Les tribulations institutionnelles de l’eps





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LES TRIBULATIONS INSTITUTIONNELLES DE L’EPS


INTRODUCTION : « Tribulations » signifie « épreuve », « aventure » pouvant avoir un caractère désagréable. C’est Pierre Arnaud qui, dans l’introduction des « Savoirs du corps »-PUF 1990, évoque les « Tribulations de l’éducation physique ». La référence au terme « tribulations » pour traiter de l’histoire institutionnelle de l’EPS n’est donc pas un choix neutre. Il souligne une difficulté au niveau de la société française comme au niveau de la représentation politique pour situer l’éducation physique des jeunes, de manière pleine et entière, dans les institutions éducatives bien que lui accordant le statut de discipline scolaire depuis 1880.

Premier constat : En fait, si nous parlons de tribulations, aujourd’hui, c’est parce que l’intégration de l’EPS et de ses enseignants à l’Education Nationale apparaît comme un choix normal, évident, légitime pour une discipline qui se revendique, discipline d’enseignement au même titre que les autres. Normal aussi, au regard de la conception d’une formation complète des élèves qui nous sont confiés et de leur personnalité, l’éducation physique et sportive devant participer à la culture commune des jeunes d’aujourd’hui. En 1981, cette intégration disciplinaire a rapproché l’EPS des autres enseignements jusqu’à ce que la Loi Fillon adoptée en 2004, dissocie l’évaluation aux examens (brevet en cours de discussion) et le socle des savoirs considérés comme fondamentaux qui exclue l’EPS. Cette dichotomie crée une situation nouvelle dangereuse en hiérarchisant les statuts des disciplines scolaires : celles du socle commun et celles qui peuvent être enseignées « parallèlement » comme dit la loi du 23 avril 2005. La loi Fillon fait de l’EPS une discipline parallèle, c’est à dire si les mots ont un sens, une discipline qui ne recoupe pas celle du socle commun.

Pour autant on est tenté de se demander : Pourquoi à partir de 1962, date à laquelle le secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports que dirige Maurice Herzog est séparé du Ministère de l’Education Nationale et rattaché directement au Premier Ministre G.Pompidou, aura-t-il fallu presque 20 ans pour que l’EPS réintègre l’Education Nationale ? pourquoi d’autres choix de structures de tutelle institutionnelle de cette discipline et de ses enseignants ont-ils été faits auparavant ? Notamment sous l’égide d’une politique d’encadrement étatique de la jeunesse qui déborde largement le seul enjeu de l’EPS, et d’une politique des sports qui l’éloignait de sa finalité scolaire ? Pourquoi d’autres objectifs que scolaires, assignés à l’EPS, issus des champs politiques, sociaux et culturels, ont-ils mobilisé tant d’opinions contraires à son intégration pleine et entière à l’Education Nationale, la maintenant dans une fonction instrumentale soit par rapport à une politique de santé publique, soit par rapport à une politique de grandeur sportive, soit par rapport aux autres enseignements qu’elle favoriserait ou non ? C’est en effet comme si, pendant des décennies, les responsables institutionnels et les acteurs de cet enseignement avaient cherché et trouvé des légitimités et des soutiens dans le champ social ou scientifique ou dans celui du sport qu’ils percevaient comme plus porteurs que le seul champ scolaire, pour faciliter l’institution scolaire de cet enseignement ? Pour utiliser un vocabulaire en vogue c’est comme si l’EPS avait bénéficié dans l’école d’un statut d’ « exception culturelle », l’y intégrant sans tout à fait la reconnaître. Et il faut bien dire que ce n’est qu’à la fin des années 70 que la conviction l’a emporté chez les enseignants d’EPS eux-mêmes que leur place et celle de la discipline étaient au sein du Ministère de l’Education Nationale où jusque là ils pensaient pouvoir être perdus, alors qu’ils étaient le principal corps professionnel de la Jeunesse et des sports dont ils constituaient 80% du budget. La cause en revient peut être aussi à la tradition académique de l’enseignement dans notre pays qui a eu jusqu’à une période récente une vision subalterne de la place du corps, des savoirs pratiques et techniques, dans l’éducation ? Pourquoi donc, depuis la fin du XIXème siècle qui l’institue comme matière obligatoire avec la Loi George de 1880, l’Education Physique n’était-elle pas installée dans l’école : qu’« elle y campait », pour reprendre l’expression de Joffre Dumazedier en 1973,?

Deuxième constat : La mise en place, suite aux élections présidentielles de 2002 et la victoire de Jacques Chirac, d’un Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, confié à Luc Ferry, ancien président du Conseil National des Programmes (1993), et d’un Ministère délégué aux enseignements scolaires, confié à Xavier Darcos, ancien doyen de l’inspection générale, n’a suscité aucune difficulté pour intégrer l’éducation physique et sportive, comme discipline d’enseignement, ainsi que la gestion des personnels qui en assurent l’encadrement. Cette décision s’est trouvée confirmée en 2004 lors de la nomination de François Fillon à la tête du Ministère devenu de l’Education Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, et en 2005 avec celle de Gilles de Robien actuellement en fonction. Les décrets d’attribution de ce Ministère intègrent sans plus de difficulté maintenant l’éducation physique et sportive.

La décision d’intégration au Ministère de l’Education Nationale qui, un quart de siècle plus tôt, avait dû être inscrite comme l’une des 110 propositions du candidat socialiste François Mitterrand pour devenir effective avec l’élection du Président de la République ne semble donc soulever aujourd’hui aucune réserve. Le destin scolaire de l’éducation physique semble durablement scellé mais son inscription dans la politique éducative des forces politiques au pouvoir actuellement, ne garantit pas son statut d’enseignement obligatoire dans « le socle commun des enseignements fondamentaux » comme l’atteste la loi Fillon précédée par le rapport Thélot remis à l’ex-Premier Ministre, Jean Pierre Raffarin, le 19 octobre 2004. C’est donc dans les choix faits en matière de politique éducative que s’inscrivent aujourd’hui les enjeux de l’éducation physique et sportive.

Il y a trente ans (les années 70) c’était le statut scolaire de la discipline qui était en jeu avec le risque d’un glissement vers une animation extra-scolaire sous la tutelle de l’administration de la Jeunesse et des Sports. L’enjeu était dans l’alternative : scolarisation ou descolarisation de l’EPS? Les affrontements entre la profession quasi unanime et une administration jeunesse et sports qui avait la main mise sur l’EPS et ses enseignants, dont le paroxysme fut certainement la lutte contre le Plan Soisson en 1978, paraissent lointains. Les enjeux changent de nature. Mais le destin de l’EPS n’est toujours pas assuré.

Rappelons l’objectif qui était assigné par les dirigeants politiques à cette intégration à l’Education Nationale en 1981 et ce qu’en disait Alain Savary dans le numéro de rentrée 1982 de la revue EPS : « L’intégration a pour ambition de placer l’EPS au même rang que les autres disciplines à égalité de droits et de devoirs.» C’est cette « égalité de droits et devoirs » que l’EPS a dû traduire dans ses orientations à travers les I.O et les programmes, l’évaluation et la certification, sa participation aux actions interdisciplinaires, sa contribution aux défis sociaux auxquels l’école doit apporter son concours spécifique (citoyenneté, civisme, violence etc.), l’action des enseignants d’EPS au sein des établissements scolaires.

Troisième constat : Jusqu’en 1981, le thème des tribulations institutionnelles faisait référence au parcours chaotique des tutelles ministérielles qui instituèrent la légitimité scolaire de l’EPS, depuis la loi Georges de 1880, en recourant à des légitimités sociales plus larges (défense nationale, santé publique, jeunesse et sports, qualité de la vie et loisirs). L’EPS était instituée comme matière scolaire et trouvait sa place dans les programmes scolaires, dans la mesure où elle était conçu par les pouvoirs politiques successifs comme l’instrument d’une politique de santé publique ou comme l’instrument d’une politique de la jeunesse, d’une politique des sports ou d’une politique des loisirs.

Depuis 1981, c’est, au sein de l’Education Nationale, mais dans le cadre des alternatives auxquelles se sont trouvées confrontées toutes les disciplines pour produire leur programme, en corrélation avec les alternances politiques que l’on peut faire état des véritables tribulations institutionnelles qui ont accompagné ces changements politiques et ministériels. En effet, à partir de 1981, soit a prévalu une approche de la définition des contenus qui devait revenir aux universitaires et aux professionnels, les corps d’inspection étant en charge de l’évaluation du système dans un rôle de conseil auprès du Ministre (ce fut notamment l’option choisie par le Ministre Alain Savary (81-84) et par Lionel Jospin (88-92) lorsqu’il a installé le Conseil National des programmes en 1990, puis sous les Ministères de Jack Lang (92-93 puis 2000-2002). Soit a prévalu une conception plus traditionnelle rendant à l’inspection ses prérogatives en matière de production disciplinaire et comme responsables des programmes. Les corps d’inspection étant garants dans le cadre de la République et de ses valeurs laïques, du monopole de l’Etat en matière d’instruction publique. Les programmes étant la forme organisée des contenus disciplinaires qui traduisent, discipline par discipline, les finalités retenues par la Nation. C’est ainsi comme le remarque Gilles Fernandez dans son livre « Construction d’une éducation physique scolaire » (1869-2004) Vigot-2004 que : « La première cohabitation (gouvernement conduit par J.Chirac (en 1986, 1986-1988) sous la présidence de François Mitterrand (1981-1988) sonne le glas des commissions de réflexion sous la responsabilité d’experts universitaires « indépendants » et aboutit à la reprise en main des réflexions sur les contenus disciplinaires par les Inspections Générales. » C’est à dire qu’elle signifie pour l’éducation physique et sportive la fin de la « commission permanente de réflexion sur l’EPS » et la promotion d’un autre dispositif : l’installation à l’initiative de l’inspection générale des groupes académiques d’innovation pédagogique dont les travaux vont se conclure avec le stage de Mulhouse en 1990.

Parfois encore, a prévalu comme sous l’impulsion de François Bayrou (1993-1997) (sous la Présidence de F.Mitterrand (1988-1995) puis celle de J.Chirac (1995-2002) la coopération Inspection et Universitaire à la tête du Groupe Technique Disciplinaire EPS.

Le dispositif du Conseil National des Programmes et des Goupes techniques disciplinaires est aujourd’hui caduques dans la mesure où la loi Fillon (23 avril 2005) a abrogé le Conseil National des programmes et l’a remplacé par un Haut Conseil de l’Education composé de 9 membres.

Cette alternance de responsabilités institutionnelles depuis 1981, a favorisé tantôt ce que l’on peut identifier comme l’humanisme pédagogique, tantôt ce qui porte la marque du réalisme politique, ce qui correspondait aussi à des options éducatives différentes des forces politiques de droite et de gauche en charge du gouvernement. Pour illustrer cette dyarchie institutionnelle je me réfèrerai à ce qu’en dit Gilles Klein dans « Une affaire de discipline » revue EPS 2000 : p.284, à propos de la Commission « Verticale » installée par Alain Savary le 4 novembre 1982 : « L’ambiguïté de la commande du Ministre, partagée entre contenus disciplinaires exigibles par l’Etat et contenus d’enseignement construits par les enseignants, engendre aussi une concurrence institutionnelle. » C’est à dire une concurrence entre Universitaires et professionnels d’une part et l’Inspection générale dans ses missions traditionnelles d’autre part. Et plus loin p.387, à propos de l’arrivée de Jack Lang à la tête du Ministère de l’Education Nationale le 2 avril 1992 : « La conduite de l’élaboration des programmes revenait toujours au CNP, aux directions du Ministère et aux GTD. Sur le registre institutionnel, l’EP était l’objet d’un partage implicite de territoire entre l’Université et l’Inspection Générale. »

  1. 1 : Définition du concept d’institution : Donnons nous une définition du concept d’ « institution ». Le « Larousse » retient qu’en droit, il s’agit de l’ « ensemble des règles, régies par le droit, établies en vue de la satisfaction d’intérêts collectifs ». Cela signifie que les règles qui sont proposées sous la forme de réglementations ou d’instructions, par les textes officiels (loi, décret, arrêté, circulaire) et qui ont pour but de satisfaire le besoin collectif d’éducation physique, participent à l’institution de cette discipline, à son institutionnalisation, c’est à dire à lui donner son caractère officiel. Ces textes l’instituent, c’est à dire qu’ils la fondent en droit comme un des enseignements dans une institution encore plus « large » : l’école. Ici il s’agit du droit pour tous les élèves scolarisés dans l’enseignement secondaire jusqu’au baccalauréat de bénéficier d’une EPS, reconnue comme discipline d’enseignement, selon des horaires réglementaires : 4h 6è (mesure définitivement arrêtée pour la rentrée 1995), 3h,5è,4è,3è, 2h dans le second cycle (horaires en application depuis la circulaire du 9 septembre 1971), à quoi s’ajoutent des enseignements complémentaires. En fondant le droit, l’institution institue aussi une autorité reconnue, celle du Ministre, aujourd’hui du Ministre de l’Education Nationale, celle de l’inspection générale dont le doyen était jusqu’en 2007 Alain Hébrard qui vient d’être remplacé par Michel Volondat, celle des enseignants qui disposent alors d’un pouvoir d’intervention légitime attaché à des compétences reconnues et validées par le CAPEPS ou l’agrégation et à minima par la licence « science et motricité ». Les conditions de l’exercice de ce pouvoir pédagogique sont aujourd’hui éclairées par la loi d’orientation et de programme de 2005 et par le texte relatif à la Mission de l’enseignant du 29 mai 1997.

  2. Si l’institution est constituée par un ensemble de règles, c’est aussi « l’organisme qui vise à satisfaire » ces règles. Par exemple, l’Etat, les collectivités territoriales, le parlement, ou encore le système éducatif, l’inspection, ou le CNOSF, les organisations syndicales dont l’utilité publique est établie par la loi de 1884, sont des institutions. Le pluriel « des institutions » renvoie à l’ « Ensemble des formes ou des structures politiques établies par la loi ou la coutume et relevant du droit public. » Quelque soit leur nature, structure étatique, service public, organisations sportives, culturelles, sociales ou professionnelles, elles ont pour mission et donc pour fonction de satisfaire des intérêts collectifs. Donc, en droit ce qu’on appelle institutions, ce sont des règles, des pouvoirs et des formes (Ministères, directions, conseils, commissions...).

3- Si l’on se place maintenant d’un point de vue sociologique. Pour Bernard Pierre Lécuyer dans le dictionnaire de sociologie (Larousse-1999) « une institution consiste en un ensemble complexe de valeurs, de normes et d’usage partagés par un certain nombre d’individus. » « les institutions sont des systèmes normatifs ». Pour F. Dubet, D. Martucelli, A l’école, 1995, « L’institution se définit comme un appareil qui transforme des valeurs générales en normes et en rôles, ces rôles ayant à leur tour la capacité de former des « personnalités sociales ». Et Dubet parle à ce propos de crise de l’école comme du déclin de sa dimension institutionnelle. Selon Durkheim (1858-1917) la contrainte institutionnelle revêt deux formes principales : le respect (respect de la loi, de la règle, ce qu’on appelle les textes institutionnels : les enseignants doivent respecter les textes) et l’autonomie qui est la marge d’appréciation à l’intérieur de laquelle les agents peuvent exercer leurs responsabilités, s’affirmer et s’épanouir (les enseignants sont responsables de leur choix pédagogiques). La légitimité institutionnelle repose sur ces deux piliers : le respect et l’autonomie. Peut être nos collègues des autres enseignements sont-ils conduits à penser, avec d’autres, que l’EPS et ses enseignants sont devenus aujourd’hui une véritable institution, c’est à dire un champ de l’activité éducative dans lequel opèrent des références, des orientations, des valeurs, des attitudes, une culture d’appartenance identifiables. D’ailleurs vérifiées par les épreuves du concours. Ce que corrobore l’existence d’un syndicat représentatif de la discipline et de ses enseignants : le SNEP. Mais ce genre d’appréciation a toujours un petit caractère péjoratif. On retiendra donc également qu’une institution est nécessairement instituée par les acteurs, sinon elle perd à leurs yeux sa légitimité, et qu’en retour, elle institue des formes de relations et d’identités sociales. C’est bien cette absence de légitimité reconnue de l’administration Jeunesse et sports et du Ministère qui la dirigeait par les acteurs qu’étaient les enseignants d’EPS qui a attisé la crise de rejet de ce Ministère et l’adhésion à la revendication d’intégrer le Ministère de l’Education Nationale.

4- D’un point de vue anthropologique, on retiendra la définition qu’en donne Claude Lévi-Strauss dans l’ « Anthropologie structurale » -1958, pour qui les « institutions » doivent être « considérées comme des systèmes de représentation. »

5- Si l’on se place du point de vue d’une histoire institutionnelle, ce sera faire l’histoire de choix successifs d’institutions qui reposent sur la formation d’une volonté politique. Ce sera faire l’histoire des instruments structurels et normatifs de cette volonté politique. Voyant bien aussi que la volonté politique n’appartient pas aux seuls gouvernants mais qu’elle se forme aussi dans les conceptions des acteurs qui peuvent dans certaines circonstances se poser en contre-institution, contenir par leurs prises de position une figure nouvelle de l’institution comme ce le fut en 1978 contre le plan Soisson. Quelle conception, la société et les responsables politiques se font-ils de l’intérêt général et pour ce qui nous intéresse ici de la contribution d’un enseignement de l’EPS à cet intérêt général ? L’intérêt général trouvant son véhicule dans la formation complète, équilibrée d’individus épanouis, « citoyens cultivés, lucides, et autonomes, responsables de leur vie corporelle » selon les finalités attribuées à l’EPS par les programmes seconde du 31 août 2000. Selon Pierre Arnaud ces choix politiques résultent de l’influence des réalités culturelles, notamment dans le champ des pratiques corporelles, des nécessités pédagogiques, des référents scientifiques et de la volonté politique qui se forme à une époque donnée. La dénomination d’un Ministère exprime toujours une volonté politique et une réalité culturelle : être inclus au sein d’un secrétariat d’Etat à l’enseignement technique et à la Jeunesse et aux sports, être à la Jeunesse et aux Sports, être rattachés à un Ministère de la qualité de la vie ou être à l’Education Nationale ne participe pas de la même vision de l’utilité sociale et des attentes culturelles, ne participe pas des mêmes représentations du statut du corps dans la société, de la formation physique et d’une culture de masse dans le domaine des activités physiques et sportives.

  1. : Les tribulations institutionnelles de l’EPS.

  2. Il nous faut donc nous interroger sur ce qui dans l’histoire de l’éducation physique et sportive permet de discerner les intérêts collectifs auxquels devait et doit participer cet enseignement et qui ont déterminé pour une large part ses finalités et son identité, c’est à dire repérer le système complexe de valeurs, de normes et d’usage partagés qui l’a caractérisé à chaque époque. Au fond, quelles sont les attentes de la société à l’égard de cet enseignement et comment cela se traduit-il au plan des structures, au plan des décisions réglementaires, au plan des recrutements et de la qualification des personnels destinés à cet enseignement, au plan des orientations, plus précisément des finalités de la discipline, au plan des pratiques et des comportements de ses agents (enseignants, inspecteurs, administrateurs).

  3. Dès à présent nous pouvons retenir des dominantes selon les périodes :

après la guerre de 1939-1945, il s’agit dans le contexte de reconstruction humaine et matérielle du pays, de reconstruire les corps et de reconstituer des forces, de restaurer et développer un capital humain. Une des conséquences est de privilégier l’hygiène et la santé en recourant à la méthode française, instituée par le Règlement général de 1925, pour assurer un développement normal (IO de 1945), sans oublier les valeurs de l’altruisme chères à Georges Hébert et l’esprit d’équipe favorisé par la méthode sportive par l’initiation sportive, au moment où une partie de la jeunesse et en déshérence. Le contexte est aussi celui d’une volonté étatique de démocratiser l’accès à l’éducation et à la culture, l’accès au sport de plus en plus populaire ce que traduit la conception d’un Ministère de l’Education Nationale réunissant l’éducation, la recherche et l’université, la culture, la jeunesse et les sports, l’éducation physique scolaire et extrascolaire, et les orientations retenues par le Plan Langevin Wallon de 1947 : « l’enseignement doit donc offrir à tous d’égales possibilités de développement, ouvrir à tous l’accès à la culture, se démocratiser moins par la sélection qui éloigne du peuple les plus doués que par une élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la nation. ». Bien que les tutelles ministérielles seront variées à l’instar de l’instabilité ministérielle qui règne sous la IVème République (19 gouvernements en 12 ans), la gestion de l’EPS et de ses enseignants dépendra de manière constante de 1944 à 1958 de la direction générale de l’EP et des sports (DGEPS). Celle-ci est placée sous l’autorité, d’abord de Jean Sarrailh, puis de Gaston ROUX (ancien directeur de cabinet de Léo Lagrange) à partir de 1946. Ces tutelles toutefois s’inscrivent toujours dans la conception d’un « grand » Ministère de l’Education Nationale. Pour retenir un exemple très indicatif: il n’est certainement pas neutre du point de vue du statut de l’EPS, du statut du corps et des pratiques, du statut du sport scolaire également, ceci vis à vis des autres enseignements scolaires, que, dans le contexte de l’après guerre, la DGEPS ait été intégrée à un Secrétariat d’Etat à l’enseignement technique, à la jeunesse et aux sports, sans discontinuer entre le 11/9/1948 et le 27 juin 1953, ceci au sein du « grand » Ministère de l’Education Nationale. Pas plus que n’est neutre la présence de la DGEPS au sein d’un Ministère de l’Education Nationale et de la Jeunesse et des Sports confié à M.René BILLIERES de1956 à 1958 marquant avant l’avènement de la Vème République la manifestation d’une volonté d’encadrement étatique outre de l’éducation et de l’EPS, de la jeunesse également ainsi que de l’organisation sportive dans le pays.

dans le contexte de l’expansion économique, des « trente glorieuses ou la révolution invisible » selon l’expression de Jean Fourastié (1979), du développement de la société de consommation (voir J.Baudrillard(1970), de l’avènement d’une « civilisation des loisirs » (voir Joffre Dumazedier(1972), et de l’aspiration gaullienne à la grandeur de la France dans le monde, de la politique sportive qui en est partie intégrante, l’éducation physique va devoir se mettre en phase avec la poussée du phénomène sportif, et les valeurs émancipatrices, formatrices et même civilisatrices que lui attribuent les dirigeants du pays (doctrine du sport 1965). Les 5 heures d’EPS obligatoires pour tous constitueront alors l’utopie mobilisatrice suite aux engagements pris par Edgar Faure en juillet 1968 et auxquels chaque circulaire à partir du 9 septembre 1971 (circulaire J.Comiti) fera référence tout en limitant les horaires à 3 heures hebdomadaires pour les collèges et 2 heures pour les Lycées. Mais l’EPS, au plan institutionnel va entrer à partir de 1958, et plus encore à partir de 1966, date de création d’un Ministère de la Jeunesse et des Sports à part entière auquel elle est intégrée, dans ce que Pierre Arnaud appelle « la longue traversée du désert » due à l’éloignement structurel d’avec le Ministère de l’Education Nationale. Eloignement qui favorisera ce que Jean Michel Delaplace appelle « les politiques préférentielles en faveur du sport ». De la gestion de la discipline et de ses enseignants par un Haut commissariat à la Jeunesse et aux Sports (Maurice Herzog) au sein du Ministère de l’Education Nationale confié initialement à Jean Berthoin de 1958 à 1962, à un secrétariat d’Etat de la Jeunesse et des Sports (Maurice Herzog) auprès du Premier Ministre de 1962 à 1966 jusqu’au Ministère de la Jeunesse et des Sports confié à François Missoffe du 8/1/66 au 30/5/68, puis à Roland Nungesser du 31/5/68 au 9/7/68, la dérive des institutions de la Jeunesse et des Sports en charge de la tutelle de l’éducation physique et sportive s’est aggravée par rapport à l’éducation nationale à la fois au plan des structures et au plan des choix de politique éducative: les secrétariats d’Etat de Joseph Comiti (juillet 1968/mars 1973) de Pierre Mazeaud, de 1973 à 1976, de Jean Pierre Soisson de 1976 à mars 1977, tous rattachés au Premier Ministre, vont aboutir au cadeau politique fait à JP Soisson (chef de la campagne giscardienne aux élections législatives de 1978 gagnées par la droite) d’un Ministère à la Jeunesse, aux sports et aux loisirs, Ministère à part entière dont il est le titulaire du 3/4/78 au 12 mai 1981. Les « loisirs » font leur apparition dans les attributions ministérielles à partir de juin 1969 et l’association à la « qualité de la vie » se fait en 1974 jusqu’en 1978. La civilisation des loisirs trouve ici sa traduction institutionnelle. Et l’EPS se doit d’y contribuer, notamment dans le cadre de la mise en place des CAS depuis la parution de la circulaire du 1er juillet 1972, et de la loi Mazeaud du 29 octobre 1975.

En vivant ce rattachement à la jeunesse et aux sports « comme une offense à leur dignité » pour poursuivre la référence à Durkheim, la profession a repoussé de plus en plus cette autorité institutionnelle et s’est dressée en « contre institution » jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir. Les valeurs véhiculées par l’administration jeunesse et sports, tournées vers le loisir et l’animation sportive, étaient de moins en moins compatibles avec les valeurs éducatives et culturelles avec lesquelles les enseignants d’EPS (rajeunis par les recrutements) définissaient leur métier et concevaient leur responsabilité dans l’institution scolaire.

avec l’arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République le 10 mai 1981, le choix est fait d’intégrer l’EPS et ses enseignants au Ministère de l’Education Nationale. Cette décision s’inscrit pour notre enseignement dans des finalités sociales, culturelles et éducatives conformes aux objectifs poursuivis par le système éducatif. La Jeunesse et les Sports bénéficiant d’une structure propre : un secrétariat d’Etat. Les conditions d’une clarification identitaire par rapport au sport étaient désormais réunies ce qui créait aussi, conjointement pour l’EPS, une perspective pour approfondir les contenus disciplinaires d’une discipline d’enseignement scolaire. Cette clarification identitaire a été confirmée au plan institutionnel entre 1988 et 1991 quand Lionel JOSPIN portait le titre de Ministre de l’Education Nationale, de la jeunesse et des sports. Il avait sous sa responsabilité directe en tant que Ministre de l’Education Nationale, l’éducation physique et sportive, tandis que Roger Bambuck occupait le poste de secrétaire d’état chargé des sports, sans confusion de l’un et l’autre domaines. L’EPS relevait de Lionel Jospin, les sports de Roger Bambuck, sans confusion de l’un et de l’autre. Cependant dès l’origine de cette décision en 1981, l’affirmation scolaire ne devait pas signifier rupture avec le champ des pratiques sociales dont l’EPS faisait sa matière de référence et compte tenu de l’existence du sport scolaire. C’est pourquoi Alain Savary devait dire dans le numéro de la rentrée de1982 de la revue EPS : « Ce recentrage des objectifs fondamentaux implique-t-il que l’EPS perde son « S » et coupe les ponts avec l’ensemble du mouvement sportif ? » « ma réponse est claire : en aucun cas. » A l’Education Nationale oui ! mais pas sans lien maintenu avec la référence sportive ne serait-ce que par le sport scolaire réhabilité (retour des 3 heures d’AS).

depuis 1995 et dans le prolongement de la période antérieure, le débat n’est plus centrée sur la structure de l’institution ministérielle compétente, mais sur les orientations à même d’assurer l’insertion dans les finalités éducatives du système scolaire, au service de la réussite de chaque élève, tout en nourrissant l’identité sociale, culturelle, éducative et pédagogique de l’EPS. Cette période est marquée par la publication des programmes de la 6ème à la terminale, et le renouvellement de l’évaluation aux examens, conformément aux recommandations de la Charte Nationale des programmes publiée en février1992. Ce qui constitue un acte institutionnel important qui pourrait se trouver dévaluer par une politique éducative d’orientation libérale resserrant et limitant le champ de compétences du service public de l’Education Nationale et renvoyant les enseignements « parallèles » (Loi Fillon) au bon soin des structures associatives, fédératives, communales ou privées.
Cette courte histoire pourrait se résumer en 4 temps :

1/ le temps de la reconstruction : ou l’EPS au service d’une politique de santé publique et de mobilisation des forces productives est instituée au sein du Ministère de l’Education Nationale mais gérée et réglementée par la DGEPS, elle-même souvent sous la tutelle d’un Secrétariat à l’enseignement technique, à la jeunesse et aux sports .

2/ le temps des valeurs du progrès et de la sportivisation de la société

avec deux périodes :

- le sport enjeu de la grandeur de la France : ou l’EPS dans la dynamique des rapports sport de masse et sport d’élite au sein d’une structure Jeunesse et sports dirigée par Maurice Herzog.

les loisirs et la qualité de la vie comme phénomènes de société après 1968 et envisagés comme champ économique nouveau: ou l’EPS face au piège de la confusion avec l’animation sportive dans le cadre du « temps non contraint » extrascolaire, sous la tutelle de secrétariats d’Etat ou de Ministère de la jeunesse et des sports.

3/ le temps de l’intégration à l’Education nationale : ou l’EPS au service de la lutte contre l’échec scolaire et les discriminations sociales, pour la réussite de chacun. A égalité de droit et de devoir avec les autres disciplines scolaires.

4/ le temps du programme ou l’affirmation de l’identité disciplinaire dans la conformité scolaire : ou l’EPS discipline scolaire à part entière, soumise au dispositif institutionnel des autres disciplines, mais aussi à la fois de moins en moins entièrement à part institutionnellement et toujours « entièrement à part » du point de vue de son utilité sociale et des contenus pour y répondre, ceci jusqu’à la loi du 23 avril 2005 qui remet beaucoup de choses en question en la dévalorisant comme discipline scolaire!
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Les tribulations institutionnelles de l’eps iconQuestion 2 : Quelles sont les formes institutionnelles de l’ordre politique ?
«En Allemagne, les Länder bénéficient d’une plus grande autonomie», lefigaro fr, 16 janvier 2014

Les tribulations institutionnelles de l’eps icon4. 2 Quelles sont les formes institutionnelles de l'ordre politique ?
«élus» (et répartition des différents niveaux de pouvoir : niveau local et national à mettre en évidence) et les citoyens






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