.305.


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