Une approche générale : du réseau aux réseaux





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Journée départementale du REAAP de l’ESSONNE

16 octobre 2008 – Bondoufle
Marc FOURDRIGNIER1

Du réseau aux réseaux.


I-Une approche générale : du réseau aux réseaux 2

A-Définir le réseau, une mission impossible ? 2

1.Une notion ancienne et récente 2

2.Une notion pluridisciplinaire 2

3.Les réseaux sociaux 3

B-Une typologie des réseaux 4

1.Réseau primaire et réseau secondaire 4

2.Réseau informel et réseau formel 4

3.Réseau personnel et réseau interinstitutionnel 4

II-Le réseau dans l’intervention sociale : du réseau départemental aux réseaux locaux 5

A-Du réseau départemental aux réseaux locaux 6

1.L’institutionnalisation des réseaux 6

2.Les réseaux relatifs à la parentalité 6

3.Un partenariat pour un réseau 6

B-Pour une démarche de réseaux 7

1.La place des parents et des familles 7

2.Une démarche de réseau 7

3.L’évaluation des réseaux 9

Pour aller plus loin 11

Annexe : Les principaux textes organisant les réseaux dans le champ sanitaire et social. 12


Votre journée est centrée sur le partage des compétences entre parents, bénévoles et professionnels. Ce partage doit permettre d’accroître la coopération entre les acteurs. Pour ce faire la notion de réseau est mise au cœur de la réflexion.
Vous m’avez demandé d’intervenir pour tenter d’éclairer les participants sur la notion de réseau, son fondement, son intérêt et les effets qu’il est susceptible de produire. Pour ce faire j’ai proposé comme titre de mon intervention : « du réseau aux réseaux » pour bien signifier, d’entrée de jeu, que le réseau n’existe pas mais qu’il y a une grande diversité de réseaux et qu’il y a donc intérêt à bien les distinguer. Ceci se déclinera de deux manières.


Tout d’abord d’un point de vue général il s’agira de montrer comment devant la polysémie du mot réseau il est impossible de maintenir le singulier. Il est alors nécessaire d’envisager les réseaux en se proposant de les classer et d’en faire une brève typologie
Du point de vue du soutien à la fonction parentale et des pratiques d’intervention sociale nous tenterons de montrer aussi comment une structuration unifiée au niveau départemental ne peut suffire et qu’elle doit être complétée par des réseaux locaux. Cela nécessitera de clarifier les conditions de création, de structuration et de développement des réseaux.


  1. Une approche générale : du réseau aux réseaux



Tout d’abord abordons la notion de réseau de manière générale sans la référer directement à la parentalité, thème qui nous réunit aujourd’hui. Deux points seront ici abordés : tout d’abord une tentative de définition puis une proposition de typologie.

    1. Définir le réseau, une mission impossible ?


Dans tous les ouvrages sur les réseaux plusieurs idées reviennent ; elles sont parfois paradoxales et expliquent le fait que je me demande s’il est possible de définir le réseau.
      1. Une notion ancienne et récente


La consultation d’un dictionnaire général nous permet de situer l’émergence de la notion dans la langue française en 15992. Mais étymologiquement on nous dit que «  ce mot polysémique se diffuse en ramifications entrelacées et remonte à l’Antiquité. Le sens le plus ancien (du latin retis) désigne un fond de nœuds et de fils à mailles géométriques, né parmi les pêcheurs puis les dentellières » (DEROY, 2000).
Dans le même temps les sociologues nous disent que c’est une notion récente. Pierre MERCKLE commence son ouvrage sur la sociologie des réseaux sociaux en disant : « la notion de réseau social (social network) fait sa première apparition dans un article de l’anthropologue britannique John A. Barnes en 1954 ». Pour d’autres c’est un nouveau paradigme (LEMIEUX, 1999). « Avec force un nouveau paradigme3 s’impose depuis une dizaine d’années dans les sciences humaines : le réseau »4. Certains en font même le principe explicatif central de nos sociétés contemporaines ». On parle de « sociétés en réseaux »5 ou de « l’ère des réseaux»6.
Notion ancienne, notion récente ? Certes oui mais sans doute une réponse différenciée selon les disciplines sur lesquelles on s’appuie.
      1. Une notion pluridisciplinaire


Nous devons constater, deuxième élément, que cette notion est également pluridisciplinaire. Au fil du développement des activités humaines et des sciences de nouveaux usages et de nouveaux sens sont venus s’ajouter. Henry BAKIS par exemple nous indique que « diverses disciplines académiques ont intégré l’étude de cette notion, de puis la psychologie interpersonnelle et la sociologie jusqu’à la géographie, l’histoire, l’économie en passant bien évidemment par les disciplines liées aux métiers de l’ingénieur ou à la gestion urbaine. Les mathématiques, l’informatique connaissent aussi ce mot et ont bâti autour de lui divers développements ». Il continue sur la diversité des suages : «  On utilise le mot réseau dans les domaines du textile ou de la biologie jusqu’à l’industrie en passant par les services. Mais on l’emploie également pour le terrorisme, le banditisme, les trafics de toutes sortes ». (1993).
Ces nombreux usages ne sont pas en soi un problème si ce n’est qu’ils génèrent des représentations et des analogies. Cela peut contribuer à la polysémie, à des paradoxes voire à des contradictions. Prenons quelques exemples : on parle de réseau hiérarchisé mais on considère aussi que le réseau peut être contre ou à côté des hiérarchies. On peut décrire un réseau structuré de manière très formelle en ayant recours à des formules mathématiques et estimer que le réseau est par définition informel. On peut enfin considérer qu’un réseau est un système très fermé, dans lequel on ne peut entrer sans montrer « patte blanche » ou bien penser qu’un réseau est par définition ouvert et peut s’étendre sans limite.
Ces risques de confusions n’interdisent cependant pas de manière transversale de distinguer trois sens de la notion de réseau7


Les trois sens


Définition

Mots associés

Exemples

Premier sens

Un filet, un ensemble de lignes entrelacées

Liens, relations

Traite des phénomènes de proximité et d’éloignement

Arbre généalogique, organigramme fonctionnel, le réseau internet

Deuxième sens

Des systèmes d’entrées sorties

Transactions. Flux

Echanges affectifs, des communications, des informations

Troisième sens

Ni des filets, ni des flux d’entrées sorties mais des ensembles de règles opératoires

Contrôles

Système nerveux, règlement intérieur, us et coutumes (normes)



On pourrait retenir sans que cela soit contradictoire qu’un réseau pour fonctionner doit être constitué de liens, d’échanges et de règles.

      1. Les réseaux sociaux


De manière plus spécifique les sociologues préfèrent parler de réseaux sociaux. Un réseau social est alors constitué d’un ensemble d’unités sociales et des relations que ces unités sociales entretiennent les unes avec les autres. Les relations entre les éléments désignent des formes d’interactions sociales qui peuvent elles aussi être de natures extrêmement diverses : il peut s’agir de transactions monétaires, de transferts de biens ou d’échanges de services, de transmissions d’informations, de perceptions(…) et plus généralement de toutes sortes d’interactions verbales ou gestuelles. (MERCKLE, 2004).
Claire BIDART parle elle du réseau social comme d’un système relationnel qui regroupe un ensemble de relations, que cet ensemble soit défini par un individu commun par un collectif. (…) L’important est que l’on définisse clairement la nature des relations et les limites du système que l’on va prendre en considération. L’analyse des réseaux sociaux focalise son attention sur les relations entre les entités » (2008).
LEMIEUX préfère parler de réseaux d’acteurs sociaux « c'est-à-dire de réseaux qui relient des acteurs sociaux individuels ou collectifs » (LEMIEUX, 1999). Pour lui « les systèmes hiérarchiques et ceux qui leur sont apparentés ne fournissent que rarement les voies les plus appropriées pour relier les acteurs sociaux ». Plus encore il considère que la part croissante accordé au réseau renvoie surtout à l’insatisfaction du schéma explicatif selon lequel les acteurs sociaux seraient réduits à leurs attributs (catégorie d’âge ou d’occupation…). Dit autrement en France les sciences sociales ont beaucoup insisté sur les appartenances à de grands groupes sociaux, les analyses de réseaux sont apparues comme une possibilité de découvrir des logiques transversales à ces grands ensembles (BIDART, 2008).
Cette notion de réseau est parfois rapprochée de la notion de capital social qui est définie par « les normes et les réseaux qui facilitent la confiance, la coopération et l’action collective » (MERCKLE, 2004).

    1. Une typologie des réseaux



Partant de ces premières distinctions il est nécessaire de les compléter par trois typologies complémentaires.
      1. Réseau primaire et réseau secondaire


La première est assez classique en sociologie. Il s’agit de la distinction entre réseau primaire et réseau secondaire. Les réseaux se composent d’un secteur primaire - les parents, connaissances, voisins, collègues de travail, camarades de classe, baby sitters, commerçants et barmans, ainsi que les liens à des groupes religieux, sociaux, politiques, à des groupes de volontariat ou encore à des syndicats et des bandes de jeunes, etc,-et d’un secteur secondaire – les agents de soutien et de contrôle social dans les écoles,, les agents des services sociaux et de santé publique , les propriétaires, etc. D’une façon générale les réseaux servent d’intermédiaires entre les familles et les structures sociales, économiques, politiques, culturelles et influencent l’accès aux ressources. (TRIMBLE, 1995).
Les réseaux primaires réunissent les liens de parenté, de voisinage, d’amitié et de travail en une entité collective. On parle donc d’agrégations naturelles et informelles, qui se constituent et se condensent dans le temps et l’espace. A la différence des réseaux de marché qui sont régis par l’argent comme « médiateur », et des réseaux de service public régis juridiquement, les réseaux primaires réalisent des échanges basés sur le principe de la réciprocité et ayant pour « médiateur » le don . (SANICOLA, 1997).

Cette distinction est parfois affinée en prenant appui sur le modèle de SLUZKI distinguant plusieurs cadrans (famille, amis, communauté, travail,…) et distinguant 3 zones :

  1. un cercle interne de relations intimes (familiers en contact quotidien, amis proches) ;

  2. un cercle intermédiaire de relations personnelles à un moindre degré de proximité

  3. Un cercle de personnes connues et de relations occasionnelles (compagnons de classe, bons voisins, famille éloignée, etc.). Il s’agit de relations superficielles et occasionnelles (BORN, 1997).
      1. Réseau informel et réseau formel


Compte-tenu de son origine, à côté des institutions, le réseau a souvent été considéré comme informel et notamment en l’opposant au partenariat. Cela se retrouve dans l’opposition informel/formel.
Le réseau informel: il se caractérise par les termes suivants : interpersonnel, affinité, ressource potentielle. Il est donc constitué de membres avec lesquels j’ai des relations personnelles et que je peux mobiliser dans le cadre de leurs fonctions et de leurs rôles professionnels. Ces relations me sont propres; elles ne reposent pas sur mon appartenance institutionnelle. Ce réseau informel peut se construire aussi bien dans ses relations privées que dans ses relations professionnelles. C’est l’un des aspects du fonctionnement informel des organisations. Ce sont bien souvent les arrangements construits par les réseaux qui permettent de faire face aux situations.


Le réseau formel: il est plus institutionnel ; ce sont des institutions qui vont formaliser leurs relations; elles peuvent alors se faire appel mutuellement ; il s’agit de ressources. Le réseau peut devenir, de ce point de vue, une variante du partenariat…
      1. Réseau personnel et réseau interinstitutionnel


Cette troisième distinction recouvre en partie, en partie seulement la précédente





Réseau personnel

Réseau interinstitutionnel

Réseau informel

Réseaux primaires

Carnet d’adresses


Réseau formel

Réseaux secondaires

Réseau de soins ou réseau santé-précarité ou REAAP


La distinction porterait ici entre le réseau basé sur une personne et le réseau basé sur des organisations. On pourra alors distinguer le carnet d’adresses du réseau officiel. Dans ce dernier cas il y aura une définition précise de ses objectifs, de ses règles de fonctionnement, voire des modalités de financement. Par exemple les réseaux de soins ou les réseaux de santé. (voir encadré 1).



Encadré 1 : Un exemple de réseau interinstitutionnel

« Les réseaux de soins ont pour objectif de mobiliser les ressources sanitaires, sociales et autres sur un territoire donné, autour des besoins des personnes. Ils visent à assurer une meilleure orientation du patient, à favoriser la coordination et la continuité des soins qui lui sont dispensés et à promouvoir la délivrance de soins de proximité de qualité. ils peuvent associer des médecins libéraux, d’autres professionnels de santé et des organismes à vocation sanitaire ou sociale. Ils organisent un accès plus rationnel au système de soins ainsi qu’une meilleure coordination dans cette prise en charge, qu’il s’agisse de soins ou de prévention »8.
« Les réseaux de santé ont pour objet de favoriser l'accès aux soins, la coordination, la continuité ou l'interdisciplinarité des prises en charge sanitaires, notamment de celles qui sont spécifiques à certaines populations, pathologies ou activités sanitaires. Ils assurent une prise en charge adaptée aux besoins de la personne tant sur le plan de l'éducation à la santé, de la prévention, du diagnostic que des soins. Ils peuvent participer à des actions de santé publique. Ils procèdent à des actions d'évaluation afin de garantir la qualité de leurs services et prestations.


Que retenir de tout cela ? Le réseau est une construction sociale. Il renvoie au fonctionnement des groupes, des institutions et de leurs relations. De manière transversale il peut venir compléter l’action des institutions. Dans ce sens il va être très difficile de construire, ex nihilo, des réseaux. La prise en compte de l’existant est ici vitale. De plus si l’on relie le réseau social à la notion de relation, cela suppose que tout individu est amené à s’inscrire dans un/des réseaux, même si les inégalités sociales sont aussi relationnelles ou autrement dit tous les individus ne sont pas également dotés en capital social.
  1. Le réseau dans l’intervention sociale : du réseau départemental aux réseaux locaux



Si nous nous centrons dans cette deuxième partie sur le champ de l’intervention sociale et l’intervention dans la famille il faut d’abord tenir compte de la dimension institutionnelle qui tente de faire passer du réseau départemental, singulier et unique, aux réseaux locaux, multiples et pluriels. Cela nous permettra ensuite d’aborder la démarche des réseaux.
    1. Du réseau départemental aux réseaux locaux

  1. L’institutionnalisation des réseaux


Dans le champ social les réseaux s’inscrivent plus globalement dans la diversité des formes du « travail avec les autres ». Cela peut aller de la relation de tutelle, à la relation de sous-traitance, au travail d’équipe. Pendant toute une période on a opposé ces deux formes de travail, le partenariat et le réseau, à partir de la distinction entre le formel et l'institutionnel d'un côté et l'informel et le personnel de l'autre. En un mot "la grand messe" s'oppose au carnet d’adresses. Depuis la fin des années 80 le recours au réseau s'est développé et institutionnalisé (cf les ordonnances JUPPE et les réseaux de soins en 1996…)9. Aujourd'hui partenariat et réseau peuvent être aussi officiels et aussi institutionnels l'un que l'autre.

  1. Les réseaux relatifs à la parentalité



A la fin des années 90 avec l’émergence de la question de la parentalité on a vu apparaître les réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents. Une charte est alors définie « fixant les principes d’action et d’animation communs ». C’est l’adhésion à celle-ci qui est constitutive du réseau. Il organise la circulation de l’information entre les différents intervenants et permet la confrontation et l’évaluation des pratiques. L’objectif de ce réseau est de développer les échanges et les relations entre les parents. D’autres textes viendront au fil des ans affiner et orienter le dispositif. Les circulaires de 2004 et de 2006 introduiront le diagnostic territorial partagé et repréciseront les grands principes. De même est précisée le rôle de l’animation départementale.
Nous sommes là dans un système classique qui définit un dispositif national et sa déclinaison locale en vue de construire une nouvelle offre de service.

  1. Un partenariat pour un réseau



Pour mener à bien la construction de cette offre il va être nécessaire que les partenaires potentiels (l’Etat, le Conseil Général , la CAF notamment) décident de travailler ensemble . Cela peut passer par différentes formes évoquées précédemment, et notamment le partenariat. Cela suppose alors que sur la base de la convergence d’intérêts à agir ensemble s’établisse une relation contractuelle entre plusieurs personnes ou morales concourant à la réalisation d’un projet par la mise en commun des moyens matériels, humains et financiers. Puis doit se constituer une dynamique  que l’on pourrait caractériser par les points suivants :

La coopération doit être organisée sur des bases durables

Le partenariat doit être la source d’avantages réciproques

Le partenariat a pour objet d’améliorer la compétitivité des entreprises qui mettent en œuvre un projet commun

Le partenariat doit permettre de mieux satisfaire la demande finale

Le partenariat c’est aussi l’exploitation des possibilités de synergie.
De même il est important de définir une éthique du partenariat :

Le partenariat doit être fondé sur la confiance

Le partenariat implique la parité

Les objectifs du partenariat doivent être fixés avec réalisme et modération

Les partenaires doivent s’efforcer d’obtenir l’adhésion de toutes les catégories professionnelles au sein de leurs entreprises


Ces éléments sont nécessaires mais ils sont loin d’être suffisants car certes ils proposent un cadre commun de travail, encore faut-il qu’une démarche de réseaux puisse se construire. Ceci ne peut être a priori défini dans le cadre départemental ; en effet de la proximité est nécessaire et le recours au local est incontournable. Qu’en est-il des réseaux locaux ?

    1. Pour une démarche de réseaux



Avant de définir une démarche de réseau, voire de l’évaluer il est nécessaire de parler de la place des parents et des familles , voire des associations .
  1. La place des parents et des familles


En effet les intentions de départ sont claires : ces réseaux ne sont pas l’exclusive des professionnels et des institutions. Les associations et les parents doivent y trouver leur place : « les parents doivent être et demeurer les acteurs privilégiés des réseaux » (Circulaire 2006). Cependant tous les observateurs mettent l’accent sur la difficulté à mettre à réaliser cet objectif .Des bilans réalisés montrent par exemple que « deux principes émis dans la charte semblent peu tenus, le principe de mixité sociale et celui de partenariat avec les parents. A l’évidence ce sont surtout les familles vulnérables qui sont ciblées par les interventions. (…) Tout montre que les professionnels ont repris le dossier en main » (SELLENET, 2007). Il peut y avoir plusieurs raisons à cela.


  • Les limites de la logique de l’offre

  • L’articulation entre réseaux primaires et réseaux secondaires .Un auteur souligne le fait que « le réseau entre les familles est davantage structuré que la coopération entre les services. Lorsque les habitants tentent de changer de place en proposant leurs services, leurs savoirs et leurs idées il est très rare qu’ils trouvent une écoute et un appui de la part des services. (MAILAT, 2008)

  • Le recours à la « prédiction négative » qui serait l’une des méthodes les plus partagées par les intervenants sociaux. De plus ce même auteur souligne le fait que lorsque les professionnels s’ignorent au quotidien, lorsqu’ils n’établissent pas une connaissance et une cohérence entre leurs missions alors qu’ils œuvrent sur le même territoire, lorsque la famille n’est pas associée et accompagnée… (MAILAT, 2008).


Que voulons-nous dire ? Il ne s’agit pas de faire une nouvelle fois le procès des intervenants sociaux mais de rappeler à la fois la difficulté récurrente de cette forme de travail et la responsabilité collective concernant aussi bien les professionnels que les organisations qui les emploient, voire les institutions qui leur donnent ces injonctions.
  1. Une démarche de réseau



Si la question de la place des parents et des familles, préalable indispensable est réglée ou du moins abordée en tant que telle, il devient possible d’initier une démarche de réseau, c'est-à-dire d’abord de le constituer et ensuite de définir ses modes d’intervention. Pour le constituer cela suppose de prendre en compte l’existant tant du point de vue des réseaux primaires et secondaires existant sur le territoire que des réseaux informels existant déjà entre les professionnels, ou entre les associations . Formellement la constitution d’un réseau passe par la définition de certains points (voir encadré 2)


Encadré 2 : Un exemple de constitution de réseau de professionnels10



1- Un statut juridique

Statut juridique

2- Le projet du réseau

- genèse du réseau

- les objectifs du réseau

3- Le champ du réseau

- quel domaine et quel territoire couvre-t-il ?

- existe-t-il d’autres réseaux du même type sur ce territoire ?

- Le réseau est-il en relation avec d’autres réseaux ?

4- La composition actuelle

- quelle est sa composition ? (nombre de personnes, statuts,professions

- quelle est la répartition des tâches entre les membres ?

- quels sont les moyens de régulation (charte, réglement intérieur) ? 5

5- Moyens

- qui ( et comment) assure la coordination ?

- qui (et comment) assure la mise en relation des usagers avec les membres du réseau

6- Cadre de communication avec les institutions extérieures

- articulation avec les institutions

- sur quelle base ,

- position du réseau dans le champ local des activités sociales

7- Financement

- financement direct (dont financeurs et nature du fiancnement)

- financement indirect ( moyens mis à disposition)

8- Place des usagers

- Description des usagers

- Rôle des usagers dans le fonctionnement du réseau

9- Evaluation

Moyens de suivi et d’évaluation





B- L’intervention en réseau11
En quoi va consister l’intervention en réseau ? Dans le langage professionnel on peut faire référence à deux types de pratiques ; la première est celle qui va consister à prendre appui sur les réseaux primaires pour mener à bien une action, on parlera alors d'intervention en réseau 12 (cf le travail en thérapie familiale). C’est plus une manière de tisser des liens au service de l'intervention auprès de la personne. Le travail peut alors se décomposer en trois phases :

1- Identification du réseau et analyse structurelle de ses caractéristiques

Cela recouvre la taille, l’aspect directionnel, la composition, la densité....

« Une fois les réseaux et leur structure mis en évidence, la carte sert à aider les individus à développer des stratégies de changement. C’est à la fois un outil d’organisation et une technique d’intervention qui vise à transformer la façon dont chacun perçoit sa vie relationnelle ».
2- L’animation du réseau :

« On peut entraîner les individus à améliorer leurs relations dans le cadre du réseau. Cela vise à modifier ou à abandonner les relations perturbées, à renforcer les relations saines, à apaiser les désaccords et à mieux définir les limites »
3- La construction d’un réseau:

« Le rôle des cliniciens consiste à aider les clients à étendre des réseaux trop lâches pour qu’ils puissent être mobilisés et à remplacer les réseaux trop « toxiques » pour pouvoir être transformés ».
La seconde est propre à l’utilisation d'un réseau de professionnels. Après avoir constitué le réseau, il est nécessaire de le faire passer du virtuel au réel. Il va devenir réel par l'entrée, la sollicitation d'une personne, ou d’une famille, ou d’un ensemble de personnes. Elles vont rentrer en contact avec le réseau et celui-ci a une grande capacité de réactivité. La personne sera mise rapidement en contact. Ce n'est plus tant le projet qui est ici central, ni l'implication collective de l'ensemble des membres du réseau. C'est la personne, sa demande et son besoin; le réseau, dans sa forme permet une meilleure réactivité et une cohérence d'intervention. On voit là que cela dépasse le seul réseau -carnet d'adresses.

  1. L’évaluation des réseaux



Pour terminer il nous faut évoquer la question de l’évaluation. Celle-ci, comme cela se développe à beaucoup d’endroits, peut être successivement interne et externe. Mais surtout ce qui importe ici est de bien distinguer les deux volets de l’évaluation :

  • L’évaluation du fonctionnement du réseau

  • L’évaluation de l’impact du réseau sur les personnes, les groupes et les territoires.


D’une autre manière il s’agit bien de pouvoir dire quel est le « plus » du réseau. Ceci peut être illustré par un exemple de cahier des charges de l’évaluation d’un réseau13 (encadré 3).


Encadré 3 : Un exemple d’évaluation de réseau.
Article D. 6321-7 du Code de la Santé Publique.

 L’évaluation interne ou auto-évaluation est assurée au minimum à l’occasion du rapport d’activité transmis par le promoteur du réseau chaque année avant le 31 mars. En interne, les acteurs du réseau sont les évaluateurs de leurs propres performances et de l’atteinte des objectifs qu’ils se sont fixés précédemment.

Précisés dès la phase de conception, les indicateurs retenus pour cette évaluation interne constituent des outils de pilotage simples, mesurables et pertinents.

 L’objectif de l’évaluation externe est de démontrer la valeur ajoutée de l’action proposée par rapport aux dispositifs existants et d’appréhender les conditions dans lesquelles les acteurs (tutelles, professionnels) peuvent s’engager pour une nouvelle période de financement. Les évaluations doivent donc mettre en évidence les facteurs de réussite, les freins et les leviers, ainsi que le caractère reproductible des projets.

Elle peut porter sur les points suivants :

    -      l’organisation du fonctionnement du réseau évalué, en particulier son impact sur son environnement ;
    -      la participation et l’intégration des acteurs (professionnels) ;
    -      la prise en charge des patients dans le cadre du réseau et l’impact de ce dernier sur les pratiques professionnelles ;

    -      l’évaluation médico-économique au travers d’une comparaison coûts/résultats incluant les dérogations tarifaires.


    En complément, l’évaluation prendra également en compte des indicateurs de performance spécifiques à chaque thématique de réseau qui sont ou seront définis au sein des référentiels d’organisation nationaux.


Au terme de cet exposé il est important de retenir que les réseaux ne sont pas simplement une invention administrativo-institutionnelle. Ils sont inhérents à la vie en groupe et au développement des relations. Cependant les évolutions actuelles des institutions et de leurs interactions rendent de plus en nécessaire la création de réseaux. Cette démarche d’intervention sociale nécessite une mobilisation institutionnelle, une reconnaissance de la spécificité de ce mode d’intervention (notamment en termes de temps) , des compétences spécifiques à développer.

Pour aller plus loin





  1. Ouvrages généraux sur les réseaux


BAKIS, H. (1993). Les réseaux et leurs enjeux sociaux. PUF, Que sais je.
BOLTANSKI (Luc), CHIAPELLO (Eve).- Le nouvel esprit du capitalisme. Gallimard, NRF Essais, 1999, 843p.
BORN, M. . (1997). Le rôle du réseau social . Les Cahiers de l’Actif, 258-259, p 45-52.

DEROY, F. (2000). Petite histoire de la notion de réseau. Education Permanente, 144, 3, 21-33.
LAZEGA (Emmanuel).- Réseaux sociaux et structures relationnelles. PUF, Que sais-je, 1998., n° 3399.
LEMIEUX, V. (1999). Les réseaux d’acteurs sociaux. PUF, Sociologies.
MERCKLE, P. (2004). Sociologie des réseaux sociaux. La Découverte. Repère,
SANICOLA, L. (1997). Le travail avec les réseaux primaires. Les Cahiers de l’Actif, 258-259, p 53-70.


  1. Ouvrages sur les réseaux dans le champ de l’action sanitaire et sociale


BONDU, D. (1998). Nouvelles pratiques de médiation sociale
HEBER-SUFFRIN (Claire), HEBER-SUFFRIN (Marc).- Echanger les savoirs .-Desclée de Brouwer, 1992.
INFORMATIONS SOCIALES. (2006). Familles et professionnels. 133, juillet.
INFORMATIONS SOCIALES. (2008). Réseaux sociaux : théories et pratiques. 147.
PLURIELS. (1999). Des réseaux pour la santé mentale. 17, avril.
JESU, F. (2004). Co-éduquer. Pour un développement social durable. Dunod, 189 p.
SELLENET, C. (2007). La parentalité décryptée. Pertinence et dérive d’un concept. L’Harmattan, 188 p.
SPECK (ROSS.W).- L’intervention en réseau social : les thérapies de réseau, théorie et développement in ELKAIM (Mona).- Les pratiques de réseau. Santé mentale et contexte social. ESF, 1987, 21-39.
TRIMBLE (David.W.), KLIMAN (Jodie).- L’intervention en réseau in ELKAIM (Mona).- Panorama des thérapies familiales. Seuil, 1995, 447-471.


Annexe : Les principaux textes organisant les réseaux dans le champ sanitaire et social.





  1. Dans le champ sanitaire


Ordonnance n° 96-345 du 24 avril 1996 relative à la maîtrise médicalisée des dépenses de soins. (article 6) , (article L. 162-31-1 du code de la sécurité sociale)
Ordonnance n° 96-346 du 24 avril 1996 portant réforme de l’hospitalisation publique et privée. (art. 29), (article L. 712-3-2 du code de la santé publique)
Décret n° 96-789 du 11 septembre 1996 pris pour l’application de l’article L.162-31-1 du code de la sécurité sociale relatif aux filières et réseaux de soins expérimentaux et modifiant le même code.
Circulaire DGS/SQ2/DAS/DSS/DIRMI n° 99-648 du 25 novembre 1999 relative aux réseaux de soins préventifs, curatifs, palliatifs ou sociaux (Bulletin Officiel n° 99-49).(www.sante.gouv.fr/adm/dagpb/bo/1999/99-49/a0493275.htm)
Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de soins. J.O. du 5 mars 2002, p 4118 (voir notamment le chapitre 5 du titre III, article 84 ).
Circulaire DHOS/O1/O3/CNAMTS no 2006-151 du 30 mars 2006 relative au cahier des charges national des réseaux de santé en périnatalité.


Circulaire DHOS/O3/CNAM n° 2007-88 du 2 mars 2007 relative aux orientations de la DHOS et de la CNAMTS en matière de réseaux de santé et à destination des ARH et des URCAM.
Circulaire DHOS/02/UNCAM/2007/197 du 15 mai 2007 relative au référentiel d’organisation national des réseaux de santé « personnes âgées ».


  1. Dans le champ social


Loi n° 98-657 du 29 juillet 1998 d'orientation relative à la lutte contre les exclusions (article 73 accès aux soins).
Décret n° 98-1216 du 29 décembre 1998 relatif aux programmes régionaux d’accès à la prévention et aux soins et modifiant le code de la santé publique
Circulaire DGS /SP 2 n° 99-110 du 23 février 1999 relative à la mise en place de programmes régionaux d'accès à la prévention et aux soins pour les personnes en situation de précarité. (BOSS n° 99/10)
Circulaire DIF/DAS/DIV/DPM n° 99-153 du 9 mars 1999 relative aux réseaux d’écoute d’appui et d’accompagnement des parents.
Circulaire DIF/DGAS/2B/DESCO/DIV/DPM/ n° 2006/65 du 13 février 2006 relative aux Réseaux d’Ecoute, d’Appui et d’Accompagnement des Parents, REAAP (voir aussi circulaires du 12/06/2003 et du 13/07/2004).



1 Sociologue. Maître de Conférences à l'Université de Reims Champagne Ardenne. 18 rue Hachette. 08000 Charleville-Mézières Tél : 0324374941. Mails : mafourdrig@aol.com ou mafourdrig@hotmail.fr

2 - Le nouveau Petit Robert de la langue française, édition 2009.

3 - L’auteur précise : « Un paradigme est remplacé par un autre quand de nouvelles théories permettent de résoudre des problèmes non résolus à l’intérieur de l’ancien paradigme ». Dans le sens commun il s’agit d’un modèle de référence, d’un modèle de pensée.

4 - Sciences Humaines (2000), hors série septembre , p 126.

5 - Titre d’un ouvrage de Manuel CASTELLS (1998)

6 - Entretien avec Jérémy RIFKIN. Alternatives économiques, 186, novembre 2000, 82-83.

7 - Mise en forme à partir de (LEMIEUX, 1999).

8 Circulaire DGS/SQ2/DAS/DSS/DIRMI n° 99-648 du 25 novembre 1999 relative aux réseaux de soins préventifs, curatifs, palliatifs ou sociaux (Bulletin Officiel n° 99-49).

(www.sante.gouv.fr/adm/dagpb/bo/1999/99-49/a0493275.htm


9 - Voir en annexe une liste de textes instaurant des réseaux dans les champs sanitaires et sociaux.

10 D’après la circulaire n°99-648 du 25 novembre 1999 relative aux réseaux de soins. (Annexe 1)

11 TRIMBLE (David W.) KLIMAN (Jodie).- L’intervention en réseau. In ELKAIM (Mona). Panorama des thérapies familiales. Seuil, 1995, p 450 et suivantes.

12 TRIMBLE (David W.) KLIMAN (Jodie).- L’intervention en réseau. In ELKAIM (Mona). Panorama des thérapies familiales. Seuil, 1995, p 450 et suivantes.

13 Extraits de la circulaire  DHOS/O3/CNAM n° 2007-88 du 2 mars 2007 relative aux orientations de la DHOS et de la CNAMTS en matière de réseaux de santé et à destination des ARH et des URCAM




M.FOURDRIGNIER . REAAP 91. 16/10/2008.

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