1. De la vignette dite clinique 9





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Dritte Person du mot d’esprit. Il conviendra donc de lever pas mal d’équivoques sur ce terme.

Inutile de chercher dans ce qui suit un quelconque procès fait au cas. Bien au contraire. Je n’ai su qu’aller d’un cas à l’autre, à travers des savoirs hétérogènes qui tous le pratiquent, dans l’espoir que chacun permette d’éclairer une facette de la quasi-impossibilité où je me suis trouvé, au fil de tant d’années, d’en construire un ou plusieurs en provenance de ma pratique. J’y ai longtemps vu une incapacité personnelle, voire le résultat d’une inhibition en partie due au fait que Lacan s’est largement abstenu d’en produire, jusqu’à ce que je me persuade que cet achoppement relevait d’un point de consistance propre au savoir analytique et à la pratique du même nom.

Qu’on en juge.

1. De la vignette dite « clinique »

Éclatée aujourd’hui dans ses innombrables courants, écoles, associations, groupes, cercles, sociétés, partout la psychanalyse promeut l’adjectif « clinique ». On finirait presque par croire qu’elle a chipé ce qualificatif à la médecine, qui avait remis à l’honneur vers la fin du xviie siècle ce terme de latin impérial que les romains avaient eux-mêmes translittéré du grec pour désigner « la médecine exercée près du lit du malade ». D’où vient cette inflation du terme chez les analystes, qui s’en étaient assez peu servis jusqu’à la fin des années soixante-dix ?

Il est vrai qu’aujourd’hui, hors la pratique hospitalière, les médecins se trouvent peu souvent au chevet de leurs malades, alors que le fauteuil des analystes continue de se caler à proximité immédiate d’un divan. Si bien que les accusations fréquentes portées à l’endroit d’une médecine jugée trop technique, trop tournée vers l’imagerie médicale et les statistiques, si pas soumise à l’industrie pharmaceutique, laissent le champ libre à des revendications relatives au caractère « clinique » d’une situation complexe, non réductible au symptôme et à sa résolution.

Si l’on s’en tenait là, tout irait presque bien. Mais le bât blesse lorsque cette préoccupation dominante pour une clinique dite dès lors « psychanalytique » prend la voie de ce qu’il est convenu d’appeler des « vignettes cliniques ». On entend par là un récit plutôt bref, disons : de l’ordre de quelques paragraphes, quelques pages, qui ambitionne de rapporter un fragment de cure, voire parfois l’ensemble d’une cure présentée sous un certain angle. La plume est le plus souvent tenue par l’analyste6, et en dépit de l’apparente diversité desdites vignettes, on peut leur reconnaître une sorte de structure narrative dominante. Sous un nom factice lancé dès le début, un individu est rapidement mis en scène, la rapidité en question étant en général obtenue par un recours direct à la psychopathologie qui signe à elle seule l’adresse du propos : d’autres « cliniciens », confirmés ou en herbe, capables de comprendre à demi-mot ce qui va suivre. Il existe par ailleurs, grosso modo, deux sortes d’histoire : dans l’une, l’analyste n’est que le rapporteur de ce qui est advenu au patient (ou à eux deux) dans tel ou tel fragment de l’analyse, le récit venant alors pour illustrer telle ou telle considération dite « théorique », voire « éthique » ou « technique » ; dans l’autre, l’analyste est presque au centre de l’affaire, dans laquelle il s’agit de décrire le plus souvent une erreur qu’il aurait faite, ou une difficulté tenace dont il ne parvenait pas à venir à bout et qui aurait de ce fait menacé le traitement mais qui – merci l’inconscient ! – s’est avérée, pour finir, heureuse. Felix culpa.

La lecture de ce genre de vignettes a d’emblée provoqué chez moi une réaction en deux temps. Tout d’abord, un intérêt certain : ah ! enfin un cas, enfin cette singularité subjective centrale dans l’activité analytique. Mais il aura été rarissime que cette disposition favorable se maintienne jusqu’au bout. Même dans le cas de vignettes bien écrites (il en existe !), respectueuses de celui ou celle qu’elles mettent en scène, modestes dans leur énonciation, qui savent éviter le clin d’œil vulgaire à un public acquis d’avance, une vive déception s’imposait presque toujours : quel rapport avec la pratique de la psychanalyse ? Pourquoi ai-je cru un instant que j’allais accéder à je-ne-sais-quoi de la psychanalyse en acte ? Pour ne rien dire de la forme de rage succédant à la lecture de vignettes bâclées à la six-quatre-deux7, d’une impudeur et d’une arrogance de carabin, qui m’amenaient à penser : « Non, je ne veux pas faire partie de cette clique qui biche devant pareilles inepties. »

Qu’on m‘entende bien : je n’étais pas tant choqué par le dévoilement de données intimes (même si le fait qu’elles fussent livrées sans consentement restait parfois difficile à avaler), ni même par l’idée que ce genre de révélation pouvait finir par mettre à mal la personne qui en était l’objet. Comment le savoir vraiment, sans se contenter de préjugés tenaces sur une prétendue « éthique de l’analyste » ?

Non. Ce qui ne m’allait pas, de façon aussi sourde qu’insistante, durant des années je le pressentis d’ordre logique ; pour que le récit ratât son objectif avec tant de régularité, il fallait bien qu’il y eût maldonne au départ. De fait, je n’ai su répondre à ce malaise que par des mouvements d’humeur, jusqu’au jour où, pour de tout autres raisons, sans beaucoup me préoccuper du cas, j’ai cherché à rendre claires les « formules de la sexuation » présentées par Lacan à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix.

2. D’abord un peu de logique

Étudiant le carré logique qui organise les différentes propositions universelles et particulières que Lacan entend alors ranger à sa façon, je prenais acte du fait, établi par un article de Jacques Brunschwig, de l’existence de deux carrés logiques différents, aussi consistants l’un que l’autre, même si l’un était connu de tous depuis qu’Aristote l’avait élu dans sa syllogistique, quand l’autre, qu’il avait délibérément mis de côté, n’avait guère droit qu’aux notes de bas de page de quelques manuels.

Je ne souhaite pas déplier ici toute l’affaire logique, mais il est cependant possible de rendre sensible la différence entre ces deux carrés en mettant en valeur un fait de langue, aussi présent dans le grec que dans le français et, j’ose le croire, dans l’immense majorité des langues. Admettons d’abord que toute proposition « particulière » relève d’un opérateur qui, dans la langue, se dit « quelque(s) » puisqu’une telle proposition soutient que l’assertion qui la constitue vaut pour « au moins un » sujet. Du fait de ce « quelque(s) », il est donc exclu qu’il y en ait zéro, et comme il s’agit d’une « particulière », on sait qu’on ne parle pas de « tous » : on admet donc ce faisant que l’assertion vaut pour « certain(s) », ou encore « quelque(s) », soit au moins un et moins que tous (il est entendu, au contraire, que la proposition universelle, qu’elle soit affirmative ou négative, vaut pour « tous » les individus du domaine considéré).

Soit donc le fait de langue suivant : je suis élève d’un cours de physique, et j’apprends la loi de la chute des corps « graves », ceux qui possèdent une masse, et dont on me dit qu’ils tombent tous selon la même loi, avec une même vitesse de ½ gt2. Dans un tube au préalable vidé de tout air (pour éviter que n’entre en jeu le principe d’Archimède), on laisse tomber en même temps une bille en fer et une plume de pigeon. Elles tombent toutes deux à la même vitesse. Et le professeur de conclure : puisque tous les corps graves tombent selon la même loi admirablement établie par Newton, cela est vrai de quelque(s) corps que vous preniez. En somme : c’est vrai de « quelque(s) » (ceux-là, n’importe lesquels) parce que c’est vrai de « tous ». Je tiens là ce qui fait la force de la loi scientifique en tant que vérité universelle, laquelle s’instancie dans n’importe quel(s) élément(s) du domaine qui est le sien.

Soit maintenant la situation suivante : j’écoute la radio, et j’apprends qu’un avion s’est écrasé à l’atterrissage mais que, par une chance inouïe, « quelques » passagers s’en sortent indemnes. Sans l’ombre d’une hésitation, je sais aussitôt que les autres ne sont pas si indemnes que ça. Le « quelque(s) » fonctionne ici différemment puisqu’il signifie, non plus « quelque(s) » parce que « tous », mais au contraire « quelque(s) » parce que « pas tous ».

Dans la situation du cours de physique et de la loi scientifique, j’ai affaire à une implication logique qui me fait passer de la vérité universelle à la vérité particulière du cas choisi pour l’illustrer (attention, ça ne marche que dans ce sens : priorité ontologique à l’universelle). Mes perceptions sont venues confirmer ce à quoi mon esprit avait d’abord consenti sur la seule base de la confiance faite à la tradition (incarnée par le professeur) et/ou au raisonnement qui a conduit à l’énoncé de cette loi. L’exemple produit est bien un cas en ce qu’il tombe sous la loi générale dont il se veut une illustration. On notera au passage que le vrai se situe du côté de l’universelle et de la particulière affirmatives, tandis que le faux, lui, se trouve du côté de l’universelle et de la particulière négatives.

Dans l’histoire de l’accident aérien, la répartition des valeurs est tout autre puisqu’il est d’emblée clair que les deux propositions particulières, affirmative et négative, sont vraies en même temps : oui, quelques passagers sont indemnes et, oui encore, quelques passagers ne le sont pas. En conséquence, au niveau des universelles affirmative et négative, il est aussi faux de considérer que tous les passagers sont indemnes, ou qu’aucun passager ne l’est. Avec ce « quelque(s) », chaque particulière entre en contradiction avec son universelle, autrement dit : universelle et particulière ne peuvent en aucun cas être vraies (ou fausses) en même temps ; si l’une est vraie, l’autre est fausse, et vice versa. Le vrai a migré de l’opposition universelle-particulière affirmatives vs universelle-particulière négatives où il se trouvait avec le fonctionnement de la loi scientifique, à l’opposition particulières (affirmative et négative) vs universelles (affirmative et négative), rencontrée dans le fonctionnement du « quelque(s) » que la langue pratique le plus souvent.

3. Vignette et pédagogie

Ce distinguo logique permet d’abord d’appréhender un peu mieux la torsion constante entre logique et langue. Il est sensible que cette dernière privilégie le « quelque(s) » que je nommerai « partitif », celui du « quelque(s) parce que pas tous », alors qu’elle se risque peu d’elle-même au « quelque(s) parce que tous », avec ses allures de pléonasme qu’elle préfère abandonner à la rationalité du discours scientifique et logique. Par contre, l’une des conséquences de ce « quelque(s) » partitif revient à produire des universelles affirmative et négative équivalentes (au sens où elles sont vraies ou fausses en même temps et donc n’entretiennent pas de relation de contrariété comme dans le carré logique aristotélicien). Cela heurte le sens commun qui préfère Aristote au sens où, si l’on soutient que « tous » portent des lunettes, l’universelle négative revient à dire que « tous n’en portent pas » (en français : aucun n’en porte), et non pas, selon la formule de Lacan : il n’y en a pas qui n’en portent pas (universelle négative équivalente à l’affirmative). Autant dans la langue le « quelque(s) » partitif paraît naturel au niveau des particulières, autant sa conséquence logique semble artificielle au niveau des universelles.

Un tel distinguo permet de mieux situer l’ambition silencieuse de la plupart des vignettes dites « cliniques ». Lorsqu’elles surgissent pour « illustrer » tel ou tel point qu’on tiendra, lui, pour théorique, au sens où il vient de la littérature analytique – comme la « crainte de l’effondrement » chère à Winnicott, par exemple – il ne s’agit alors que d’instancier une nouvelle fois un énoncé déjà produit qui, sans avoir le style d’une proposition universelle, se présente néanmoins comme pouvant décrire un fait censé valoir pour d’autres cas que celui où il a vu le jour.

De ce fait même, les vignettes pourraient n’avoir rien de condamnables, pour peu qu’elles se cantonnent au secteur dont elles ne devraient pas sortir : celui de la transmission universitaire du savoir . Que ce dernier se dise « psychanalytique » importe ici peu puisque ce mode de transmission vaut pour tous les savoirs qui prétendent couvrir un domaine d’application. Il est donc légitime qu’en voulant transmettre le formidable échafaudage théorique construit par Freud et beaucoup d’autres, on en vienne à fabriquer ce genre de récit qui vise, en effet, à illustrer des énoncés généraux en leur offrant le relief des choses de la vie, en forçant la conviction générale et abstraite à s’établir à un niveau plus propice à l’identification, ce qui a pour résultat de « naturaliser », en quelque sorte, la compréhension.

À partir de là, je sus mieux ce que je reprochais à toutes ces vignettes : qu’on les affublât sans plus y regarder du terme de « clinique ». Avant, je pensais que j’en voulais seulement à ce terme, plutôt péjoratif, de « vignette », ce truc de petite taille qu’on colle sur un produit ou derrière un pare-brise, une espèce d’étiquette faite pour… étiqueter8, acte à l’opposé complet de tout ce que je pouvais imaginer sous la rubrique « clinique psychanalytique ». Mais une fois informé du fonctionnement logique de l’« exemple » scientifique, il devenait clair à mes yeux qu’en prétendant « illustrer » quoi que ce soit du savoir analytique par ce genre de récit, la vignette n’était pas là pour rajouter une dimension « clinique » à une considération théorique, mais au contraire pour nimber ladite considération d’un surplus d’autorité d’allure scientifique, d’emblée reversé au bénéfice du producteur de ladite vignette.

Bien sûr, il faudrait ici mettre à part d’éventuelles vignettes qui viendraient mettre à mal un énoncé qu’elles entendraient critiquer sur la base de sa validité pratique, rejoignant ainsi l’autre carré logique, celui du « quelque(s) parce que pas tous », ce « quelque(s) » qui objecte au « tous », comme le fameux « fait polémique » inventé par Bachelard dans ses considérations épistémologiques sur l’histoire des sciences. Hasard ? Malchance ? J’en ai bien peu lu qui emprunte ce chemin9. Dès que le cas se problématise et vient questionner la théorie dont il se réclame (on y reviendra), il excède d’emblée la dimension de la vignette – preuve s’il en fallait que la taille de cette dernière est en rapport direct avec son ambition d’illustration positive, et rien d’autre. Dissoner, à l’occasion, n’est pas critiquer, au sens constructif du terme.

Ce petit parcours logico-linguistique permet néanmoins de scinder l’expression « vignette clinique » en montrant qu’au mieux lesdites vignettes devraient être qualifiées de « pédagogiques », ou quelque chose d’approchant. Pour autant qu’on les inscrive, comme elles le méritent, dans l’ordre de la transmission universitaire, de la « formation » des analystes dans les instituts et autres écoles, voire de la diffusion médiatique (exigences des éditeurs à l’égard d’auteurs jugés trop « théoriques »), les vignettes relèvent, en effet, d’une problématique de l’« illustration ». Or cette dernière heurte de plein fouet la question de l’objectivité : l’ambition de transcrire, de porter à la figure, de donner expression à tel ou tel état du monde au point de transcender sa singularité existentielle, son occurrence locale, pour en faire un objet public, ne peut pas ne pas soulever des interrogations sur son degré de véracité, de conformité à l’original. « Illustrer » pose crûment la question du référent10. Toute une série d’idéaux est ici en gésine, chacun tendu entre des possibilités techniques en constante évolution et des exigences éthiques par définition diverses. Loin du naturel qui le nimbe au premier abord, l’« objet » du savoir résulte de manipulations symboliques qui dépassent de beaucoup sensation et perception. En quoi la notion de « cas » en vient-elle à croiser l’exigence d’objectivité propre à la rationalité et aux sciences ?

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